Une boîte vide

François Cau | Jeudi 8 décembre 2011

Photo : Xavier Lambours


Dans Octopus, Decouflé ouvre sa boîte à fantasmes avec, à l'intérieur, huit danseurs aux corps superbes et souvent dénudés, des projections vidéo et deux très bons musiciens dans la fosse (Labyala Nosfell et Pierre le Bourgeois qui passent allégrement d'une pop éthérée au rock le plus rugueux – un véritable concert qui vaut à lui seul le détour)… On a cru au début que le chorégraphe allait jouer sur la corde de la sensualité : enlacement des corps, caresses des pieds ou des mains, isolement par des lumières rasantes de zones érogènes (jambes, torses…). Ou, à partir d'une très belle et très drôle séquence où une danseuse lit, slame, hurle un poème de l'immense Ghérasim Luca, qu'à l'instar de l'œuvre du poète, la pièce se développerait par contaminations, proliférations, rhizomes de sensations et de mouvements… Mais en définitive, s'appuyant sur une gestuelle mécanique et démonstrative, Decouflé hache ses saynètes et passe du coq à l'âne, répète indéfiniment son savoir-faire malin : une imagerie baroque et creuse qui tourne en rond.
Jean-Emmanuel Denave

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Dans le rétroviseur

SCENES | L’exercice de la pièce best of est souvent risqué. Mais quand l’entreprise est réalisée avec humilité, dans le simple but de proposer à tous les spectateurs un (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 20 décembre 2013

Dans le rétroviseur

L’exercice de la pièce best of est souvent risqué. Mais quand l’entreprise est réalisée avec humilité, dans le simple but de proposer à tous les spectateurs un panorama subjectif d’un artiste, le résultat peut s’avérer savoureux. Si les dernières pièces du chorégraphe français star Philippe Decouflé nous ont laissés sur notre faim (on pense notamment à Octopus), il reste néanmoins un artiste à l’univers passionnant et surtout au langage chorégraphique généreux et accessible – d’où le succès constant qu’il rencontre, des plateaux de théâtre à sa collaboration avec le Cirque du Soleil, en passant par le Crazy Horse ou les Jeux Olympiques d’Albertville. Du mardi 7 au samedi 11 janvier, il présentera à la MC2 son spectacle Panorama, regroupement d’extraits piochés dans toute son œuvre, depuis ses premières pièces au milieu des années 80. On retrouvera donc des scènes de Vague Café, Jump, Shazam! ou encore Codex. Si nous n’avo

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Casque d'or

MUSIQUES | Tête d'affiche de la soirée de vendredi à la Maison de la Musique de Meylan, le Messin Alexandre Longo, alias Cascadeur, auteur de l'aérien The Human Octopus, nous raconte son goût des masques, ses angoisses et son rapport ambivalent avec la notion de succès. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

François Cau | Mardi 15 novembre 2011

Casque d'or

Qui est Cascadeur ? Alexandre Longo : Lorsque j'ai décidé de créer ce personnage, il était là comme une sorte d'infirmière. Je faisais pas mal de scène avec d'autres groupes [les groupes nancéiens Orwell et Variety Lab, NdlR] mais toujours en tant qu'homme de l'ombre. L'idée d'être au centre, c'était une hantise. J'accumulais les morceaux mais je suis tellement émotif que j'étais ému même quand je les jouais tout seul au piano chez moi. J'ai donc eu l'idée d'une doublure. Or s'il y a bien un individu qui remplit ces fonctions là, c'est bien le cascadeur. C'est la doublure d'une star exposée, dont on ignore le visage. Je voulais créer une sorte d'ambivalence : une musique qui vient de loin et un personnage un peu improbable. Finalement, l'un et l'autre se nourrissent mutuellement. Quand j'ai l'apparence de Cascadeur, je n'ai pas cette sensation d'être déguisé. Quand on vient me voir à la sortie de scène, j'ai souvent encore un masque sur la tête, je finis par l'oublier, ça devient ma peau. En tant qu'ermite autoproclamé, comment as-tu vécu le succès critique de l'album The Human Octopus et l'expos

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Wiseman / Decouflé : «Désirs» partagés

ECRANS | Danse & Cinéma / Dans son dernier documentaire, Frederick Wiseman s’immerge dans le Crazy Horse parisien au moment où Philippe Decouflé en prépare la nouvelle revue, Désirs. Un regard étonné sur cette institution vieillissante doublé d’un beau portrait du chorégraphe. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 2 novembre 2011

Wiseman / Decouflé : «Désirs» partagés

Avant même de voir Crazy Horse, le documentaire que Frederick Wiseman consacre au cabaret parisien, le spectateur doit se confronter à ses propres clichés sur cette institution : une revue avec des danseuses nues, bourrée de poncifs sur la femme et sur la France, à l’érotisme chic et à la ringardise calibrée pour hommes d’affaire et touristes. Or, le film est l’histoire de son relooking ; Wiseman arrive au moment où Philippe Decouflé met au point une nouvelle revue, Désirs, la première depuis le décès du fondateur Alain Bernardin. En dix jours, tout le monde donne son accord et le tournage commence ; il durera trois mois, le cinéaste repartant avec 150 heures de rushs, qu’il mettra douze mois à regarder, trier, monter, pour aboutir à un film de 2 heures 15. Avec malice, Wiseman glisse la raison peut-être pas si futile de son intérêt : «J’avais remarqué que les femmes étaient très belles. C’est un bon sujet pour quelqu’un de mon âge [81 ans, NdlR].» L’art et le commerce C’est d’ailleurs par cela que le film débute : le corps des femmes, sublimés par les jeux de lumière inventés par Decouflé. Wiseman commence par les numéros terminés qu’il propose au spectateur d

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Explosion visuelle

SCENES | C’est un fait : le chorégraphe Philippe Découflé est une référence hexagonale, connue et reconnue au-delà du simple cercle des amateurs de danse contemporaine. (...)

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

Explosion visuelle

C’est un fait : le chorégraphe Philippe Découflé est une référence hexagonale, connue et reconnue au-delà du simple cercle des amateurs de danse contemporaine. Car ses spectacles, audacieux et généreux, restent longtemps gravés dans la mémoire des spectateurs, très souvent conquis. Sa venue à la MC2 mi-décembre avec Octopus, sa dernière livraison en date, s’apparente ainsi à un cadeau de Noël avant l’heure. Soit une série de huit tableaux imagés et joyeux fonctionnant pleinement, portée par des interprètes remarquables, et par le musicien Nosfell, qui emmène le résultat dans des contrées plus atypiques, évitant alors la redite que ce genre de proposition visuelle sous-entend.

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Boulevard de l’accord

MUSIQUES | Cascadeur, c’est un personnage. Un artiste qui se veut le plus discret possible, répond de façon sibylline aux interviews, apparaît en public caché sous un (...)

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

Boulevard de l’accord

Cascadeur, c’est un personnage. Un artiste qui se veut le plus discret possible, répond de façon sibylline aux interviews, apparaît en public caché sous un casque de moto parfois doublé d’un masque de catcheur, déploie sur scène un arsenal de jouets enfantins et de projections surdimensionnées. Puis derrière le décorum, il y a la musique, fragiles comptines pop-folk où la voix diaphane du grand enfant s’accompagne de chœurs profanes et d’arrangements élégamment pianotés. Si sur son album The Human Octopus, de prestigieuses ombres rôdent avec un peu trop d’insistance, le projet semble néanmoins prendre son sens et sa singularité sur scène. A surveiller de près lors de son prochain passage meylanais, donc. Cascadeur + Rover + GreenshapeVendredi 18 novembre à 20h, à la Maison de la Musique (Meylan)

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SCENES | La saison 2007 / 2008 en danse

| Mercredi 26 septembre 2007

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Ni orageDisons le d’emblée : le travail de Josef Nadj nous est cher. Le chorégraphe sait mêler subtilement danse, théâtre, arts plastiques, arts visuels, langage, textes. Et ses spectacles se sont imprimés au fil des années en nos mémoires, souvenirs artistiques puissants. Pêle-mêle on se souvient de Les Philosophes, Les Veilleurs qui proposent des univers absurdes, drôles, noir où la danse se fait acrobatique, où les gestes et paroles des hommes costumés nous intriguent. En 2006, il fut artiste associé du Festival d’Avignon. Il y crée Paysage après l’orage, dans lequel il danse seul, accompagné de musiciens, les magnifiques Akosh Szelevényi (saxophone) et Gildas Etevenard (percussions). Nadj parle de Paysage après l’orage comme «d’un autoportrait face au paysage». Il devient alors plasticien, peintre-danseur du paysage situé à quelques kilomètres de sa ville natale à la frontière de la Hongrie et de la Roumanie. Paysage après l’orage se jouera du 29 au 31 janvier à la salle de création de la MC2. Ni paradisAprès La Danse, une histoire à ma façon, un solo dansé par le chorégraphe Dominique

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