It's a free world

ECRANS | Ken Loach s'immerge dans le quotidien d'une jeune et jolie femme transformée en vaillant petit soldat du libéralisme sauvage, sans changer pour autant son regard empathique et réaliste. La première gifle cinématographique de 2008. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 janvier 2008

À l'époque où notre cher pays n'avait pas encore vu l'électorat FN absorbé par une droite résolument décomplexée, certains cinéastes "politiques" (si, il y en a quelques-uns...) se demandaient comment filmer cet ennemi intérieur sans le fustiger, ni lui accorder de circonstances atténuantes. Aujourd'hui, la question ressurgit tandis que, mondialisation économique oblige, les méfaits d'un libéralisme sauvage masqué se font durement sentir. La Question humaine, récent essai de Nicolas Klotz, fournissait une réponse à moitié probante à ce délicat problème. Ken Loach, avec It's a free world, surprend son monde en filmant au plus près un petit soldat de l'esclavagisme économique moderne, d'autant plus dangereux qu'il prend les traits d'une blonde décolorée à forte poitrine et au minois séduisant. Une fille d'à côté qui pourrait tout à fait bosser comme secrétaire ou comme barmaid, si elle n'avait aussi bien retenu la leçon ambiante : pour être libre (comprenez, avoir du pognon), il faut asservir son prochain (entendez, exploiter plus faible que soi).

Sa petite entreprise

Rappelons qu'on avait laissé le cinéaste anglais avec une palme d'or sur les bras pour un film, Le Vent se lève, plutôt mineur même si son sujet - la guerre fratricide pour l'indépendance de l'Irlande du Nord - visait d'évidence ce genre de distinctions académiques. Le revoilà donc avec une œuvre majeure mais moins tapageuse, brûlot fulgurant à classer immédiatement aux côtés de Ladybird et Sweet sixteen, deux autres jalons récents dans la filmo de Loach. Le cinéaste anglais, aujourd'hui, ne semble plus avoir grand chose à prouver niveau mise en scène : le récit et la réalisation sont d'une grande clarté, jamais lestés par d'inutiles effets de style, portés par la certitude de viser juste et de filmer vrai. Mais It's a free world est malgré tout une révolution dans son cinéma ; pour la première fois, il ne s'attache pas à une de ces figures ouvrières écrasées par quelques profiteurs ou par le joug tragique de l'histoire et de la société. Passé de l'autre côté de la barrière, il accompagne ici la blonde Angie (incarnée par une Rebecca O'Brien effectivement charmante) dans sa petite entreprise de destruction sociale. Virée du cabinet de recrutement qui allait piocher du travailleur discount dans les pays de l'Est, elle décide de réclamer à son tour une part du gâteau. Réquisitionnant le jardin attenant à son pub préféré, elle y réunit chaque matin une main d'œuvre étrangère bon marché qu'elle envoie bosser à la journée sur des chantiers harassants. La force du regard que porte Loach sur son anti-héroïne, c'est qu'elle n'est à l'écran jamais présentée avec mépris ou avec distance ; cette araignée sans scrupule n'est pas moins sympathique que la mère célibataire se battant pour retrouver ses gosses dans Ladybird ou le salarié poussé au crime de Raining stones. Au cœur d'un monde dont elle est l'instrument mais aussi et surtout l'agent, Angie n'est dans le fond que le produit volontaire d'une logique cynique et égoïste, ce que démontre avec beaucoup de finesse la manière dont elle contacte ses "employés" pour une relation sexuelle éphémère. Ou encore sa façon de négliger son fils, en attendant de pouvoir lui offrir une vie qu'elle juge décente. Dans tous les cas, la valeur de l'humain est passée à l'as au profit d'un business plan vital fondé sur le bon plaisir d'une fille immature et irresponsable.

Ennemis invisibles

Le truc vraiment génial de It's a free world, en plus de la maestria avec laquelle il nous emporte dans un engrenage progressivement asphyxiant, c'est que Ken Loach se refuse jusqu'au bout à faire entrer dans le cadre un personnage plus négatif qu'Angie, un "méchant" vraiment méchant et du coup rassurant pour le spectateur. Le patron pourri ? Invisible ! Les ouvriers spoliés ? Tout juste bons à filer une petite rouste pas franchement volée à leur bourreau, mais incapables d'aller jusqu'à molester son gamin. La société anglaise viciée héritée conjointement de Thatcher et de Tony Blair ? Omniprésente dans le décor mais totalement absente de l'intrigue. Non, rien ne viendra sauver Angie, excuser ses actes, justifier ses méfaits. Et chaque fois qu'une porte de sortie lui est offerte, comme ce beau Polonais amoureux et prêt à fermer les yeux sur ses agissements, c'est elle qui choisit seule de la claquer avec véhémence et aveuglement. Jusqu'ici, le cinéma de Ken Loach avait parfois une fâcheuse tendance à jouer la carte de la fatalité sociale, à répéter en boucle que "le monde est ainsi fait et qu'on ne peut rien y faire". Avec ce film fort qui s'avale comme une gorgée d'alcool à 90°, il dit la même chose, mais la formulation inversée fait toute la différence : le monde est tel que nous le faisons, et il le restera si nous ne nous décidons pas à le changer. Angie, comme avant elle Rosetta, choisit librement de faire proliférer les ganglions de l'injustice. C'est un monde libre ? Oui, mais un monde de merde !

It's a free world
de Ken Loach (Ang, 1h33) avec Rebecca O'Brien, Tim Cole...

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Misère UBER alles : "Sorry We Missed You"

Le Film de la Semaine | Pour s’en sortir, un intérimaire se lance dans l’entrepreneuriat franchisé avec l’espoir de s’en sortir… précipitant sa chute et celle de sa famille. Par cette chronique noire de l’ère des GAFA, Ken Loach dézingue toujours plus l’anthropophagie libérale. En compétition à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Misère UBER alles :

Newcastle, de nos jours. Abby et Ricky s’en sortent tout juste avec la paie de l’une et les intérims de l’autre. Alors, Ricky convainc son épouse de vendre leur voiture pour acheter un utilitaire afin de devenir livreur “indépendant“. Le mirage d’une vie meilleure s’offre à eux. Le début de l’enfer. D’aucuns pourraient reprocher — c’est une figure de style : en fait, ils le font — à Ken Loach de rabâcher sous toutes les formes sa détestation du modèle capitaliste. Ou d’avoir joué depuis trente ans les prophètes de mauvais augure en dénonçant avec constance les ravages de la politique thatchéro-reagano-libérale qui, ayant désagrégé le tissu socio-économique britannique, n’en finit plus de saper ce qu’il reste de classe moyenne, après avoir laminé les classes populaires, au nom de la “libre“ entreprise, “libre“ concurrence… bref de toute cette belle liberté octroyée au haut de la pyramide pour essorer le lumpenprolétariat. Trente ans que Loach essuie les mêmes remarques condescendantes des partisans du marché (qui le voient

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Les bons plans de la semaine #1

Un jour, une sortie | On débute avec Jean-Louis Aubert et on conclue avec une toile sous les étoiles : voici nos propositions de la semaine.

La rédaction | Mercredi 26 juin 2019

Les bons plans de la semaine #1

Mercredi 26 juin – Rock téléphoné Mise Aubert « Voilà, c'est fini », comme le chantait Jean-Louis lui-même, fin de saison, rideau, dernier numéro de saison pour le Petit Bulletin et ouverture ou presque des vacances et de la saison des festivals. Les festivals, Jean-Louis Aubert les a beaucoup fréquentés ces derniers étés avec sa version reformée de Téléphone, les Insus(portables). Sans doute fatigué de tout ce cirque, Aubert a choisi de calmer le jeu en solo et en acoustique. Idéal pour entamer la mise au vert estivale ? Sinon, il y a toujours un nouvel épisode du Village préféré des Français sur France 3. À la Bourse du Travail à 20h30 Jeudi 27 juin – Blues Summer blues Avec une régularité métronomique, le duo Hill country blues Left Lane Cruiser enchaîne les albums (à raison d'un par an, grosso merdo) et les concerts en terre lyonnaise (quasiment au même rythme). Les revoici avec sous l'aisselle, Shake & Bake, leur sortie annuelle aussi rutilante au dehors que poisseuse en dedans.

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Ciné O’clock, 22e prise

Festival | Malgré le Brexit, les relations entre la France et l’Angleterre se portent à merveille du côté de Villeurbanne. Durant une semaine, le festival Ciné O’Clock se (...)

Julien Homère | Mardi 7 février 2017

Ciné O’clock, 22e prise

Malgré le Brexit, les relations entre la France et l’Angleterre se portent à merveille du côté de Villeurbanne. Durant une semaine, le festival Ciné O’Clock se révèle une Arche de Noé jouissive pour tous les amoureux des cinémas britannique et irlandais. La programmation embrasse un large spectre de 21 œuvres : les spectateurs pourront rattraper les films d’hier et d’aujourd’hui. De la Palme d’Or de Ken Loach (Moi, Daniel Blake) à la petite pépite bis Les Daleks envahissent la Terre, le festival propose de revoir ou découvrir tout ce que l’Irlande et l’Angleterre peuvent offrir d’aussi fou que solennel, d’aussi connu qu’oublié, d’aussi vieux que récent. Pour ceux qui voudront se replonger dans l'année écoulée, ou s’évader dans les années 1980, le quatrième long-métrage de John Carney,

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Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Entretien | Force tranquille toujours aussi déterminée, Ken Loach s’attaque à la tyrannie inhumaine des Job Centers, vitupère les Conservateurs qui l’ont organisée… et cite Lénine pour l’analyser. Ouf, les honneurs ne l’ont pas changé !

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Comment ce nouveau film est-il né ? Ken Loach : Quand Paul Laverty, le scénariste, et moi, avons commencé à échanger les histoires que nous entendions autour de nous, lui en Écosse et moi en Angleterre — entre deux réflexions sur les scores de foot. Des histoires de personnes piégées dans cette bureaucratie d’État, et qui deviennent de plus en plus extrêmes. Je pourrais vous donner des tonnes d’exemples, comme cet homme qui avait téléphoné au Job Center — le Pôle Emploi britannique — pour prévenir qu’il ne pourrait pas honorer un rendez-vous car il assistait aux funérailles de son père. Il est allé à l’enterrement… et on lui a arrêté ses allocations ! Durant nos recherches, on a traversé le pays, et on en a entendu plein d’autres identiques. Alors on s’est dit qu’on devrait en raconter une, pour essayer de faire comprendre aux gens ce qu’ils endurent. Paul a écrit les deux personnages principaux de Dan et Katie et voilà, c’était parti. Pourquoi l’avoir situé à Newcastle ? C’était une ville que l’on n’avait pas encore filmée, elle est la plus au nord de toutes les grandes villes britanniques

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"Moi, Daniel Blake" : une couronne pour le Royaume des démunis

Moi, Daniel Blake de Ken Loach | Lorsqu'un État fait des économies en étouffant les plus démunis, ceux-ci s’unissent pour survivre en palliant sa criminelle négligence. Telle pourrait être la morale de cette nouvelle fable dramatique emplie de réalisme et d’espérance, qui vaut à Ken Loach sa seconde — méritée — Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Avec sa bouille de Michel Bouquet novocastrien, Daniel Blake a tout du brave type. En arrêt maladie après un accident cardiaque, il doit sacrifier aux interrogatoires infantilisants et formatés de l’Administration, menés par des prestataires incompétents — l’État ayant libéralisé les services sociaux —, pour pouvoir reprendre son boulot ou bénéficier d'une allocation. Assistant à la détresse de Katie, mère de famille paumée rabrouée par une bureaucrate perversement tatillonne, Daniel s’attache à elle et l’épaule dans sa galère, cependant que son cas ne s’améliore pas. Tout épouvantable qu’il soit dans ce qu’il dévoile de la situation sociale calamiteuse des plus démunis au Royaume-Uni (merci à l’administration Cameron pour ses récentes mesures en leur défaveur), Moi, Daniel Blake se distingue par sa formidable énergie revendicative positive, en montrant que les “assistés” n’ont rien de ces profiteurs cynique mis à l’index et enfoncés par les Tories. Ils font preuve d’une admirable dignité face à l’incurie volontaire de l’État, refusant le piège de la haine envers le plus faibles qu’eux — le facile pis-aller de la discrimination à l’in

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Jean Labadie, ou le 7e art délicat de la distribution

Festival de Cannes | Sa société Le Pacte présentait cette année douze films à Cannes, dont la Palme d'Or, Moi, Daniel Blake de Ken Loach. Distributeur de Desplechin, Jarmusch, Kervern & Delépine, Jean Labadie est un professionnel discret mais loquace. Parcours d’un franc-tireur farouchement attaché à son indépendance.

Vincent Raymond | Dimanche 22 mai 2016

Jean Labadie, ou le 7e art délicat de la distribution

N’était l’affiche de Médecin de campagne, le dernier succès maison placardé sur le seul bout de mur disponible — les autres étant recouverts de bibliothèques — on jurerait la salle de réunion d’un éditeur. Rangées dans un désordre amoureux et un total éclectisme, des dizaines de livres s’offrent à la convoitise du visiteur : ici les BD (Jean Graton, Hergé, Larcenet…), là Péguy et Zola côtoyant Hammett et des essais historiques ; ailleurs Tomber sept fois se relever huit de Philippe Labro… « Une fois que j’ai fini des livres, je les amène ici. J’aime l’idée que les gens peuvent se servir », explique le maître des lieux, Jean Labadie. La soixantaine fringante, le patron de la société de distribution Le Pacte confesse « passer aujourd’hui davantage de temps à lire qu’à voir des films. » À voir. Animé d’une curiosité isotrope et d’une énergie peu commune dissimulée sous la bonace, l’homme suit avec acuité l’actualité et la commente, pince-sans-rire, sur son très actif compte twitter

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Jimmy’s Hall

ECRANS | Ken Loach retrouve sa meilleure veine avec ce beau film autour d’une utopie réconciliatrice dans l’Irlande du Nord encore meurtrie par la guerre civile, ruinée par les archaïsmes de l’église et l’égoïsme des possédants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 juillet 2014

Jimmy’s Hall

On avait hâtivement présenté Jimmy’s Hall comme une suite au Vent se lève de la part de Ken Loach et de son fidèle scénariste Paul Laverty ; ce qu’il est sans l’être, au final, puisque s’il prolonge historiquement l’exploration de l’Irlande du Nord traumatisée par sa guerre civile, il le fait avec une humeur nouvelle. Tout tient finalement dans l’ellipse qui sert d’introduction mais aussi de parenthèse dans la vie de son héros Jimmy Gralton : ce militant communiste a passé dix ans comme ouvrier en Amérique et revient dans son Irlande natale chassé par la crise économique. La situation politique s’est en apparence pacifiée, même si les divisions au sein du peuple restent fortes. Loach choisit pourtant de montrer que cette fracture en dissimule une autre, reproduction de celle qui taraude son cinéma depuis ses débuts : c’est avant tout une question sociale, morale et culturelle. C’est à cela que va s’atteler Gralton : combler le fossé qui sépare générations, confessions et classes, à travers un lieu symbolique, un dancing abandonné qu’il transforme en foyer d’éducation populaire et de fête laïque. Jazz, whisky et lutte des classes Ji

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Le festival Lumière 2012 a fait le plein !

ECRANS | La 4e édition a été fréquentée par près de 100 000 personnes en six jours (du 15 au 21 octobre) avec 72 000 spectateurs de films, 27 000 visiteurs des villages (...)

Christophe Chabert | Jeudi 25 octobre 2012

Le festival Lumière 2012 a fait le plein !

La 4e édition a été fréquentée par près de 100 000 personnes en six jours (du 15 au 21 octobre) avec 72 000 spectateurs de films, 27 000 visiteurs des villages du festival, des expositions, de la bourse «Cinéma Monplaisir» et des animations et rencontres organisées autour des projections.Achevé devant 4000 spectateurs ayant assisté à la projection de La Porte du paradis en présence du réalisateur Michael Cimino et de l’actrice Isabelle Huppert, le festival a couronné cette année Ken Loach.Le réalisateur britannique s’est vu remettre des mains d’Eric Cantona, son acteur dans Looking for Richard, le Prix Lumière. Il succède ainsi à Clint Eastwood, Milos Forman et Gérard Depardieu.L'ex-joueur, devenu comédien, a décrit le cinéaste comme «un homme à la hauteur des convictions qu'il défend. Un des deux êtres exceptionnels rencontrés dans [sa] vie avec Alex Ferguson [entraîneur de Manchester United].» De son côté, le récipiendaire a voulu redire tout ce que la France et le Festival de Cannes avaient fait pour lui et, sou

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L’esprit Loach

ECRANS | Pour avoir suivi de près les trois premières éditions de Lumière, on sait d’expérience à quel point le choix de la personnalité pour recevoir le Prix Lumière influe (...)

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

L’esprit Loach

Pour avoir suivi de près les trois premières éditions de Lumière, on sait d’expérience à quel point le choix de la personnalité pour recevoir le Prix Lumière influe sur l’esprit général du festival. La star Eastwood avait tout écrasé en 2009, et Depardieu avait laissé planer un parfum de nostalgie plombante sur l’édition 2011. En revanche, la simplicité et la vitalité de Milos Forman, son envie intacte de faire du cinéma au présent, expliquaient grandement la réussite de Lumière 2010, équilibré, joyeux et populaire. On s’avance sans doute, mais on pressent que l’édition 2012 sera du même acabit, tant Ken Loach est lui aussi un cinéaste peu enclin à regarder en arrière. C’est l’âme même de ses films, qui ne baissent jamais les bras même lorsqu’ils sondent des abîmes de noirceur et de désespoir. Mais son engagement politique et citoyen, sa passion pour le foot, son humour british, tout cela devrait irradier la fin de la manifestation. Dans la rétrospective de son œuvre, il y a de belles perles à découvrir pour toute une génération de spectateurs : Kes, bien sûr, mais aussi Raining stones, Ladybird, Land and freedom, Sweet si

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Eric Cantona remettra le Prix Lumière à Ken Loach

ECRANS | Eric Cantona, l'ex-footballeur de Manchester United devenu acteur, qui fut dirigé par Ken Loach pour Looking for Eric (projeté au cours de cette soirée), a (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 septembre 2012

Eric Cantona remettra le Prix Lumière à Ken Loach

Eric Cantona, l'ex-footballeur de Manchester United devenu acteur, qui fut dirigé par Ken Loach pour Looking for Eric (projeté au cours de cette soirée), a donc été choisi pour remettre le quatrième Prix Lumière au cinéaste britanique lors de de la soirée qui se déroulera le 20 octobre à 18h45 à la Salle 3000 de la Cité Internationale. De nombreux autres invités viendront témoigner de leur affection pour le réalisateur et son œuvre.  

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Lumière est un long film fleuve tranquille

ECRANS | Plus éclatée que lors des éditions précédentes, la programmation de Lumière 2012 ménagera films monstres, raretés, classiques restaurés, muets en musique et invités de marque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Lumière est un long film fleuve tranquille

Elle aura tardé à arriver, mais la voici, presque définitive — manquent encore le film d’ouverture et le film choisi pour la remise du Prix Lumière à Ken Loach : la programmation du festival Lumière 2012. Autant dire tout de suite que par rapport à ce qui avait été annoncé en juin, beaucoup de choses ont changé ou se sont affinées : ainsi, la rétro Ken Loach se concentrera sur la deuxième partie de sa carrière, de Raining stones à Route Irish, avec en guise de curiosité le téléfilm Cathy Come Home. En revanche, plus de traces des raretés du cinéma américain des années 70, remplacées par l’intégrale de la saga Baby Cart, fameux sérial cinématographique hongkongais avec son samouraï promenant un bébé dans une poussette. Six films qui auront droit à une journée de projection au Cinéma opéra, ce qui marque d’ailleurs une des tendances du festival cette année : les marathons cinématographiques. Que ce soient les quinze heures de The Story of film (documentaire monstre sur l’histoire du cinéma), les 4h15 d’Il était une fois en Amérique dans sa versio

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Lueurs et Lumière

ECRANS | Prix Lumière à Ken Loach, hommages à Max Ophüls, Vittorio De Sica, Dean Martin et Max Von Sydow, versions intégrales et restaurées de "La Porte du Paradis" et d’"Il était une fois en Amérique", ciné-concert autour de "Loulou" : le prochain festival Lumière a déjà ses contours, en attendant d’en remplir le centre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 août 2012

Lueurs et Lumière

Tombée en plein milieu du mois de juillet, l’annonce du Prix Lumière aura donc été précédée de trois semaines de suspens et de rumeurs. C’est finalement Ken Loach qui viendra chercher le trophée à la Salle 3000 de la Cité Internationale le vendredi 19 octobre, et aura droit durant le festival à une rétrospective de son œuvre. Loach peut se réjouir : il vient de connaître un de ses plus grands succès public en France avec La Part des anges (en plus d’un très généreux Prix du jury à Cannes). Les cinéphiles semblent prêts à faire le tri dans sa filmographie, qui a avancé depuis vingt ans au pas de course, un film par an ou presque, dans des registres assez divers, avec comme dénominateur commun une vision politique de l’histoire passée et contemporaine de son pays, l’Angleterre. On s’amusera de l’ironie qui veut qu’un cinéaste d’ultra-gauche prenne la succession d’un acteur (Depardieu) qui, cette année, aura surtout fait parler de lui par son soutien tonitruant à Nicolas Sarkozy au cours de la dernière présidentielle : l’alternance, c’est aussi ce

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Ken Loach : un Prix Lumière en rouge et noir

ECRANS | Après trois semaines de suspense, c’est finalement le réalisateur anglais, chef de file d’un cinéma social plus noué qu’on ne le croit, qui se verra décerner le quatrième Prix Lumière en octobre prochain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 12 juillet 2012

Ken Loach : un Prix Lumière en rouge et noir

Les rumeurs laissaient entendre que le quatrième lauréat du Prix Lumière serait à chercher du côté des États-Unis. Surprise : c’est finalement un nouveau cinéaste européen qui fait figure d’heureux élu, puisqu’il s’agit du Britannique Ken Loach, 76 ans en juin dernier, et une filmographie imposante d’une trentaine de longs-métrages, dont la production s’est accélérée à l’aube des années 90, sans doute sa période la plus incontestablement passionnante. Loach démarre, comme beaucoup de ses compatriotes cinéastes à l’époque (Frears, Mike Leigh…) à la télévision, avant de franchir le cap du grand écran en 1967 avec Poor cow (Pas de larmes pour Joy), beau mélodrame avec un formidable Terence Stamp. Dès ce premier film, Loach, à travers un réalisme synchrone avec les nouvelles vagues qui naissent un peu partout dans le monde, s’intéresse aux classes populaires anglaises et à leurs difficultés d’existence, même si le film cherche aussi à capter l’élan amoureux de la jeunesse dans un mouvement pop typique de l’Angleterre sixties. Deux ans plus tard, Kes propulse Loach dans la cour des grands. Le film e

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La Part des anges

ECRANS | Décidément, la comédie n’est pas le fort de Ken Loach et de son scénariste Paul Laverty ; cette pochade à l’optimisme forcé sur les tribulations dans le monde du whisky d’une bande de petits délinquants écossais relève du bâclage paresseux et du téléfilm laborieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 25 juin 2012

La Part des anges

On le disait déjà à l’époque de Looking for Eric, mais La Part des anges le confirme : Ken Loach semble oublier totalement le grand cinéaste qu’il est lorsqu’il décide de faire une pure comédie. Et si le film qui avait relancé sa carrière (Raining stones) reposait sur une certaine légèreté (du moins dans sa peinture de l’Angleterre prolo), c’est bien quand il aborde la face la plus noire et désespérée de son œuvre que Loach signe ses meilleurs opus (pour nous, Family life, Ladybird, Sweet sixteen et It’s a free world). Ce qui frappe d’abord dans La Part des anges, c’est la sensation de caricature qui émane des protagonistes : des petits délinquants qui ont forcément bon fond et toujours leurs raisons d’avoir mal agi — ils sont un peu cons et n’ont pas d’instruction, la faute à vous savez qui. Cette absolution sans frais tue tout le dialectisme que Loach attache d’ordinaire à sa peinture des classes populaires. Ce premier écueil est révélateur de la suite : le cinéaste et son scé

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Route Irish

ECRANS | Sombre histoire de vengeance d’un ancien mercenaire anglais en Irak, "Route Irish", malgré son évident manque de moyens, s’inscrit dans la meilleure veine du cinéma de Ken Loach, comme un remake social et british de "Rambo". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

Route Irish

Il fallait se douter que Ken Loach, cinéaste politique ET britannique, aille fourrer sa caméra dans le grand fiasco des années Blair : l’engagement militaire des forces anglaises dans le bourbier irakien. Mais on ne s’attendait pas à ce qu’il prenne le sujet par l’angle qu’il adopte dans Route Irish. À savoir le rôle joué par d’anciens soldats sur le théâtre des opérations où ils deviennent des agents grassement payés par des sociétés privées pour maintenir l’ordre et faire place nette au business des entreprises anglaises. À la solde de ces multinationales, Fergus et Frankie sont partis là-bas pour se faire du blé, mais seul Fergus en est revenu. Lorsqu’il apprend la mort de son ami d’enfance et frère d’arme sur la très dangereuse Route Irish qui mène à Bagdad, il décide de confondre coûte que coûte ceux qu’il pense responsables du carnage. La Bête de guerre Dans la première moitié du film, Loach semble se cogner aux limites de son économie de cinéaste : l’évocation du sort de Frankie se fait avec un maigre enregistrement vidéo amateur, et l’enquête avance par une suite de conversations téléphoniques ou avec des écrans connectés via S

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Looking for Éric

ECRANS | De Ken Loach (Ang-Fr, 1h57) avec Steve Nevets, Éric Cantona…

Christophe Chabert | Jeudi 21 mai 2009

Looking for Éric

D’une idée originale d’Éric Cantona, soumise sans obligation d’achat à Ken Loach et à son fidèle scénariste Paul Laverty, est sorti ce Looking for Éric, qui ressemble furieusement à son making of. Deux films y coexistent sans jamais vraiment se rencontrer : un film de Ken Loach assez banal, plus clairement orienté vers la comédie que d’habitude, où un facteur en plein marasme social et existentiel tente de reconquérir le cœur de sa femme, et un film avec Éric Cantona, où il apparaît en sphinx fantomatique prodiguant ses conseils sous forme d’aphorismes absurdes à ce supporter de Manchester qui l’adule. Le procédé, systématique, lasse très vite, mais c’est la faiblesse générale de ce feel good movie qui pose le plus question. Après un film aussi fort que It’s a free world, qui avait l’audace de briser le manichéisme loachien, le cinéaste embraye sur un recyclage sans génie de ses propres ficelles. Une chose saute aux yeux : plus il cherche à être léger, plus il est lourd. Particulièrement dans sa direction d’acteurs, puisque Steve Nevets en fait des tonnes dans le registre gueulard généreux assez monotone à l’arrivée. Même le corps de Cantona s

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