Incertain regard

SCENES | NOUVEAU CIRQUE/ Portés par une scénographie ingénieuse digne d’une boîte à magie géante, Boris Gibé et Camille Boitel ont imaginé un spectacle ambitieux et surprenant qui se joue des perspectives. Aurélien Martinez

François Cau | Mercredi 26 octobre 2011

Photo : Jérôme Vila Contextes


Curieuse proposition que ces Fuyantes. Puisqu'il faut la mettre dans une case, celle un brin fourre-tout du nouveau cirque convient… bien qu'elle soit terriblement réductrice. Car la force de ce spectacle est justement d'arriver à mettre en place son univers propre au croisement des arts (cirque, danse, théâtre, art plastique, art numérique…), sans qu'aucun ne prenne le pas sur les autres. Aux manettes de cet ovni, on retrouve Boris Gibé et Camille Boitel. Le premier a fondé en 2004 la cie Les Choses de Rien, pour travailler « sur la danse acrobatique, l'exploration aérienne, le théâtre corporel, la manipulation d'objets ». Des expérimentations qui parlent évidemment au second, lauréat en 2002 de la première édition de l'opération Jeunes talents cirque que le public grenoblois a découvert la saison dernière à la MC2 avec le sidérant L'immédiat. Deux artistes atypiques donc, dont la collaboration, attendue, ne pouvait donner que quelque chose de riche.

Juste une illusion d'optique

Dans un monde déshumanisé et quasi-robotisé, cinq êtres semblent condamnés à errer sans repères tangibles. Cette idée prend rapidement forme grâce à une scénographie impressionnante (et faussement désuète avec ses tissus cheap) qui se transformera au fil de l'heure de représentation. Le plateau devient alors une zone en mouvement perpétuel, ne permettant plus aux personnages – et par ricochet aux spectateurs – de se fier à une réalité quelconque. L'univers bricolé de Boris Gibé, mis en scène par Camille Boitel, fait mouche, porté par cinq interprètes (dont Boris Gibé lui-même) malléables à merci, qui jonglent autant avec les codes du burlesque (on pense par exemple aux films muets de Buster Keaton) que ceux du théâtre à la Beckett ou de la performance circassienne. Parallèlement, le jeu sur les lumières et les perspectives, subtil, renvoie à plusieurs courants de l'art moderne – le Néerlandais Escher et ses constructions improbables en tête. Une création audacieuse (pour tout ce qu'elle véhicule) et intrigante qui ne demande qu'à grandir, les toutes premières représentations mi-octobre à Annecy semblant encore fragiles.

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La science des rêves de Boris Gibé et Florent Hamon

SCENES | Deux circassiens pour un spectacle inclassable entre nouveau cirque, théâtre, danse, arts plastiques, performance… Beau et prenant.

Aurélien Martinez | Mardi 5 janvier 2016

La science des rêves de Boris Gibé et Florent Hamon

Bienheureux sont ceux qui rêvent debout sans marcher sur leurs vies nous assurent Boris Gibé et Florent Hamon, artistes qui bossent ensemble depuis leur adolescence. Ici, on est donc loin du cirque démonstratif ; plus proche d’un art poétique riche en images. Riche en rêves même, comme l’évoque le titre. Des rêves qui, sur le plateau, sont autant de petits films, façon début du cinéma. Le travail sonore est à ce titre remarquable : de longues parties assez silencieuses, laissant l’ambiance étrange s’installer progressivement, avant que cette ambiance ne soit justement stoppée par une musique pop ou la voix d’un des deux interprètes. Comme dans nos rêves, quand on passe du coq à l’âne avec le plus grand naturel. Dans nos rêves où l’on croise aussi des créatures hybrides, matérialisées sur scène par le duo qui ne semble parfois ne faire qu’un – un animal à quatre jambes ici, à deux là… Dans un décor brut laissant place à l’imaginaire (un studio de cinéma abandonné ?), baigné de lumières étranges et jonché de papier journal, leurs corps incarnent différentes images : accélérées, ralenties, tournant en boucle… Celle, notamment, de la lutte contre un vent

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Les illusionnistes

SCENES | La saison passée, Camille Boitel avait enchanté le public de la MC2 avec L’Immédiat, spectacle pensé dans les moindres détails où l’enchaînement d’évènements a (...)

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

Les illusionnistes

La saison passée, Camille Boitel avait enchanté le public de la MC2 avec L’Immédiat, spectacle pensé dans les moindres détails où l’enchaînement d’évènements a priori anodins menait à des réactions en chaîne rocambolesques. Pour son retour dans l’agglo, cette fois-ci à l’Hexagone début novembre, il s’associe à Boris Gibé : l’homme a créé en 2004 la compagnie Les Choses de Rien, pour y développer « un univers bricolé, intime et propice à l’émotion, en utilisant un vocabulaire basé sur la danse acrobatique, l’exploration aérienne, le théâtre corporel, la manipulation d’objets » (extrait de son site internet). Ensemble (Boitel à la mise en scène, Gibé à la conception / scénographie), ils proposeront Les Fuyantes, création qui se veut comme un jeu sur les perspectives et les illusions d’optique pour guider le spectateur dans une déconstruction de ses repères en lui proposant un nouvel angle d’observation. On ira voir ce spectacle avant sa venue à Meylan pour tout vous dire au moment venu.

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L’Immédiat

SCENES |

François Cau | Lundi 21 mars 2011

L’Immédiat

La première scène de L’Immédiat est sidérante : en dix minutes, un décor proche du bric-à-brac s’effondre tel un jeu de dominos avec une précision parfaite. Le maître d’œuvre de ce tableau burlesque est Camille Boitel, ancien élève de l’école d’Annie Fratellini et lauréat de la première édition de l’opération Jeunes talents cirque. Sa mise en scène, faussement foutraque, est d’une inventivité enthousiasmante et revigorante. Problème (de taille) : elle ne tient pas sur la durée, Boitel semblant s’enliser rapidement, perdant au passage le pourquoi du comment de sa création. Les images se suivent les unes les autres, sans nous emmener bien loin. Certes, pour être tout à fait honnêtes, précisons que nous avons découvert ce spectacle dans une salle pas du tout adaptée (avec des places soit proches mais sans visibilité, soit l’inverse), ce qui n’était pas pour arranger les choses. Alors le Grand Théâtre de la MC2 changera-t-il la donne ? Réponse du jeudi 24 au samedi 26 mars, à la MC2 donc.

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