Rocktambule : vingt ans et toutes ses bulles

MUSIQUES | Fini l’adolescence, le festival Rocktambule a atteint ses vingt ans ! Et compte bien les fêter de la plus belle manière, c’est-à-dire en musique et pendant trois soirs d’affilée, sur le site de l’esplanade. De notre côté, on a été piocher dans la prog’ nos petits favoris, avec l’éternelle subjectivité qui nous caractérise. Damien Grimbert et Stéphane Duchêne

Damien Grimbert | Mardi 7 octobre 2014

Rustie & Hudson Mohawke

Jeunes prodiges de la fertile scène de Glasgow devenus en l'espace de quelques années de véritables stars internationales, Rustie et Hudson Mohawke n'ont rejoint que tardivement la programmation du festival, mais cette nouvelle n'aurait pu nous faire plus plaisir. Déjà parce qu'on les suit depuis leurs presque tous débuts, aux alentours de 2008, lorsqu'à peine sortis de l'adolescence, ils repoussaient du fin fond de l'Écosse les frontières devenues encombrantes à leurs yeux entre électronica scintillante, rap mutant, R'n'B dégoulinant et bass music acérée. Ensuite parce que leur formule a depuis fait recette, leur permettant de signer sur le label de référence Warp en 2009, puis de conquérir progressivement la planète électronique comme les ténors du rap U.S. mainstream dans les années qui suivent, engendrant même au passage une nouvelle esthétique musicale (la trap).

S'ils ont toujours su garder une distance prudente avec les excès pas toujours très finauds de cette dernière, leur marque de fabrique s'est néanmoins construite sur une fine frontière entre une production maximaliste (basses surpuissantes, synthés tonitruants) et un penchant avéré pour les mélodies aériennes et féériques, conférant à leur musique un pouvoir de séduction quasi-instantané. Il y aurait sans doute encore beaucoup à dire (sur le nouvel album de Rustie, Green Language, sorti à la fin de l'été, l'affiliation d'Hudson Mohawke à l'équipe de producteurs de Kanye West en 2013, ou encore son projet parallèle TNGHT avec le Canadien Lunice…), mais cantonnons-nous à l'essentiel : leur DJ-set en back to back s'annonce tout simplement immanquable.

Jeudi 9 octobre à 23h50

ALB

Proche de Yuksek et des Shoes, avec lesquels il forme une sorte de substitut musical à la grandeur passée du mythique Stade de Reims, Clément Daquin alias ALB a d'abord commencé par tâter de l'électro lo-fi et surtout il a commencé par être trois avant de se mettre à son compte après le remarqué Mange-disques. Seul, le Champenois s'est pour ainsi dire découvert, et nous avec, sur le pléthorique Come Out ! It's Beautiful, un sens mélodique aussi fin qu'une bulle de Cordon-Rouge. Si fin d'ailleurs que via, telle pub, tel film, tel clip (Golden Chains) et probablement les trois, l'un de ses morceaux vous est forcément passé entre les oreilles sans même que vous vous en soyez aperçus. Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.

Samedi 11 octobre à 19h45

Fool's Gold

Pour tout fan de pop, le nom Fool's Gold résonne d'une manière particulière, au rythme dansant et hybride d'un inoubliable tube à rallonge (des Stone Roses) qui fut en son temps l'hymne d'un Madchester qui louchait gravement vers la Californie. Autant dire que lorsque qu'un groupe éponyme est venu lui, et pour de bon, des bords du Pacifique, on s'attendait à ce qu'il fasse autant vibrer les hanches qu'il ne mixerait les genres. Et on n'a pas été déçus lorsque l'on a entendu pour la première fois le tube qui a permis à Fool's Gold de briller au soleil : l'irrésistible Surprise Hotel. Surprise comme les pochettes du même nom d'où jaillissaient pop occidentale, rythmes caribéo-ethiopiens et paroles psalmodiques enivrantes en hébreu. La suite, moins médiatique, poursuit une mise en perspective psyché-soul du culte voué au totem Graceland de Paul Simon.

Samedi 11 octobre à 20h45

Kavinsky

Depuis les premières minutes d'un certain film américano-danois mettant en scène un taciturne pilote au blouson moche (Drive, donc), on a cessé d'avoir à présenter Kavinsky. Son hypnotique Nightcall le propulsant instantanément sur la grande autoroute de la renommée sans limitation de vitesse ni ceinture de sécurité. Celui qui était déjà un producteur, compositeur et DJ (c'est celui là qui se présentera à Rocktambule) reconnu par ses pairs est alors devenu un petit phénomène : créature croisant l'obsession ballardienne pour le devenir bolide du corps humain, la zombification de l'Être subséquente et le culte de l'analogique. Dans le genre, son Outrun fut un chef-d'œuvre qui eut pu à lui tout seul relancer les marchés de la voiture de luxe, de l'autoradio blaupunkt et du blouson Teddy façon Happy Days. Qui sait d'ailleurs s'il ne l'a pas fait ?

Samedi 11 octobre à 22h50

Agoria

Alpha et omega de la culture techno française (il n'y a aujourd'hui guère plus que Laurent Garnier pour lui faire un semblant d'ombre au prix de l'ancienneté et de tout ce que cela implique), Agoria connaît d'autant mieux l'Histoire de ce genre qu'il a contribué à la faire, que ce soit comme DJ internationalement reconnu, cofondateur de l'incontournable institution lyonnaise Nuits Sonores, remixeur de génie et compositeur ad hoc. Compositeur dans tous les sens du terme puisque l'un des grands talents de Sébastien Devaud est aussi de savoir se ménager des castings aussi hétéroclites qu'époustouflants (Carl Craig, Tricky, Neneh Cherry, Kid A, Scalde...). Bref de débroussailler son genre au point de pratiquer une politique de la terre brûlée sur laquelle repousse des sons et une musique qu'on n'aurait pas imaginé possible. 

Samedi 11 octobre à 0h05

Kavinsky + Agoria + Electro deluxe officiel + ALB + Fool's Gold + RFFR

Electro + electro + funk soul jazz + pop + indie pop + funk electro soul
Esplanade Porte de France Boulevard de l'Esplanade Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Les films de la quinzaine : "My Son", "Albatros", "Aline", "Cry Macho"...

Théma | Être ici et ailleurs en même temps… À la fois dans une salle de cinéma et dans l’espace narratif du film. Un espace qui donne à voir du pays en ce début novembre des plus copieux…

Vincent Raymond | Mardi 2 novembre 2021

Les films de la quinzaine :

Ça voyage ferme dès le 3 novembre avec Compartiment N°6 (3/11). Ce rail movie de Juho Kuosmanen (dans lequel une archéologue finlandaise rallie Moscou à Mourmansk en train et se lie d’amitié avec son compagnon de voyage aux abords rustauds, après avoir brisé la glace — ha ha), peut se voir comme un mode d’emploi pour apprivoiser l’âme russe rugueuse mais chaleureuse, cordiale mais volage. La faute sans doute à l’antigel englouti par litres à l’écran… Plus proche de nous, My Son (3/11) se déroule dans les froides landes d’Écosse où Christian Carion transpose le dispositif de son thriller Mon garçon : ici, c’est James McAvoy qui, sans connaître l’intrigue, lance son personnage à la poursuite des ravisseurs de son fils. Carion évite la redite inhérente à l’auto-remake grâce à un dénouement plus musclé et une micro variation finale qui ajoute en tension. Rayon policier toujours mais au pied des falaises normandes, Albatros (3/11) de Xavier Beauvois décrit le drame d’un gendarme qui, cherch

Continuer à lire

Le tour du monde à Albertville

Festival | Alors comme ça on ne causerait plus périples et destinations exotiques au Grand Bivouac, premier festival de France consacré au voyage ? La question se (...)

Jérémy Tronc | Mardi 19 octobre 2021

Le tour du monde à Albertville

Alors comme ça on ne causerait plus périples et destinations exotiques au Grand Bivouac, premier festival de France consacré au voyage ? La question se pose pour l’édition 2021 et sa base-line déroutante pour les premiers habitués de l’événement : Festival du film documentaire et du livre. La promotion du voyage et des cultures du monde n’apparaît ainsi plus comme la raison d’être de ce rendez-vous culturel lancé à Albertville en 2002. Guy Chaumereuil, président fondateur du Grand Bivouac, nuance : « Disons qu’on a inversé la proposition mais qu’on garde l’esprit du voyage. On s’est aperçu qu’on ne pouvait pas continuer à passer notre temps à se raconter nous-mêmes en voyage. Il faut être lucide sur nos aventures. Ce n’est pas parce qu’on a vu des paysages exotiques et rencontré des peuples d’autres pays qu’on aura une meilleure compréhension du monde. » Destinées Malgré une reconnaissance publique et critique certaine, le Grand Bivouac a donc revu sa copie en laissant le voyageur (et son regard ethnocentré ?) au bord de la route et en s’intéressant directement aux destiné

Continuer à lire

"Michel-Ange" : statue personnelle : c’est compliqué

ECRANS | ★★★★☆ De Andrey Konchalovsky (Ru.-It., 2h16) avec Alberto Testone, Jakob Diehl, Francesco Gaudiello…

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

Crasseux, revêche, ambigu, jaloux de ses confrères, impulsif, vénal, exalté et… génial. Dans l’Italie du Cinquecento, Michel-Ange étant le plus grand des artistes, tous les puissants se le disputent. Le Vatican ne fait pas exception, où un Médicis vient de succéder à Jules II… Fresque historique, "moment" dans la vie du personnage-titre plus que biopic stricto sensu, ce Michel-Ange dessine un portrait sans complaisance de l’artiste en sale bonhomme autant qu’un hommage à la prodigieuse universalité de ses talents et à la splendeur de ses réalisation. Oui oui, il est bien possible d’opérer ce subtil distinguo. Fasciné par Dante, obstiné par l’accomplissement de son œuvre pour laquelle il veut le meilleur, sachant se muer en ingénieur en génie civil comme en combinazione privées, résister au pouvoir tout en faisant tout pour être le grand artiste officiel de son temps… Le réalisateur Andrey Konchalovsky ne pensait-il pas un peu à son frère, le si poutinolâtre Nikita Mikhalkov, à travers Michel-Ange ? Reste une magnifique évocation des affres de la création et de la place de l’artiste dans la société

Continuer à lire

"Adieu les cons" : seuls contre tous

ECRANS | ★★★★☆ De et avec Albert Dupontel (Fr., 1h28) avec également Virginie Efira, Nicolas Marié…

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

Il est suicidaire, elle est condamnée. Elle cherche son enfant abandonné, il veut bien lui donner un coup de main (un peu forcé par les circonstances), avec l’appoint d’un non-voyant traumatisé par la police et leurs violences… aveugles. L’expérience (réussie) d’adaptation au format superproduction, Au revoir là-haut (2017), ne signifiait donc pas rupture avec le cinéma d’avant d’Albert Dupontel – cet artisanat esthétique peuplé de rebelles aux instances autoritaires de la société, à son arbitraire stupide, à ses absurdités. Et comme pour Robert Guédguian à l’occasion du Promeneur du Champ de Mars, le fait de s’octroyer cette parenthèse aura été salutaire : l’auteur-interprète se retrouve en renouant avec son univers tant burlesque que satirique, où s’invitent les témoins habituels de sa causticité (le prodigieux Nicolas Marié, Terry Gilliam…), de savoureuses apparitions et une nouvelle venue touchante,

Continuer à lire

Adieu les cons

Avant-première | Il est suicidaire, elle est condamnée. Elle cherche son enfant abandonné, il veut bien lui donner un coup de main (un peu forcé par les circonstances), avec (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Adieu les cons

Il est suicidaire, elle est condamnée. Elle cherche son enfant abandonné, il veut bien lui donner un coup de main (un peu forcé par les circonstances), avec l’appoint d’un non-voyant traumatisé par la police et leurs violences… aveugles. La suite, c’est une dramédie à la Dupontel, entre burlesque kafkaïen et nostalgie jeunettienne, féroce et douce comme de la moutarde, désopilante et cruelle comme la vie. Bercée par la Mano Negra, cette histoire, truffée d’apparitions savoureuses et campée par Virginie Efira ainsi que le Grand Albert soi-même, sera présentée en avant-première par icelui ce mercredi 7 octobre au Pathé Grenoble, à 20h. Le film s’intitule Adieu les cons, mais il est ouvert à tout le monde…

Continuer à lire

"La Forêt de mon père" : aux racines de la folie

ECRANS | De Vero Cratzborn (Bel.-Fr.-Sui., 1h31) avec Léonie Souchaud, Ludivine Sagnier, Alban Lenoir…

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Élagueur, Jimmy vient de se faire licencier parce qu’il agissait bizarrement. À la maison, son comportement lunatique devient difficile à supporter pour sa femme et ses trois enfants. Jusqu’à une crise qui lui vaut d’être interné. Mais Gina, son aînée de 15 ans, ne parvient pas à l’accepter… Censée être vécue à travers les yeux de la grande ado, comme en atteste le possessif au singulier du titre, l’histoire se diffracte un peu pour être vue également à travers les yeux de ses cadets et de sa mère. On perd en pure subjectivité, mais on gagne quelques contrepoints utiles pour composer, avec du recul, un tableau familial plus précis et assembler les pièces du tableau clinique de la maladie psychique de Jimmy. Bien sûr, l’élément végétal est abondant, fondateur, aussi enveloppant qu’inquiétant dans La Forêt de mon père, puisque c’est le territoire dans lequel cet “homme des bois“ évolue, au premier degré. Cette forêt est également mentale, un dédale à l’intérieur duquel il s’égare sans trouver de sortie, où il tente même d’aspirer les siens. Il faut mettre

Continuer à lire

"Benni" : l'enfance de l'art

Cinéma | Le confinement a failli réduire la période d’exploitation de ce film allemand à quelques jours seulement. Ouf ! Notre coup de cœur du moment, dans la lignée du premier des Truffaut, est à nouveau à l’affiche.

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

Benni, 9 ans et quelque, a un passé traumatique et une mère défaillante qui la font sombrer dans des crises d’une incoercible violence à la moindre contrariété. Ayant déjà usé toutes les patiences et solutions des services sociaux, elle trouve en Micha, son assistant de vie scolaire, un possible espoir… Des hurlements à déchirer cœur et tympans, une rage indicible ancrée au plus profond des tripes ; des poings, des pieds prêts à voltiger en tout sens si par malheur quelqu’un d’autre que sa mère lui touche le visage et de trop brèves accalmies… L’existence de Benni, criarde jusque dans ses vêtements, ressemble à un sismogramme bondissant sans cesse de crête en crête, où chaque crise est suivie d’un black out cotonneux hanté de flashes roses, souvenirs-refuges, limbes de la vie d’avant de cette gamine affamée d’une mère dépassée. Souvent éprouvant parce qu’il montre une succession d’impasses éducatives et affectives, parce qu’il présente des faux-espoirs ou des situations de danger pour Benni ou pour son entourage, parce qu’il rend visible l’absence de solutions de prise en charge

Continuer à lire

"Une belle équipe" : sorties de leur réserve

ECRANS | De Mohamed Hamidi (Fr., 1h35) avec Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village… Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au difficile basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs "privilèges" envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilise

Continuer à lire

Dix expos à (re)voir pour un été au frais

ARTS | Un été en ville peut se vivre à l’air libre, comme on vous le conseille dans les premières pages de ce numéro. Mais il peut aussi se vivre dans un musée, en parfaite connexion avec des œuvres d’art. Alors zoom sur dix expositions que nous avons déjà chroniquées avec enthousiasme et qui sont toujours à l’affiche pendant ces vacances.

La rédaction | Mardi 2 juillet 2019

Dix expos à (re)voir pour un été au frais

La plus événementielle Immense figure du street art, l’États-unien Shepard Fairey présente à l’Ancien Musée de peinture plus de 600 œuvres qui reviennent sur trente ans de carrière militante. Un gros morceau qui en met plein la vue ! Et un art syncrétique nourri de nombreuses influences allant du constructivisme russe au pop art, saupoudré d’un goût prononcé pour les formes autoritaires de propagande – car pour faire passer certains messages politiques, Shepard Fairey n’hésite pas à faire dans l’efficacité simpliste. Malheureusement, ceux qui sont à l’aise avec les valeurs qu’il brocarde (consumérisme, nationalisme, militarisme) sont bien meilleurs en la matière – en atteste les élections récentes de Trump et Bolsonaro. Obey : 30 years of resistance À l’Ancien Musée de peinture jusqu’au dimanche 27 octobre La plus barrée

Continuer à lire

"Le Daim" : peau d’âme

ECRANS | Revenant de quelques infortunes artistiques, Jean Dujardin se prend une belle veste (au sens propre) taillée sur mesure par Quentin Dupieux en campant un monomaniaque du cuir suédé. Un conte étrange et intrigant totalement à sa place lors de la dernière Quinzaine des réalisateurs cannoise.

Vincent Raymond | Lundi 17 juin 2019

Ça a tout l’air d’une tocade, et pourtant… Georges, 44 ans, a tout quitté pour acheter une fortune la veste en daim de ses rêves, au fin fond d’une région montagneuse. Ainsi vêtu, il se sent habité par une force nouvelle et se lance dans un projet fou, aidé par Denise, la barmaid du coin… Propice aux films de zombies (plus nombreux que des doigts sur un moignon de mort-vivant), l’année serait-elle aussi favorable aux récits de fringues maudites ? Après In Fabric de Peter Strickland (la déclinaison sur-diabolique de La Robe d'Alex van Warmerdam en salle prochainement), Le Daim renoue avec cette vieille tradition héritée de la mythologie où l’habit influe sur l’humeur ou la santé de celui qui le porte. À l’instar de la tunique de Nessus fatale à Hercule ou de la tiare d’Oribal pour les lecteurs d’Alix, le blouson ocre va conditionner Georges, le menant à supprimer ses semblables – comprenez ceux du porteur de daim ainsi que tous les autres blousons du monde. Vaste programme aurait pu dire dit de Gaulle. Aux franges du réel Ce n’est certes pas la première fois que Quentin Dupieux dote un objet inan

Continuer à lire

Musée électronique : électro en vue

Festival | Et un nouveau festival grenoblois, un. Organisé par la société de production grenobloise le Périscope, il s’appelle Musée électronique, et sa première édition aura lieu vendredi 14 et samedi 15 juin dans les jardins du Musée dauphinois. Un cadre littéralement splendide (quelle vue !) pour un événement qui se veut « élégant mais pas pédant » avec une programmation riche en grands noms électro français. On détaille tout ça.

Aurélien Martinez | Lundi 10 juin 2019

Musée électronique : électro en vue

Un festival électro organisé de 18h à minuit ? Un choix curieux, mais que le programmateur Robin Direr nous avait expliqué en mars. « C’est une plage horaire intéressante qui permet de toucher un public large, et notamment les jeunes parents qui sortent moins facilement sur des minuit-6h. » Comprendre qu’avec Musée électronique, on ne sera donc pas sur des sons tapageurs ou abrasifs façon gros raout techno, mais plutôt sur une électro-pop dansante et légère. Et qu’on sera face à une programmation peu risquée pour cette première édition, avec des noms (quasiment tous masculins) bien référencés dans le vaste monde de l’électro. Tel, le vendredi soir, le Français Breakbot, que l’on connaît notamment grâce à son tube Baby I’m Yours sorti en 2010 sur le label français Ed Banger – celui de Justice, Cassius, Mr. Oizo, Uffie…. Une petite bombe électro-pop qui rentre instantanément en tête (la télé l’a beaucoup utilisée) du fait, notamment,

Continuer à lire

"Venise n'est pas en Italie" : lacunes sur la lagune

ECRANS | D'Ivan Calbérac (Fr, 1h35) avec Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Helie Thonnat…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Tout sépare Émile de Pauline, la collégienne dont il est épris : lui vit avec sa famille bohème (les Chamodot) dans une caravane ; elle réside dans la villa cossue de ses parents bourgeois. Quand elle l’invite à Venise pour l’été, Émile se réjouit… brièvement. Car ses parents veulent l’accompagner. En adaptant ici son propre roman lointainement autobiographique (succès en librairie), déjà porté (avec autant de bonheur) par lui-même sur les planches, le sympathique Ivan Calbérac avait en théorie son film tourné d’avance – le fait d’avoir en sus la paire Benoît Poelvoorde / Valérie Bonneton parmi sa distribution constituant la cerise sur le Lido. Las ! Le réalisateur a jeté dans un grand fait-tout les ingrédients d’une comédie familiale un peu Tuche et d’une romance d’ados un peu Boum, quelques tranches de road-movie, un peu d’oignon pour faire pleurer à la fin, nappé le tout d’une sauce Roméo & Juliette. Et puis il a oublié sa gamelle sous le feu des projecteurs. Résultat ? Un bloc hybride et peu digeste, où l’on distingue trois ou quatre possibilités de film, mais où aucun ne parvient à trouver sa cohérence. Alo

Continuer à lire

"Souvenirs de voyage, la collection Antoine de Galbert" : itinéraire d’un collectionneur inspiré

Exposition | Avec l’exposition "Souvenirs de voyage", le Musée de Grenoble nous invite à explorer la palpitante collection d’art contemporain du Grenoblois Antoine de Galbert. Une proposition fascinante qui nous interroge sur l’acte de collectionner, la vie, la mort, l’art… Rien que ça !

Benjamin Bardinet | Lundi 29 avril 2019

À l’image de la collection singulière qu’elle honore, l’exposition Souvenirs de voyage du Musée de Grenoble parvient à faire d’un ensemble d’œuvres hétéroclites un tout d’une étonnante cohérence – jamais rien ne semble mis ici par hasard. Le goût singulier que le collectionneur de renom Antoine de Galbert a façonné au fur et à mesure de ses acquisitions opère ainsi comme une sorte de fil rouge qui sous-tend le parcours de manière stimulante. En effet, le Grenoblois installé à Paris a toujours su affirmer des choix personnels, ne cédant jamais aux tendances du milieu de l’art contemporain qui, même lorsqu’il se prétend subversif, peut être finalement assez convenu. Pour le Musée de Grenoble qui l’accueille (« quand j’étais jeune, ce musée était pour moi une cathédrale, jamais je n’aurais imaginé exposer ici » nous a-t-il déclaré en interview), Antoine de Galbert a choisi de privilégier un certain nombre de grands classiques de la créati

Continuer à lire

"Lourdes" : et le miracle ne fut pas

ECRANS | De Thierry Demaizière et Alban Teurlai (Fr, 1h35) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 6 mai 2019

Une semaine au cœur de Lourdes, en compagnie de différents groupes de pèlerins, d’hospitaliers bénévoles assurant leur accueil, devant et derrière les autels, dans les processions. Des paroles, des espoirs, des regards, de la compassion, de la foi… On avait beaucoup apprécié le regard (et le travail) de la paire Thierry Demaizière / Alban Teurlai sur l’édification d’un spectacle chorégraphique par Benjamin Millepied dans Relève : histoire d’une création (2016). En prenant le temps de se focaliser sur cette question, les deux documentaristes révélaient par incidence toutes les coulisses de l’Opéra de Paris en maintenant un suspense au couteau – de la très belle ouvrage. Quelle déception, alors, de les voir s’égarer dans la contemplation vaine et désorientée de leur nouveau sujet selon l’adage tristement connu "qui trop embrasse mal étreint". Lourdes tiendrait plutôt de la galerie d’illuminés ou de malheureux aux existences tourment

Continuer à lire

"Les Crevettes pailletées" : homos au bain

ECRANS | De Cédric Le Gallo et Maxime Govare (Fr, 1h40) avec Nicolas Gob, Alban Lenoir, Michaël Abiteboul…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Parce qu’il a lâché une insulte homophobe à un journaliste, la Fédération de natation oblige Mathias, vice-champion du monde, à redorer son image en l’envoyant entraîner une équipe de water-polo gay. L’objectif ? La qualifier pour les Gay Games. Le problème ? Ils sont très mauvais et Mathias est peu motivé… Un merveilleux hasard fait succéder ce film au Grand Bain dont le succès, à la façon d’un Moïse des bassins chlorés, est susceptible de faciliter l’existence dans les salles de ces Crevettes pailletées. Tant mieux pour elles, même s’il n’y a pas de quoi plonger du tremplin des 10m : cette gentille fable célébrant la tolérance à coups de déhanchés suggestifs, de moues mutines et d’exubérance à la Liberace (vous avez dit "cliché" ?) semble bien terne comparée à Priscilla folle du désert, douche australienne maniant le show et froid de la dérision sans pour autant donner l’impression d’illustrer une version aquatique de Comme ils disent

Continuer à lire

Antoine de Galbert : « Je collectionne des choses très torturées ! »

Exposition | Figure singulière du milieu de l'art, le Grenoblois Antoine de Galbert fait partie des personnes qui bousculent gentiment les habitudes institutionnelles. Le voilà qui débarque au Musée de Grenoble pour dévoiler "Souvenirs de voyage", exposition centrée sur une partie de son immense et passionnante collection qui, à mille lieues des achats convenus que peuvent faire certains collectionneurs de son calibre, fait se côtoyer les grandes figures de l'art moderne, la jeune génération, l'art brut ou encore les objets ethnographiques. Voilà qui méritait bien une interview.

Aurélien Martinez | Mardi 23 avril 2019

Antoine de Galbert : « Je collectionne des choses très torturées ! »

Qu’est-ce qu’un collectionneur ? Antoine de Galbert : C’est difficile comme question… Je dirais que c’est quelqu’un qui se rassure en s’entourant d’objets magiques. Quel collectionneur êtes-vous ? Un collectionneur comme tous les autres. Après, il y a des adjectifs qui viennent spécifier chaque collectionneur : il y a des petits, des grands, des gros, des maigres, des intelligents, des crétins, des spéculateurs, des amateurs… La plupart sont des gens qui m’intéressent, même si ce qu’ils collectionnent peut ne pas m’intéresser comme chaque collectionneur a son goût propre. Au vu de l’exposition présentée au Musée de Grenoble, on pourrait vous qualifier de collectionneur instinctif avec des goûts très larges… Certes, on peut parler d’intuition. Il ne faut pourtant jamais oublier que cette intuition est étayée par 30 ou 40 ans de regard ! D’ailleurs, si l’intuition est seule à décider, c’est un peu un carnage. C’est comme dans la vie, il n’y a pas que le coup de foudre, il y a aussi la construction, la réflexion… Une collection, c’est vraiment la rencontre entre un

Continuer à lire

"Los Silencios" : les ombres errantes

ECRANS | De Beatriz Seigner (Col-Br-Fr, 1h29) avec Doña Albina, Yerson Castellanos, Enrique Díaz…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

En compagnie de sa mère Amparo et de son frère, la petite Nuria arrive sur une île amazonienne à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou, bien loin de la guérilla qui a eu raison du père de cette famille. Pourtant, celui-ci va refaire surface dans ce village habitué au surnaturel… Pour son premier long-métrage, la réalisatrice brésilienne Beatriz Seigner convoque le réalisme fantastique avec cette histoire de fantômes sans repos traitée de manière elliptique et poétique. Peu d’explications, encore moins de dialogue : on s’imprègne autant du récit que les réfugiés s’acclimatent à leur nouvel environnement, avec prudence et méfiance. D’autant que l’île, zone frontière au statut indistinct, se trouve elle aussi dans l’attente d’une décision radicale : des entrepreneurs la convoitent pour la métamorphoser selon leurs désirs. Une atmosphère d’entre-deux nimbe l’ensemble de ce film traversé d’esprits impalpables, qui cependant "prend corps" à sa toute fin avec une mise en images fascinante du dialogue entre entre fantômes et vivants. Du pur songe dissout dans l’éveil.

Continuer à lire

Kavinsky : pour l’amour des synthés (et du Spring’Alp festival)

Festival | Tête d’affiche, aux côtés de Cut Killer, Bon Entendeur et Joris Delacroix, de la première édition du Spring’Alp, festival électro prévu ce vendredi 29 mars au Palais des sports de Grenoble, Kavinsky défend depuis maintenant plus de douze ans une vision fantasmée des années 1980 où synthés et grosses cylindrées règnent en maîtres. Explications.

Damien Grimbert | Lundi 25 mars 2019

Kavinsky : pour l’amour des synthés (et du Spring’Alp festival)

Si, pour beaucoup, le nom de Kavinsky restera à jamais associé à la bande-son de Drive, polar ouaté et atmosphérique de Nicolas Winding Refn sorti en 2011, la carrière de l’artiste parisien né en 1975 n’en a pas moins démarré cinq ans plus tôt, en 2006 précisément. Ami de longue date du cinéaste Quentin Dupieux alias Mr Oizo (il figurait ainsi à l’affiche de son premier long-métrage Nonfilm en 2001), Vincent Belorgey de son vrai nom fait ainsi des débuts remarqués sur la scène électronique dès son premier EP Teddy Boy, sorti sur le label Record Makers et porté par le tube fracassant Testarossa Autodrive. D’emblée, l'homme porte haut ses influences : un univers profondément marqué par les séries B américaines badass des années 1980 et leurs bandes-son synthétiques vintage, à commencer par celles du cinéaste et compositeur culte John Carpent

Continuer à lire

"Milagros" : une expo d'Alban de Chateauvieux qui a du chien

Exposition | La preuve au Vog jusqu'au samedi 11 mai

Benjamin Bardinet | Mardi 12 mars 2019

Voilà une exposition plutôt marrante qui pourrait ravir les amis des animaux et les amateurs de kitsch. L'artiste Alban de Chateauvieux recupère ainsi, depuis 2007, les affichettes que les propriétaires d’animaux égarés placardent dans la rue dans l’espoir de les retrouver. Hétéroclite, cette collection assez réjouissante occupe une bonne partie des murs du Vog. Du clin d’œil humoristique au parti pris poétique en passant par le message urgemment écrit à la main, il y a dans l’expression primitive de ces apprentis graphistes une forme d’art brut qui révèle quelque chose de l’ordre de l’inconscient dans la relation Homme-animal. Les surréalistes auraient raffolé de cet assortiment ! Alban de Chateauvieux s’en inspire par ailleurs pour réaliser des ex-voto profanes amplifiant l’espoir du retour miraculeux de ces animaux. Savamment élaborées grâce à des techniques de tissage et de broderie, ces œuvres témoignent d’une affection certaine pour le kitsch, de même que les petits chiens en cire que l’on retrouve disséminés sur une grande carte de l’agglo en fin d’exposition : un hommage aux chiens disparus auxquels la cire donne une apparence presque fantomati

Continuer à lire

"Dialogue collagiste" : entre ces deux-là (Jean-Luc Brosson et Vanber), ça colle

Exposition | Intitulée Dialogue collagiste, la nouvelle exposition de la Galerie Hébert a pour particularité de réunir deux artistes très différents qui ont pour point commun (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 12 février 2019

Intitulée Dialogue collagiste, la nouvelle exposition de la Galerie Hébert a pour particularité de réunir deux artistes très différents qui ont pour point commun d'avoir produit, à un moment de leur carrière, des séries de collages. Le premier d’entre eux, Jean-Luc Brosson (1955-2008), a ainsi réalisé des œuvres foisonnantes à partir d’images de tableaux classiques découpées dans des livres d’art. Dans ces compositions précautionneusement recouvertes d’un vernis craquelé qui leur donne un aspect vieillot, le visage des personnages principaux, souvent déchiré, apparaît comme une faille d’où le collage tout entier semble s’échapper comme une folle floraison émanant de ces esprits ébréchés. Dans la salle suivante, bien que plus anciens (années 1970), les collages abstraits d’Albert Voisin dit Vanber (1905-1994) frappent par la vitalité de leurs couleurs. Faites à partir de morceaux d’affiches arrachés, de bouts de ficelle et de peinture fluorescente, ces dynamiques compositions à la spontanéité vivifiante sont en fait savamment élaborées. Il suffit pour s’en assurer de les contempler à la lumière

Continuer à lire

"The Place" : un café glaçant

ECRANS | de Paolo Genovese (It, 1h45) avec Valerio Mastandrea, Marco Giallini, Alba Rohrwacher…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Perpétuellement vissé à la banquette du café The Place, un homme accueille celles et ceux qui recherchent conseils ou services particuliers. Consultant son grand agenda, il leur assigne alors d’étranges missions qui, miraculeusement règlent tous leurs soucis. Mais quid des siens ? Décor unique, personnage énigmatique dont on ne sait s’il est un mafieux, l’incarnation du fatum ou un bienfaiteur pervers ; mises à l’épreuve générale, cas de consciences et réconciliations… The Place tient de la pièce métaphysique. Le problème, c’est que le concept itératif tourne hélas rapidement à vide, le réalisateur italien Paolo Genovese ne parvenant pas à transcender ni son argument théâtral, ni son huis clos, en tournant le tout comme une suite d’épilogues de série télé. Dommage, car il avait de la matière et une fort jolie distribution. Dommage également pour lui de manquer son rendez-vous avec le public français, qui connaît indirectement le travail de cette star transalpine sans avoir vu sur les écrans jusqu’à présent la moindre de ses réalisations – c’était son Perfetti sconosciuti qui avait inspiré

Continuer à lire

Ordres et désordres du monde avec Boris Chouvellon et Guillaume Talbi

Exposition | Les deux artistes exposent à l’École supérieure d’art et design de Grenoble jusqu’au jeudi 20 décembre.

Benjamin Bardinet | Mardi 11 décembre 2018

Ordres et désordres du monde avec Boris Chouvellon et Guillaume Talbi

Peu de gens le savent mais l’École supérieure d’art et design de Grenoble (l’Ésad, située rue Lesdiguières) abrite en son sein une salle d’exposition qui accueille ponctuellement des projets ouverts à tous, souvent d’aussi bonne facture que de courte durée. C’est le cas en ce moment, donc ne vous laissez pas intimider par l’imposante porte de l’école, franchissez le hall et pénétrez dans ladite salle. L’effet est saisissant : à gauche, Guillaume Talbi présente une installation composée d’une vingtaine de sculptures dont la blancheur intensifie la luminosité ambiante ; à droite, Boris Chouvellon expose des œuvres déglinguées faites en béton, couvertures de survie et résidus de carcasse de voiture brûlée. Tous deux ont bénéficié d’un séjour de trois mois à la Résidence Saint-Ange, à Seyssins, et cet ensemble en est l’accomplissement. Si Guillaume Talbi propose un travail sculptural formel jouant du rapport entre des socles en bois qui semblent s’extraire du parquet de l’école d’art et des sculptures en ciment blanchi, Boris Chouvellon produit des œuvres qui questionnent les désordres du monde. Suspendu au-dessus de nos têtes, un planisph

Continuer à lire

"Heureux comme Lazzaro" : l’esprit simple

ECRANS | Exploité par des paysans eux-mêmes asservis, le brave et candide Lazzaro fait tout pour aider son prochain, bloc de grâce dans un monde de disgrâce. Un conte philosophico-métaphysique à l’ancienne qui a valu à la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher le Prix du scénario lors du dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

La vie d’un groupe de paysans italiens contemporains maintenus en servage, hors du monde, par une marquise avaricieuse, et la singulière destinée de l’un d’entre eux, Lazzaro. Valet de ferme innocent et bienheureux, sa bonté naïve rivalise avec l’étrangeté de ses dons… Heureux comme Lazzaro s’inscrit dans la tradition d’un certain cinéma italien brut et rêche des années 1960-1970. En dépeignant de manière documentarisante l’âpreté d’un quotidien rural du début du XXe siècle (dont on découvrira, avec effarement, qu’il se situe en fait à la fin du même siècle), Alice Rohrwacher ressuscite l’indigence austère des ambiances paysannes façon L’Arbre aux sabots d’Ermanno Olmi ou Padre Padrone des Taviani. Mais elle s’en démarque en teintant son réalisme de magie : Lazzaro, tel une créature surnaturelle issue de Théorème ou d’un autre fantasme pasolinien, provoque des miracles. Sa seule existence s’avère d’ailleurs prodigieuse : il semble imperméable au temps qui passe ainsi qu’à la mort – son prénom l’y prédestinait. Rousseau, es-tu là ? A

Continuer à lire

La Belle électrique lance ses soirées "Let's dance" pour « aller vers plus d’ouverture »

ACTUS | À l’occasion, samedi 20 octobre, de la première édition des soirées "Let’s dance" avec Honey Soundsystem, Alban Sauce, responsable de la programmation musiques électroniques de la Belle électrique, revient avec nous sur ce nouveau concept de soirée et ce qu’il laisse augurer pour la suite, mais aussi plus largement sur ses choix (et contraintes !) de programmation.

Damien Grimbert | Mercredi 17 octobre 2018

La Belle électrique lance ses soirées

Quel est le principe des soirées Let’s dance qui vont débuter samedi 20 octobre avec Honey Soundsystem ? Alban Sauce : L’idée, c’est avant tout d’avoir des événements dédiés aux musiques de groove, aux musiques qui font danser. D’être moins sur un truc très basique techno/house pour aller vers plus d’ouverture, et mettre en lumière des artistes, comme on a pu le faire déjà avec Hunee et comme on va le faire en décembre avec Antal, qui sont hyper transversaux et vont jouer à la fois de la house, du zouk, des trucs complètement différents dans leur set, tout en gardant une cohérence. Bref, des artistes dont le seul objectif est de faire danser les gens. Je pense que pendant de nombreuses années, dans la techno, on a perdu un peu cette notion de groove, et j’ai l’impression qu’aujourd’hui, grâce notamment à ce qui se passe à Amsterdam avec des artistes comme San Prope

Continuer à lire

Les sept expositions qui vont rythmer la saison grenobloise

Panorama de rentrée culturelle 2018/2019 | Avec de la photographie, du graphisme, de l'art contemporain, de l'égyptologie ou encore des sciences de l'univers.

La rédaction | Mardi 25 septembre 2018

Les sept expositions qui vont rythmer la saison grenobloise

Les Mondes inconnus Intrigante sur le papier cette exposition baptisée Les Mondes inconnus que l'on pourra découvrir à la Casemate (le Centre de culture scientifique, technique et industrielle de Grenoble), au Muséum et à l’Observatoire des sciences de l’univers de Grenoble (sur le campus). Une triple proposition qui a pour but de faire découvrir au public (et notamment aux plus jeunes) les mystères des sciences de l'univers via, à ce qu'on nous en a dit, une scénographie ludique et interactive – comme, par exemple, un voyage dans une fusée ! Plus d'infos mi-octobre, dès que nous aurons visité tout ça. À la Casemate, au Muséum et à l'Osug du samedi 13 octobre au dimanche 28 juillet Allons voir la mer avec Doisneau De Robert Doisneau (1912 – 1994), figure majeure de la photographie humaniste,

Continuer à lire

"Ma fille" : Valeria Golino, éternelle mater dolorosa

ECRANS | de Laura Bispuri (All-It-Sui, 1h37) avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Udo Kier…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Fillette sarde de 10 ans, Vittoria découvre Angelica et sa vie dépenaillée à mille lieues de l’existence modeste mais rangée dans laquelle Tina, sa mère, veut l’élever. Sauf que la délurée Angelica est sa génitrice biologique. Vittoria va se rapprocher d’elle, au grand dam de Tina… Valeria Golino semble s’être fait une spécialité des emplois de mère courage, usant sa plénitude quadragénaire et son regard triste dans des histoires de familles à problèmes majuscules avec une grâce jamais entamée ; Ma fille le prouve à nouveau, même si la comédienne occupe ici, à égalité avec Alba Rohrwacher (ici, dans le rôle de la serpillère, mère du sang mais pas de cœur), un rôle secondaire. Car la réalisatrice italienne Laura Bispuri place réellement l’enfant au centre du récit, adoptant le plus souvent son point de vue afin que l’on perçoive son dilemme, ses (dés)espoirs, ses chagrins... Cela, sans un mot de sa part ou presque. Pour rendre compte de cette écartèlement permanent, qui se retrouve dans la rousseur de Vittoria, entre la brune Tina et la blonde Angelica, le film aurait mérité de s’appeler Mes mères !

Continuer à lire

Jazz olympique au Albertville Jazz Festival

Festival | Rendez-vous du du mercredi 25 au dimanche 29 juillet en Savoie avec pas mal de belles têtes d'affiche.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Jazz olympique au Albertville Jazz Festival

Albertville capitale du jazz ? Si on nous avait dit qu'un jour l'ancienne ville hôte des Jeux olympiques d'hiver marcherait sur les traces musicales de La Nouvelle-Orléans, New York ou Chicago, on n'y aurait pas cru. Pourtant, depuis trois éditions (voici la quatrième), l’Albertville Jazz Festival s'affirme comme un événement important du paysage festivalier jazz régional – où la concurrence bat son plein entre Vienne et Montreux. Avec ses deux scènes, dont l'une est gratuite et davantage encline à la découverte, le festival opère dans un schéma bien connu des événements jazz. À savoir un mélange de fidélité à la geste du genre (ou des genres) maison (Henri Texier, Kyle Eastwood, Raphaël Imbert, EYM Trio, le manouche de Biréli Lagrène ou des Doigts de l'Homme), mais aussi une manière de s'encanailler avec tout un tas d'esthétiques plus ou moins frontalières parfaitement symbolisées par la présence de Youn Sun Nah feat Nguyen Lê, mais aussi des pointures comme Charlie Winston, Hugh Coltman ou

Continuer à lire

"Gueule d’ange" : gueule de bois

ECRANS | de Vanessa Filho (Fr, 1h48) avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix, Alban Lenoir...

Vincent Raymond | Vendredi 18 mai 2018

Quelque part, dans le sud. Mère célibataire d’Elli, qu’elle appelle "Gueule d’ange", Marlène tient pour prioritaires sa vie de jeune femme et ses sorties. Un soir, elle prolonge la fête avec un type et laisse sa gamine de 8 ans seule, pour une durée indéterminée. Elli dissimule son absence. Et boit. Gueule d’ange est l’exemple parfait du film avec lequel on peut jouer au bingo : sur la foi de l’affiche et du synopsis, le public peut préparer un carton et cocher les clichés dès qu’ils traversent le champ. Rôle social "de composition" avec mèches blondes et tenue de cagole taillé pour un festival/une nomination au César : bingo, Marion Cotillard. Référent masculin revêche au premier abord cachant sa tendresse sous une (et même plusieurs) blessure intime et vivant dans une caravane : gagné, Alban Lenoir. Gamine-à-z’yeux-bleus-pleine-de-bravitude-grave-dévastée-à-l’intérieur-alors-elle-picole : meilleur espoir pour Ayline Aksoy-Etaix. Décor de station balnéaire avec fête foraine intégrée (pour le côté "ces adultes qui n’ont jamais grandi") : carton plein ! En suresthétisant la misère soc

Continuer à lire

"Los Adioses" : femme de lettres au bord de la crise de nerfs

ECRANS | de Natalia Beristain Egurrola (Mex, 1h26) avec Karina Gidi, Daniel Giménez Cacho, Ari Albarrán…

Vincent Raymond | Mardi 8 mai 2018

Quelques fragments du parcours de la Mexicaine Rosario Castellanos (1925-1974) : ses premiers pas d’étudiante, sa reconnaissance comme poétesse, autrice, intellectuelle féministe et universitaire ; les tumultes de son couple avec Ricardo Guerra, partenaire frustré par le talent de sa compagne… C’est à une figure majeure des lettres mexicaine et de l’affirmation de droits des femmes que Natalia Beristain Egurrola rend ici hommage à travers ce film-patchwork brassant les époques, au risque de chahuter la stricte chronologie. Icône célébrée pour ses prises de parole et ses écrits, Castellanos eut à lutter au quotidien contre la jalousie dévorante de celui qui eût dû être son principal allié – c’est un peu comme si Jean-Paul Sartre, furieux de voir Simone de Beauvoir taper plus vite que lui à la machine et rafler le Goncourt, avait tenté de la boucler dans la cuisine, exigeant qu’elle se consacre exclusivement à la confiture de mandarines. Désir d’indépendance, machisme sournois… Ce match tristement connu et peu équilibré est ici arbitré par de nombreuses étreintes apportant un glamour pas forcément nécessaire – les flatteuses scènes d’am

Continuer à lire

"L'École de la vie" : entre deux

ECRANS | de Maite Alberdi (Fr.-Chi-.P.-B., 1h32) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

La vie quotidienne dans une école chilienne spécialisée accueillant des adultes atteints du syndrome de Down (la Trisomie 21) : le travail à l’atelier gastronomie, l’amitié et les histoires de cœur minées par les décisions des tuteurs légaux… La réalisatrice chilienne Maite Alberdi cadre les élèves serrés, dans une très grande proximité, à l’extrême limite parfois de l’intimité gênante (sans franchir la ligne jaune de l’obscénité), gardant parents et éducateurs dans un flou visuel volontaire. Ce dispositif tranché facilitant la focalisation sur ses héros (Rita, au régime, qui tente de soustraire du chocolat en cachette ; Anita et Andrés désireux de se marier malgré l’opposition parentale...) et permettant d’adopter plus aisément leur point de vue, est sans doute la meilleure idée de ce documentaire. L’École de la vie laisse en effet une impression mitigée, découlant pour partie des méthodes en apparence paradoxales de l’école. Certes, les élèves semblent disposer d’une liberté d’action complète et s’épanouir lorsqu’ils préparent de la pâtisserie, mais ils sont étrangement infantilisés dans des cours où on leur demand

Continuer à lire

9 fois de la Simone

Playlist (avant concert) | Si le style c'est l'homme, cet homme c'est Albin de la Simone. Tant cet arrangeur-musicien-auteur-compositeur, tantôt pince-sans-rire, tantôt grave, toujours un peu mélancolique, a su au fil d'une discographie de plus en plus impeccable creuser un sillon singulier mais aussi familier que pourrait l'indiquer le titre de son dernier album, " L'un de nous". La preuve par 9 avant son concert vendredi 6 octobre à la Source.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 octobre 2017

9 fois de la Simone

Amour Amitié Albin de la Simone (2003) Déjà là, la capacité d'Albin à marcher sur un fil : celui des sentiments et des sensations. Un homme, une femme : il espère, elle ne semble pas sûre. « Amour amitié, je ne sais pas si par dépit ou par pitié, je franchirai cet océan qui va de l'amour à l'amant. » Dans une ambiance presque burtonienne, la geste de la Simone est tout entière réunie dans ces mots qui sont pourtant de Pierre Vassiliu. Elle aime Albin de la Simone (2003) Maître de l'absurde, Albin livre là un de ses petits bijoux d'écriture, en duo avec la canadienne Feist (qui n'est pas encore tout à fait Feist et joue les Birkin). Il est encore question d'amour et, peut-être, un peu de remise en question. Que peut vouloir dire d'être aimé par quelqu'un dont les centres d'intérêt figurent un cabinet de curiosités – « elle aime le cri des poux, et le lait faisandé, les tipis et les gnous, le chlore et la mélasse, elle chér

Continuer à lire

Et voici les 20 concerts de l’automne

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base de stars de la chanson, de rock qui déménage ou encore de surprises musicales bienvenues.

La rédaction | Mercredi 13 septembre 2017

Et voici les 20 concerts de l’automne

A-Wa Les trois sœurs Haim n'en finissent plus de passer près de chez nous – ce sera leur cinquième date dans la région en tout juste deux ans. Et de s'ouvrir toutes les portes depuis la parution de leur Habib Galbi, transformé en hit au fil des mois (y compris en Israël, chose très rare pour un morceau chanté en arabe) et flanqué d'un album tout aussi réjouissant baptisé du même nom. Soit des chansons issues du répertoire traditionnel yéménite qu'elles ont souhaité s'approprier, le malaxant de leurs multiples influences allant des Beach Boys (ah, les harmonies vocales !) à Kendrick Lamar. On est fans, surtout en concert. À la Rampe mardi 26 septembre Amadou et Mariam Ils sont loin les Dimanche à Bamako (15 ans déjà) qui ont mis Amadou et Mariam sur la carte de la musique internationale (après 15 ans d'une première carrière) et ont permis de démontrer que la musique malienne allait bien au-delà de la kora traditionnelle e

Continuer à lire

"Comment j'ai rencontré mon père" : mouais...

ECRANS | de Maxime Motte (Fr., 1h25) avec François-Xavier Demaison, Isabelle Carré, Albert Delpy…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Enguerrand a 6 ans et des parents adoptifs qui moulinent un peu avec ce concept. Alors lorsqu’il découvre un soir sur la plage un sans papiers d’origine africaine comme lui, il est persuadé d’avoir rencontré son père biologique. Sauf que non : Kwabéna veut juste passer en Angleterre… La promesse du titre est à moitié tenue : le "je" laisse entendre que le film va être vu à hauteur d’enfant. En réalité, ce sont les parents (et surtout le grand-père délinquant-débauché joué par Albert Delpy) qui occupent le premier plan ; l’enfant, doté de la maturité d’un grand pré-ado, se contentant de vignettes. Privé de cette ambition, le film équivaut à un Welcome traité façon comédie, émaillé de séquences de "Papy sème sa zone à l’hospice avec ses potes les vieux" et d’engueulades sitcom entre les parents (elle, juge rigide ; lui, libraire nonchalant). Un (gros) peu d’écriture en plus n’aurait pas nui.

Continuer à lire

Shellac : made in Albinie

Rock | Figure radicale d'un rock qui meurt mais ne se rend pas, producteur culte de classiques du rock bruitiste, l'Américain Steve Albini est aussi le leader depuis deux décennies de Shellac, un groupe où s'étalent ses conceptions musicales tranchées et minimalistes. Et qui cultive la rareté sur tous les plans. Autant dire que ce concert grenoblois a tout d'un événement.

Stéphane Duchêne | Mardi 30 mai 2017

Shellac : made in Albinie

À l'heure de la promo à tout crin ; des tentatives de l'industrie musicale d'en redevenir une justement, de celles de certains labels indés de devenir de mini-major et de faire de l'indépendance une indé-tendance, il est encore quelques irréductibles qui n'ont pour seul objectif que le travail bien fait dans un esprit frondeur et réfractaire aux modes, se souciant à peine des chiffres de ventes ou de l'écho médiatique qu'engendrera leur production. De cette école, Steve Albini est sans doute le grand inspirateur, l'ayatollah le plus incorruptible, la statue du commandeur, à l'origine, d'ailleurs, d'un paradoxe : en s'érigeant contre le système, en cultivant une épure sonore et des méthodes de travail bien à lui, Albini a permis à nombre de groupes d'en devenir des figure indéboulonnables sans pour autant perdre leur âme. Des Pixies à Nirvana, de PJ Harvey à Godspeed you ! Black Emperor, tous ont eu le pied à l'étrier après qu'un passage dans le studio du producteur chicagoan leur a permis d'accoucher d'œuvres marquantes mais sèches comme des coups de trique. L'une des raisons pour laquelle, au-delà de la pureté musicale fournie par ce produc

Continuer à lire

Le documentaire loin des clichés avec L’Excentrique Cinéma

Mini festival | Du mardi 2 au jeudi 4 mai, au Club, à Mon Ciné et au 102 aura lieu un festival de cinéma particulier. Où l'on pourra découvrir des films sortant des carcans classiques du documentaire traditionnel.

Damien Grimbert | Mardi 25 avril 2017

Le documentaire loin des clichés avec L’Excentrique Cinéma

Défenseur d’un cinéma « où les auteurs affirment des points de vue pour penser et comprendre le monde environnant », le méconnu collectif grenoblois Cinex (Atelier du cinéma excentrique) propose au grand public un accès à son univers par le biais de son événement L’Excentrique Cinéma. Au programme, trois documentaires de création projetés dans trois lieux distincts (et accompagnés de rencontres avec leurs réalisateurs respectifs). Des films liés non pas par une thématique commune mais par des préoccupations socio-politiques convergentes ainsi que des modes de narration libres et non-formatés sortant des carcans classiques du documentaire traditionnel. Pas comme des loups (le mardi au Club, photo) de Vincent Pouplard accompagne ainsi deux jeunes frères d’une vingtaine d’années en rupture avec les normes sociétales, mais dont le mode de vie marginal s’accompagne d’une autodiscipline peu commune. 300 hommes d’Emmanuel Gras et Aline Dalbis (le mercredi à Mon Ciné) se

Continuer à lire

"L'Homme aux mille visages" : espion, venge-toi !

Thriller | Transformant une escroquerie d’État des années 1980 en thriller rythmé et sarcastique, Alberto Rodríguez, réalisateur du fameux "La Isla minima", poursuit à sa manière son exploration critique de la société espagnole post-franquiste, quelque part entre "Les Monstres", "L’Arnaque" et "Les Affranchis".

Vincent Raymond | Lundi 10 avril 2017

Remercié par les services secrets espagnols et ruiné, le rusé Paco Paesa a dû se reconvertir du trafic d’armes vers l’évasion fiscale. Quand Luis Roldán, patron de la Garde Civile soupçonné de détournement de fonds, réclame son aide, il flaire le bon coup pour se refaire. Du billard à mille bandes… Contrairement à Fantômas, Paco Paesa n’a nul besoin de revêtir de masque ni d’user de violence pour effectuer ses coups tordus. C’est par la parole et l’apparence, en douceur, qu’il arrive à ses fins, laissant croire à son interlocuteur ce qu’il a envie de croire. En cela, L'Homme aux mille visages rappelle la grande époque de la comédie italienne, dans sa manière notamment de ridiculiser (voire d’infantiliser) les puissants, ravalés au rang en marionnettes dans les mains d’un manipulateur habile. Et de prendre les ambitieux, surtout les corrompus, au piège de leur avidité – c’est l’"arrosé" arrosé, en somme. Faux et usage de vrai Alberto Rodríguez est de ces cinéastes qui, à l’instar de l'Italien Paolo Sorrentino dans

Continuer à lire

"L'Étrangleur de Boston" : autopsie d'un serial killer

Reprise | Avant de se lancer dans une semaine de célébrations pour ses 50 ans, le Ciné-Club de Grenoble propose ce mercredi 8 mars un classique de Richard Fleischer sorti en 1968.

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Pour l’ouverture de son cycle "Tueurs en série", le Ciné-Club de Grenoble propose L'Étrangleur de Boston de Richard Fleischer. Ce dernier, habitué aux séries B de triste mémoire en fin de carrière (Kalidor : la légende du talisman), fut pourtant l’artisan des meilleurs thrillers américains du début des années 1970 comme L’Étrangleur de la place Rillington et Les Flics ne dorment pas la nuit. Mais revenons-en à Boston. Après une fantaisie musicale, L’Extravagant Docteur Dolittle, Fleischer change complètement de registre en 1968. Il dirige alors Tony Curtis et Henry Fonda pour raconter la traque d’Albert de Salvo, meurtrier entre 1962 et 1964 d’une dizaine de femmes à Boston. Partant de ce fait divers, Fleischer déploie une mise en scène inventive, en constante prise avec la réalité qu’il scrute. La splendide photographie de Richard H. Kline et la construction complexe de ses cadrages portent à elles seules le sens psychanalytique de l’œuvre. Curtis y livre une interprétation

Continuer à lire

Et si l’entreprise sauvait la culture?

ACTUS | La crise que connaît depuis des années le monde culturel laisse de la place à de nouvelles initiatives. Start-ups ou financements mixtes naissent à Grenoble pour pallier le manque de soutien des collectivités publiques. Retour sur plusieurs exemples locaux, comme la Belle Électrique ou Short Édition.

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 7 février 2017

Et si l’entreprise sauvait la culture?

La situation économique de la culture commence à devenir alarmante en France. Rien qu’à Grenoble, on ne compte plus les festivals qui s’arrêtent (Rocktambule), les salles qui ferment (le Ciel), les assos qui périclitent (Sasfé à la Villeneuve). Certains acteurs de l’agglomération tentent de trouver des solutions comme l’a remarqué Olivier Zerbib, sociologue de la culture et du management de l’innovation à l’IAE (Institut d’administration des entreprises) de Grenoble. « Puisque le ministère de la Culture ne donne pas de direction, puisque la Ville de Grenoble ne diffuse qu’un discours comptable, la culture cherche de nouvelles sources de financement. » La Belle Électrique organisait ainsi en septembre dernier l’événement Culture < > Futur, qui avait lieu au Musée de Grenoble. On y « découvrait et échangeait sur les tendances culture, entrepreneuriat et numérique » nous explique Alban Sauce, de l’association MixLab (qui gère la salle de con

Continuer à lire

A-Wa : girls just want to have fun !

MUSIQUES | Les trois sœurs israéliennes, à qui l'on doit le tube surprise "Habib Galbi" (5 millions de vues sur Youtube), seront ce samedi 3 décembre à Grenoble, pour la troisième fois en un an. Et c'est une excellente nouvelle.

Aurélien Martinez | Lundi 28 novembre 2016

A-Wa : girls just want to have fun !

C'était l'un des concerts les plus originaux et réussis de la dernière édition du festival grenoblois Le Cabaret frappé : le groupe A-Wa et son folk yéménite traditionnel à la sauce pop, électro et hip hop. Trois sœurs venues d’Israël qui se sont rapidement imposées sur la scène internationale grâce à un tube inattendu et addictif, chanté en arabe yéménite comme tout l’album du même nom : Habib Galbi, dont l'excellent clip (ah, la chorégraphie!) frôle les 5 millions de vues sur Youtube. Un concert original car leur réinterprétation de chants traditionnels issus de la tradition orale (elles expliquent souvent en interview que dans la culture juive yéménite, les femmes ne pouvaient apprendre ni à lire ni à écrire) est un véritable appel à la danse. Mais une danse d’aujourd’hui et surtout cosmopolite, défendue par des filles qu’on pourrait croire sorties d’un magazine de mode. Au vu du succès phénoménal qu’elles rencontrent (ce sera par exemple leur troisième passage grenoblois), Tair, Tagel et Lironr Haim voudraient logiquement dépasser le cadre de la reprise (même si

Continuer à lire

"La Mort de Louis XIV" : le crépuscule du roi Léaud

ECRANS | d'Albert Serra (Fr.-Esp.-Por., 1h55) avec Jean-Pierre Léaud, Patrick d’Assumçao, Bernard Belin…

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

1715. Usé, fatigué, vieilli, Louis XIV n’est plus que l’ombre du Soleil ; un blafard souverain emperruqué rejouant pour sa cour les rites et les jours, qu’une douleur à la jambe vient subitement clouer au lit. Impuissants à le soulager, ses médecins (ou médicastres) assistent à la progression de la gangrène, à son agonie puis son trépas… Mâchoire qui clappe, voix de gorge nasillarde aux limites du compréhensible, œil éteint et teint cireux… C’est une idole sur le déclin, attaquée par les années ; un vestige vivant qui claudique à l’écran avant d’être contraint à l’immobilité quasi totale (ne demeure mobile que la main, exécutant ses caractéristiques moulinets) et se désagréger sous nos yeux. Des fins de vies ou de règnes, on en a déjà vues, mais Albert Serra a eu l’idée tant prodigieuse que terrible de convaincre Jean-Pierre Léaud, l’ultime incarnation du cinéma de la Nouvelle Vague, d’endosser la défroque déliquescente du roi à l’article de la mort. Ajoutant à son évocation historique crépusculaire fascinante malgré (ou à cause de) sa langueur une résonance contemporaine d’une étrange symbolique. Car cette figure de la modernité d’alors se retrouve

Continuer à lire

"Relève : histoire d'une création", le ballet de l'Opéra par Millepied

ECRANS | Benjamin Millepied transmet à de jeunes danseurs du ballet de l’Opéra de Paris son inépuisable enthousiasme et livre, au terme un époustouflant contre-la-montre, sa première création en tant que directeur de la danse à Garnier. Un édifiant et fascinant documentaire.

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

En 2013, la nomination de Benjamin Millepied à la tête du ballet de l’Opéra de Paris avait tout pour éveiller la suspicion. Trentenaire aux allures de gravure de mode, coqueluche des revues depuis son beau mariage avec une actrice à Oscar (Natalie Portman), il ressemblait moins au successeur attendu de la vétérane Brigitte Lefèvre qu’à une concession à l’air du temps – un préjugé emballé dans un tutu rose auquel sa démission expresse donna début 2016 la touche finale… N’en déplaise aux cancaniers, la présence du chorégraphe à ce poste n’avait rien d’usurpée ; et son passage, pour météorique qu’il fût, se révéla tout sauf anecdotique : Relève , documentaire sur les coulisses de la création Clear, Loud, Bright, Forward, démontre en filigrane à quel point Millepied semblait taillé pour y accomplir de nécessaires révolutions. Et Benjamin Millepied opéra… Relève porte ce regard original sur l’élaboration du ballet promis par le titre (de l’esquisse à la première) tout en intégrant des éléments périphériques grappillés dans le quotidien de la vénérable institution : cuisine administrative, obligations protocolaires et promoti

Continuer à lire

Magnétisme animal au Festival d'Alba

Festival | Du cirque, encore ? Oui ! Parce que cette discipline ne cesse de se réinventer et d'investir les théâtres pour la seule raison valable qui soit : la qualité de certains spectacles. La preuve au festival d'Alba, en Ardèche.

Nadja Pobel | Mardi 5 juillet 2016

Magnétisme animal au Festival d'Alba

Retours aux sources à Alba-la-Romaine, puisque cette séduisante petite ville antique et médiévale accueille à l'année La Cascade, pôle national des arts cirques emmené par Alain Reynaud, auteur l'an dernier d'une création sur le cycle, Roue libre. Cette année dans le cadre du festival, dix-sept spectacles seront accueillis dont l'intrigant Ours et le roitelet de la marionnettiste de grand talent Émilie Valantin, le maîtrisé (techniquement) mais manquant de liant narratif et de fluidité No/more de la Tournoyante ou encore Bestias (à voir tous les jours sauf le 14 à 20h15 ). Délicate, menée par le couple Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, et même épisodiquement leur fille, cette fable circassienne est aussi composée à partir des mouvements de chevaux, de poules et d'oiseaux (six perruches et un corbeau-pie) ! En effet, l'homme ne surplombe pas tout et ne domine pas son monde à coups de démonstrations acrobatiques. Pas d’esbroufe ici sinon celle d'une précision d’orfèvre obtenue de la concordance du travail avec l'animal. Tout doucement Le premier à entrer en scène est d'ailleurs le cheval, seul. Plus tard, le

Continuer à lire

Les 3 soirées de la semaine

MUSIQUES | Rendez-vous à la Belle élecrique avec deux grands noms de l'électro, à la Bifurk avec l’association Bakkus et au Drak-Art avec le vétéran Philippe Petit.

Damien Grimbert | Mardi 26 avril 2016

Les 3 soirées de la semaine

samedi 30.04.16 > La Belle électrique Agoria invite Oxia C’est ce que l’on appelle un line-up de tout premier choix : à l’occasion de son premier passage à la Belle électrique, Agoria (en photo), représentant émérite de la scène techno et house hexagonale depuis maintenant plus d’une quinzaine d’années, invite à ses côtés Oxia, figure tutélaire de la scène grenobloise. Un véritable choc des titans en perspective, tant les deux vétérans et amis de longue date ont déjà su prouver à plus d’une reprise leur évidente complémentarité aux platines. samedi 30.04.16 > Bifurk Soirée Bakkus Déjà à l’origine des soirées Balkan Beat Circus et Cumbia vs Balkans à l’Ampérage et au Drak-Art, l’association Bakkus investit cette fois la Bifurk pour un nouveau rendez-vous festif pluridisciplinaire à la croisée des musiques folkloriques balkanique et des bazars forains d’antan... Au programme, DJ-sets balkan beat, cumbia et electro-swing par Balkaliente et Littl

Continuer à lire

Les Premiers, les Derniers

ECRANS | De et avec Bouli Lanners (Fr./Bel., 1h33) avec Albert Dupontel, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max von Sydow…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Premiers, les Derniers

Si la relecture du western est tendance, pour Bouli Lanners, ce n’est pas non plus une nouveauté, qui lorgnait déjà sur les grands espaces et le road movie dans ses œuvres précédentes – voir Les Géants (2011). Situé dans un no man’s land contemporain (un Loiret aussi sinistre que la banlieue de Charleroi un novembre de chômage technique), Les Premiers, les Derniers fait se croiser et se toiser dans un format ultra large des chasseurs de prime usés, de vieux Indiens frayant avec la terre, une squaw en détresse ainsi que l’inévitable horde de bandits aux mines patibulaires. Cousin belge de Kervern et Delépine, mais qui aurait fréquenté le petit séminaire, Lanners diffuse en sus dans cette re-composition décalée un étonnant souffle de spiritualité continu, faisant de ses personnages des messagers et de leur trajectoire une sorte de parabole, d’interprétation du fameux verset de l’Évangile selon Matthieu “Heureux les pauvres en esprit…”. Ajoutons que Jésus se balade de-ci de-là, que les comédiens Michael Lonsdale et Max von Sydow chantent des cantiques : le propos mystique ne se discute pas ! De

Continuer à lire

Gaz de France

ECRANS | De et avec Benoît Forgeard (Fr., 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine, Alka Balbir…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Gaz de France

À l’image de son auteur-interprète Benoît Forgeard ou de son comédien principal Philippe Katerine (qui vont jusqu’à l’incarner à la ville dans leur esthétique vestimentaire et leur art de vivre kitsch-vintage), Gaz de France cultive un ton décalé épris de non-sense. Une sorte de burlesque froid et languide, dont les effets comiques naissent d’une improbable combinaison entre l’absurde, le contemplatif et le bavard musical. Pas tout à fait ratée, ni vraiment réussie, cette farce auteuriste et bariolée empruntant à la politique-(science-)fiction use de diverses stratégies pour compenser un budget qu’on suppose étriqué. Les décors, d’abord, sans doute voulus comme arty, design et épurés ; hélas, ils trahissent plutôt le carton-pâte fauché. Reste la distribution, solide, rehaussée par la présence magnétique d’Alka Balbir. Voilà en l’occurrence un procédé aussi déloyal que pervers, puisqu’il vise à obtenir notre libidineuse et concupiscente indulgence. Nous ne sommes pas dupes… *soupir*

Continuer à lire

Musique classique : les cinq temps forts du semestre

MUSIQUES | En 2016, on a rendez-vous à la MC2 avec l'Aurora Orchestra, à la Rampe avec le Quatuor Debussy, à l'église Saint Martin avec certains des Musiciens du Louvre Grenoble, à l'Odyssée d'Eybens avec le mandoliniste Vincent Beer-Demander ou encore à l'Auditorium du Musée de Grenoble avec la comédienne Natacha Régnier.

Régis Le Ruyet | Mercredi 6 janvier 2016

Musique classique : les cinq temps forts du semestre

Beethoven Passion Depuis quelques années, une union indéfectible associe le Quatuor Debussy à la Rampe. Sur la scène échirolloise, la formation rhônalpine a déjà croisé l'archet avec nombre de partenaires allant des acrobates australiens de Circa à la chorégraphe grenobloise Sylvie Guillermin. Cette fois, ces habitués des chemins de traverse iront seuls affronter trois des titanesques quatuors à cordes de Beethoven. Une forme reine définie par Haydn, aux canons rééquilibrés par Mozart et que Beethoven questionnera jusqu'à la rupture au cours des quatre dernières années de sa vie. Séquentiellement considéré comme le premier et écrit vers l'âge de 30 ans, les traces du Quatuor n°3 opus 18 remontent à 1798. Le compositeur y montre son assimilation des héritages tout en laissant poindre quelques lumineuses inventions. Quant à l'Opus 59 n°3, dédié au comte Razumovsky, intitulé Eroica et commençant dans une obscurité mélodique, il demeure l'un des plus joués au monde. Enfin, ébauché en 1826 et dernier de tous, le Quatuor opus 135, que Beethoven n'entendit jamais, porte la dédicace prémonitoire de "la résolut

Continuer à lire

La Isla minima

ECRANS | Deux flics enquêtent sur des assassinats de femme dans une région marécageuse et isolée, loin des soubresauts d’un pays en pleine transition démocratique. En mélangeant thriller prenant et réflexion historique, Alberto Rodríguez réalise avec maestria un "True Detective" espagnol. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 juillet 2015

La Isla minima

Au tout début des années 1980, l’Espagne continue sa transition entre la dictature franquiste et la monarchie républicaine. Les échos de cette mutation ne parviennent que lentement vers une région reculée de l’Andalousie cernée par les marais, où les habitants ont définitivement renoncé à mettre leurs pendules à l’heure. Pourtant, l’assassinat de deux jeunes filles lors des fêtes annuelles va conduire deux flics venus de Madrid à débarquer dans cette communauté fermée et discrète pour faire surgir la vérité et lever les hypocrisies morales. Alberto Rodríguez, cinéaste jusqu’ici plutôt mineur au sein de la nouvelle génération espagnole, parvient très vite à lier ensemble son thriller et le contexte politique dans lequel il l’inscrit. Et ce grâce à la personnalité de ses deux enquêteurs : l’un, Juan, obsédé par la résolution de l’affaire, représente la nouvelle Espagne qui se met en place lentement et tente de remplacer les méthodes expéditives des milices franquistes ; l’autre, Pedro, a plus de mal à oublier ses vieux réflexes et y voit surtout une forme d’efficacité non entravée par les droits des suspects. Mais cette tension se retrouve aussi dans l’intrigue elle-même

Continuer à lire

Que viva Eisenstein !

ECRANS | De Peter Greenaway (Holl-Finl-Belg-Mex, 1h45) avec Elmer Bäck, Luis Alberti…

Christophe Chabert | Mardi 7 juillet 2015

Que viva Eisenstein !

Continuant à honorer les génies artistiques, Greenaway s’attaque au cinéaste soviétique Sergueï Eisenstein après Rembrandt et Goltzius. Et, toujours dans une logique où sa forme à lui se calquerait sur leur forme à eux, il se lance ici dans un pastiche du style Einsenstein, avec effets de montage et même quelques plans (libres de droits) piqués directement au maître, incarné à l’écran par un Elmer Bäck complètement halluciné. Contre toute attente, l’introduction du film est ce que Greenaway a fait de plus plaisant depuis longtemps ; la visite d’Eisenstein à Mexico où il se pavane et pérore en grand maître cinématographique de la Révolution russe avant d’y tourner un de ses chefs d’œuvre – Que viva Mexico ! – se transforme en grande farce bouffonne et scato. Il faut voir Eisenstein parler à sa bite sous la douche ou, ivre, vomir et chier en même temps dans les égouts pour comprendre que Greenaway ne prend pas son héros du tout au sérieux. En revanche, quand le film dévoile son vrai sujet (le coming out d’Einsenstein au contact d’un diplomate mexicain qui le déflore longuement avant de lui enfoncer un drapeau rouge dans l’anus), Greenaway retomb

Continuer à lire

Les belles nuits de la Belle électrique

ACTUS | Le volet club de la nouvelle salle grenobloise de presque 1000 places, inaugurée il y a tout juste six mois, connaît un beau succès. On fait le point avec le responsable de la programmation. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 23 juin 2015

Les belles nuits de la Belle électrique

Presque aussi attendue que l'arrivée de Doc et Marty (prévue le 21 octobre 2015 pour rappel), la Belle électrique, portée par l'association MixLab, s'est dévoilée le 10 janvier dernier. Depuis, la salle n'a de cesse de faire danser et tituber les noctambules de Grenoble et d'ailleurs. À quoi tient ce succès ? Alban Sauce, programmateur des soirées électro, est lui-même un peu surpris par cet engouement. « Le projet de la Belle électrique est centré sur les musiques amplifiées avec un accent sur les musiques électroniques et les arts numériques. L'idée était d'avoir à la fois une salle de concert à la programmation ambitieuse et un club au sens noble du terme comme on peut le voir en Allemagne ou en Angleterre. Dès 2007, avec notre association MixLab, on a fait le pari que les musiques électroniques seraient les musiques populaires de notre siècle. » Pari réussi donc puisque toutes les soirées affichent complet, et ce n'est pas prêt de s'arrêter. Alors la saison prochaine accordera t-elle autant de place au

Continuer à lire

Le Festival d’Alba fait son (nouveau) cirque

SCENES | Le nouveau cirque est une pépinière de talents qui désormais s’ébrouent sur les scènes des théâtres les plus prestigieux. Le Cirque Aïtal, qui nous avait éblouis aux (...)

Nadja Pobel | Mercredi 24 juin 2015

Le Festival d’Alba fait son (nouveau) cirque

Le nouveau cirque est une pépinière de talents qui désormais s’ébrouent sur les scènes des théâtres les plus prestigieux. Le Cirque Aïtal, qui nous avait éblouis aux Nuits de Fourvière en 2013 ? Il était passé bien avant à Alba-la-Romaine ! Il faut dire que ce festival est mené par l’un des douze centres nationaux des arts du cirque : la Cascade, des spécialistes du genre implantés à Bourg-Saint-Andéol. Dans l’amphithéâtre antique et non loin de l’imposant château XVIe siècle, plus d’une quinzaine de spectacles se déploient, payants pour certains, gratuits pour d’autres comme notamment ces concerts qui le soir, vers 23h, closent la journée. Mais le point d’orgue de cette manifestation est la création Roue libre "co-mise en piste" par Alain Reynaux, directeur de la Cascade et ancien clown de la compagnie des Nouveaux Nez. À l’occasion du passage du Tour de France le 19 juillet dans les alentours, lors de l’étape Mende-Valence, les circassiens se sont emparés du thème du vélo, populaire et passionnant à la fois. Neuf cyclistes, trois motocyclistes et un guitariste promettent des acrobaties inédites (à 9 mètres de haut ou sur trampoline !) et poussent même le pla

Continuer à lire