C'est l'histoire de la vie

Christophe Chabert | Vendredi 12 novembre 2010

Photo : Chris Van Der Brught


Les chorégraphes s'intéressent souvent à la nature humaine. Ils la dissèquent, la confrontent à ses contradictions, à ses faiblesses, mais aussi révèlent sa force, sa capacité de résilience… Il est toujours surprenant de lire attentivement leurs notes d'intention qui se ressemblent beaucoup dans leurs propos et le champ lexical employé. Alain Platel n'échappe pas à la règle, mais la transcende judicieusement avec un Out of context dédié à Pina Bausch plus corrosif qu'il n'y paraît.

Sur scène, neuf interprètes s'installent, très longuement. Ils se déshabillent, gardant uniquement leurs sous-vêtements, et se drapent dans une couverture orange : une couverture de survie ? Seraient-ils des sans-abris ? Des réfugiés ? Chacun y voit ici ce que bon lui semble, là n'est pas la question…

Ainsi, cette nouvelle création du très référencé Alain Platel, plus habitué au clinquant qu'à la sobriété, surprend de prime abord : pas de décors, d'orchestre sur scène, et surtout pas de clés de lecture imposées. On découvre alors de splendides interprètes (les danseurs des incontournables Ballets C de la B, dont Kaori Ito, déjà aperçue comme chorégraphe à l'Hexagone de Meylan) qui, ensemble, dansent l'être humain, sur plusieurs types de musique, dont un medley pop savoureux convoquant tour à tour Madonna, House of pain, Aqua ou encore Khaled !

Finalement, si le propos n'est pas d'une grande originalité, la fougue qui se dégage de certaines parties transcende l'ensemble, qui devient par moments extrêmement drôle. Et il faut bien le dire, on n'a pas beaucoup l'habitude à Grenoble de rire devant des spectacles de danse.

AM

OUT OF CONTEXT
Vendredi 19 et samedi 20 novembre, à la MC2.

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"Requiem pour L" : de la musique, jusqu’à ce que mort s’ensuive

Spectacle musical | Du mercredi 6 au vendredi 8 mars à la MC2, on pourra découvrir une troublante création signée notamment par l'immense Alain Platel.

Aurélien Martinez | Mardi 5 mars 2019

C’est une proposition difficilement classable, que l’on doit au metteur en scène et chorégraphe (des fameux Ballets C de la B) Alain Platel et au compositeur Fabrizio Cassol. Une aventure quelque part entre le concert (« quatorze musiciens de plusieurs continents se rencontrent autour du Requiem de Mozart qu’ils reconstruisent en fusionnant leurs influences musicales personnelles avec du jazz, de l’opéra et de la musique africaine populaire ») et le spectacle classique (nous sommes assis comme au théâtre, et aucune interaction n’a lieu avec le public). Mais une aventure qui emporte celles et ceux qui en acceptent les codes, et surtout le propos. Car en fond de plateau de ce Requiem pour L, derrière une scénographie forte qui évoque le Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe situé à Berlin, passe la vidéo d’une femme alitée (Lucie, d’où le "L" du titre) vivant ses derniers instants. Le cadre est serré sur le visage de celle qui a accepté que les images soient utilisées par Alain Platel – dont elle était une spectatrice fidèle. La mort nous est ainsi montrée en face, avec franchise mais égalemen

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 25 mars 2014

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Les fous, les marginaux, les déshérités, les inclassables, tous ceux qui échappent aux normes... Tels sont les personnages qui passionnent le chorégraphe belge Alain Platel et qu'il met la plupart du temps en scène. Pour le pire avec Pitié ! en 2008 ou pour le meilleur avec vsprs en 2006 et ses mouvements inspirés des spasmes hystériques. Lui-même ancien orthopédagogue auprès d'enfants handicapés, Platel fonde en 1984, sans formation de danseur ni de metteur en scène, les improbables Ballets contemporains de la Belgique, devenus les célèbres Ballets C. de la B. Certains ont qualifié son univers puisant dans le réel de « danse documentaire » ; le chorégraphe préfère, lui, le qualificatif de « danse bâtarde », tant il aime mélanger et intervertir les rôles et les disciplines : la danse peut être confiée à des circassiens ou à des comédiens, les danseurs peuvent chanter ou dire des textes, des chanteurs et des musiciens s'immiscent aussi souvent parmi les mouvements des autres. Sa dernière création tauberbach (que nous n’avons pas encore vue, mais dont on attend beaucoup) est l'adaptation de la biographie d'une schizophrène brésilienne qu

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Le spectacle Vortex Temporum ? Un Anne Teresa De Keersmaeker mineur et trop intellectualisé qui reste tout de même un fascinant voyage dans l'univers d'une des plus grandes chorégraphes de sa génération. Rien que pour ça, les amateurs de danse se doivent d’être à la MC2 entre le 23 et le 25 avril. Ils se doivent aussi d’être à la MC2 début avril (les 1er et 2) pour découvrir Tauberbach, la nouvelle création d’Alain Platel des Ballets C de la B (que nous n’avons pas vue). « Comment (sur)vivre avec dignité quand il nous reste très peu ? » se demande l’un des plus grands chorégraphes européen (qui est belge, comme Anne Teresa De Keersmaeker) ? On lui fait confiance pour trouver la réponse. Et l’on se dit que la MC2 a quand même une prog danse qui envoie du lourd !

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"Gardenia" : fin de partie

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Aurélien Martinez | Vendredi 6 janvier 2012

Le cabaret va fermer ses portes. Une dernière fois, les artistes qui l’ont fait vivre montent sur les planches. Des travestis, accompagnés de deux femmes, qui ont tout simplement vieilli, et qui remballent maintenant les costumes de leur vie passée. Mais avant, ils s’offrent donc un ultime tour de piste, où seront abordés, dans un même élan, la fuite du temps, les rêves brisés, l’humour potache… Une mise en abyme élaborée par trois Belges : l’artiste pluridisciplinaire Frank Van Laecke, le chorégraphe Alain Platel des Ballets C. de la B. (on se souvient de son fabuleux Out of Context vu à la MC2 la saison dernière), et surtout Vanessa Van Durme, comédienne à l’origine du projet, que l’on avait déjà pu découvrir dans le très beau spectacle Regarde maman, je danse, mis en scène par Frank Van Laecke et programmé à la Rampe en 2008. De ce ménage à trois est ainsi né un Gardenia

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