Olivier Bertrand, de Libé aux Jours

CONNAITRE | Après 23 ans passés à "Libération", dont onze comme correspondant à Lyon, Olivier Bertrand, lance avec quelques anciens collègues "Les Jours" qu’il vient présenter au Lab des Nuits sonores. Alors que ce pure player est encore en gestation, il revient pour nous sur son parcours – et sur ce qu’être journaliste aujourd’hui veut dire. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 12 mai 2015

Photo : © Frédéric Stucin


Il n'aurait pas dû être journaliste. Il n'y avait même jamais pensé. Olivier Bertrand a grandi en banlieue parisienne à Epinay-sous-Senart, ville HLM, cité-dortoir dans toute sa (non) splendeur. Sans le bac, il multiplie les petits boulots, jusqu'à ce que le patron de la boîte informatique pour laquelle il était chauffeur-coursier le pousse, avec bienveillance mais fermeté, à reprendre ses études :

«Il estimait que je n'étais pas idiot mais disait qu'il ne pourrait pas me faire progresser dans l'entreprise sans diplôme».

Après obtention de l'ESEU (Examen Spécial d'Entrée à l'Université), Olivier Bertrand s'inscrit en philo et passe ses trois premières heures d'amphi comme sur un nuage : «Pour la première fois j'avais découvert le plaisir d'apprendre» dit-il sans angélisme.

Ce sera un tremplin pour enchaîner avec un DESS à l'Institut Français de Presse de Paris 2, des stages à Nice-Matin (pour couvrir les fêtes d'Eddy Barclay !) et, pendant ses études, un premier contact comme pigiste avec Libé, où il retouchera les dépêches à destination de leur 36 15 (!) Libé est un journal certes, mais c'est aussi, au XXe siècle, une adresse Minitel.

Quand la folle formule mégalo de 80 pages par jour de "Libé 3" parait en 1994, un important cahier "métro" couvre l'Ile-de-France. Olivier Bertrand repart d'où il vient, l'Essonne, pour relater essentiellement les émeutes urbaines : «Á l'époque il y en avait partout, à Grigny, aux Tarterêts...» L'actu est tellement dense que le journal finit par le salarier. Il entre au bureau parisien, au service politique de la ville, puis au service société et enfin à la politique où il reste peu :

Ça ne m'a pas passionné car j'avais un vrai souci avec le off, on taisait plus de choses qu'on n'en écrivait par rapport à ce qu'on savait.»

Olivier Bertrand fait ce métier pour prendre le pouls du pays, loin de la course à la petite phrase. Il quitte alors Paris et file à Lyon.

«Libé, un bonheur intimidant»

Je voulais retrouver la polyvalence, faire de l'enquête, du reportage, en politique, sport, culture…».

Il parlera aussi gastronomie et bons vins, pratiquant un journalisme incarné, ancré à une terre. Quand il débarque en 2000, la capitale des Gaules amorce une double baronnie socialiste (Collomb) et olympique (Aulas). Le quotidien Lyon Libé n'est plus depuis 1992, mais il couvre l'actu pour l'édition nationale et lance un LibéLyon sur le web en 2007 (le premier "Libéville", trop peu soutenu à son goût par une direction très centralisée).

J'ai découvert une ville beaucoup moins fermée qu'annoncé, une ville de réseaux fière de ceux qui la choisissent car traumatisée par son image de ville d'ombre et de brouillard».

Si le pouvoir est extrêmement concentré et que la gauche, très verrouillée, n'offre pas d'espace pour le débat, il observe que la ville fonctionne bien, qu'elle est moderne en terme de déplacements, de gestion de l'espace public et de rénovation urbaine – même dans ses banlieues, Vaulx-en-Velin surtout, qu'il connait bien pour lui avoir consacrée un documentaire.

Bref, Lyon «a moins besoin de journalistes que d'autres villes» conclue-t-il. Il n'y a pas grand-chose à raconter.» Il choisit du coup de se poser à Marseille qui, à l'instar des cités qui la composent, lui apparaît comme «une loupe de la société où les questions du logement, de l'éducation, de la violence, du racisme percent précocement», où les débats existent mais ne font rien avancer ou si peu.

C'est dans cette cité phocéenne qui le fascine qu'à l'entame de 2015, il quitte Libé, journal qu'il a toujours connu en crise, mais doté d'«une vraie capacité à mobiliser sa base, une énergie, une imagination et beaucoup d'intelligence». Un journal pour lequel il s'est battu comme membre du comité d'entreprise, élu syndical SUD, lors de la chaotique année 2014 avec l'impression, cette fois-ci, que les nouveaux actionnaires «ne mettaient pas en place un projet auquel [il] croyai[t] et n'écoutaient pas du tout leurs employés.» Même s'il lit toujours le quotidien chaque matin, il se tourne désormais vers un autre modèle, proche de celui de Mediapart : un site web payant accessible sur abonnement.

Les Jours d'après

Ce sera Les Jours, qui se lèveront à l'automne 2015, d'abord en version bêta pour les premiers souscripteurs (une campagne de crowdfunding sera lancée d'ici la fin du mois). «Faire de vrais choix plutôt que d'être dans une exhaustivité qui ne tient pas la route» : voici la ligne de ce site indépendant, imaginé avec huit anciens de Libé (les Garriberts, Antoine Guiral, Sophian Fanen, Alice Géraud…), d'abord nommé secrètement loicremy.com en pleine Coupe du monde de foot, quand se mettaient en place les premiers brainstormings sur ce qui n'était alors qu'une sortie de secours.

Désormais, il est certain que Les Jours proposera ses sujets de façon inédite – exit les rubriques habituelles au profit d'entrées par thèmes, dites "obsessions", les apartheids par exemple – et fera la part belle à l'image grâce au photographe-iconographe Sébastien Calvet.

Depuis le 10 mars et le lancement d'un site-sommaire, plus de 10 000 personnes se sont inscrites pour recevoir la newsletter qui rend compte de ce qui se mijote. Le bonheur de retrouver certaines signatures qui manquent déjà à Libé n'y est pas étranger, mais la promesse de raconter le monde autrement, de rester sur un territoire même si l'actualité y est moins brûlante que la veille, correspond à l'attente d'un grand nombre de lecteurs insatisfaits de la vitesse affolante et contre-productive du temps médiatique. Olivier Bertrand et ses amis des Jours font ainsi le pari d'une narration renouvelée. Y a plus qu'à.

Rencontre avec l'équipe des Jours
Á l'Hôtel de région mercredi 13 mai à 11h45


Rencontre avec l’équipe des Jours

Avec Sophian Fanen, Olivier Bertrand, Nicolas Cori, Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos, Antoine Guiral, Alice Géraud
Hôtel de Région 1 esplanade François Mitterrand Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Olivier Bertrand retrouve l'inconnu de 1944

Non Fiction | Olivier Bertrand vient présenter lors de la journée du livre de Tassin ce samedi son ouvrage Les Imprudents, tout juste paru. Une plongée dans les derniers mois de l'Occupation et un mystère resté obscur jusqu'à cette enquête joliment ficelée.

Sébastien Broquet | Mardi 19 mars 2019

Olivier Bertrand retrouve l'inconnu de 1944

L'homme n'est pas un inconnu dans les rues de Lyon, qu'il a longuement arpentées lorsqu'il y était correspondant pour Libération dix années durant, ville quittée depuis pour Marseille - comme le quotidien, qu'il a également laissé derrière lui pour aller co-fonder le site Les Jours en 2015. Pour ce pure player, le journaliste a exploré la Turquie d'Erdogan : ça lui a valu un emprisonnement en novembre 2016, après la tentative de coup d'État, avant une interdiction de territoire. Mais pour cet ouvrage, c'est d'abord dans les souvenirs de son enfance en Ardèche qu'il s'est plongé, explorant un mystère jamais élucidé - et pour cause, personne n'avait trop envie de chercher et de se remémorer les affres de la Seconde guerre mondiale, la collaboration, la Résistance. Surtout dans un tout petit village comme celui de Labastide-de-Virac, d'où vient Olivier Bertrand, qui a pourtant décidé d'aller farfouiller dans les secrets enfouis et d'en savoir plus sur cette histoire qu'il connaît depuis son enfance. L'humanité du bonhomme a fini par convaincre, puisque des boîtes cachées au sommet des armoires de bois, se sont petit à petit échappés souvenirs,

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En Turquie, une presse muselée

European Lab | En marge de Nuits Sonores, l'European Lab se penche sur les smarts cities, le big data mais aussi sur la Turquie, plus que jamais coincée entre les griffes acérées d'Erdogan. Toutes les libertés sont mises à mal, comme en témoigne Olivier Bertrand, qui relate pour le site Les Jours les affres de ce pays où il a été arrêté en novembre, avant d'être relâché.

Nadja Pobel | Mardi 16 mai 2017

En Turquie, une presse muselée

Erdogan a toujours aimé les médias. Dès qu'il gagne la mairie d'Istanbul en 1994, il lance deux chaînes de télé. Quel rapport entretient-il avec eux avant l'occupation de Gezi en 2013 et le putsch de l'été 2015 ? Olivier Bertrand : Il a toujours été très attentif à la construction et au contrôle de son image. Quand il devient maire, il a déjà de très bons conseillers en communication et ses proches vont progressivement racheter des quotidiens. Et il y a une chose qui tient à sa personnalité : sa paranoïa. Quand survient le mouvement de Gezi et, six mois plus tard, les affaires de corruptions et les vagues d'arrestations, il comprend qu'on veut s'en prendre à lui, il interprète ça comme un coup d'Etat, va commencer vraiment une stratégie de contrôle à la fois de la justice, de la police et des médias. Aujourd’hui, comment les Turcs sont-ils informés ? Très difficilement. Parce que la plupart des quotidiens (et magazines, sites Internet, radios, télés) indépendants ont été soit fermés soit rachetés par des proches du pouvoir, soit placés sous tutelle. Il reste quelques médias. Le plus connu est Cumhuriy

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Les jours sans : pallier le manque

CHRD | Le CHRD ne pouvait pas trouver titre plus juste pour son exposition sur l’alimentation, pendant brillant à celle consacrée en 2013 à la mode en temps de guerre : Les Jours sans. Vivre, survivre, sans rien ou presque... tel a été le long combat des Français dans une société qui a tout rationné et s'est inventé des ersatz.

Nadja Pobel | Mardi 2 mai 2017

Les jours sans : pallier le manque

Plus qu'à ses traités et ses armes de combat, une guerre se mesure parfois à l'aune de petits bouts de papiers découpés, de quelques légumes revenus du Moyen-Âge et du besoin criant d'une bicyclette. Tout cela figure dans Les Jours sans, illustrant une vie contingentée de 1940 à 1949. Dans ce lieu-même où Klaus Barbie pratiqua la torture, les panneaux de cette nouvelle exposition sont revêtus de rose et de vert pastel, couleurs des tickets de rationnement visibles d'emblée dans toute leur spectaculaire complexité. Faire la queue, comme il est montré à l'étage supérieur en introduction, a été le lot quatre heures par jour des ménagères. Derrière cette nécessité, c'est tout un pan de la hiérarchie de la société qui se déploie : la création d'un secrétariat d'État au ravitaillement le 13 août 1940 pour contrôler le circuit du producteur au consommateur, la mise en place de ces tickets le 23 septembre et la catégorisation - E (enfant), J (jeune), A (adulte), T (travailleurs de force), C (travailleur agricole), V (personne âgée). Les difficultés d’acheminement et d'évaluation de production poussent à une rationalisation extrême et cruelle : les crémiers d

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"Manuel de libération" : vodka nous intéresse

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Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

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Benjamin Mialot | Mardi 12 mai 2015

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L'an passé, l'European Lab avait tenu session dans la foulée d'élections marquées par une franche montée de l'euroscepticisme. Pas de bol, c'est dans un contexte pareillement défavorable, suite à la victoire écrasante du parti de David Cameron au dernier scrutin britannique, que se tiendra sa cinquième édition. Les conférences et débats au programme du pendant citoyen de Nuits Sonores ne devraient en être que plus stimulants, d'autant que ce ne sont pas les invités de qualité qui manqueront. Citons le chercheur danois Fabian Holt, auteur d'un ouvrage de référence sur les classifications musicales (et en quoi elles sont à la fois des grilles de lecture et des sources de confusion), Gérard Berréby, le fondateur des formidables éditions Allia, où sont publiés nombre de textes fondateurs de la contre-culture (des Mémoires de Guy Debord à Can't stop won't stop, la somme hip-hop de Jeff Chang) et la Polonaise Agata Pyzik, contributrice du Guardian et de la bible de l'avant-gardisme sonore Wire qui, dans le bien titré Poor But Sexy. Culture Clashes in Europe East and West

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CONNAITRE | La liste des invités du European Lab, le pendant réflexif de Nuits Sonores, s'allonge. Viennent d'être confirmées les présences d'Edwy Plenel (qui viendra tenir (...)

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La liste des invités du European Lab, le pendant réflexif de Nuits Sonores, s'allonge. Viennent d'être confirmées les présences d'Edwy Plenel (qui viendra tenir compagnie à son investigateur en chef Fabrice Arfi) et d'une dizaine d'intervenants internationaux, parmi lesquels Steven Hearn (président de la holding regroupant la Gaieté Lyrique, le Trabendo et le magazine Tsugi), Alain Van Der Malière (ancien conseiller au Ministère de la culture) et l'universitaire danois Fabian Holt. Ils viennent grossir un pool d'une trentaine de journalistes (comme Franck Annese, le boss à casquette de So Press), artistes (en tête la photographe Nan Goldin), institutionnels (tel Pascal Rogard, directeur de la SACD) et autres entrepeneurs (par exemple Helen Teeling, directrice de l'espace de coworking The Whisky Bond à Glasgow), qui discuteront nouveaux médias, réhabilitation urbaine et démocratie européenne du 13 au 15 mai. http://www.europeanlab.com

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05.07 Un été suédoisOn connaissait l'été indien, cette saison qui n'existe que dans le nord de l'Amérique. C'en est un scandinave que la marque suédoise WeSC invite à passer gratuitement tous les vendredis (jusqu'au 30 août) à La Plateforme, avec la complicité de quelques méritants collectifs locaux (Basse Résolution, Palma, Propagang...) et de Clara Moto, dans le rôle du solstice. Vous auriez trouvé plus logique et exceptionnel que se produise The Field ou The Embassy ? Nous aussi. Mais nous avons trop d'estime pour la tech house so cute de la belle Autrichienne pour faire la fine oreille. 06.07 La GuinguetteComme nous vous l'annoncions dans nos colonnes en mai, Sophie Broyer quittera prochainement la direction de L'Épicerie Moderne. Le samedi qui vi

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Il y a tout juste un an, les scrutateurs du mouvement révolutionnaire en Egypte – et plus particulièrement de son centre névralgique cairote, sur la fameuse place Tahrir – eurent le plus grand mal à se faire une idée de ce qui s’y déroulait en temps réel. Le blocus à l’encontre des principaux médias d’information internationaux, catalysé par l'agression sexuelle d'une journaliste de CBS et la bousculade d'un propret reporter vedette de CNN, ne nous offrait en pâture que les sempiternels mêmes plans fixes éloignés de ladite place, qu’on mirait H/24 en tremblant au moindre mouvement de foule, avec quelques commentaires journalistiques purement illustratifs en guise “d’analyse“. Et les quelques vidéos uploadées par des manifestants rajoutaient encore plus au trouble... Aussi, l’initiative du bravache documentariste Stefano Savona, resté au cœur des manifestations pendant 18 jours (jusqu’au départ d’Hosni Moubarak), offre un fascinant compte-rendu de ces semaines décisives, à des lieux du zapping multimédia profondément parcellaire visible jusqu’alors. Et cette légitimité s’accompagne en outre d’un geste cinématographique puissant.  Matérialisation numérique Pour m

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9h30 : Sur la place de la Comédie qui relie l'Hôtel de Ville à l'Opéra de Lyon, tout est en place. Des panneaux rouges annonçant la soixantaine de débats sont placardés sur les façades et chacun cherche sa salle. Où se déroule telle rencontre pour laquelle chacun a pu réserver sa place sur Internet ? Il ne manque plus que les cartables scotchés au dos pour imiter une rentrée des classes pour adultes. Les premiers absents sont de marque. Lech Walesa, «fatigué» a renoncé à faire le déplacement. Il devait discuter avec Laurent Fabius en début d'après-midi de la manière dont le syndicat Solidarnosc a changé le monde. Il faudra se replier demain sur la rencontre entre Hubert Védrine et Jaruzelski pour avoir un témoignage d'un autre grand acteur de la Pologne des années 80. La thématique de ces trois jours est un regard sur les vingt ans qui se sont écoulés depuis la chute du Mur. Parmi les autres absents annoncés d'emblée : Vincent Peillon. 10h20 : La grande salle de l'opéra est copieusement garnie. La secrétaire d'état Rama Yade planche sur «le sport peut-il former les citoyens ?» aux côtés d'Arnaud Mourot, fondateur de Sport sans frontières. Fidèle à elle-même, elle s'exprime sans ci

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