La Soledad

ECRANS | Deuxième film de Jaime Rosales, couvert de prix en Espagne, «La Soledad» impose une forme aride, radicale et pourtant incarnée pour raconter l’angoisse du quotidien madrilène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 juin 2008

Dans un cinéma espagnol loué pour ses productions de genre et ses grands auteurs (d'hier — Saura, ou d'aujourd'hui — Almodovar), l'apparition de Jaime Rosales contribue à brouiller les cartes. Voilà un cinéaste dont les préoccupations formelles sont plus importantes que les sujets qu'il traite et pour qui la mise en scène permet de transcender la banalité (voulue) des situations. La Soledad récite ainsi ce défilé morose et quotidien : une mère célibataire à la recherche d'un appartement, trois sœurs se disputant la vente de la maison familiale, leur mère ouvrant chaque matin sa petite épicerie… Rosales marque tout de suite son territoire esthétique auprès du spectateur : pas de musique, de longs plans fixes et surtout une utilisation inédite du split screen ; l'écran se sépare en son milieu pour suivre la même scène sous deux angles différents. Mais l'un des deux plans reste vide, l'action se déportant d'un cadre à l'autre — parfois, le temps que le personnage arrive d'un plan à l'autre, les deux sont inoccupés.

Ce dispositif qui permet d'habitude de voir plus ou mieux, crée chez Rosales comme un gouffre figuratif, une menace sourde au milieu d'une action a priori dénuée d'enjeux. Au bout d'une heure, on pense même que le cinéaste va trop loin avec un très long plan à la limite du supportable, dans un bus où il n'y a rien sinon une mère et son bébé. L'insupportable, le vrai, arrive en fait après, et l'inquiétude, jusqu'ici sous-jacente, va envahir l'écran. Rosales éprouve d'abord les nerfs et la patience du spectateur, puis ne lui offre aucune délivrance ; au contraire, il le plonge dans l'enfer de la réalité.

La froideur humaine

Impossible de ne pas voir là l'influence écrasante du Jeanne Dielman de Chantal Ackerman, de toute façon un des films séminaux du cinéma contemporain, de Gus Van Sant à Bruno Dumont… Mais Rosales, à la différence de beaucoup d'autres cinéastes jouant sur cet assèchement du cadre (des situations quotidiennes filmées avec un minium de dramatisation), a un atout pour accrocher le spectateur : un vrai talent de directeur d'acteurs. Car La Soledad est un film puissamment incarné malgré son apparente froideur esthétique. Loin de chercher une distanciation dans leur jeu, les comédiens sont au contraire poussés vers le naturel, et ce sont bien les visages et les corps qui disent l'étendue de la dévastation de leurs personnages.

Comme son titre l'indique, La Soledad n'est pas le genre d'œuvre qui cherche la rigolade et l'œillade complice avec le spectateur ; il voit le monde en noir, et ne promet aucune issue, à peine une maigre perspective de chaleur humaine. Et pourtant, il se dégage de ce film anxiogène une indicible émotion, qui déborde le jansénisme auteurisant de ses partis pris formels, et leur donne une réelle légitimité.

La Soledad
De Jaime Rosales (Esp, 2h15) avec Sonia Almarcha, Petra Martinez…

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Thriller | De Jaime Rosales (Es-Fr-Dan, 1h47) avec Bárbara Lennie, Alex Brendemühl, Joan Botey…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Cœur de pierre :

Jeune artiste peintre, Petra vient effectuer une résidence auprès de Jaume, un plasticien réputé au caractère entier, dominateur et volontiers arrogant. Si elle se lie d’amitié avec le fils de celui-ci, Lucas, elle empêche que les choses aillent plus loin. Car Petra cache un secret… Depuis La Soledad (2008) et Un tir dans la tête (2009), c’est toujours un plaisir de retrouver Jaime Rosales : il fait partie de ces auteurs qui n’usent pas en vain de leur art, et dont chaque film procure ce double plaisir de la découverte : quelle est l’histoire ; comment Rosales choisit de la raconter. En bon théoricien, la forme interroge toujours le fond et lui répond. Ici, le récit est chapitré à la manière d’un roman, mais son ordre chronologique est contrarié. Une perturbation qui permet d’occulter des franges du passé, de présenter des conséquences avant certaines causes, d’induire également dans l’esprit du spectateur des hypothèses quant à la raison de ces ellipses. Cette construction n’est pas non plus sans évoquer le processus artistiqu

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ECRANS | Jaime Rosales poursuit son chemin très personnel fait d’expérimentations formelles et de constat socio-politique sur l’Espagne actuelle, même si "La Belle jeunesse", hormis quelques éclairs de génie dans la mise en scène, patauge un peu dans un naturalisme éventé. Christophe Chabert

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Filmer la crise en Espagne, ses conséquences sur une jeunesse qui tente, malgré les impasses sociales, d’avancer et d’élaborer un projet d’avenir : c’est l’ambition de Jaime Rosales et c’est plutôt étonnant de le voir viser si frontalement une question d’actualité. Jusqu’ici, son cinéma parlait de son pays de biais, à travers des dispositifs formels très forts : les split screens de La Soledad, les plans séquences au téléobjectif d’Un tir dans la tête, le noir et blanc et les ellipses de Rêve et silence. Cinéaste passionnant, Rosales est aussi un metteur en scène aventureux et en quête d’expérimentations. Sa façon de suivre Natalia et Carlos, le couple de La Belle jeunesse, en quête laborieuse de jobs foireux et mal payés, surprend donc par le cliché visuel qui lui sert de forme : caméra à l’épaule et image HD mal éclairée

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Rêve et silence

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Christophe Chabert | Mardi 25 septembre 2012

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Une figure de style recoupe les plus beaux films de la rentrée, comme un inconscient collectif qui réunirait les cinéastes ayant encore de l’ambition pour leur art. De Quelques heures de printemps à Reality en passant par ce Rêve et silence et en attendant Au-delà des collines et Amour, le plan-séquence fait un retour en force sur les écrans, comme une réaction au surdécoupage qui standardise le cinéma mainstream et réduit la mise en scène à une pure et simple réalisation du scénario. Jaime Rosales est sans doute celui qui va le plus loin dans cette logique : Rêve et silence n’est fait que de longs plans-séquences, issus de prises uniques où les acteurs improvisent leur texte et qui parfois s’achèvent en pleine action lorsque le magasin est vide — car Rosales a tourné son film "à l’ancienne", avec une pellicule 35 mm à gros grain. Dans La Soledad et plus encore avec

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Christophe Chabert | Vendredi 6 mars 2009

Un tir dans la tête

Jaime Rosales avait, il y a deux ans, fait la nique au méga-succès du cinéma espagnol en remportant tous les Goyas (les Césars locaux) avec La Soledad, film fort mais aussi très contemporain. Dans la foulée, il a réalisé Un tir dans la tête, qui va beaucoup plus loin, et laissera plus d’un spectateur sur le carreau — ce qui n’est ni une qualité, ni un défaut, juste un constat évident. Il faudra ainsi attendre la soixantième minute du film pour qu’il s’y passe vraiment quelque chose, un événement qui viendra lui donner un sens, ouvrant sur une volée de questions sans réponse. L’événement en lui-même (qui renvoie à un fait-divers réel) est en soi assez incompréhensible : il y a meurtre, mais qui tue qui et pourquoi, mystère… Solitude Auparavant, on aura suivi quelques personnages de loin. De très loin même, car le cinéaste choisit de les saisir au télé-objectif, si bien que l’on n’entend jamais la nature de leurs conversations. Leurs actes sont anodins : ils se lèvent, achètent le journal, ont l’amour, prennent leur

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