Une Femme fatale sur scène

MUSIQUES | La Femme n'est pas seulement la nouvelle égérie d'une industrie du disque moribonde. C'est aussi, comme on a pu le constater lors de son récent passage à Lyon, une machine de guerre scénique... Benjamin Mialot

Aurélien Martinez | Vendredi 17 mai 2013

La première fois que La Femme a usé de ses charmes à notre endroit, c'était à la Halle Tony Garnier (Lyon) il y a de cela un an et demi, par un soir de novembre. À l'époque, elle n'avait pas grand chose pour elle : ni le look (croisée en coulisses, elle avait, sous ses cheveux peroxydés, l'air de la première adolescente à problèmes de peau venue), ni la réputation (sauf auprès des éjaculateurs précoces qui constituent le gros de la presse musicale parisienne), encore moins les chansons, à l'exception de Sur la planche, tube surf abondamment waxé devenu depuis l'hymne du groupe.

Pas de quoi faire ch'boum là d'dans donc, comme disent les chasseurs de fantômes, d'autant qu'elle se voyait généralement cantonnée à un rôle d'amuse-gueulard, en l'occurrence pour Skip the Use et Birdy Nam Nam.

Depuis, La Femme a bien changé. Elle a mis le pays à ses pieds sur la foi de Psycho Tropical Berlin, un premier long format aussi chic que déglingué. Elle a surtout gagné en allure (tablettes de chocolat bien fermes et sunglasses anachroniques pour les mecs, frange impeccable et mine boudeuse pour les filles) et en assurance, au point de s'imposer comme l'une des bêtes de scène les plus indomptables du moment.

Coup de tonnerre sous les tropiques

C'est en tout cas ce dont nous a convaincus la petite heure et demi passée en sa compagnie à la mi-avril, dans une salle (le Kao) remplie ras les projecteurs de modeux ne s'étant vraisemblablement jamais remis de la vision de la pochette de La Notte, la Notte (deuxième album d'Etienne Daho sur lequel il arborait, près de vingt ans avant qu'Arnaud Montebourg ne se reconvertisse en vendeur de mixeurs, une très seyante marinière).

Une heure et demi d'un concert plus proche de la surboum de fin d'année que de l'habituelle performance promotionnelle et durant lequel, entre une transe métronomique (Packshot, accueilli comme il se doit par une coupure de courant) et une exhalaison de romantisme noir (Nous étions deux, de loin le morceau le plus bandant de La Femme), notre préférence pour la garage pop ingénue de Granville (la prestation gentillette qu'ont livré les Normands en première partie de soirée n'a pas aidé) aura fondu comme neige aux sunlights des tropiques. Dire qu'à une semaine de la date, autrement dit à la veille de la parution de Psycho Tropical Berlin et du cortège de papiers en faisant l'éloge, les organisateurs nous confiaient qu'ils peinaient à écouler les billets...


La Femme + Téhessé + Like Tostaky

Pop Rock New Wave + Indie Trip-Hop + Pop Rock
EVE 701 avenue Centrale - Domaine universitaire Saint-Martin-d’Hères
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"La Femme de mon frère" : entre elle et lui

ECRANS | De Monia Chokri (Can, 1h57) avec Anne-Elisabeth Bossé, Patrick Hivon, Sasson Gabai…

Vincent Raymond | Lundi 24 juin 2019

Sophia vient de soutenir sa thèse et devant elle s’ouvre : le vide. Sans emploi ni relation sentimentale (mais enceinte d’un amant passé), elle squatte chez son frère Karim. Quand elle se résout à l’IVG, Karim flashe sur la gynéco. Les sentiments sont partagés. Sauf par Sophia… On parle souvent des "films du milieu" pour désigner des productions économiquement intermédiaires. Mais il faudrait reconsidérer la formule pour qualifier le jeune cinéma de la comédienne Monia Chokri (vue notamment chez Xavier Dolan), dont cette première réalisation de long-métrage laisse espérer de grandes choses. La Femme de mon frère est sans doute un film intermédiaire par son budget ; totalement par son sujet puisque Sophia se retrouve à tenir la chandelle entre sa gynéco et son frère. Il l’est surtout par son style à mi-chemin entre une inspiration résolument Nouvelle Vague (avec jump cut godardiens, effets de surimpression, errances nocturnes commentées en voix-off, citations littéraires) et sa tonalité de comédie américaine sentimentale des années 1980, ses décors pastel ou son ambiance familiale orientale explosive – un joyeux mélange entre

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Et le Ciné-Club de Grenoble lança le cycle #BalanceTonFilm

ECRANS | Rendez-vous mercredi 30 mai, mercredi 6 juin et mercredi 13 juin pour (re)découvrir "Les Galettes de Pont-Aven", "Calmos" et "Le Mari de la femme à barbe", trois films qui ont beaucoup en commun selon le Ciné-Club.

Margaux Rinaldi | Mardi 29 mai 2018

Et le Ciné-Club de Grenoble lança le cycle #BalanceTonFilm

Depuis l’affaire Weinstein, le statut de la femme à l’écran (et, surtout, hors caméra) a clairement été reconsidéré, même si les changements seront visibles avec le temps. Le Ciné-Club de Grenoble rebondit sur cette actu avec un poil d’ironie en lançant un cycle baptisé #BalanceTonFilm. Car reconnaissons que, dans les films d’antan, les femmes interprétaient surtout des beautés sublimes souvent mises au second plan histoire d’appuyer la prééminence des héros. Des muses dont certains pouvaient se servir pour assouvir leurs besoins, ou user comme d’une source d’inspiration, tel Henri Serin (Jean-Pierre Marielle) dans Les Galettes de Pont-Aven (photo) de Joël Seria, film sorti en 1975. Mais rassurez-vous, dans le genre machiste, on peut trouver mieux. Ou pire. Pour cela, il suffit simplement d’une femme qui sort un peu de l’ordinaire (pourquoi pas une femme avec une pilosité extravagante par exemple) que l’on exhiberait dans une foire aux monstres comme le fait Le Mari de la femme à barbe dans cette comédie italienne de 1964 signée par un maître des provocations, Marco Ferreri. Pourtant, dût-il aux hommes en co

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"Cherchez la femme" : cachez ce film qu’on ne saurait voir

ECRANS | de Sou Abadi (Fr., 1h28) avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Anne Alvaro est, décidément, une immense comédienne que son talent préserve de l’adversité – c’est-à-dire des pires des naufrages cinématographiques. Sa confondante interprétation d’une militante iranienne (accent inclus) réfugiée dans le XVIe arrondissement lui vaut ainsi de sortir sans dommage de cette épouvantable comédie sentimentale. Elle est bien la seule. La réalisatrice Sou Abadi, par exemple, manque son coche dans ce mariage entre romance et critique sociale humoristique. Pas du fait d’une hybridation hasardeuse, ni du thème puisque l’on peut rire de tout, si c’est fait avec intelligence et talent. Car hélas, le choix d’un sujet brûlant n’exonère pas un auteur de maladresse ni de naïveté. Sou Abadi raconte ici le stratagème trouvé par un étudiant désirant continuer à voir sa copine enfermée chez elle par son grand frère revenu radicalisé d’un camp : il se couvre d’une burqa et se fait passer pour une femme. Quiproquos à l’ancienne, situations balourdes, personnage de fondamentalistes d’une bêtise profonde… Défendre des idées justes ne dispense pas de travailler en profondeur la construction dramatique et devrait empêcher de réduire

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Vercors Music Festival : nos cinq coups de cœur

Festival | En 2015 a vu le jour à Autrans, dans le massif du Vercors, un nouveau festival tout simplement baptisé Vercors Music Festival – parce qu’en anglais c’est plus classe ? Avec tout de suite l’envie de jouer dans la cour des grands en proposant de grosses têtes d’affiche. En amont de la troisième édition prévue du 7 au 11 juillet, zoom sur cinq artistes que l’on pourra écouter là-haut dans la montagne, et discussion avec l'un des organisateurs pour en savoir un peu plus.

La rédaction | Mardi 20 juin 2017

Vercors Music Festival : nos cinq coups de cœur

Barbagallo Batteur des Australiens de Tame Impala et de l'étrange créature pop française Aquaserge, Julien Barbagallo est tiraillé entre deux mondes : celui d'une pop anglo-saxonne aux vents psychédéliques et au souffle progressif et celui d'une tradition très française de chanson s'accomplissant jusqu'à l'absurde dans la langue de Molière. Estimant que chanter en anglais serait pour lui un non-sens, l'Occitan se positionne à l'intersection de ces (ses?) deux mondes, se nourrissant des expériences piochées ça (Tame Impala) et là (Aquaserge). C'est sur la route avec les premiers et à Melbourne que Barbagallo a écrit son dernier album Grand chien (traduction du surnom dont on l'affuble en Australie, « Big Dog ») sur lequel il joue de chaque instrument et qui n'est pas sans rappeler les grandes heures d'un Polnareff piétinant avec grâce et en français, à coups de textes farfelus et de glaçages médiévaux, les plates-bandes de ses confrères d'outre-Manche. SD Vendredi 7 juillet à 19h

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On se calme avec La Femme, ni génie ni arnaque. OK ?

Concert | La Femme, pour certains, est l’avenir du rock français. Pour d’autres, c'est plutôt la plus grosse escroquerie de ce début de siècle. Avant le concert du groupe français qui monte à la Belle électrique (et à guichets fermés), on essaie d’y voir plus clair.

Aurélien Martinez | Lundi 21 novembre 2016

On se calme avec La Femme, ni génie ni arnaque. OK ?

Lundi 12 septembre 2016. Tout ce que la France compte de personnalités branchées est devant TMC, obscure chaîne de la TNT, pour regarder la première de Quotidien, nouvelle émission du journaliste star Yann Barthès. Alors que les pastilles d’actu s’enchaînent, l’ancien présentateur du Petit journal annonce la venue de La Femme, « l’événement musical de la rentrée ». Faut dire qu’il était attendu ce Mystère, deuxième album du groupe français après la claque Psycho Tropical Berlin (2013). Sauf que leur prestation fut… comment dire… Il n’y aura que le site des Inrocks pour s’enthousiasmer le lendemain dans un article titré : « l’excellent live de La Femme sur la scène de Quotidien ». Parce que même si le morceau Où va le monde ? qu’ils interprétèrent ce soir-là est dans le plus pur style de La Femme, façon

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Les onze concerts de l'automne (onze, oui)

Saison 2016 / 2017 | On fait quoi jusqu'à la fin de l'année ? On va écouter qui ? Voici une sélection extraite de notre panorama de rentrée culturelle sorti le 14 septembre. Mais allez fouiller aussi sur notre site, dans le coin "les choix de la rédaction" ; vous verrez : on attend de nombreux autres concerts !

La rédaction | Jeudi 15 septembre 2016

Les onze concerts de l'automne (onze, oui)

Ben Harper À en croire la chanson titre de son album Call it what it is, et en tout cas sur ce morceau au moins, Ben Harper continue, après un album avec maman, de revenir aux sources et aux tripes du blues, quelque part du côté de chez Taj Mahal, mais sans se départir de ses accents politiques. Ici, il est question de la vague de bavures meurtrières de la police américaine à l'endroit de nombre de jeunes noirs. C'est donc un Ben Harper habité, comme il l'est aussi en mode Stevie Wonder sur Shine, que l'on retrouvera sur la scène du Summum pour la deuxième en deux ans. Au Summum mardi 4 octobre __________ Stranded Horse Génial esprit transversal, le dénommé Yann Tambour n'en finit plus de tirer le fil que constituent les cordes d'une kora, produisant un mariage de folk, de pop et bien sûr de musique traditionnelle mandingue qui est allé un jour jusqu'à s'échouer magnifiquement sur les terres grises de Joy Division (ah, cette reprise de

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La Femme du ferrailleur

ECRANS | Au fin fond de la Bosnie, Danis Tanovic, le réalisateur de "No man’s land", filme une fiction avec un maximum de documentaire dedans, et s’extirpe du misérabilisme de son contexte et des schémas parfois grossiers de son scénario par l’efficacité de sa mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

La Femme du ferrailleur

Un petit village enneigé au fin fond de la Bosnie. Nazif est ferrailleur, ce qui lui rapporte quelques maigres marks, tout juste suffisants pour nourrir ses deux enfants et sa femme Senada au physique fellinien. Elle est enceinte pour la troisième fois, mais la grossesse se passe mal et elle doit se faire opérer en urgence après une fausse-couche. Sauf que Nazif n’a pas d’assurance-maladie et que l’opération coûte un bras… C’est d’abord une surprise de retrouver Danis Tanovic, le cinéaste précis et élégant de No man’s land, aux commandes d’un film qui exhibe ostensiblement son caractère rugueux et mal dégrossi. L’image est brute, les cadres vacillants et les personnages comme le décor soulignent en permanence le réalisme du contexte. Sans parler du sujet, qui fustige les inégalités à l’œuvre dans la société bosniaque d’après-guerre – Nazif a passé quatre ans à se battre contre les Serbes « dans les tranchées », mais n’y a gagné que des souvenirs traumatiques. C’est d’ailleurs le projet du film tout entier : construire une fiction avec d’énormes pans de réalité documentaire, les acteurs étant au plus proche de ce qu’ils sont dans la vie. Au bout

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Femme sous influences

MUSIQUES | « Il y a des filles dont on rêve / Et celles avec qui l'on dort / Il y a des filles qu'on regrette / Et celles qui laissent des remords / Il y a des (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 17 mai 2013

Femme sous influences

« Il y a des filles dont on rêve / Et celles avec qui l'on dort / Il y a des filles qu'on regrette / Et celles qui laissent des remords / Il y a des filles que l'on aime / Et celles qu'on aurait pu aimer / Puis un jour il y a la femme / Qu'on attendait ». Nul doute que ces paroles, tirées de La Fleur aux dents, la best country song ever de Joe Dassin, ont résonné dans la tête de Pascal Nègre lorsqu'en novembre dernier il a conclu avec La Femme, de turbulents ados que l'industrie s'arrachait depuis des mois. Turbulents et insaisissables. De son mode de fonctionnement – trois compositeurs autour desquels gravitent de fausses ingénues – à ses origines géographiques (de Marseille à Paris en passant par Biarritz), de son look – la bande arbora un temps le combo chevelure platinée/regard perçant des gamins du Village des damnés – à sa culture musicale, bouillon 80's dans lequel barbotent en bonne entente la new wave unisexe de Marie et les garçons et le rock superbement minimal du Velvet Underground, cette Femme-là ne ressemble en effet à aucune autr

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Made in french

MUSIQUES | Dans le sillage de La Femme, de passage à Grenoble cette semaine, une poignée de groupes hexagonaux se réapproprient la langue française en miroir d'une certaine idée de la France, fantasmée comme un paradis perdu qu'il faudrait rapatrier.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 mai 2013

Made in french

« Le rock français, disait John Lennon, c'est comme le vin anglais. » Y ajouter du français, ce serait donc comme le couper à l'eau, on le sait depuis toujours, voire à l'huile de moteur. À son inimitable manière, Jean-Louis Murat résumait ainsi le problème dans un des Inrocks du mois dernier : « Dès que tu as basse-batterie, ta chanson est dépassée. Tu voulais faire une berline et tu te retrouves avec un semi-remorque. » C'est pourtant avec une certaine légèreté de ton et la langue nullement chargée d'un trop lourd héritage – littéraire côté français, rock côté anglo-saxon – qu'une nouvelle génération de popeux a réinvesti la très casse-gueule combinaison mélodies anglophones/idiome francophone. La chose n'est pas nouvelle, a connu des tendances, des écoles (les labels Village Vert et Lithium), mais à vrai dire on n'avait pas vu pareil (épi-?) phénomène depuis l'agonie prématurée de baby rockers (Naast, Brats, Second Sex, Plastiscines...) trop vites portés aux nues d'une France qui rock et qui roll et précipités tout aussi rapi

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