Zodiac

ECRANS | Avec "Zodiac", qui retrace l'enquête pour démasquer, sans succès, un tueur en série mythique des années 70, David Fincher élargit l'horizon de son cinéma et signe un film dont la maîtrise souveraine cache des montagnes de doutes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 mai 2007

La reprise des logos vintage de la Warner et de la Paramount en ouverture de Zodiac, plus trompe-l'œil que clin d'œil, réjouira le cinéphile. Elle évoque certes l'époque où se situe l'action du film (de 1969 à 1980), mais souligne surtout l'horizon référentiel sur lequel David Fincher compte déployer sa mise en scène : le cinéma des 70's, cet âge d'or que les grands artistes hollywoodiens (de Spielberg à Scorsese et Soderbergh, et même Lucas !), épuisés par les normes en vigueur dans les blockbusters actuels, ne cessent de célébrer. Si David Fincher est celui qui touche au plus près la vérité de ce cinéma-là par son absence de compromis et son désir de faire du divertissement adulte et intelligent, il propose à travers Zodiac un film très contemporain, rempli d'audaces narratives, visuelles et théoriques que son apparent classicisme ne fait que dissimuler.

Preuves à l'appui

Zodiac, c'est le nom que s'est donné un criminel qui commet, pendant plusieurs années, une série de crimes qu'il prend soin ensuite de commanditer à travers des lettres et des appels, à la presse ou à la police. Il ne sera jamais officiellement démasqué, et seule l'enquête menée sur le tard par un ancien dessinateur du San Francisco chronicle permettra d'y voir enfin clair dans cette énigme. Zodiac, le film, suit le même mouvement : d'abord la reconstitution des crimes (un couple dans une voiture, un autre au bord d'un lac, un chauffeur de taxi), puis les diverses tentatives d'élucidation conduites respectivement par deux flics pugnaces (dont un très impressionnant Mark Ruffalo) et un reporter alcoolique et camé (un rôle à la démesure de Robert Downey Jr). Le scénario, brillant, signé James Vanderbilt, entrecroise avec une élégance rare les deux enquêtes, parfois complémentaires, parfois contradictoires, mais toujours rigoureusement conduites en slalomant à travers les embûches tendues par l'administration et par la hiérarchie. Si le Zodiac touche du doigt le crime parfait, ceux qui le poursuivent font eux aussi preuve d'un professionnalisme à toute épreuve, et Fincher relaie ce sérieux-là par une mise en scène dont la maîtrise et le brio sont sans équivalent aujourd'hui. Zodiac est, au diapason de ses personnages, un film de la preuve tangible, du détail concret, de la pensée en actes et de la parole d'experts, qui cite sans arrêt ses sources, et ce jusqu'aux enregistrements de la vraie voix du Zodiac lors de ses «communiqués» aux autorités. Une séquence géniale le souligne, lorsque tous les protagonistes sont soudain réunis par les lettres et rébus du tueur s'inscrivant en 3D à l'écran. L'obsession de percer le mystère les connecte par-delà leur profession et leur situation, et c'est bien le cinéaste qui, par sa seule mise en scène, établit le contact, à son tour obnubilé par la traque de ce meurtrier insaisissable.

Le film était presque parfait

Mais les crimes du Zodiac sont-ils si parfaits ? Pas vraiment, car il laisse derrière lui un faisceau d'indices, volontaires ou non, qui devraient permettre de l'identifier. Alors, qu'est-ce qui fait dérailler cette machine judiciaire et cinématographique a priori à toute épreuve ? Ce qu'il faut bien appeler le facteur humain... La drogue pour le journaliste Paul Avery, une trop grande confiance en soi pour le détective David Toschi, l'alcool pour un vieux graphologue... De fait, aux deux tiers du film, Fincher aussi doit l'admettre : son dispositif si bien huilé, si jouissif, conduit à un terrible écran noir, anéanti par la toute puissance d'un système pesant et rouillé. Non, ils ne sauront pas, et il y a de fortes chances que nous non plus... Un autre film peut alors commencer sur les images d'un building gigantesque qui se construit en accéléré à l'écran. Ce film, c'est Robert Graysmith qui le prend en charge, le dessinateur timide que ses collègues disent «attardé» (Jake Gyllenhaal, bien redescendu de Brokeback Mountain). Quand bascule-t-il vraiment dans l'obsession ? Lors d'un rendez-vous galant avec une jeune femme (Chloé Sevigny, à qui cette simple scène suffit pour prouver son talent), qu'il fait foirer en partie en pensant aux risques que prend dans le même temps son collègue sur la piste du tueur. Pour reconstituer le puzzle, il devra des années plus tard hypothéquer cette vie privée-là, tout comme Fincher devra baisser les armes de sa maîtrise et faire entrer dans le récit une marge d'incertitude, de chaos et de détresse. L'énergie du film, sa santé insolente (chaque ligne de dialogue est jubilatoire, chaque plan est admirable, chaque acteur donne le meilleur de lui-même) est donc elle aussi atteinte par une bile noire, poisseuse, angoissée, qui la menace jusqu'à la toute dernière image. C'est là où Zodiac est vraiment un grand film. Haletant, tendu, et pourtant souvent drôle, il n'hésite pas à se remettre en question pour toucher quelque chose de beaucoup plus fort et métaphysique, déjà au cœur d'autres œuvres du cinéaste : l'idée que la vérité n'est qu'une construction, et que derrière toute certitude, il y a un volcan de doutes qui risquent de la mettre en pièce. Seule compte alors la foi dans le cinéma. Mais pas celui qui tord la fiction pour rassurer le spectateur face à une réalité anxiogène - le film oppose ainsi ses impasses insolubles à la justice expéditive «idéale» de L'Inspecteur Harry ; plutôt ce petit sigle invisible caché au début de chaque bobine, qui devient à la fois la signature du tueur et celle, extrêmement subtile, d'un metteur en scène qui assume un héritage cinéphile pour mieux s'inscrire à la pointe du cinéma d'aujourd'hui.

Zodiac
de David Fincher (ÉU, 2h38) avec Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo, Elias Koteas, Chloe Sevigny...

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Eaux sales et salauds : "Dark Waters"

Le Film de la Semaine | Quand des lanceurs d’alertes et la Loi peuvent faire plier une multinationale coupable d’avoir sciemment empoisonné le monde entier… Todd Haynes raconte une histoire vraie qui, étrangement, revêt une apparence patinée dans l’Amérique de Trump.

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Eaux sales et salauds :

Tout juste promu associé dans un cabinet d'affaires spécialisé dans la défense des grosses firmes, un jeune avocat est sollicité par un fermier voisin de sa grand-mère désireux d'attaquer le chimiquier DuPont qu'il accuse de polluer son sol. Combat du pot de fer contre le pot de terre empoisonnée… Paranoïaques, attention ! Si vous ne suivez pas assidument la chronique judiciaire ni les publications scientifiques d’outre-Atlantique, vous ignoriez peut-être qu’un sous-produit de synthèse omniprésent dans notre quotidien (des batteries de cuisine aux vêtements en passant par les moquettes), miraculeux du fait de ses propriétés anti-adhésives, présentait le *léger* inconvénient de ne pas être dégradé par le vivant tout en provoquant des dommages considérables à la santé. Et que les sociétés l’ayant commercialisé, en toute conscience, avaient préféré arbitrer selon l’équation bénéfices/risques — bénéfices en dollars, évidemment. Nouvelles révélations Nul ne pourra accuser

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La fin justifie les grands moyens : "Avengers : Endgame"

Marvel | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un "Infinity War" en mode “demande à la poussière“, ce "Endgame" boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la troisième phase de l’Univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

La fin justifie les grands moyens :

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ans-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique, pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et trois phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War), avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant

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Les noces rebelles : "Wildlife - Une saison ardente"

ECRANS | De Paul Dano (É-U, 1h45) avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Les noces rebelles :

Joe vient d’emménager avec ses parents dans un patelin des États-Unis des années 1960. Très orgueilleux mais incapable de garder un emploi, son père refuse que son épouse travaille. Il doit alors s’engager sur le front des incendies dans l’arrière-pays, accélérant la dissolution du couple… Ce premier long-métrage réalisé par le comédien Paul Dano ressemble à ces verreries craquelées qu’on craint d’effleurer de peur de les briser. Non que le film soit fragile — il révèle au contraire une belle maîtrise de mise en scène et des dispositions dans la direction d’acteurs — mais parce que l’histoire et les personnages eux-mêmes, à fleur de peau et de chagrin, transpirent leurs douleurs. Il y a de la grandeur tragique dans ces fêlures. Vu par un adolescent (étonnant Ed Oxenbould, avec sa physionomie de “jeune vieux“), ce récit de l’inéluctable éloignement d’un couple est aussi celui de la désagrégation désabusée d’un idéal : le Rêve américain, dont quelques ultimes miettes de réussite peuvent encore subsister. Lesquelles sont menacées par les flammes pré

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De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr, 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

De sang et d’or :

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

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Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Entretien | Difficile de condenser en deux heures toute la seconde moitié du XXe siècle français en miroir avec les sentiments d’un couple d’écrivains : c’est pourtant ce qu’ont tenté Nicolas Bedos et son actrice/coscénariste Doria Tillier. Réponses et références seventies des intéressés.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Est-ce que l’époque du film était déjà plantée dés l’écriture ? Doria Tillier : On s’est très vite arrêtés sur les années 1970. On les aime visuellement, humoristiquement et intellectuellement, avec l’état d’esprit dans lequel les personnages sont au début : la liberté, Beauvoir, Sartre, le quartier latin… Je trouvais cool que le film finisse aujourd’hui et pas en 2000 ou 2025. Cet univers correspondait naturellement aux personnages, et on ne s’est pas posé vraiment la question. Votre premier désir de cinéma découle-t-il de cette période historique ? Nicolas Bedos : Plus du côté des années 1990. Comme beaucoup de gens de ma génération, on s’était pris Tarantino, Kassovitz et Wong Kar-wai. Il y avait beaucoup de cinéastes dans des genres très différents à cette époque. C’était le début des grands formalistes américains comme Paul Thomas Anderson ou David Fincher

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David Fincher en Lumière

ECRANS | Un quart de siècle déjà qu’il retourne les perspectives cinématographiques, prend du champ avec les codes et donne de la profondeur aux grands genres. David (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

David Fincher en Lumière

Un quart de siècle déjà qu’il retourne les perspectives cinématographiques, prend du champ avec les codes et donne de la profondeur aux grands genres. David Fincher n’a signé que dix longs-métrages depuis 1992, mais il n’a à rougir d’aucun d’entre eux — qui peut se targuer de pareil bilan ? Cinématographiquement parlant, c’est en prenant les commandes d’Alien3 qu’il “voit le jour”. Le troisième opus d’un saga initiée par Ridley Scott où il succède à James Cameron et précède Jean-Pierre Jeunet — une bien belle collection d’obsédés visuels. Comme la plupart d’entre eux, il a auparavant poli son style dans les formats courts : des clips et pubs de prestige (Englishman in New York pour Sting, Staight Up pour Paula Abdul). Si le xénomorphe lui permet de mettre un pied à Hollywood, il s’y installe totalement dès son thriller suivant, Seven (1995), concentré pervers de virtuosité mais aussi réunion d’icônes émergentes : son futur interprète fétiche Brad Pitt et sa compagne d’alors

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Spotlight

ECRANS | De Tom McCarthy (ÉU, 2h08) avec Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams…

Vincent Raymond | Mercredi 27 janvier 2016

Spotlight

Toujours se méfier des rumeurs, surtout lorsqu’elles concernent un film portant sur une enquête journalistique : celles précédant celui-ci étaient flatteuses. Force est de constater qu’il s’agissait d’une magnifique opération d’enfumage, tant la réalisation (“mise en images” serait plus approprié) et l’interprétation semblent rivaliser de classicisme plat. Spotlight s’abrite derrière ce qu’il révèle — une équipe d’investigation du Boston Globe met à jour l’implication de l’Église locale dans plusieurs dizaines d’affaires de prêtres pédophiles — pour justifier son absence hurlante de projet cinématographique original. C’est tenir le 7e art en bien piètre estime que de le considérer comme une vulgaire lentille grossissante, ne méritant pas plus d’attention particulière ! Et réfléchir à très court terme : les œuvres narrant des combats asymétriques au service d’innocents ou dénonçant des abominations humaines sont légion. Seules celles osant se démarquer — artistiquement et esthétiquement — impriment réellement leur époque, voire l’Histoire, offrant à la cause qu’elles défendent un écho supplémentaire. 12 hommes en

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Foxcatcher

ECRANS | Histoire vraie, acteurs visant la performance, mise en scène arty, sous-texte politique lourdement appuyé : Bennett Miller se montre incapable de légèreté pour traiter cette histoire de mentor toxique cherchant à transformer un lutteur en futur médaillé olympique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Foxcatcher

Qu’aime-t-on dans le cinéma américain lorsque celui-ci s’aventure hors de ses sentiers les plus commerciaux ? Sa capacité à traiter avec simplicité les sujets les plus ambitieux, à mettre le spectacle et l’efficacité au profit de leur exact contraire, une approche critique et dialectique du monde. Récemment, J. C. Chandor avec son extraordinaire A Most Violent Year en a fait la démonstration éclatante : voilà un cinéaste qui ose raconter des choses complexes sur son pays et son économie sans perdre de vue le plaisir du spectateur. Depuis son premier film — le biopic Truman Capote — Bennett Miller semble, à l’inverse, adopter une posture particulièrement hautaine par rapport à ce cinéma-là, comme s’il devait faire sentir à tous les niveaux sa supériorité d’artiste et le sérieux de sa démarche. Foxcatcher ne fait qu’enfoncer le clou, tant il clame dès ses premières images son envie de ne pas sombrer dans la vulgarité d’un tout-venant qu’au demeurant il est assez seul à exécrer. Miller bannit ainsi toute forme de légèreté de son film,

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Lumière 2014 : Alien, une histoire de cinéastes

ECRANS | La saga Alien proposée pendant toute une nuit à la Halle Tony Garnier est non seulement l’occasion de revoir une des franchises les plus stimulantes du cinéma de SF américain, mais aussi la possibilité de constater les premiers pas de quatre cinéastes importants, tous représentatifs des évolutions récentes du style hollywoodien.

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Alien, une histoire de cinéastes

1979 : Alien, Ridley Scott Alors que les golden boys du Nouvel Hollywood connaissent des fortunes diverses — gloire pour Spielberg et Lucas, temps difficiles pour Coppola et Cimino, vitesse de croisière pour De Palma — les studios découvrent les vertus d’une génération d’Anglais venus de la pub et du clip : Alan Parker, Adrian Lyne et enfin Ridley Scott, peu de temps avant son frère Tony, passent à la mise en scène de cinéma. Scott, remarqué pour le beau Duellistes, se retrouve aux manettes d’Alien et invente le film d’horreur galactique, à la direction artistique impeccable, misant sur le suspense et la suggestion, montrant des ouvriers de l’espace aux prises avec un monstre viscéral. Les inoubliables visions de ce premier film ont posé la mythologie Alien : les face huggers, l’accouchement abdominal de la bête et, moins horrible, Sigourney Weaver en survivante sexy et virile. 1986 : Aliens, le retour, James Cameron Cameron sort du succès surprise de Terminator et empoigne cette suite pour en faire un film raccord avec l’état d’esprit du cinéma américain des années 80 : un Vi

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Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage et permet à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa «première». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight Club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de «première» : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écriv

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Enemy

ECRANS | Tournée dans la foulée de "Prisoners" avec le même Jake Gyllenhaal, cette adaptation de José Saramago par Denis Villeneuve fascine et intrigue, même si sa mise en scène atmosphérique se confond avec une lenteur appuyée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Enemy

Coïncidence des sorties : à quelques jours d’intervalle, deux films s’attaquent au thème du double. Celui de Richard Aoyade transpose Dostoievski dans un quotidien gris et bureaucratique ; Denis Villeneuve s’est lui inspiré de L’Autre comme moi de José Saramago pour prolonger sa collaboration avec Jake Gyllenhaal, entamée avec le brillant Prisoners. Villeneuve est peut-être encore plus abstrait qu'Aoyade dans son traitement d’une ville déshumanisée, réduite à une salle de fac et à quelques appartements anonymement coincés dans des barres d’immeuble rappelant la Défense filmée par Blier dans Buffet froid. Un monde glacial dans lequel Adam répète sans cesse la même routine : il donne un cours, rentre chez lui, reçoit un coup de fil de sa mère (Isabella Rossellini), puis sa copine lui rend visite (Mélanie Laurent), ils font l’amour, elle rentre chez elle et il finit sa nuit seul. Routine brisée après une discussion anodine avec un de ses collègues, qui le conduit à louer dans un vidéoclub une comédie «locale» où un homme lui ressemblant trait po

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Le Dahlia Noir, œuvre au noir

CONNAITRE | "L'affaire du Dahlia Noir", c'est l'histoire d'un meurtre non élucidé, celui d'une jeune femme de vingt-deux ans à la chevelure florale, Elizabeth Ann (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 14 novembre 2013

Le Dahlia Noir, œuvre au noir

"L'affaire du Dahlia Noir", c'est l'histoire d'un meurtre non élucidé, celui d'une jeune femme de vingt-deux ans à la chevelure florale, Elizabeth Ann Short, retrouvée mutilée dans un terrain vague du Los Angeles de l'immédiate après-guerre. C'est aussi et surtout le point de départ du roman le plus important de James Ellroy, polar vénéneux, cathartique – sous le vernis écaillé de l'enquête criminelle affleure l'adieu de l'auteur à sa propre mère assassinée – et, depuis sa parution en 1987, réputé inadaptable. A raison si l'on se réfère au film auto-parodique qu'en a tiré Brian De Palma.   A tort dans le cas de la bande

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Prisoners

ECRANS | Deux enfants kidnappés, un père prêt à tout pour les retrouver, un suspect tout trouvé, un détective tatoué et solitaire : les ingrédients d’un film noir très noir sur la contagion du mal signé Denis Villeneuve qui, après "Incendies", réussit haut la main ses débuts aux États-Unis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Prisoners

Qu’y a-t-il dans les caves des honnêtes gens ? Des cadavres, des enfants martyrisés, mais aussi de la paranoïa sécuritaire et de la mauvaise conscience qui peut, à tout moment, refaire surface et transformer une grise mais paisible bourgade en succursale de l’enfer. Le labyrinthe de Prisoners — figure que le film utilise comme un motif de l’intrigue mais aussi comme modèle de narration — est sans issue, et c’est ce qui impressionne en premier lieu : Denis Villeneuve, pour ses débuts aux États-Unis, ne fait aucune concession rassurante au spectateur. Aidé par un scénario remarquable, il plonge aux confins de la noirceur humaine pour montrer comment le mal se propage et finit par tout gangrener. C’est l’enlèvement de deux fillettes qui enclenche l’engrenage : le père de l’une d’entre elles — stupéfiant Hugh Jackman dans un de ses meilleurs rôles — se persuade que le coupable est un vieux garçon un peu attardé, malgré les dénégations du suspect et sa remise en liberté au terme de sa garde-à-vue. Il va donc le séquestrer et le torturer pour provoquer ses aveux. En parallèle, un flic désespérément solitaire et

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Looking for Eric

CONNAITRE | On croyait Eric Powell du genre à ne fréquenter que des conventions de nerds casse-bonbons. On se trompait : le créateur du Goon, personnage parmi les plus cultes de la BD américaine contemporaine, est attendu cette semaine à la librairie Comics Zone et chez Expérience. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 4 septembre 2013

Looking for Eric

Nous vous l'annoncions la semaine dernière : l'événement BD de la rentrée est la venue, lundi 16 septembre à La BD et le lendemain chez Expérience, de Julie Maroh, la trop peu créditée auteur de Le Bleu est une couleur chaude, juste et pathétique romance saphique qui a servi de matière première à la palmée Vie d'Adele d'Abdellatif Kechiche, à l'occasion de la parution de son nouvel ouvrage, le très fauviste Skandalon, dans lequel elle décortique avec une férocité jubilatoire les mécanismes de starification – on appréciera l'ironie de la situation - via la descente aux enfers d'une rock star. Mais c'était avant qu'une chafouine notification Facebook ne nous invite à prendre part au véritable événement BD de la rentrée : la dédicace, encore chez Expérience (lundi 16 septembre), puis chez Comics Zone (le 17), d'Eric Powell. La bagarre ! Ce nom ne vous évoque sans doute qu'une lointaine affaire d'armes de destructions massives invisibles. Il est en réalité celui d'une petite institution de la bande-dessinée d'Outre-Atl

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Insaisissables

ECRANS | Un piteux exercice de manipulation, hypocrite et rutilant, avec un casting de luxe que Louis Leterrier n’arrive jamais à filmer, trop occuper à faire bouger n’importe comment sa caméra. Nullissime. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 5 août 2013

Insaisissables

De son apprentissage chez EuropaCorp comme yes man pour les scénarios torchés à l’arraché par Luc Besson, Louis Leterrier a visiblement retenu plusieurs leçons, toutes mauvaises : d’abord, confondre montage et rythme, mouvements incessants de caméra et retranscription de l’action. Il faut voir l’introduction d’Insaisissables, sorte de bouillie filmique d’une laideur visuelle à pleurer de dépit, pour saisir l’étendue du désastre. Aucun élément ne semble attirer le regard de Leterrier : ses plans n’enregistrent rien, s’annulent les uns les autres et chaque présentation d’un des magiciens se fait dans une hystérie de vulgarité putassière là encore bien bessonienne : les filles se foutent à poil — un peu — mais le sexe n’a jamais lieu, et lorsque le mentaliste de la bande hypnotise un couple, c’est avant tout pour fustiger l’infidélité du mari. Là où Insaisissables devient franchement insupportable, c’est quand ce grand barnum que l’on peine à qualifier de mise en scène finit par atteindre le casting lui-même, pourtant prestigieux. Leterrier ne s’intéresse absolument jamais à ces acteurs, ne leur donnant aucun espace pour jouer, les filmant à moitié dans l’obscurité

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Margaret

ECRANS | Kenneth Lonergan Fox Pathé Europa

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Margaret

On aurait aimé vous recommander la sortie en DVD de Margaret. Vraiment. D’abord parce que c’est un grand film, d’une ambition peu commune dans le cinéma américain ; ensuite parce que sa sortie salles a été littéralement sabotée, réduite à une exposition "technique" sur une poignée d’écrans en plein été et en VF. Sans parler du fait que cette version-là n’était pas celle voulue par Kenneth Lonergan, et qu’il s’est battu contre ce remontage durant huit longues années, donnant à Margaret le statut peu enviable de film maudit. Or, stupeur, alors que le DVD anglais (disponible depuis de nombreux mois) proposait la version la plus longue et la plus conforme aux souhaits du réalisateur (un montage de 179 minutes), c’est à nouveau celle de 2h23 qui figure sur le DVD français. Avant de revenir sur le film, deux mots sur Kenneth Lonergan. Il vient de la scène, où il a été considéré comme un des grands dramaturges américains contemporains, notamment grâce à une pièce culte, This is our youth (un titre qui aurait aussi pu être celui de Margaret). En 2000, il se lance dans le cinéma avec Tu peux compter sur moi, bien accueilli par la press

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Pixels, codes et signes

ECRANS | Livre / Le titre du court essai (93 pages) de Guillaume Orignac en dit déjà long sur sa thèse : David Fincher ou l’heure numérique. Pas «à» l’heure numérique, (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 12 janvier 2012

Pixels, codes et signes

Livre / Le titre du court essai (93 pages) de Guillaume Orignac en dit déjà long sur sa thèse : David Fincher ou l’heure numérique. Pas «à» l’heure numérique, mais bien «ou» ; pour l’auteur, Fincher a défini les modalités de ce changement de paradigme où le numérique a remplacé l’argentique et l’analogique, et en a fait la matière de ses films sinon leur sujet. Reprenant le cinéma qui l’a marqué, celui des années 70 (Butch Cassidy et le kid, Les Trois jours du Condor, À cause d’un assassinat), il le met à jour grâce aux techniques contemporaines. Pour Fincher, «représenter un monde numérisé, c’est avant tout numériser sa représentation». L’interprétation des signes, grand enjeu du Nouvel Hollywood, devient alors leur simple reproduction (les pages de codes de Zuckerberg, les rébus du Zodiac ou l’appartement Ikea de Fight club). «Fincher ne filme pas les machines, rejetées dans le capharnaüm des technologies passées. Il s’intéresse à la langue qu’elles produisent et au bourdonnement des signes informatiques», écrit Orignac. Fincher utilise ainsi les possibilités offertes par le numérique (notamment e

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Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

ECRANS | Avec cette version frénétique du best-seller de Stieg Larsson, David Fincher réussit un thriller parfait, trépidant et stylisé, et poursuit son exploration d’un monde en mutation, où la civilisation de l’image numérique se heurte à celle du photogramme et du récit. Critique et retour sur le premier livre consacré à ce cinéaste majeur. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 11 janvier 2012

Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Avant de voir Millénium, il faut d’abord oublier le médiocre (télé)film suédois sorti en 2009, première adaptation du best-seller de Stieg Larsson. Ce n’est pas difficile, tant la mise en scène de David Fincher, impressionnante de fluidité et de rapidité, laisse loin derrière les laborieuses velléités illustratives de Niels Arden Oplev. Mais il faut aussi oublier le livre lui-même, et se comporter comme Fincher et son scénariste Steven Zaillan l’ont fait : doubler le plaisir feuilletonesque créé par une intrigue aux ramifications multiples d’un autre récit, purement cinématographique, qui n’aurait été qu’esquissé par l’auteur entre les lignes de son propre roman. De fait, si on a pu s’interroger un temps sur l’intérêt que Fincher portait à Millénium, et se demander s’il n’allait pas, comme à l’époque de Panic room, s’offrir un exercice de style récréatif avec cette nouvelle version, le générique (comme souvent chez lui) dissipe immédiatement les soupçons : sur une musique hardcore de Trent Reznor, Atticus Ross et Karen O., des corps noirs et liquides comme du p

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Source code

ECRANS | De Duncan Jones (ÉU, 1h35) avec Jake Gyllenhaal, Michelle Monaghan…

Christophe Chabert | Mercredi 13 avril 2011

Source code

Moon avait montré que Duncan Jones savait construire de la science-fiction conceptuelle avec de petits moyens et de grandes ambitions. Source code, bien qu’étant une commande, semblait tailler pour ce cinéaste prometteur. Voyage dans le temps, réalités parallèles, répétition ad libitum d’une même situation modifiée par la conscience qu’en prend le héros : quelque part entre Un jour sans fin et Matrix, Source code a tout du film casse-tête écrit par un auteur malin. Pourtant, c’est bien le scénario, trop long dans sa partie présente, trop rapide dans sa partie passée, qui laisse un sentiment de frustration. Dès le deuxième voyage, Gyllenhaal est déjà passé de l’incompréhension à l’action, tandis que le mystère autour de ce qu’il est devenu dans la réalité n’abuse personne. La mise en scène se charge heureusement d’insuffler l’élégance qui rend le film plutôt plaisant à regarder, et ce presque jusqu’à la fin, puisque l’ultime twist ne vaut que pour la proximité cinéphile qu’il introduit avec un fameux film de Chris Marker. Christophe Chabert

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Fincher, 10 ans d’histoire

ECRANS | Analyse / Vilipendé à la sortie de Fight club, David Fincher est dix ans plus tard acclamé pour les mêmes raisons : sa capacité à créer des héros ambivalents synchrones avec l’ère numérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 8 octobre 2010

Fincher, 10 ans d’histoire

Dans Fight club, Edward Norton se retrouvait piégé dans un environnement aseptisé, reflet d’une société de consommation standardisée, made in Ikea, qu’il pulvérisera en s’inventant un double anarchiste et punk ; dans The Social Network, Mark Zuckerberg crée un site à travers lequel chacun peut se créer une identité virtuelle, dans laquelle on raconte sa vie, réelle ou fantasmée. Comme une parenthèse ouverte à l’aune des années 2000 et close quelques mois après leur fin, David Fincher a tourné deux films, l’un visionnaire, l’autre récapitulatif, sur le bouleversement majeur de la décennie : l’irruption du virtuel et du numérique comme un événement fondamental. Des rides et des pixels Cinématographiquement pourtant, tout a changé. La furia visuelle de Fight club, avec ses images subliminales, ses plans impossibles qui traversent les corps et les murs, ses décors qui s’animent comme un catalogue vivant, a laissé la place à un cinéma de la parole et des visages, où la direction artistique est toujours aussi remarquable mais nettement moins ostentatoire. Par ailleurs, les effets numériques de Fight club s

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"The Social Network" : quand David Fincher conte la naissance de Facebook

Biopic | David Fincher et Aaron Sorkin retracent l’ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, de ses années à Harvard jusqu’aux deux procès intentés contre lui, dans un film passionnant et d’une folle ambition sur la naissance d’une nouvelle forme de capitaliste.

Christophe Chabert | Mercredi 6 octobre 2010

Première séquence de The Social Network : Mark Zuckerberg et sa petite amie Erica discutent autour d’une bière. Il lui explique avec arrogance l’intérêt d’entrer dans les clubs selects de Harvard, et qu’elle n’y parviendra pas sans lui ; en retour, elle le plaque sèchement, ce qui trouble à peine sa détermination. Prologue brillant où s’épanouit la verve inimitable d’Aaron Sorkin ; le créateur d’À la maison blanche retrouve ici son terrain de prédilection : les coulisses de l’Histoire racontées comme des marivaudages quotidiens, au plus près de la parole et des problèmes personnels de ses protagonistes. Restait à savoir comment le texte de ce virtuose allait être interprété par un cinéaste qu’on qualifie, par paresse, de "visuel" : David Fincher. Plus que jamais proche de l’intelligence cinématographique d’un Kubrick, Fincher a choisi d’adapter sa mise en scène à ce matériau scénaristique, ne cherchant ni à l’aérer, ni à l’agiter gratuitement, sans pour autant refuser d’y apposer une vision personnelle. C’est la première et immense qualité de The Social Network : la rencontre

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Tout va bien, The Kids are all right

ECRANS | De Lisa Cholodenko (ÉU, 1h46) avec Annette Bening, Julianne Moore, Mark Ruffalo…

Christophe Chabert | Lundi 4 octobre 2010

Tout va bien, The Kids are all right

Au croisement de deux sujets forts (l’homoparentalité et la question de l’insémination artificielle du point de vue des enfants), "The Kids are all right" s’avère un film incroyablement normé, rabattant tous les enjeux possibles de son scénario sur un vaudeville prévisible. C’est sans doute le but de Cholodenko : montrer que des questions comme la famille, le couple ou la recherche de son identité sont universelles, non réductibles à la sexualité des parents ou à l’origine biologique des enfants. Il y aurait même matière à en rire, mais le film est si standardisé, dans sa forme comme dans ses péripéties, que la comédie s’avère poussive et attendue. Baigné dans le rock branché, estampilllé à chaque plan cinéma indépendant Sundance, "The Kids are all right" étonne par son manque d’envergure, sa transparence cinématographique et le cabotinage un peu lourd de son casting (Moore et Ruffalo, notamment, on fait beaucoup mieux). CC

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Shutter Island

ECRANS | Cinéma / Avec "Shutter Island", Martin Scorsese adapte le thriller de Dennis Lehane, retrouve Leonardo Di Caprio et confirme son nouveau statut, unique à Hollywood, de cinéaste de studio personnel et audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Shutter Island

La brume se lève sur Shutter island, un matin de 1954. Un bateau s’apprête à accoster avec à son bord deux détectives, Teddy Daniels et Chuck Aule, appelés pour une enquête mystérieuse : sur cette île au large de Boston où l’on soigne des criminels atteints de déficience mentale, une des patientes, Rachel Solando, a disparu sans explication. Au fil de sa plongée dans l’univers fermé et oppressant de Shutter island, Teddy Daniels va voir ressurgir les traumas de son passé : ses années de soldat pendant la Deuxième Guerre mondiale où il participa à l’ouverture du camp de Dachau, puis la mort de sa femme et de ses enfants… Le dernier film de Martin Scorsese suit ainsi avec fidélité les méandres du roman éponyme de Dennis Lehane, et ce jusqu’à son twist final. Autant dire tout de suite que les lecteurs du bouquin en seront quitte pour l’effet de surprise ; étrangement, ceux qui ne le connaissent pas risquent aussi de deviner assez vite le pourquoi du comment tant Scorsese, cinéaste tout sauf roublard, se refuse à perdre le spectateur dans un labyrinthe de fausses pistes. De plus, cette transposition cinématographique fait surgir, par un effet de calque, ce qui était sans do

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Brothers

ECRANS | De Jim Sheridan (ÉU, 1h45) avec Tobey Maguire, Natalie Portman, Jake Gyllenhaal…

Christophe Chabert | Vendredi 29 janvier 2010

Brothers

Alors que les années Bush ont globalement relevé le niveau d’exigence des films hollywoodiens, elles ont aussi accouché d’un cinéma engagé atone, paralysé par le sérieux de ses sujets et la gravité de ses enjeux. "Brothers", remake d’un film danois de Suzanne Bier, en est une nouvelle et pénible démonstration. Des acteurs qui tirent la gueule, chuchotent, sanglotent, s’absorbent dans des poses dramatiques soulignées par une photo froide et des plans étirés artificiellement : tout est fait pour que le spectateur comprenne qu’il n’est pas là pour rigoler. L’histoire suffit pourtant : un capitaine de l’armée américaine retourne en Afghanistan, y est donné pour mort, puis revient et découvre que sa femme et son frère se sont rapprochés pendant son absence. À l’écran, pas la moindre audace cinématographique, aucun trouble… Sheridan, qu’on a connu plus inspiré, s’efface derrière la performance, irritante, de ses comédiens, quand il ne commet pas un gigantesque impair (les scènes en Afghanistan avec des talibans ridicules à force de cruauté). De tout cela ne se dégage qu’une chose : un ennui mortel. CC

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Zodiac, director’s cut

ECRANS | David Fincher Warner home vidéo

Christophe Chabert | Jeudi 26 février 2009

Zodiac, director’s cut

Sortie discrètement en DVD et en Blu-Ray, cette édition director’s cut du Zodiac de David Fincher ne vaut pas tellement pour les quelques modifications, assez subliminales, apportées par le cinéaste au montage salles. Elle mérite en revanche que l’on se penche sur les boni, tous passionnants, à commencer par le patient travail documentaire sur les faits d’origine, notamment avec les témoins de l’époque encore vivants. Où l’on comprend que Fincher et son scénariste ont cherché un maximum de réalisme dans leur approche, même si le cinéaste souligne aussi dans son commentaire audio pourquoi, à cette authenticité avérée, il a parfois donné des ajustements plus cinégéniques. Fincher, comme à son habitude, est beaucoup plus prolixe face à ses images que face à ceux qui l’interviewent : on a donc affaire à un pur auteur hollywoodien, à la fois bosseur et réfléchi, dans le faire mais aussi, quand même, dans la pensée. La grande surprise provient du second commentaire audio : les acteurs Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr, le scénariste James Van Der Bilt et le producteur Brad Fischer sont rejoints par le maître James Ellroy, intarissable d’éloges sur ce qu’il considère comme «

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Classique, tendance muet

ECRANS | Portrait / David Fincher, réalisateur de Benjamin Button, adopte de plus en plus le «Eastwood style» face aux journalistes, résumable par : je fais ce que j’ai à faire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2009

Classique, tendance muet

À l’époque de Fight Club, David Fincher s’était battu comme un beau diable pour imposer à la Fox sa vision sans concession du roman de Chuck Palahniuk. Dix ans plus tard et malgré l’échec commercial aux Etats-Unis de Zodiac, sa crédibilité semble avoir atteint des sommets dans l’industrie hollywoodienne, au point de livrer aujourd’hui avec Benjamin Button un film audacieusement classique, long et lent, plutôt bizarre derrière ses apparences consensuelles. Devant le parterre de journalistes qui s’intéressent à autre chose qu’à la paternité de Brad Pitt, Fincher s’emploie à dédramatiser le challenge. Difficile à tourner, Benjamin Button ? «Nous avons eu cinq ans avant de tourner le film, cinq années de préparation. Du coup, ça n’a pas été si dur que ça de le réaliser.» Du même ordre : «Le gros du travail a été de réunir les personnes les plus à même de contribuer à la réussite du film». Bref, si Benjamin Button est ce qu’il est, c’est autant grâce à lui que grâce à l’équipe costumes ! De la nouvelle de Fitzgerrald qui a servi de base au scénario, Fincher fait peu de cas : «J’ai signé pour un scénario d’Éric Roth, e

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L'Étrange histoire de Benjamin Button

ECRANS | Avec "L’Étrange histoire de Benjamin Button", David Fincher confirme le virage «classique» amorcé avec "Zodiac". Derrière le beau catalogue d’images numériques et les grands sentiments, le film surprend par son obsession à raconter le temps qui passe et la mort au travail. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2009

L'Étrange histoire de Benjamin Button

Ne nous leurrons pas : beaucoup verront Benjamin Button pour ce qu’il est principalement, à savoir un film «comme on n’en fait plus», une fresque majestueuse et romanesque qui accompagne le destin extraordinaire d’un personnage hors du commun. Benjamin Button est né vieux et frippé, et son corps va se transformer à rebours de la flèche du temps. Il grandit certes, mais il rajeunit aussi. Le vieillard paraplégique devient un sexagénaire encore vert, puis un quadra charmant, et enfin un jeune homme irrésistible. Conçu en Louisiane après la première guerre mondiale, Benjamin n’est plus qu’un long souvenir inscrit dans un carnet intime lorsque l’ouragan Katrina dévaste la région, engloutissant l’horloge forgée par un artisan aveugle qui a choisi de la faire tourner à l’envers, révolté par la mort de son fils au front. Entre les deux s’intercale son histoire d’amour avec Daisy, qui voit son corps se flétrir jusqu’à n’être plus qu’une trace livide, dévorée par le cancer sur un lit d’hôpital. Le beau livre d’images maniaquement composées par David Fincher n’a donc paradoxalement qu’un objectif : percer le lissé numérique et l’enchantement suranné par un regard sans co

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Blindness

ECRANS | Une épidémie de cécité conduit à des mesures sanitaires radicales : une fable au futur récent signée Fernando Meirelles, soutenue par une mise en scène expérimentale et terrifiante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2008

Blindness

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Oui, mais s’il n’y a même plus de borgne pour gouverner ? C’est, à peu de choses près, le pitch de Blindness, troisième film de Fernando Meirelles, réalisateur remarqué avec La Cité de Dieu et The Constant gardener. Dans une ville inconnue, un automobiliste est frappé en pleine rue par une forme étrange de cécité qui s’avère contagieuse. Un ophtalmo, une prostituée, un voleur et un barman font partie des premières victimes, parquées dans un hôpital transformé en prison militaire où chaque dortoir établit ses propres règles de vie. À la démocratie du dortoir 1 répond la dictature violente du dortoir 3, qui cherche à régner sur les autres groupes. La parabole du livre original de Saramago, reprise par Meirelles, affirme ainsi que cet aveuglement est un révélateur des bassesses d’une humanité qui plonge dans les ténèbres. La Cécité de Dieu D’un pessimisme absolu malgré la lueur d’espoir qu’incarne la femme du médecin (dans le film, aucun personnage n’a de nom) interprétée par Julianne Moore, qui cache aux autres qu’elle n’est pas touchée par la maladie, Blindness

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«Les effets spéciaux, ce sont les faits»

ECRANS | Entretien / Extraits de la conférence de presse cannoise de David Fincher, réalisateur de Zodiac.

| Mercredi 30 mai 2007

«Les effets spéciaux, ce sont les faits»

Serial Killer David Fincher : J'avais le sentiment que tout avait été dit au cinéma concernant les serial killers. Mike Medavoy m'a appelé un matin et m'a dit : «Tu ne voudras probablement pas lire ce script, mais il renverse toutes les règles dont nous avons si souvent parlé...». Je lui ai demandé comment ça s'appelait, et il m'a répondu : «Zodiac». En fait, il y a eu un moment marquant dans ma vie, quand j'avais dix ans dans la baie de Los Angeles : j'allais à l'école en bus, et nous étions suivis par des voitures de police. Quand j'ai ouvert le script, je pensais donc tout savoir sur cette histoire, et c'est en le lisant que j'ai découvert que je ne savais rien du tout. De plus, la manière dont était décrit le contexte politique et médiatique rendait le scénario bien plus intéressant que n'importe quel slasher. Années 70 Nous ne voulions pas faire un pastiche des années 70, nous ne voulions pas de pattes d'eph', de grosses montres ou de plumes dans les cheveux. Ça ne devait pas être Starsky et Hutch. Notre vision de San Francisco, c'est celle de gens qui en sont encore au début des années 60, et la plupart des policiers du film ét

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