Didi-Huberman, les remous d'une pensée

Histoire de l'Art | À l'occasion de la sortie d'un livre d'entretiens, l'historien de l'art Georges Didi-Huberman sera de passage à Lyon cette semaine, à la librairie Michel Descours.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 décembre 2019

Photo : © DR


À la lecture des entretiens de Georges Didi-Huberman avec Philippe Roux, nous apprenons (tant il est utilisé par l'un et l'autre) un nouveau verbe : géminer, qui signifie notamment doubler, multiplier par deux... Pour l'historien de l'art, il s'agit toujours de cela : de voir au moins double, de penser double, net et flou, près et loin, vers le passé et vers l'avenir, à même la matière des images et avec le recul du théorique... Il s'agit chez lui de déceler des gestes d'air jusque dans la pierre, des soulèvements dans la lenteur ou le figé, des survivances actuelles ou nouvelles dans les images du passé. Et ce, dans d'innombrables livres sur l'image en général, ou sur Pasolini, Pierre Fédida, Jean-Luc Godard, Georges Bataille, Fra Angelico, et tant d'autres. Avec pour guides quelques auteurs fétiches comme Kafka, Aby Warburg, Ernst Bloch, Baudelaire et, surtout, Walter Benjamin qui, selon Didi-Huberman, propose « un tout autre modèle de l'origine, voire de la vérité comme telle : non pas la racine, mais le tourbillon. Non pas la permanence stable d'une chose bien plantée dans la terre, mais la revenance instable d'un processus agitant le cours des choses. Non pas la vérité comme fondation, mais la vérité comme mouvement, voire comme exil perpétuel. »

À partir de Saint-Étienne

Agitateur en tourbillons et remous d'images et d'histoire (de l'art, voire d'histoire politique plus récemment), Georges Didi-Huberman est un penseur de l'inquiétude, du mouvement perpétuel et de la transgression, malgré la douceur et l'affabilité de sa personnalité. Il accepte dans ces entretiens de revenir sur son passé, pour mieux en tirer de nouvelles lignes de fuite, d'erre ou de pensée. Un passé qui débute en 1953 avec dix-huit années vécues à Saint-Étienne, puis des études de philosophie à Lyon, avant de rejoindre l'EHESS à Paris et d'écrire ensuite un nombre conséquent de livres et d'organiser plusieurs expositions... Agrémenté de nombreux documents (images d'archives personnelles, extraits de textes, reproductions d'œuvres), ce livre d'entretiens constitue une très belle synthèse de la pensée, si précise et si précieuse, de Georges Didi-Huberman.

Georges Didi-Huberman, Pour commencer encore (dialogue avec Philippe Roux) (éditions Argol)
À la Librairie Michel Descours le mercredi 11 décembre
Mise à jour du mardi 10 décembre : compte-tenu des perturbations dans les transports, la rencontre est annulée et reportée à une date ultérieure en janvier

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