Peter et son orchestre

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2014

Trois longues années, c'est le temps de préparation qu'aura nécessité Big Issues Printed Small, sorti il y a un peu moins d'un an. Trois années de concert avec un orchestre plus ou moins fourni dont, en France, seuls les chanceux qui l'auront vu Salle Pleyel en 2011 auront pu apprécier les prouesses. Trois ans de "répétitions" publiques pour aboutir à une seule journée d'enregistrement live et analogique dans le studio, perdu dans la nature suèdoise non loin de Malmö, de son producteur de toujours, Christoffer Lundquist, lauréat en 2011 du prix George Martin – dont les méthodes d'enregistrements avec les Beatles ont éclairé les deux compères.

Une manière de se mettre en danger qui ne rend le résultat que plus époustouflant et, à l'image de ce processus de création inédit pour l'auteur de The Story of the Impossible, commande qu'on y revienne pour mieux en saisir chaque détail, chaque inflexion, chaque instrument, note de hautbois ou coup de métallophone. Les miniatures de Von Poehl, qui franchit ici un palier dans la hiérarchie des songwriters, s'y trouvent magnifiées par les arrangements remarquablement raffinés de la figure du rock suédois Martin Hederos (The Soundtrack of Our Lives, Hederos & Hellberg) et la spontanéité d'une prise directe ouverte à l'aléa.

Entre orchestrations classiques voire contemporaines (To The Golden Rose, l'intro quasi-Prokofievienne de Orders & Degrees) et envolées en cinémascope (Twelve Twenty One, Pious Man, 28 Paradise), la voix gracile et le phrasé très soul du Suédois se paient un merveilleux voyage en féerie pop. The Archeologist, 28 Paradise et la chanson-titre Big Issues Printed Small comptant sans doute parmi ses plus belles compositions, von Poehl, blondinet poupin à l'indéfectible sourire, y apparaît tel le turbulent Nils Holgersson de Selma Lagerlöf : donnez-lui de quoi voler et il vous contera de grandes histoires un peu irréelles qui, même en petits caractères, se chargent, comme chez John Ford, d'imprimer leur propre légende.

SD

Big Issues Printed Small (PVP/Peter Von Poehl)


Peter von Poehl + Marie Modiano

Pop folk
4 avenue du Granier Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Peter Von Poehl : « Les instruments sont une palette d'émotions »

MUSIQUES | Composé à partir de claviers vintage, "Sympathetic Magic", dernier album du Suédois Peter Von Poehl, détonne sans dérouter dans l'univers musical délicieusement impressionniste d'un compositeur nourri d'images autant que de sons. Entretien avant sa venue à la Source jeudi 21 décembre

Stéphane Duchêne | Lundi 18 décembre 2017

Peter Von Poehl : « Les instruments sont une palette d'émotions »

Pour votre précédent album, Big Issue Printed Smalls (2014), que vous qualifiiez de « symphonie lo-fi », vous aviez écrit tous les morceaux au préalable avant de les tester sur scène et de les enregistrer en une journée avec un orchestre dans les conditions du live. Comment vous y êtes-vous pris cette fois pour Sympathetic Magic ? Peter Von Poehl : Ça ressemble davantage à la méthode que j'avais utilisée sur mon premier album, Going Where the Tea Trees Are (2006) : quelque chose de plus bricolé, avec beaucoup de petits enregistrements successifs dans mon petit studio de Paris, qui étaient censés être des maquettes mais dont j'ai finalement gardé pas mal de choses. Mais le vrai déclencheur de l'écriture de ce disque, c'est que j'avais récupéré des claviers que j'avais ado à Malmö et que mes parents menaçaient d'envoyer à la décharge. Retrouver le son de ces synthés a un peu fonctionné comme une madeleine de Proust. Et comme ce sont des instruments que je ne maîtrise p

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Et voici les 20 concerts de l’automne

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base de stars de la chanson, de rock qui déménage ou encore de surprises musicales bienvenues.

La rédaction | Mercredi 13 septembre 2017

Et voici les 20 concerts de l’automne

A-Wa Les trois sœurs Haim n'en finissent plus de passer près de chez nous – ce sera leur cinquième date dans la région en tout juste deux ans. Et de s'ouvrir toutes les portes depuis la parution de leur Habib Galbi, transformé en hit au fil des mois (y compris en Israël, chose très rare pour un morceau chanté en arabe) et flanqué d'un album tout aussi réjouissant baptisé du même nom. Soit des chansons issues du répertoire traditionnel yéménite qu'elles ont souhaité s'approprier, le malaxant de leurs multiples influences allant des Beach Boys (ah, les harmonies vocales !) à Kendrick Lamar. On est fans, surtout en concert. À la Rampe mardi 26 septembre Amadou et Mariam Ils sont loin les Dimanche à Bamako (15 ans déjà) qui ont mis Amadou et Mariam sur la carte de la musique internationale (après 15 ans d'une première carrière) et ont permis de démontrer que la musique malienne allait bien au-delà de la kora traditionnelle e

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Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

MUSIQUES | Avant que le Suédois ne vienne en concert à la Source, on ne pose cette question capitale.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 octobre 2015

Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

The Hives ; Loney, Dear ; I'm from Barcelona ; Jose Gonzales ; The Knife ; Peter Björn and John ; The Tallest Man on Earth ; Peter Von Poehl ; Frida Hÿvonen ; The International Noise Conspiracy... Même en ne s'en tenant qu'aux artistes déjà cités dans ce journal (on en oublie sûrement et on vous épargne les mastodontes passés et présents toutes disciplines confondues – ABBA, Roxette, Ace of Base, Don et Neneh Cherry, Robyn, EST...), les Suédois sont aussi présents dans nos oreilles que les Anglo-Saxons. D'ailleurs c'est simple, la Suède est le troisième exportateur de musique au monde. Et c'est à Stockholm que l'on compte le plus de studios d'enregistrement par habitant, abritant une armée de faiseurs de tubes pop que les plus grandes stars US s'arrachent pour transformer une mélodie en son de tiroir-caisse. Sauf qu'à vivre et produire dans un pays d'exportation, on en vient à n'être pas soi-même importé. Tel un Patrick Devedjian victime collatérale de l'« ouverture » sarkozyste, Jay-Jay Johanson, qui connut ses premiers succès en France (au point d'y vivre un temps, à Strasbourg, et de constater qu'on ne s'y ennuyait pas assez pour écrire) et a toujours enre

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« Je ne me suis jamais senti artiste solo »

MUSIQUES | Quatre ans après "Mayday", le Parigot-Suédois Peter von Poehl est réapparu l’an dernier avec l’ultra-raffiné "Big Issues Printed Small" : près de trois ans de préparation sur scène avec orchestre, une journée d’enregistrement live en Suède et sans doute son meilleur album à ce jour, présenté à Meylan pour un concert dont sa femme Marie Modiano assurera la première partie. Propos recueillis par Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2014

« Je ne me suis jamais senti artiste solo »

Pourquoi avoir choisi de préparer cet album sur scène avant de l’enregistrer en une journée dans les conditions du live, le tout avec un orchestre, ce qui ajoute encore à la difficulté ? Peter von Poehl : C’est une démarche incohérente et absurde, j’en suis bien conscient. Avant de faire mes propres disques, j’ai fait beaucoup de musique pour les autres [Alain Chamfort, Lio, Vincent Delerm... – ndlr] et le studio est probablement ce que je connais le mieux dans ce métier. Même si j’ai toujours enregistré sur bande, avec la technologie d’aujourd’hui on contrôle de manière extrême l’espace acoustique, on peut corriger chaque petite note qui a l’air d’être à côté. Là, l’idée était de ne pas intervenir dans le processus d’enregistrement, d’être pour une fois simplement dans la musique et d’autoriser que tout puisse se passer l’espace d’une journée. Cela paraît peut-être un peu idiot, mais en réalité ça change tout et je crois que le résultat aurait été très différent si on avait enregistré de manière plus traditionnelle

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Le baiser Modiano

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Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2014

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Difficile, quand on se pique de pop culture, de ne pas aimer a priori Marie Modiano. Pas seulement parce qu’elle est la fille de Patrick – ça, après tout, elle n’y peut rien. Mais parce que c’est à elle qu’on doit la découverte et l’édition d’un des plus grands romans de la fin du XXe siècle, Le Seigneur des Porcheries de Tristan Egolf, qu'elle rencontra semi-clochardisé sur le pont des Arts avant de repartir avec son manuscrit. Mais aussi parce qu’elle est l'une des raisons de la sédentarisation française de Peter von Poehl. Les deux ont eu le bon goût de s’épouser l’un l’autre et de marier leurs œuvres respectives : elle a écrit des textes pour lui, il le lui rend en musique.Marie Modiano est une poétesse – peut-être par atavisme – et l'un de ses deux derniers albums aux contours vintage inspirés de tracts situationnistes et sortis simultanément l'an dernier, Espérance mathématique, se présente comme un recueil sur lequel M. Modiano, autrement dit Peter Von Poehl, se laisse aller à ses élans expérimentaux. Des recherches instrumentales (60's, post-rock) plus proches de sa BO composée pour Vanishing Waves, sublime film de science-fiction l

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Swedish delight

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Stéphane Duchêne | Vendredi 10 janvier 2014

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Suite à la sortie il y a presque un an de son sublime Big Issues Printed Small (qui réussissait l’exploit de faire rimer miniatures pop avec grandiloquence), et quand il ne met pas la main aux disques de sa femme Marie Modiano (laquelle assurera sa première partie), le Suédois Peter Von Poehl poursuit à la manière d’un Dylan boréal sa « neverending » tournée des popotes avec la bonhomie et la délicatesse qui le caractérisent – Von Poehl est l’une des rares incarnations bienveillantes du génie, c’est assez rare pour être mentionné. Multipliant les formats live (duo avec violoncelle, trio rock), Von Poehl plie ses chansons gigognes à ses envies de transformisme et aussi aux moyens du moment sans jamais leur faire perdre leur caractère éblouissant. Ceci étant dit, on rêve quand  même qu’un jour Poepoehl tourne avec un orchestre en dehors de Paris et de la Suède pour jouer ce disque. Peter Von Poehl, samedi 15 février à 20h30, à la Maison de la Musique (Meylan)

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