Success story

MUSIQUES | À l’occasion de son passage par le festival Jour & Nuit, on a rencontré le Grenoblois The Hacker, histoire de faire avec lui un retour sur vingt ans de musiques électroniques. Propos recueillis par Régis Le Ruyet

Aurélien Martinez | Lundi 16 septembre 2013

Do it yourself

« 1993, c'est l'année où après la new wave, je flashe sur la techno. Avec mes potes, je découvre les raves party, et c'est la vraie révélation. ». Nîmes, Montpellier... : le groupe organise ses week-ends en fonction des rassemblements. Et comme rien ne bouge à Grenoble, il va prendre les choses en main dans un climat plutôt répressif. « La techno avait mauvaise image, faisait peur. Nous n'avons pas eu à attendre les free party et les technival pour que nos soirées soient interdites. C'était complètement disproportionné, nous ne demandions rien à personne, et nous avions les CRS, les flics pour une fête dans un bar. »

Good Life et Miss Kittin

Arrivé de Valence, Kiko ouvre en 1995 sur les quais Ozone Record, un shop exclusivement techno. Après le label Ozone monté par Kiko et Oxia, The Hacker va créer avec Oxia en 1998 Good Life. En parallèle, il travaille avec Caroline, alias Miss Kittin, sur un style complètement différent mélangeant la musique de son passé new wave à l'expérience de la techno. Dj Hell, le boss du label Gigolo, va craquer tout de suite dessus alors qu'en France, personne n'en veut. « Tout se passe en même temps. Je poursuis les deux projets de front, mais ce qu'avec Miss Kittin nous considérions comme un truc en plus va devenir notre activité principale. L'album cartonne avec un retour de presse incroyable. D'un seul coup, on se retrouve à jouer tous les week-ends partout en Europe, et puis bientôt dans le monde non stop de 1998 à 2003. Après la tournée en Australie, c'était un peu too much, il fallait reprendre de l'air. »  En 2009, ils se remettront à nouveau ensemble pour repartir faire le tour de monde avec l'album Two.

Rêves mécaniques

Juste après ce coup de maître avec Miss Kittin, c'est la sortie en 2004 de Rêves mécaniques, second album solo de The Hacker. « Je surfais encore un peu sur cette vague de succès, ça fera dix ans l'année prochaine et on m'en parle toujours comme une sorte de référence dans la techno française voire internationale. Musicalement, c'est un album électro-techno. Alors qu'avant mes influences étaient flagrantes, là, j'en donnais une version plus aboutie et personnelle. Avec un sentiment de confiance, comme j'avais passé ma phase d'apprentissage. » Après avoir enchaîné les remixes, l'automne 2013 annoncera les premières notes du troisième album à paraître sur le label Zone co-créé avec Gesaffelstein : une production digitale de cinq titres dont la seconde partie paraîtra au printemps avant éventuellement une sortie CD comprenant les deux EPs plus des inédits et des remixes. Mais de ça, on en reparlera en temps voulu.

The Hacker, samedi 21 septembre au Stade des Alpes, dans le cadre du festival Jour & Nuit


Soirée au stade

LE BATEAU ÎVRE. SEBO-K. ANJA SCHNEIDER. TO VAN KAO. ACID WASHED. DANIEL AVERY. THE HACKER
Stade des Alpes 1 avenue de Valmy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Brigid Dawson & The Mothers Network, la Californie sous la pluie

Folk | On dit souvent que les artistes sont en grande partie le produit de leur environnement. Une analyse sans doute un peu cliché, mais qui s’applique à la (...)

Damien Grimbert | Mardi 16 novembre 2021

Brigid Dawson & The Mothers Network, la Californie sous la pluie

On dit souvent que les artistes sont en grande partie le produit de leur environnement. Une analyse sans doute un peu cliché, mais qui s’applique à la perfection à la musique de Brigid Dawson, chanteuse et claviériste pendant pas loin de dix ans au sein de la fameuse formation de garage rock psychédélique californienne Thee Oh Sees. Et la Californie, berceau ensoleillé de la contre-culture des 60’s et terre d’accueil de l’utopie hippie, est bel et bien présente en esprit au sein de Ballet of Apes, son premier album solo sous le nom Brigid Dawson & The Mothers Network : voix apaisée, ambiances planantes, ballades folk langoureuses au doux parfum psychédélique… Mais elle n’est pas la seule. Elevée en Angleterre dans une famille de musiciens (son père était un pianiste de jazz), Brigid Dawson a passé une bonne partie de sa jeunesse à vivre consécutivement entre ces deux pays, et sa musique s’en ressent. Une sorte de spleen pluvieux et mélancolique infuse en permanence en arrière-plan, et la rencontre de ces deux univers opposés donne, dans ses meilleurs moments, une singularité peu commune à ce Ballet of Apes, qu’on est assez impatients de découvrir

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Kittin : rupture et renouveau

Soirée | Un nom de scène raccourci (aux oubliettes le "Miss"), un nouvel album ("Cosmos") franchement emballant qui tranche radicalement avec ses précédentes sorties discographiques... Autant de raisons de se (re)pencher sur Kittin, de passage ce samedi 16 février à la Belle électrique pour un set longue durée de 4h.

Damien Grimbert | Mardi 12 février 2019

Kittin : rupture et renouveau

Le parcours artistique de Kittin est, aujourd’hui, largement connu – surtout à Grenoble, ville qui l'a vue naître en 1973. La découverte des premières raves à l’orée des années 1990 et le choc émotionnel qui l’accompagne, les premiers pas dans le deejaying alors qu’elle est encore étudiante aux Beaux-Arts, sa collaboration prolongée avec The Hacker (un autre Grenoblois de renom) et leur amour partagé pour les sonorités synthétiques sombres des années 1980… Surtout, en 1998, le duo sort deux morceaux emblématiques, 1982 et Frank Sinatra, qui, aux côtés du classique Space Invaders are Smoking Grass du Hollandais I-F, vont amorcer le phénomène électroclash et assurer aux deux artistes un succès international. Trois ans plus tard, c’est la sortie de leur bien intitulé First Album, et le départ de Kittin pour Berlin. Une période faste pendant laquelle la DJ enchaîne les dates à n’en plus finir, sort un mix-CD hautement acclamé (Radio Caroline Volume 1, en 2002), suivi d’un premier album solo très réussi,

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"Parvana" : le conte est bon

ECRANS | Déguisée en garçon, une jeune fille défie les Talibans dans une œuvre à l’univers graphique singulièrement élégant prouvant que les grandes thématiques politiques d’aujourd’hui peuvent constituer la trame d’histoires à la portée du jeune public. Attention, objet précieux.

Vincent Raymond | Lundi 25 juin 2018

Afghanistan. Alors que les Talibans tiennent le pays et ont emprisonné son père (un professeur invalide), la jeune Parvana prend la décision de se travestir en garçon pour trouver de quoi nourrir sa famille. Et tenter de soustraire son papa à ses geôliers. Mais la guerre civile menace… Pour son premier opus en solo, la réalisatrice irlandaise Nora Twomey s’écarte fort logiquement des rails du classicisme et de l’uniformité du cinéma d’animation ; on n’en attendait pas moins d’elle qui fut coréalisatrice avec Tomm Moore de Brendan et le secret de Kells (2009). À sa palette privilégiant avec une judicieuse harmonie des couleurs sables ou éteintes, elle combine un graphisme stylisé, pur, jouant sur les lignes et les aplats, changeant même de technique (elle opte alors pour le papier découpé) lorsque Parvana scande le fil du récit avec les épisodes du conte qu’elle invente pour son entourage. Sans tour de magie ni baguette Cette richesse visuelle ajoute aux qualités de fond d’un film d’animation tout public au propos inattendu puisqu’il aborde frontalement des problématiques politiques contemporain

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"Impitoyable" et "L'Inspecteur Harry" : Eastwood, double détente

ECRANS | Jeudi 18 janvier, le Pathé Chavant consacre une soirée au géant du cinéma qu'est Clint Eastwood.

Vincent Raymond | Lundi 15 janvier 2018

À trois semaines de la sortie de son nouveau film en tant que réalisateur (Le 15:17 pour Paris, inspiré de la tentative d’attentat à bord du Thalys), et alors qu’il semble avoir renoncé à passer devant la caméra, n’est-il pas tentant de se souvenir du comédien Clint Eastwood ; en particulier dans ces deux rôles indissociables de son imposante stature que sont Harry Callahan et Bill Munny ? Pour L’Inspecteur Harry (1971) de Don Siegel, il inaugure pour la première fois la plaque et le révolver Smith & Wesson de son plus fameux alter ego. Flic marmoréen aux mâchoires serrées et aux méthodes jugées expéditives par sa hiérarchie, Harry (qui a hérité du délicieux sobriquet de "Dirty" ainsi que d’une réputation exécrables auprès de ses équipiers – et pour cause : ils se font régulièrement dessouder) est ici sur les traces de Scorpion, un tueur en série terrifiant San Francisco. Inspiré par la traque du tueur du Zodiaque, ce thriller a déchaîné contre lui toutes les consciences progressistes, ulcérées par les saillies systématiques anti de l’ombrageux inspecteur. Taxé de fasciste, Harry est plutôt un anar de droite détes

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Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival : jazz d’octobre

Festival | Zoom sur la treizième édition du festival concocté par le Jazz Club de Grenoble. Avec cette année, quelques belles têtes d'affiche dont une au patronyme bien connu.

Aurélien Martinez | Mardi 10 octobre 2017

Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival : jazz d’octobre

L’agglomération grenobloise n’est pas la plus jazzophile de France. Alors quand, chaque automne, revient sur le devant de la scène le bien nommé Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival (il s’étend chaque année géographiquement un peu plus), on ne peut que se réjouir – si tant est que l’on aime le jazz ; mais tout le monde aime le jazz (ou devrait l’aimer), non ? Au programme de cette treizième édition concoctée par le Jazz Club de Grenoble (là encore un nom bien explicite, et une structure composée uniquement de bénévoles), deux semaines de jazz au sens large (le directeur assure ne pas défendre une esthétique pure) dans six villes de l’agglomération. Avec des concerts d’artistes du coin bien sûr (le festival a été en partie créé pour défendre la scène locale), et des têtes d’affiche capables de rameuter les foules comme le batteur vu à la Nouvelle Star Manu Katché, la chanteuse guadeloupéenne basée à Paris Véronique Hermann-Sambin, le vibraphoniste Vincent Maillard invité par le Quatuor Caliente… Mais le plus grand nom de cette année est sans nul doute le contrebassiste

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Cinq spectacles de cirque (mais pas que) à voir cette saison

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base d'acrobaties mais aussi de western, de clown ou encore d'humour.

La rédaction | Jeudi 14 septembre 2017

Cinq spectacles de cirque (mais pas que) à voir cette saison

Le syndrome de Cassandre Champion du monde de magie avec Baltass, un numéro de balles vu près d'un million de fois sur Youtube, Yann Frisch a poussé plus loin son talent et a même déconstruit son savoir-faire dans cette pièce qui tourne partout et émeut. Il est un clown qui tombe le masque ; plutôt que de faire rire de ses maladresses, il voudrait faire croire ce qu'il raconte. Alors il se fait sombre, sort sa mère en tissu d'un cercueil, escamote des tours et touche au cœur. À l’Hexagone du 17 au 19 octobre Halka Le Groupe Acrobatique de Tanger est une compagnie de cirque impressionnante, qui maîtrise l’art du spectaculaire (ils seront quatorze acrobates sur scène) et de la pyramide humaine. Si nous n’avons pas encore vu leur nouvelle création, on en attend beaucoup. À la Rampe (Échirolles) les 12 et 13 décembre Minuit

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20 ans du Vertigo : trois souvenirs de sa jeunesse

MUSIQUES | Zoom sur la programmation des trois soirs de fête qu'organise le club du centre-ville à l'occasion de ses 20 ans.

Damien Grimbert | Mardi 6 juin 2017

20 ans du Vertigo : trois souvenirs de sa jeunesse

Histoire de fêter avec l’emphase qu’il se doit l’anniversaire de ses vingt ans d’existence, le Vertigo a concocté une programmation sur trois soirs qui devrait laisser les noctambules sur les rotules mais avec de beaux sourires sur les lèvres. Le jeudi, c’est la nouvelle génération d’activistes de la scène électronique grenobloise qui sera mise en avant avec pas moins de huit DJs différents au line-up. Tous issus de différents collectifs bien connus des afficionados du clubbing grenoblois (Mouvement Perpétuel, The Dare Night, Groove Jam, La Maiz, Icône, Eddy Rumas et on en passe), mais tous réunis par le même amour du groove et de la house, Amen, Mazigh, Cosmic Clap, Limon, StinkyB, Nikizi, Nemoz et Mendez viendront ainsi faire souffler un vent de fraîcheur bienvenu sur ce premier soir, le tout en entrée libre s’il vous plaît ! Les deux soirs suivants mettront quant à eux à l’honneur plusieurs figures historiques de la scène grenobloise et habitués de longue date du club du centre-ville avec lequel ils entretiennent une histoire

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Et voici Batwoman, super-héroïne mexicaine !

Cinéma & co | Rendez-vous sur le campus mardi 10 janvier pour une soirée cinéma (gratuite) d'un autre genre, concoctée par l’association Fa Sol Latino et le Festival des Maudits Films.

Damien Grimbert | Mardi 3 janvier 2017

Et voici Batwoman, super-héroïne mexicaine !

Précédée d’une exposition de planches de Batman par l’association La Trace Jaune et d’une intervention de Clément Pélissier autour du thème des comic-books et des super-héros, la prochaine soirée Cinémardi, organisée conjointement par l’association Fa Sol Latino et le Festival des Maudits Films, sera surtout l’occasion de replonger dans les riches heures du cinéma populaire mexicain des années 1960. À l’époque, le Mexique produit des films commerciaux à une échelle industrielle, distribués aux quatre coins de l’Amérique latine voire au-delà. Un terrain de jeu idéal pour les frasques d’un réalisateur comme René Cardona, auteur d’une filmographie pulp démesurée regroupant plus de cent cinquante métrages oscillant entre comédies, mélo, films d’horreur, film d’action super-héroïques et parfois les quatre en même temps. Reprenant, comme dans la fameuse série des Santo, quelques figures archétypales de l’époque (lutteurs masqués, savant fous…), son Batwoman (La Mujer Murciélago en VO) confronte ainsi une catcheuse / agent secret en bikini portant un masque de chauve-souris à un scientifique dément qui enlève des l

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"Sully" : Clint Eastwood reprend les commandes

ECRANS | de Clint Eastwood (E.-U., 1h36) avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Clint Eastwood a-t-il résolu de se momifier en aède de la geste étasunienne contemporaine ? Alors, autant qu’il s’intéresse à cette belle figure du pilote Chesley "Sully" Sullenberger, plutôt qu’à Chris Kyle, sujet de son précédent opus American Sniper (2014). Pour la simple raison que le premier a sauvé les 155 vies de son avion sur le point de s’abîmer en le posant sur la rivière Hudson ; le second ayant gagné sa notoriété en flinguant des ennemis. Mais si ces deux personnages sont considérés par leurs concitoyens comme des héros équivalents malgré leurs mérites opposés, Sully a fait l’objet d’un traitement particulièrement inique : on l’a accusé d’avoir agi de manière irréfléchie et périlleuse. Voilà ce qui a dû titiller Clint, prompt à défendre façon Capra l’honnête homme contre une machine juridico-financière en quête de responsable. Eastwood/Hanks, c’est l’alliance de deux Amériques idéologiquement contradictoires, partageant pourtant des valeurs humaines fondamentales ainsi qu’une foi

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Surgeon, techno sans concession

MUSIQUES | Samedi soir, la Belle électrique proposera un plateau électro de haut niveau, avec donc Surgeon, mais aussi The Hacker, Lucy et Maxime F.

Damien Grimbert | Mardi 4 octobre 2016

Surgeon, techno sans concession

Si l’on n’aborde pas forcément toutes les soirées techno de la Belle électrique avec le même enthousiasme, force est de reconnaître que celle de ce samedi affiche un line-up absolument irréprochable. En tête d’affiche, le vétéran de la techno britannique Surgeon, 25 ans d’activité au compteur, jouera en format live pour son premier passage à Grenoble. Artiste aux influences versatiles, puisant aussi bien dans la noise et l’indus que l’IDM, l’ambient et la bass music, Anthony Child de son vrai nom affiche depuis ses débuts un amour immodéré pour les sonorités dures, les rythmiques martiales et les expérimentations en tout genre. Père spirituel de toute la nouvelle scène "noise techno" qui sévit en Angleterre depuis cinq ou six ans (Karenn, Truss, Perc…) et première partie improbable de Lady Gaga lors de son dernier passage à Birmingham, il sera en bonne compagnie aux côtés de l’Italien Lucy. Fondateur de l’excellent label Stroboscopic Artefacts en 2009, ce dernier est quant à lui l’auteur d’une techno sombre et rituelle flirtant avec l’expérimental, mêlant influences dub et velléités psychédéliques. Pour compléter ce plateau d

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The Hacker et David Carretta vont souffler les bougies du Vertigo

MUSIQUES | Rendez-vous ce vendredi 3 juin pour la soirée des 19 ans du mythique club grenoblois.

Damien Grimbert | Mardi 31 mai 2016

The Hacker et David Carretta vont souffler les bougies du Vertigo

Histoire de fêter en beauté son 19e anniversaire ce vendredi 3 juin, le Vertigo a fait appel à deux vétérans chevronnés de la scène électronique française : le Grenoblois The Hacker et le Marseillais David Carretta (en photo). Amis de longue date et collaborateurs fréquents, les deux artistes ont émergé à peu près à la même période – deuxième moitié des années 1990 – et sorti leurs premiers EPs sur le même label – International Deejay Gigolo Records, mené de main de maître par l’Allemand DJ Hell. De quoi forger des liens solides, d’autant que leurs principales influences musicales puisent à peu de choses près dans les mêmes sources 80’s : EBM, techno et indus pour la dimension sombre, les atmosphères troubles et les rythmiques martiales, et new wave, él

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The Hacker : « On a toujours été un peu à part »

MUSIQUES | À l’occasion de sa soirée carte blanche prévue ce samedi à la Belle électrique, on a été discuter avec le Grenoblois The Hacker de DJ Hell et I-F, les deux artistes qu’il a choisi d’inviter à jouer à ses côtés. Propos recueillis par Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mardi 1 décembre 2015

The Hacker : « On a toujours été un peu à part »

À quand remonte votre rencontre avec DJ Hell ? The Hacker : 1997. C’est l'un des premiers DJs que j’ai entendu mélanger pas mal de styles dans ses sets, il ne jouait pas que de la techno ou de la house, mais aussi du disco, de la new wave, des vieux trucs des années 1980… Ça a été une sorte de révélation pour moi, parce qu’en même temps, ça restait vraiment cohérent. Et quand il nous a signés avec Miss Kittin sur International Deejay Gigolo Records, le label qu’il venait de monter, ça a vraiment été un moment décisif pour notre carrière, parce que le mélange d’électro et de new wave qu’on faisait n’était pas du tout à la mode à l’époque. Il a été le premier à croire en nous. C’est quelqu’un qui m’a inspiré musicalement, mais surtout qui m’a permis de gagner en confiance, de me décomplexer en tant que DJ. Et I-F ?

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Chappie

ECRANS | Déroute intégrale pour Neill Blomkamp avec ce blockbuster bas du front, au scénario incohérent et à la direction artistique indigente, où il semble parodier son style cyberpunk avec l’inconséquence d’une production Luc Besson. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 5 mars 2015

Chappie

S’il fallait une preuve que la politique des auteurs a des limites, Chappie jouerait à merveille ce rôle : on y voit un cinéaste, le Sud-Africain Neill Blomkamp, dont on a pu apprécier la cohérence de ses deux premiers films (District 9 et Elysium), commuer sa rage punk en une grotesque parodie sur un scénario écrit à la va-vite, incapable d’élaborer le moindre discours et même pas foutu d’assurer le minimum syndical en matière de blockbuster futuriste. Pourtant, tout est là : l’alliance entre l’humain et la machine (ici, un robot policier doté d’une intelligence artificielle est récupéré par des gangsters très méchants pour lui faire commettre un braquage permettant d’honorer leurs dettes), un futur proche qui ressemble à une extrapolation de nos ghettos sociaux contemporains, un goût de la destruction et des ruines urbaines… Cet effet de signature n’est qu’un trompe-l’œil : Blomkamp ne retrouve jamais la substance politique, même maniché

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American Sniper

ECRANS | En retraçant l’histoire de Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de toute l’histoire américaine, Clint Eastwood signe un film de guerre implacable où la mise en scène, aussi spectaculaire qu’aride, crée la dialectique si chère au cinéaste pour rendre la complexité de ce héros ambigu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

American Sniper

« Tu es un redneck » dit sa future femme à Chris Kyle (massif et impressionnant Bradley Cooper) lors de leur première rencontre. « Non, je suis Texan » lui répond-il. Et il précise : « Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux. » Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’Americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait apparaît

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Les soirées de janvier

MUSIQUES | Zone Night Pour sa première soirée électro après l’inauguration de samedi dernier, la Belle électrique confie les rênes à The Hacker, qui viendra présenter (en (...)

Damien Grimbert | Mardi 13 janvier 2015

Les soirées de janvier

Zone Night Pour sa première soirée électro après l’inauguration de samedi dernier, la Belle électrique confie les rênes à The Hacker, qui viendra présenter (en format live s’il vous plaît) les compositions de son très réussi nouvel album Love/Kraft, sorti en deux temps au printemps et en septembre. Soit une techno martiale teintée de réminiscences électro et new wave mais également d’une pointe d’électro-pop et d’italo-disco dans sa deuxième partie, portée par des atmosphères mélancoliques et de splendides mélodies rétro-futuristes qui font forte impression. Également présents à ses côtés, deux DJ/producteurs parisiens de référence signés sur son label Zone (Maelstrom et Djedjotronic, pour sa première date grenobloise sauf erreur de notre p

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La nuit et le jour nous appartiennent

MUSIQUES | L’exigeant et excitant festival Jour & Nuit en est à sa quatrième édition. Et à sa dernière totalement hors les murs, l’asso aux commandes (MixLab) étant celle qui va s’occuper de la Belle électrique une fois que la salle sera ouverte – en décembre. Mais parlons du présent, et de la programmation découpée en plusieurs morceaux, avec un volet concert et un autre clubbing, notamment au Boulodrome de Grenoble. Classe. Stéphane Duchêne et Damien Grimbert

Aurélien Martinez | Mardi 23 septembre 2014

La nuit et le jour nous appartiennent

Côté concerts En ouverture du festival, on opère d'emblée un saut quantique vers la Bobine entre l'Angleterre et l'Amérique du Sud, avec l'Anglais de Colombie Will Holland alias euh... Quantic donc, DJ producteur et multi-instrumentiste mélangeant électro et musiques d'Afrique, des Caraïbes et de chez lui aussi pour une sorte de trip en totale flottaison – à l'image de son album Magnetica farci de collaborations venues de partout. Le lendemain au Ciel, on ne pouvait rêver mieux qu'Isaac Delusion pour continuer dans cet esprit, avec ce qu'on pourrait appeler un groupe de décollage – ou qui, au moins, nous empêchera de réaterrir. Le duo parisien nous fait renouer avec un style qui avait pu paraître désuet, ici de nouveau au goût du jour : la dream pop, cette manière de faire flotter les mélodies sur des nappes de claviers, d'y poser à peine le voile d'une voix – qui plus est si singulière – et de réussir à faire tenir tout cela à mille coudées au-dessus du sol. Sorti en juin, le premier album

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The Two faces of January

ECRANS | D’Hossein Amini (EU-Ang-Fr, 1h37) avec Viggo Mortensen, Kirsten Dunst, Oscar Isaac…

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

The Two faces of January

Dans les années 60 en Grèce, un petit arnaqueur américain officie comme guide touristique et se rapproche d’un couple bien sous tous rapports, lui très riche, elle très belle. Sauf que le mari est en fait un escroc recherché, cachant à sa femme la réalité de ses activités et embringuant le guide dans un jeu dangereux. Tiré d’un roman de Patricia Highsmith, The Two faces of January prolonge le travail entrepris par feu-Anthony Minghella sur Le Talentueux Monsieur Ripley, à qui Hossein Amini, scénariste de Drive (ce qui est à la fois un bon et un mauvais présage, la valeur du film tenant surtout à la mise en scène de Winding Refn) reprend une évidente volonté de classicisme. De fait, The Two faces of January tente de retrouver l’atmosphère des polars exotiques à l’ancienne, mais ne dépasse pas dans sa mise en scène le niveau d’un joli catalogue d’images glacées et racées, lissant tout le trouble de l’intrigue et réduisant les personnages à des stéréotypes sans épaisseur. Cette aseptisation touche particulièrement le jeu d’ordinaire fiévreux de Mort

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« Je déteste la monotonie »

MUSIQUES | Dix ans après la sortie de "Rêves Mécaniques", The Hacker est de retour avec "Love/Kraft", nouvel album en deux parties dont la première moitié est désormais disponible en digital (la seconde arrivera à la rentrée, en même temps que la sortie physique de l’album). Entretien avec un artiste toujours autant passionné. Propos recueillis par Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mardi 29 avril 2014

« Je déteste la monotonie »

Pourquoi ce choix d’une sortie en deux temps ? The Hacker : Pour plusieurs raisons. C’est un album un peu particulier pour moi, plus difficile que les autres ; je m’y suis repris à plusieurs fois, j’ai souvent changé l’ordre et la direction des morceaux… Du coup, autant le présenter d’une manière moins traditionnelle que les autres. Et puis l’un des thèmes de l’album, c’est la dualité qu’il y a dans ma musique, qui a toujours eu un côté un peu dur et agressif, et un côté plus soft et mélodique. C’est aussi pour ça que je voulais le présenter en deux fois avec une première partie plus rentre-dedans, assez dancefloor, et une seconde qui sera plus soft. Et, plus généralement, je me demande si le format album est encore viable aujourd’hui vu la manière qu’ont les gens d’écouter de la musique : ils vont plutôt écouter deux ou trois morceaux vite fait que l’album dans son intégralité... Ces derniers temps, on vous a vu faire un mix italo-disco pour l’émission Overdrive Infinity de Teki Latex sur Daily

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Les soirées de février

MUSIQUES | Balkan Beat Circus Pour son tout premier événement, la jeune association grenobloise Bakkus propose une alléchante soirée pluridisciplinaire au Drak-Art, (...)

Damien Grimbert | Mardi 4 février 2014

Les soirées de février

Balkan Beat Circus Pour son tout premier événement, la jeune association grenobloise Bakkus propose une alléchante soirée pluridisciplinaire au Drak-Art, placée sous le double signe de la musique balkanique et des bazars forains d’antan. Au programme, des Dj-sets orientés balkan beat par le Barcelonais Grounchoo (photo) et les locaux du BSP Crew (Little Tune, Matt Tracker et DJ Akor), mais également trois spectacles visuels signés par les Lyonnais de Freaks Factory : Lady Dada (show burlesque), Erica Jolibellule (hula-hoop) et E Kartel Perf (fakirisme). Le tout sous l’égide de la mystérieuse femme à barbe Jessica Morrigan, qui jouera le rôle de maîtresse de cérémonie tout au long de la soirée. Histoire de rajouter encore un peu à l’ambiance, précisons que les déguisements insolites seront les bienvenus… Balkan Beat Circus, samedi 8 février au Drak-Art

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Made in Grenoble

MUSIQUES | 25 ans pour le Summum… et bientôt entre 15 et 20 ans d’activité pour les parrains historiques de la scène électronique grenobloise, qui reviennent avec une (...)

Damien Grimbert | Lundi 18 février 2013

Made in Grenoble

25 ans pour le Summum… et bientôt entre 15 et 20 ans d’activité pour les parrains historiques de la scène électronique grenobloise, qui reviennent avec une régularité métronomique sur les devants de la scène à l’occasion de grands raouts techno qui font désormais figure de tradition bien intégrée (et appréciée) dans le paysage local. À l’intention des nouveaux arrivants, récemment convertis aux musiques électroniques, distraits incurables et autres jeunes enfants en bas âge, présentons quand même ces grands anciens qui ont réussi à inscrire le nom de Grenoble sur l’atlas mondial de l’électro. D'abord Miss Kittin, sans doute la plus éclectique du lot, égérie électro-techno réputée dans le monde entier pour ses sélections irréprochables et ses vocalises glaciales au micro, auteur de deux albums solo, d’une bonne demi-douzaine de mix-CDs, et de deux autres albums encore aux côtés de The Hacker, dont l’inoubliable

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Les soirées du mois de février

MUSIQUES | Lazy Flow Figure montante de la nouvelle scène électronique parisienne, Lazy Flow, 23 ans tout juste, fait partie de cette génération de DJ/producteurs (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 31 janvier 2013

Les soirées du mois de février

Lazy Flow Figure montante de la nouvelle scène électronique parisienne, Lazy Flow, 23 ans tout juste, fait partie de cette génération de DJ/producteurs grandie en pleine euphorie french touch 2.0, mais qui a eu l’intelligence de privilégier les chemins de traverse aux autoroutes encombrées de la grosse électro saturée. Puisant leurs influences dans les sonorités house, UK funky, tropical, footwork ou jersey club, ses divers EPs et remixes pour des labels comme Young Gunz, Moveltraxx, Southern Fried, San City High, Mental Groove ou encore Record Makers ont réussi à l’imposer comme un artiste à suivre, ce que son set du vendredi 8 février dans le cadre de la soirée Night In the Hood 2 ne devrait que confirmer. Organisée par Oscar et sa bande, cette dernière, qui le verra accompagné aux platines par Futurless et Arte William, sera également l’occasion de découvrir en live son dernier EP en date, Jet Lag, sorti en décembre dernier et préambule à un très attendu premier album prévu courant 2013 sur Sony Music et Moveltraxx. Night in the Hood 2, vendredi 8 février au

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Vision de nuit

MUSIQUES | Pôle d’attraction majeur du festival, la programmation "club" de Jour & Nuit se répartit sur quatre soirées (deux le vendredi, deux le samedi) aux (...)

Damien Grimbert | Vendredi 14 septembre 2012

Vision de nuit

Pôle d’attraction majeur du festival, la programmation "club" de Jour & Nuit se répartit sur quatre soirées (deux le vendredi, deux le samedi) aux couleurs musicales bien distinctes… Soul, funk, jazz, exotica, hip-hop, sonorités psyché et électro downtempo seront à l’honneur des DJs sets résolument orientés crate-digging du vétéran de Ninja Tune DJ Food (auteur au printemps d’un très réussi nouvel album, The Search Engine, sur le label londonien) et du Suisse Dimlite (qui avait impressionné beaucoup de monde avec la sortie en 2011 de son Grimm Reality chez les Californiens de Stones Throw Records). Rock dansant et tubes électro survitaminés constituent quant à eux la marque de fabrique de la star londonienne Erol Alkan, qui fera son retour sur Grenoble précédé du duo parisien Darabi et de leur langoureuse house music sous codéine. Petit prince de la scène nu-disco norvégienne, Prins Thomas devrait réussir à séduire sans problème les amateurs du genre, et sera accompagné pour l’occasion par le "versatile" I :Cube, moitié du duo Château Flight venu promouvoir son surprenant dernier opus « M » Megamix, composé de 24 morceaux distincts dépassant rareme

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Bien frappé

MUSIQUES | Pour sa 13e édition, LE festival d'été de Grenoble fait plutôt dans la dentelle avec sa programmation aux petits oignons faite de découvertes, de futurs grands et de déjà immenses. Un cahier des charges qui se résume à lui tout seul dans la soirée du vendredi 27 juillet. Stéphane Duchêne

Aurélien Martinez | Lundi 16 juillet 2012

Bien frappé

Entamé au début du siècle avec des petits jeunes qui ont fait du chemin depuis (Dionysos, Julien Lourau, Philip Prohom), le Cabaret frappé a vu passer de la vedette (Dominique A, The Wailers, Herman Düne, Tahiti 80) mais peut-être pas autant qu'il n'a modestement contribué à en révéler. Et comme on ne change pas un programme qui gagne – sauf peut-être en politique, mais c'est une autre histoire – c'est sur cette ligne que le festival grenoblois poursuit sa route pour l’édition 2012. Avec des soirées thématiques qui, à notre humble avis, culmineront, si ce n'est le samedi avec un intouchable combo électro The Shoes-Nasser, avec la pénultième soirée, celle du vendredi, plutôt orientée pop-rock battant pavillon indé. La preuve en sera, au Kiosque, avec l'un des plus illustres – et pourtant bien trop méconnus – représentants de l'esprit indé, pour ne pas dire de l'esprit "va te faire foutre" : Theo Hakola. Une sorte de Nick Cave franco-américain qui n'aurait jamais su cacher que son cœur est à gauche, très à gauche. Ce qui lui valut de compose

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Piles électriques

MUSIQUES | Franz Ferdinand (photo) et Two Door Cinema Club sont deux groupes qui, chacun dans leur genre, arrivent transformer n’importe quelle foule un brin (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 4 juillet 2012

Piles électriques

Franz Ferdinand (photo) et Two Door Cinema Club sont deux groupes qui, chacun dans leur genre, arrivent transformer n’importe quelle foule un brin éreintée en une armée de clubbers surexcités. Car Franz Ferdinand, c’est du rock écossais qui sonne comme du rock tout court, avec une certaine tendance à produire des tubes à la pelle. Et car Two Door Cinema Club, c’est du pop-rock nord-irlandais aux entournures électro, qui assume son côté terriblement jovial et bondissant. Deux machines de guerre en concert (avec une très nette avance pour les premiers, expérience oblige – ils ont trois albums au compteur, quand les jeunots en sont à leur premier), parfaites pour la configuration gigantesque de Musilac. Franz Ferdinand, le samedi à 22h   Two Door Cinema Club, le

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J. Edgar

ECRANS | Clint Eastwood revient à son meilleur avec cette bio de J. Edgar Hoover, dont la complexité et la subtilité sont à la hauteur de cette figure controversée de l’histoire américaine. Christophe Chabert

François Cau | Dimanche 8 janvier 2012

J. Edgar

Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un homosexuel honteux incapable de s’affranchir d’une mère castratrice ? Un junkie cherchant à repousser le moment tragique où il n’aura plus la puissance physique de résister à ceux qui réclament son départ ? Un mythomane qui ne cesse de réécrire son histoire, s’inventant un destin héroïque et romanesque ? Il était tout cela, mais ce tout est aussi un grand vide, et l’énigme Hoover demeure entière. Clint Eastwood, fidèle à sa dialectique qui lui permet de critiquer les mythes fondateurs de l’Amérique sans pour autant en dénoncer les valeurs, fait du portrait de Hoover un labyrinthe temporel où chaque séquence viendrait brouiller la précédente, où le personnage ne serait jamais saisi dans une alternance de blanc et de noir, mais dans de constantes zones de gris. De fait, si le cinéaste déconstruit Hoover, il refuse toute explication psychologique. Et pour cause : le film ne cesse de dire qu’Hoover n’existe pas, qu’il est une invention, un être dont la vie n’a été qu’une affaire d’adaptation, d’opportunisme et de survie. La grand

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Happy New Year

ECRANS | de Garry Marshall (USA, 1h58) avec Hilary Swank, Michelle Pfeiffer, Robert De Niro, Zac Efron, Katherine Heigl…

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Happy New Year

Echec permanent, le nouvel an avait peu de chance de trouver un salut au cinéma. Pas plus que la Saint-Valentin, déjà prétexte à un film people pour Garry Marshall. Regroupant une brochette de stars dans le creux de la vague ou à l'avenir incertain, Happy New Year tente pourtant l'impossible : le film choral sur la Saint-Sylvestre. Suivant le patron de Love Actually, Marshall assemble dix intrigues bidons pour n'en traiter aucune, veillant seulement au temps de présence du casting et justifier l'événement qui lui sert d'alibi. Jumeau en tout mais moins honteux que Valentine`s Day, Happy New Year tient du pudding de Noël, de la comédie romantique sucrée et eucharistique, entièrement prisonnière de son concept marketing sur la rédemption. Du néant, assez linéaire, s'échappe malgré tout Michelle Pfeiffer. En duo improbable avec Zac Efron, l'actrice erre ébahie, fragile, insaisissable, Catwoman malade fissurant d'un regard la formule insipide pour lui offrir un peu de sublime. Jérôme Dittmar

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Encore et toujours la rentrée…

MUSIQUES | Soirée / Cette semaine, c’est un établissement hautement prisé des noctambules grenoblois de tout poil qui attaque la saison 2011-2012 sur les chapeaux de (...)

François Cau | Lundi 5 septembre 2011

Encore et toujours la rentrée…

Soirée / Cette semaine, c’est un établissement hautement prisé des noctambules grenoblois de tout poil qui attaque la saison 2011-2012 sur les chapeaux de roue. Le Bar MC2, éternel point de chute des samedis soirs agités, repaire des technophiles locaux les plus exigeants mais aussi de jeunes freluquets en goguette à qui on devrait apprendre à boire, fief aussi éclectique que paradoxal d’un crew de DJs qui Détestent la Musique, bref, ce lieu de tous les possibles musicaux et festifs accueille pour sa première soirée une affiche des plus recommandables. En vedette à l’américaine, ou plutôt à l’italienne, un habitué de l’endroit en la personne de The Hacker, sommité électro qu’a priori rien ne fera jamais bouger de Grenoble, en dépit de son succès international jamais démenti. Quiconque fréquente ne serait-ce qu’un peu le milieu local de la nuit l’a vu un certain nombre de fois, mais on ne se lasse jamais de ses sets fiévreux, montées aux enfers électroniques dark prenant les dancefloors à rebrousse-poil pour mieux les dynamiter. A ses côtés, David Carretta (tout poitrail dehors ci-dessus), dont on garde toujours un excellent souvenir du Rodeo Disco, ne devrait rien faire pour calmer

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«Tout simplement éclectique»

MUSIQUES | À l’occasion de son DJ-set de samedi au Bar MC2 pour l’anniversaire d’Interface Electronics, on a fait le point avec Miss Kittin sur l’évolution de la scène club. Propos recueillis par Damien Grimbert

François Cau | Vendredi 25 février 2011

«Tout simplement éclectique»

Petit Bulletin : Vous suivez toujours d’aussi près les sorties musicales, ce que passent les autres DJs, ou vous avez pris un peu de recul par rapport à ça ?Miss Kittin : Heureusement que je me tiens encore informée, sinon il serait temps de changer de métier ! J'essaie de changer ma sélection à chaque set, mais avec du recul, ce n'est pas la course à la nouveauté non plus, le monde musical ne change pas de semaine en semaine. Quels sont les artistes qui vous ont le plus marquée ces derniers temps ?Ces derniers mois, le DJ qui m'a vraiment surprise par sa personnalité, en dehors de ses sets d'ailleurs, c’est Seth Troxler. À mes yeux, c’est un peu le Jean-Michel Basquiat de l'électronique, c'est un vrai original. La scène club est un peu tranchée depuis quelques années, certains DJs privilégient l’efficacité, d’autres le côté « cérébral »… Quelle est votre vision des choses ?Je suis tout simplement éclectique, j'essaie de mélanger tout ce que j'aime, le cérébral, et le côté plus festif. Je trouve d'ailleurs qu'il y a tout de même un retour à ce style de deejaying "classique", ave

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Qui es-tu, le western ?

ECRANS | Genre / Donné pour mort après le passage de Sergio Leone et de Sam Peckinpah, le western reste un genre populaire, un film venant à intervalles réguliers le (...)

François Cau | Mercredi 16 février 2011

Qui es-tu, le western ?

Genre / Donné pour mort après le passage de Sergio Leone et de Sam Peckinpah, le western reste un genre populaire, un film venant à intervalles réguliers le rappeler en faisant un carton au box office et en remportant une moisson d’oscars. Mais c’est aussi un genre atomisé, allant du néo-classique au maniérisme, du conservatisme au «révisionnisme». Quatre ans après l’échec cinglant du western marxiste de Cimino La Porte du paradis, Clint Eastwood tourne Pale Rider (1985), tentative crédible de réinscrire le genre dans son histoire — entre Ford et Leone. Le succès pousse d’autres cinéastes à s’engager dans cette voie, mais les conduit surtout à une distance ironique avec les codes : le troisième Retour vers le futur (1990) et les deux volets de Young guns (1988 et 1990) sont des westerns fétichistes et décalés. Seul Kevin Costner avec son triomphal Danse avec les loups (1990) retrouve le souffle spectaculaire des grandes épopées classiques, même si le sujet du film change complètement la perspective sur la légende de l’Ouest en montrant un Yankee adopté par les Indiens. Quand Eastwood, encore lui, réalise Impitoyable (1992), o

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Au-delà

ECRANS | Du drame surnaturel en forme de destins croisés que le sujet autorisait, Clint Eastwood ne conserve que les drames individuels de ses personnages, dans un film d’une grande tristesse et d’une belle dignité. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 13 janvier 2011

Au-delà

Journaliste star de France Télévisions, Marie Lelay (Cécile de France, convaincante malgré quelques maladresses concernant l’activité de son personnage) est emportée par le tsunami thaïlandais de 2004. Elle vit alors une expérience de mort imminente au cours de laquelle elle distingue des silhouettes sur un fond blanc aveuglant. De retour en France, elle reste hantée par cette vision. Dans le même temps, à Londres, le frère jumeau de Marcus, Jacob, meurt écrasé par une voiture. Et à San Francisco, George Lonegan (formidable Matt Damon, aussi massif que fragile), medium vivant son «don» de communication avec les morts comme une «malédiction», tente de se reconstruire en travaillant à l’usine et en suivant des cours de cuisine. On voit bien les écueils qui guettaient Au-delà : son rapport au paranormal, qui a déjà donné naissance à une flopée de nanars new-age, et son scénario en destins croisés et mondialisés façon Iñarritu. Mais Clint Eastwood, justifiant l’admiration qu’on peut avoir pour son cinéma, déjoue tout cela par la seule intelligence de son point de vue. Le surnaturel n’est pas son problème, mais celui de ses personnages ; ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir s’i

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Fincher, 10 ans d’histoire

ECRANS | Analyse / Vilipendé à la sortie de "Fight club", David Fincher est dix ans plus tard acclamé pour les mêmes raisons : sa capacité à créer des héros ambivalents synchrones avec l’ère numérique. CC

François Cau | Vendredi 8 octobre 2010

Fincher, 10 ans d’histoire

Dans Fight club, Edward Norton se retrouvait piégé dans un environnement aseptisé, reflet d’une société de consommation standardisée, made in Ikea, qu’il pulvérisera en s’inventant un double anarchiste et punk ; dans The Social network, Mark Zuckerberg crée un site à travers lequel chacun peut se créer une identité virtuelle, dans laquelle on raconte sa vie, réelle ou fantasmée. Comme une parenthèse ouverte à l’aune des années 2000 et close quelques mois après leur fin, David Fincher a tourné deux films, l’un visionnaire, l’autre récapitulatif, sur le bouleversement majeur de la décennie : l’irruption du virtuel et du numérique comme un événement fondamental. Des rides et des pixels Cinématographiquement pourtant, tout a changé. La furia visuelle de Fight club, avec ses images subliminales, ses plans impossibles qui traversent les corps et les murs, ses décors qui s’animent comme un catalogue vivant, a laissé la place à un cinéma de la parole et des visages, où la direction artistique est toujours aussi remarquable mais nettement moins ostentatoire. Par ailleurs, les effets numériques de Fight club se greffaient sur un film qui non seulement ét

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Sorkin, politique d’un auteur

ECRANS | The Social network n’est pas que le dernier exemple en date des noces fécondes entre Hollywood et les créateurs de l’âge d’or des séries télé. Si Aaron Sorkin (...)

Christophe Chabert | Vendredi 8 octobre 2010

Sorkin, politique d’un auteur

The Social network n’est pas que le dernier exemple en date des noces fécondes entre Hollywood et les créateurs de l’âge d’or des séries télé. Si Aaron Sorkin s’est fait connaître du grand public en signant À la maison blanche pour NBC, il a fait ses armes en tant qu’auteur dramatique sur les planches de Broadway. Il n’a que 28 ans au moment de la création de sa première pièce, Des hommes d’honneurs, saluée unanimement par la critique et dont il signera l’adaptation cinématographique réalisée par Rob Reiner. Comme tous les grands auteurs anglo-saxons, Aaron Sorkin s’intéresse avant tout aux histoires qu’il raconte et aux enjeux que celles-ci véhiculent, autant qu’à la parole, pourtant vertigineuse, des personnages. À la maison blanche, sa deuxième série après l’inédite Sports night, lui donne toute latitude pour exercer son don de dialoguiste et son goût : en créant une fiction où un Président américain et son administration doivent traverser, grosso modo, les événements qui arrivent réellement à George W. Bush, ses conseillers et ses secrétaires d’état, Sorkin invente une uchronie au long cours, mettant en perspective l’His

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Le monde selon Facebook

ECRANS | Cinéma / David Fincher et Aaron Sorkin retracent l’ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, de ses années à Harvard jusqu’aux deux procès intentés contre lui, dans un film passionnant et d’une folle ambition sur la naissance d’une nouvelle forme de capitaliste. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 7 octobre 2010

Le monde selon Facebook

Première séquence de The Social network : Mark Zuckerberg et sa petite amie Erica discutent autour d’une bière. Il lui explique avec arrogance l’intérêt d’entrer dans les clubs selects de Harvard, et qu’elle n’y parviendra pas sans lui ; en retour, elle le plaque sèchement, ce qui trouble à peine sa détermination. Prologue brillant où s’épanouit la verve inimitable d’Aaron Sorkin ; le créateur d’À la maison blanche retrouve ici son terrain de prédilection : les coulisses de l’Histoire racontées comme des marivaudages quotidiens, au plus près de la parole et des problèmes personnels de ses protagonistes. Restait à savoir comment le texte de ce virtuose allait être interprété par un cinéaste qu’on qualifie, par paresse, de «visuel» : David Fincher. Plus que jamais proche de l’intelligence cinématographique d’un Kubrick, Fincher a choisi d’adapter sa mise en scène à ce matériau scénaristique, ne cherchant ni à l’aérer, ni à l’agiter gratuitement, sans pour autant refuser d’y apposer une vision personnelle. C’est la première et immense qualité de The Social network : la rencontre de deux grands artistes pour un dialogue tantôt complémentaire, tantôt contra

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Phoenix au sommet de la hype

MUSIQUES | Les Français de Phoenix se produiront mardi soir à la MC2, à guichets fermés – qui a dit que le public hexagonal les boudait ? Ils seront accompagnés des prometteurs Two Door Cinema Club et leur électro-pop virale.

Aurélien Martinez | Vendredi 12 mars 2010

Phoenix au sommet de la hype

Pitchfork, le site internet américain de référence en matière de hype musicale, l’a affirmé péremptoirement : avec Wolfgang Amadeus Phoenix, les Français de Phoenix ont signé le huitième meilleur album de l’année 2009, et deux de leurs singles (Lisztomania et 1901) comptent parmi les dix titres que l’on se devait d’aimer l’année dernière (juste derrière les vénérés Animal Collective et les Américains de Dirty Projectors) sous peine de paraître ringard. Ça en jette pour des bouffeurs de grenouilles. Car c’est un fait : les gars de Phoenix sont adulés outre-Atlantique (ils ont été le premier groupe hexagonal à jouer en live sur le plateau du cultissime Saturday Night Live, et ont même gagné le Grammy du meilleur album alternatif de l'année, devant des monstres comme Depeche Mode ou Brian Eno), mais presque méprisés dans leur pays natal qu’est notre douce France (ils étaient absents des Victoires de la musique, les organisateurs leur ayant préféré dans la catégorie enregistrement de musiques électroniques ou dance de l’année Air, Birdy Nam Nam, Wax Tailor… et David Guetta !). Nul n’est prophète

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Invictus

ECRANS | De Clint Eastwood (ÉU, 2h13) avec Morgan Freeman, Matt Damon…

François Cau | Lundi 11 janvier 2010

Invictus

La réussite d’Invictus tient à un fil, comme souvent chez Clint Eastwood. Sa manière de s’extraire par le haut des conventions scénaristiques rappelle son précédent film Gran Torino. Son héros, Nelson Mandela, a d’ailleurs plus d’un point en commun avec Walt Kowalski : derrière l’image publique, on découvre un vieillard seul, fatigué, prêt à sacrifier sa personne pour réconcilier deux peuples qui se détestent. Eastwood ne cache pas son admiration envers le personnage, et il le filme avec une bouleversante délicatesse. La première partie montre comment il entre à pas feutrés dans ses habits de Président. L’humanisme et l’équité dont il fait preuve rejoint le regard du cinéaste : chaque personnage, blanc ou noir, principal ou secondaire, sera traité avec le même nuancier, les mêmes égards. Mais le cœur d’Invictus est ailleurs, quand Mandela prend conscience que c’est par le sport que son projet de réconciliation peut se concrétiser. La coupe du monde de rugby va avoir lieu en Afrique du Sud, et les Spring Boks sont en pleine déroute. Man

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Rivières de beats

MUSIQUES | Grenoble, capitale européenne de l’électro ? Hey, pour une fois, grâce à la soirée Made In Grenoble 2 organisée ce samedi à la MC2 par Interface Electronics, on pourra presque le prétendre sans rougir… FC

François Cau | Lundi 2 novembre 2009

Rivières de beats

L’anecdote est éloquente : quelques années en arrière, Jérôme Safar, alors Adjoint à la Culture, se rend à Berlin, l’une des grandes plaques tectoniques de la culture électro. Sur place, il apprend, non sans stupéfaction, que la ville de Grenoble est considérée comme un lieu emblématique des sonorités techno, en grande partie grâce au succès désormais international d’artistes brillants (en tête desquelles se trouve le duo Miss Kittin & The Hacker) et à l’activisme forcené des organisateurs de soirées locales. Et la municipalité de prendre le train électronique en marche, tentant vaille que vaille de faire sortir ses militants des bois. En attendant, de pied ferme, la nouvelle salle de musiques actuelles grenobloise, dont l’un des axes sera la mise en valeur de ce nouveau patrimoine, l’un des projets les plus symboliques de cette reconnaissance locale pour le moins tardive fut l’organisation à la MC2, en octobre 2006, de la première soirée Made in Grenoble, avec le concours précieux de l’association Interface Electronics. Trois ans plus tard, les maîtres d’œuvre de cette célébration mémorable remettent donc le couvert, et ne font pas les choses à moitié. Casc

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Ensemble c’est two

MUSIQUES | Leur "First Album" avait durablement traumatisé son monde, assis leur réputation à l’international, et donné ses lettres de noblesse à la mouvance électroclash. Huit ans plus tard, "Two", le second album de Miss Kittin et The Hacker, surfe sans complexe sur d’autres esthétiques. Décryptage. François Cau

François Cau | Lundi 30 mars 2009

Ensemble c’est two

2001. La scène électro française vit tranquillement sur ses acquis, se repose nonchalamment sur les représentants proprets de ce qu'on a appelé, dans un élan d'inspiration à même de décoiffer le brushing de Bob Sinclar, la French Touch. Surgi de nulle part (enfin, de Grenoble, quoi), un duo frondeur, sexy en diable, baigné dans les sonorités électro pop des années 80 et armé d'une ironie létale impose un improbable mantra. To be famous is so nice, Suck my dick, Lick my ass. Le refrain de Frank Sinatra, redoutable single du First Album de Miss Kittin et The Hacker, hymne décalé à la fatuité jet-setteuse, entre dans les têtes des amateurs de techno pour ne plus en sortir. Là où tant d'autres auraient capitalisé sur cette soudaine reconnaissance jusqu'à ce que mort artistique s'ensuive, le tandem a alors d'autres aspirations, comme l'explique rétrospectivement Michel "The Hacker" Amato. « On avait signé en 1997 sur Gigolo Records en Allemagne, on jouait notre live depuis cinq ans, sans équipe, dans un état de stress permanent, à l'arrache complet. Quand la hype est arrivée en 2002, on était heureux mais passablement épuisés. Et les journalistes anglais

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Contre courant

MUSIQUES | Le voici donc, le tant attendu comeback de l'electro made in Grenoble, pour le plus grand bonheur de la plèbe. Après avoir écumé tous les clubs et festivals (...)

François Cau | Vendredi 27 mars 2009

Contre courant

Le voici donc, le tant attendu comeback de l'electro made in Grenoble, pour le plus grand bonheur de la plèbe. Après avoir écumé tous les clubs et festivals de la planète et sorti un nombre conséquent de productions en solo, le duo The Hacker / Miss Kittin nous revient plus conquérant que jamais avec son second opus. Celui-ci, à l'opposé de la tendance “minimale” actuelle, met en avant les influences et courants musicaux chers à nos deux compatriotes, tels que l'Italo-Disco, la New Wave, la Techno ou encore le Rock. Aux commandes, The Hacker étale tout son savoir-faire et son sens inné de la mélodie pour perpétuellement créer l'émotion – sa maîtrise des synthétiseurs n'est désormais plus à prouver. Entre les nappes atmosphériques et les puissantes basses, la Miss parvient à imposer son timbre de voix si charismatique, son flow se déverse de manière lancinante et mélancolique sur les onze titres de l'album. Dès lors l'alchimie opère parfaitement, créant une débauche d'énergie considérable qui devrait engendrer de belles suées sur des dancefloors enflammés. On peut citer les “tubesques” 1000 Dreams, Party in my head, Ray Ban, Suspicious minds

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Eastwood est Gran !

ECRANS | Cinéma / Avec Gran Torino, Clint Eastwood, devant et derrière la caméra, réalise un de ses meilleurs films, drôle et provocateur, émouvant et mélancolique. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 19 février 2009

Eastwood est Gran !

Walt Kowalski vient d’enterrer sa femme et s’apprête à retourner à une fin de vie routinière. Ancien de la guerre de Corée, le voilà entouré de ses «ennemis» d’hier dans un ghetto dont il ne veut pas bouger, peinard avec ses bières, sa chienne et la Gran Torino 72 qu’il a contribuée à assembler lorsqu’il était ouvrier chez Ford. Kowalski est un bout d’Amérique échoué, qui marine dans son aigreur, ses préjugés raciaux et sa haine des générations suivantes en poussant des grognements de clebs à qui l’on tenterait de voler son os. Kowalski, c’est Clint Eastwood, de retour devant la caméra quatre ans après Million dollar baby, qu’il avait pourtant présenté comme son dernier rôle. Mais l’occasion était trop belle de remettre la défroque du comédien… Ce personnage est taillé sur mesure pour l’acteur devenu un mythe nourri de fulgurances et d’ambiguïtés. Kowalski synthétise sans tapage tout cela : les justiciers aux méthodes contestables, les éducateurs guerriers cherchant à transmettre leurs valeurs, les ratés vieillissants et torturés. Avec un seul objectif : être en paix avec lui-même au jugement dernier. John Wayne de proximité Depuis l’excellent

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Qui es-tu, le film d’auto-défense ?

ECRANS | Rétro / Avec L’Inspecteur Harry, Don Siegel et Clint Eastwood posaient les codes du film d’auto-défense (ou vigilante-flicks en parler cinéphage) telles que (...)

François Cau | Jeudi 19 février 2009

Qui es-tu, le film d’auto-défense ?

Rétro / Avec L’Inspecteur Harry, Don Siegel et Clint Eastwood posaient les codes du film d’auto-défense (ou vigilante-flicks en parler cinéphage) telles que brillamment détournées aujourd’hui par le même Eastwood dans Gran Torino. À savoir : un individu, seul et idéaliste, qui passe outre lois, justice et police pour redresser les torts avec ses propres méthodes. Charles Bronson a kiffé grave le concept, sans en saisir l’ironie narquoise, et s’est mis fissa sur le créneau avec Un justicier dans la ville (Death wish) et ses suites, graduellement bidons (notamment Le Justicier braque les dealers, dont le titre est déjà un appel aux soirées déviantes entre potes bourrés). Stallone, jaloux, l’imitera dans le grotesque Cobra, faisant allégeance à son maître de l’époque : Ronald Reagan. Deux grands cinéastes vont, eux, subvertir les règles et livrer des films autrement plus pertinents : John Carpenter avec Assaut, où une bande d’individus sans visage font le siège d’un commissariat en cours de déménagement. Flics, voyous et justicier amateur se donnent alors la main pour résister à la horde. En fait, le grand Carpenter uti

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«Je fais ce que j’ai envie de faire»

ECRANS | Livre / Dans un recueil d’entretiens avec Michael Henry Wilson, Eastwood acceptait comme jamais d’évoquer son travail de cinéaste. CC

François Cau | Jeudi 19 février 2009

«Je fais ce que j’ai envie de faire»

Peu loquace en interview, généralement réticent à parler du contenu de ses films, Clint Eastwood a fait de sa parole de cinéaste une denrée rare. C’est ce qui rend le recueil d’entretiens réalisés sur plus de vingt ans par Michael Henry Wilson, co-réalisateur des docus de Scorsese sur le cinéma américain, aussi précieux. Wilson aborde Eastwood en cours de carrière, peu de temps après la sortie de Sudden impact. Il le rencontrera ensuite régulièrement à chaque sortie de films (évitant judicieusement les rares faux-pas de sa filmographie) et même au début de son éphémère carrière politique. Au fil des discussions, le mystère Eastwood se dissipe. Ses thèmes d’abord, à commencer par le rejet des institutions bureaucratiques qui brident la liberté individuelle. Une idée qui effectivement relie les Inspecteur Harry à Mémoires de nos pères, les films «d’auteur» aux films de genre. La méthode ensuite : Eastwood ne signe pas ses scénarios, mais les prépare méticuleusement. Soit il fait réécrire avant de tourner, soit il réécrit pendant. Quand un scénario lui plaît, il le filme tel quel (comme celui de Million dollar baby) ; il peut même dans la foulée passer commande au scénariste pour u

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Two lovers

ECRANS | Sublime drame romantique signé James Gray, "Two Lovers" impose en douceur une idée forte : la vie n’est faite que de choix illusoires dictés par les origines sociales et culturelles. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 12 novembre 2008

Two lovers

Un grand cinéaste fait toujours le même film, à ce qu’on dit… James Gray, jusqu’ici, faisait en effet toujours le même film ; mais ce qu’on appréciait dans The Yards et La Nuit nous appartient, c’était les variations qu’introduisait le cinéaste par rapport à Little Odessa, moins les ressemblances trop voyantes entre chacune de ces œuvres. Two Lovers vient redistribuer les cartes… Fini le polar, place à un drame romantique avec des pointes de comédie. Adieu les familles new-yorkaises héritières des tragédies grecques, voici l’histoire, en apparence archi-classique, du fils d’un modeste tailleur juif qui hésite entre deux femmes, sa voisine blonde, goy et en pleine confusion intime et une amie de la famille, brune, juive et les pieds sur terre. Ce qui est beau dans Two lovers, c’est que ce changement radical de genre ne fait que renforcer l’obsession fondatrice du cinéma de James Gray. Mieux : il l’exprime cette fois avec une bouleversante clarté. La blonde ou la brune Leonard, ado attardé et névrosé (Joaquin Phoenix, magnifique, et qui a pourtant annoncé la fin de sa carrière de comédien ; pourvu qu’il change d’avis !), vient à peine d’

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L’Échange

ECRANS | Le maître Eastwood aurait-il visé trop haut ? Complexe et bancal, L’Échange multiplie les lignes narratives et finit par brouiller son discours. Petite déception. Christophe Chabert

François Cau | Mardi 11 novembre 2008

L’Échange

On n’en voudra pas à Clint Eastwood, après avoir enchaîné des films aussi énormes que Mystic River, Million Dollar Baby et le diptyque Iwo Jima, de marquer le pas avec cet Échange bancal. Cela étant, le film ne se dégage pas d’un revers de coude et s’il rate sa cible, c’est plus par excès d’ambition que par manque d’inspiration. Car la mise en scène est là, classique, épurée, au service d’un scénario complexe à l’argument poignant : à Los Angeles dans les années 20, Christine Collins découvre que son fils a été enlevé. Après plusieurs semaines d’enquête, la Police lui apprend que son enfant est vivant. Mais lors des retrouvailles sur un quai de gare, c’est un autre gamin qui lui est restitué. Le shérif refuse d’entendre ses protestations, cherchant par cette action d’éclat à redorer un blason terni par les accusations de corruption portées par un pasteur influent. Toute cette introduction est remarquable : Eastwood montre un état qui fabrique un mensonge et met en œuvre une machine bureaucratique où des experts s’unissent pour plier la réalité à cette fiction. Impossible de ne pas penser, même si c’est une facilité, à la manière dont l’administration Bush à fabriquer des preuves

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Putain, dix ans

MUSIQUES | Entretien avec Michel Amato alias The Hacker à l’occasion de la sortie de X, anthologique CD - DVD reflétant l'essence matricielle de sa musique. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Lundi 26 mai 2008

Putain, dix ans

Petit Bulletin : Comment on élabore un disque comme celui-ci sans tomber dans la commémoration ?The Hacker : Déjà à la base, ce n’était pas quelque chose de planifié, une chose à laquelle on aurait réfléchi depuis super longtemps. En fait, c’était à l’occasion de la soirée qu’on avait faite à la MC2 il y a deux ans environ, où l’on s’est dit avec les gens de la scène électronique grenobloise (Oxia, Kiko, Miss Kittin, les gens d’Interface) : vu qu’on a une grande et belle salle, avec beaucoup de lumières, il y a moyen de faire de beaux lives, et ce serait bien de filmer le tout. Après, de mon côté, c’était la fin de la tournée de Rêves Mécaniques, l’album que j’avais fait à l’époque. Donc c’est vrai qu’il y a un petit côté bilan, on tourne la page et on passe à autre chose. Mais ce n’était vraiment pas réfléchi, ce n’était pas le but premier. Le tracklisting du CD suit vraiment Rêves Mécaniques, et les trois morceaux studio choisis pour clore le disque restent dans cette continuité artistique… Ils ont été sélectionné selon ce critère ?Il s’agit de titres qui étaient en Face B des singles de Rêves Mécaniques, disponibles unique

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L’homme de l’ombre

MUSIQUES | Ce lundi sort le nouveau CD mixé de The Hacker, “And Now”, près de 6 ans après sa précédente excursion dans le domaine. L’occasion de s’entretenir avec l’artiste, avant son passage au Vertigo aux côtés d’Oxia le dimanche 30 avril. Propos recueillis par Damien Grimbert

Christophe Chabert | Mercredi 26 avril 2006

L’homme de l’ombre

Qu’est-ce qui t’a incité à sortir ce CD mixé maintenant ?The Hacker : Je me suis dit qu’il était tant d’en faire un nouveau, depuis le temps… Celui que j’avais fait avant commençait à dater, et puis il était essentiellement électro. Là, j’avais envie de faire un mix un peu plus varié, pour faire voir aux gens qui aiment bien ma musique que j’aime aussi d’autres trucs en techno. Le fait qu’Oxia et Miss Kittin en sortent chacun un à peu près en même temps, c’est une simple coïncidence ?Ouais, je crois vraiment. Il n’y a pas eu de calcul ni rien derrière. Tu avais une idée directrice, quand tu l’as conçu ?Le concept est très simple, premièrement c’est assez représentatif de ce que je joue en soirée, et puis, comme je disais tout à l’heure, l’idée était surtout de montrer une palette plus variée des types de musique que je peux aimer. Ça va donc de choses électro qui sonnent un peu eighties, à des choses actuelles, minimales, ou techno, plus dark, ou d’autres trucs encore genre Front 242. C’est un CD mixé sans l’aide d’ordinateur. Pourquoi ?C’est toujo

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Faire (le) corps

SCENES | Danse / Le lumière découvre un dos étroit. L’épaule se dessine, puis son prolongement infini : un bras féminin musclé devient torsades ou reliefs. La lumière découpe, (...)

| Mercredi 24 janvier 2007

Faire (le) corps

Danse / Le lumière découvre un dos étroit. L’épaule se dessine, puis son prolongement infini : un bras féminin musclé devient torsades ou reliefs. La lumière découpe, focalise sur une partie de l’anatomie. L’omoplate se déboîte. Ses muscles dansent lentement comme indépendants du reste du corps ; mais sont pourtant habités de l’intérieur. Ainsi, Two, solo écrit par le novateur chorégraphe anglais Russell Maliphant - et déjà présenté en 2005 à La Rampe -, étourdit, hypnotise dès ses premières images. Par la précision du geste. L’énergie. Le flot continu de mouvements modifiant la présence du corps dans l’espace restreint. D’abord corps lentement démembré par l’éclairage ; puis, dans un accelerando, le corps (presque effacé) est ciselé en faisceaux lumineux ; enfin, l’enchaînement de mouvements rapides (tendusarrondis, lignes droitescourbes) transforme la corps en incarnation de la beauté sur podium. Écrit dans un langage chorégraphique hétéroclite - mêlant multiples influences venues des quatre coins du monde - Two repose sur l’ambivalence des expériences sensorielles et émotionnelles. En effet, l’alchimie exceptionnelle entre lumière, musique et gestuelle, permet la multiplicité

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