Two lovers

ECRANS | Sublime drame romantique signé James Gray, Two Lovers impose en douceur une idée forte : la vie n’est faite que de choix illusoires dictés par les origines sociales et culturelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

Un grand cinéaste fait toujours le même film, à ce qu'on dit… James Gray, jusqu'ici, faisait en effet toujours le même film ; mais ce qu'on appréciait dans The Yards et La Nuit nous appartient, c'était les variations qu'introduisait le cinéaste par rapport à Little Odessa, moins les ressemblances trop voyantes entre chacune de ces œuvres. Two Lovers vient redistribuer les cartes… Fini le polar, place à un drame romantique avec des pointes de comédie. Adieu les familles new-yorkaises héritières des tragédies grecques, voici l'histoire, en apparence archi-classique, du fils d'un modeste tailleur juif qui hésite entre deux femmes, sa voisine blonde, goy et en pleine confusion intime et une amie de la famille, brune, juive et les pieds sur terre. Ce qui est beau dans Two lovers, c'est que ce changement radical de genre ne fait que renforcer l'obsession fondatrice du cinéma de James Gray. Mieux : il l'exprime cette fois avec une bouleversante clarté.

La blonde ou la brune

Leonard, ado attardé et névrosé (Joaquin Phoenix, magnifique, et qui a pourtant annoncé la fin de sa carrière de comédien ; pourvu qu'il change d'avis…), vient à peine d'apparaître sur l'écran et, déjà, il se jette dans l'Hudson. Un suicide que le film ne commentera que peu et qui impacte à peine la suite immédiate du récit — mais pas sa tonalité. Repêché par les passants, il reprend le cours de son existence comme si de rien n'était, rentre chez ses parents, se sèche dans sa chambre et se prépare pour un repas familial avec des amis. La manière dont James Gray déroule le fil des événements, plaçant avec méticulosité des détails laissant deviner le passé de l'histoire et des personnages, témoigne d'une maîtrise jamais ostentatoire de la mise en scène. La durée mélancolique des séquences mais aussi ce sens de l'observation discrète font encore merveille dès que l'histoire se développe autour du triangle amoureux : Sandra (Vinessa Shaw) n'a pas besoin de longs discours pour prouver à quel point elle comprend Leonard, notamment son indécision et son envie de changement social. En revanche, Michelle (Gwyneth Paltrow) ne s'attache à lui que comme la promesse d'une échappatoire exotique hors d'un monde (celui des avocats d'affaire new-yorkais) qu'elle intègre par la mauvaise porte (une liaison avec un homme marié) mais qui lui tend inexorablement les bras. Exemplaires de cette fine peinture des sentiments décalés, la scène de la sortie en boîte où Leonard doit passer l'épreuve du dancefloor pour dissiper le malaise de sa présence auprès de Michelle, s'oppose en symétrie à celle où il ne pense qu'à s'échapper d'une trop familière bar-mitzvah, et où c'est son absence qui pose problème aux yeux de Sandra. Avec ces séquences en miroir, Gray repousse le moment où Leonard devra choisir entre celle qui est déjà chez elle (Sandra) et celle qui n'y est pas la bienvenue (Michelle). Ainsi, Sandra est celle qui partagera son lit, tandis que la relation sexuelle avec Michelle se fera sur le toit, elle qui vit pourtant juste en face… Au passage, ces deux scènes d'amour sont d'une vérité incroyable, pudiques sans être mièvres, exprimant toute la douceur et la violence qui se neutralisent en permanence dans le film.

Exaltante désillusion

La subtilité de Two Lovers va plus loin encore. Car le dilemme n'est pas qu'amoureux, il est aussi culturel et familial. La puissance magistrale du film consiste à montrer que ce choix n'en est pas un. L'enchaînement des événements élimine amèrement une des alternatives, et Leonard doit laisser ses désirs de côté pour composer avec le principe de réalité. On pourrait penser que ce choix forcé n'est que le fruit des circonstances ; mais le malentendu était là dès le départ, dans la moindre réplique anodine ou dans les jeux de distance et de proximité qui se multiplient à l'écran. Le film ne fait donc que dévoiler progressivement sa vérité et reprendre la conclusion terrible de La Nuit nous appartient : la liberté est une parenthèse illusoire dans une existence guidée par la raison, le poids de la culture et l'atavisme familial. James Gray a donc refait le même film, encore. Mais cette fois-ci, il est aussi triste qu'exaltant, aussi complexe qu'évident.

Two Lovers
De James Gray (ÉU, 1h50) avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw…

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Ris amer : "Joker"

Le Film de la Semaine | La douloureuse naissance de l’antagoniste de Batman en mode rite initiatique sadique et parcours contre-résilient. Bouc émissaire virant bourreau, Joaquin Phoenix est plus qu’inquiétant dans cette copie-carbone du cinéma des 70’s. Un interloquant Lion d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Ris amer :

Atteint d’un trouble mental lui provoquant d’irrépressibles fous-rires, Arthur Fleck vit seul avec sa mère grabataire. Effectuant des prestations de clown pour survivre, il ambitionne de se lancer dans le stand-up. Mais rien ne se passe comme prévu, et une spirale infernale l’aspire… Un déclassé humilié par tous dans une grande métropole en crise devenant un héros populaire après avoir commis un acte délictuel ; un humoriste raté se vengeant de ses échecs sur son idole… Une quarantaine d’années environ après Taxi Driver (1976) et La Valse des Pantins (1982), Martin Scorsese vient donc de recevoir (par procuration) le Lion d’Or de la Mostra pour un film portant nombre de ses “stigmates“ — ne manque guère qu’un petit fond de religiosité chez le personnage principal —, mais aussi payant un lourd tribut à Sidney Lumet (Network, Un après-midi de Chien) comme à DePalma, dont le Blow Out (1981) brille au fronton d’un cinéma de Gotham. Todd Philipps a en effet signé avec Joker un

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Séances pour amoureux

Saint-Valentin | L’approche de la Saint-Valentin donne des idées tendres de programmation aux grands circuits cinématographiques, qui vont piocher dans le (récent) (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Séances pour amoureux

L’approche de la Saint-Valentin donne des idées tendres de programmation aux grands circuits cinématographiques, qui vont piocher dans le (récent) patrimoine des œuvres sentimentales voire mélodramatiques — tous les moyens sont bons pour se blottir contre son ou sa voisine. Chez Pathé, on mise sur la romance rigolote entre un libraire londonien bobo et la star hollywoodienne (Hugh Grant + Julia Roberts = Coup de Foudre à Notting Hill) ; du côté de chez UGC, on prépare plutôt les mouchoirs avec l’histoire de la liaison impossible entre deux amis et voisins (Joaquin Phoenix + Gwyneth Paltrow + James Gray = Two Lovers). Le pire, c’est qu’il faut choisir… Coup de Foudre à Notting Hill Aux Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie le jeudi 7 février à 19h45 Two Lovers À l'UGC Astoria et Ciné-Cité Confluence du 6 au 12 février

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De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr, 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

De sang et d’or :

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

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Inherent Vice

ECRANS | En adaptant "Vice caché" de l’immense Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson prouve, après "The Master", qu’il n’aime rien tant qu’aller à l’encontre de sa maîtrise, éprouvée et incontestable. De fait, ce polar pop, enfumé et digressif est un plaisir intense, où il est avant tout question de jeu, dans tous les sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Inherent Vice

Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier — marié — et dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter, moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture beatnik, adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent Vice rappelle inévitablement les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman — Le Privé — ou les frères Coen — The Big Lebowski. Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si Vice caché se nourrissait de cette mythologie propre à la littérature criminelle, il la cabossait par un réf

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Paul Thomas Anderson et Joaquin Phoenix à l'Institut Lumière

ECRANS | C'est un sacré événement que propose l'Institut Lumière : l'avant-première d'Inherent Vice, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, en présence du réalisateur et (...)

Christophe Chabert | Jeudi 15 janvier 2015

Paul Thomas Anderson et Joaquin Phoenix à l'Institut Lumière

C'est un sacré événement que propose l'Institut Lumière : l'avant-première d'Inherent Vice, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, en présence du réalisateur et de son acteur, Joaquin Phoenix, le samedi 24 janvier à 20h. Adapté d'un roman du génial Thomas Pynchon (Vice caché, en français), le film est un polar situé dans les années 70, qu'on annonce dans la lignée du précédent P. T. Anderson, le fabuleux The Master. Les réservations pour l'avant-première seront ouvertes demain à 11h...

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Her

ECRANS | En racontant l’histoire d’amour entre un homme solitaire et une intelligence artificielle incorporelle, Spike Jonze réussit une fable absolument contemporaine, à la fois bouleversante et effrayante, qui fait le point sur l’humanité d’aujourd’hui du point de vue du surhumain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Her

Imaginez le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace apparaissant de nos jours dans un Apple store et donnant naissance à des milliers d’Hal 9000 domestiques qui essaimeraient dans les processeurs de nos téléphones portables et adopteraient la voix de la femme ou de l’homme de nos rêves… C’est peu ou prou ce qui arrive dans Her, le nouveau film d’un Spike Jonze en pleine maturité créative. Son héros, Theodore Twombly — un nom sans doute choisi en référence au peintre et photographe Cy Twombly — y traîne une déprime tenace suite à une rupture amoureuse. Il travaille dans un open space dont les murs sont des aplats colorés façon Pantone où il rédige des lettres d’amour pour les autres, avant de rentrer tristement dans son appartement hi-tech jouer à des jeux vidéo et pratiquer le sexe online avec des inconnues. Jonze fait de lui le prototype de l’homme ordinaire du XXIe siècle : celui qui ne converse plus guère qu’avec son oreillette, c’est-à-dire, d’un point de vue extérieur, qui parle seul dans les rues d’une ville anonyme à l’architecture écrasante — en fait, un croisement invisible entre Los Angeles et Shanghaï. Lorsque sort

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Fondu au Gray

ECRANS | "The Immigrant" n’est que son cinquième film, mais James Gray est déjà une sorte d’institution cinéphile, un auteur vénéré et une exception culturelle au sein d’un cinéma américain qui l’ignore encore royalement. Rencontre avec un cinéaste ambitieux, érudit et plein d’esprit, et critique d’un film qui alterne splendeur et frustration. Textes : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 19 novembre 2013

Fondu au Gray

La légende James Gray commence en l’an 2000 à Cannes, où le cinéaste présente son deuxième film, The Yards, en compétition. L’accueil est mitigé et la presse déroutée par une mise en scène maîtrisée et élégante, mise au service d’un récit de genre très codifié. Quelques mois après, lors de la sortie française, le vent a tourné, le film a été revu (à la hausse) et le culte autour de Gray est lancé. Dans le même temps, Gray entre en guerre avec son producteur, le tyrannique Harvey Weinstein, qui veut remonter le film pour son exploitation américaine. Le blocage dure longtemps et Gray semble en passe d’aller rejoindre la cohorte des cinéastes maudits. Il faudra sept ans pour qu’il tourne à nouveau, mais avec le très beau La Nuit nous appartient, le scénario se reproduit à l’identique : déception des spectateurs cannois, réhabilitation lors de sa sortie en salles, et relative indifférence aux États-Unis. Tandis que la légende du metteur en scène perfectionniste et capricieux grossit, surpri

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The Immigrant

ECRANS | Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la Statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens (...)

Christophe Chabert | Mardi 19 novembre 2013

The Immigrant

Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la Statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens attendant leur visa… C’est aussi une image forte venue du cinéma américain, celle qui ouvrait Le Parrain II. En se transportant au début du XXe siècle, James Gray semble promettre une grande fresque en costumes, éminemment romanesque, qui le placerait en descendant naturel de Coppola. Mais une fois ses rôles principaux distribués — d’un côté Ewa, Polonaise prête à tout pour retrouver sa sœur restée en quarantaine sur l’île, et de l’autre Bruno, souteneur qui lui promet de l’aider si elle accepte de rejoindre sa «famille» —, le film se jouera avant tout en intérieurs : un théâtre burlesque, des bains publics ou l’appartement de Bruno Weiss, qui devient une nouvelle prison pour Ewa. En cela, The Immigrant tient plus du roman russe que de la reconstitution hollywoodienne, et la mise en scène de Gray, somptueuse, d’une sidérante fluidité, préfère l’intimisme à la démesure. Chaque miroir, chaque vitre est à la fois un cadre enserrant Ewa à l’intérieur du cadre, mais aussi une paroi s

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La Nuit, tous les chats sont Gray

CONNAITRE | Le Festival Lumière lancé, il est temps pour l’Institut Lumière de sortir de son Cinéma Lumière (malheur du journaliste qui abhorre les répétitions, tout (...)

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

La Nuit, tous les chats sont Gray

Le Festival Lumière lancé, il est temps pour l’Institut Lumière de sortir de son Cinéma Lumière (malheur du journaliste qui abhorre les répétitions, tout s’appelle Lumière désormais rue du Premier film) pour investir la place Ambroise Courtois et proposer en plein air et à la tombée de la nuit, un nouvel Été en Cinémascope (qui ne s’appelle pas encore L’Été en Cinémascope Lumière ; ouf !). Cette saison, il y aura du Tsui Hark, du Truffaut, du Woody Allen et du Hitchcock au menu (et aussi du vélo, centenaire du Tour oblige), mais l’apéritif d’ouverture tient déjà bien au ventre, puisqu’il s’agit de La Nuit nous appartient, James Gray cuvée 2007 et sommet de sa trilogie mafieuse. Antidaté dans les années 90, contexte souligné dès une première scène où l’on entend Heart of glass de Blondie à fond les enceintes d’une boîte de nuit pendant que, dans les bureaux, Eva Mendes se prodigue quelque plaisir manuel sous les yeux ébaubis de Joaquin Phoenix — température estimée sur la place à cet instant de la projo : 50°

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Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit des années 80 et s’inscrire dans une ligne post-"Avengers". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Iron Man 3

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d’avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d’âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux. Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier. Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d’une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros

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The Master

ECRANS | Après «There will be blood», Paul Thomas Anderson pousse un cran plus loin son ambition de créer un cinéma total, ample et complexe, en dressant le portrait d’un maître et de son disciple dans une trouble interdépendance. Un film long en bouche mais qui fascine durablement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

The Master

Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n’aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood). Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie — le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s’appelle «La Cause» — mais surtout, il n’en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c’est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance. De l’alcool contre une famille Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel,

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I’m still here – the lost year of Joaquin Phoenix

ECRANS | De Casey Affleck (ÉU, 1h47) avec Joaquin Phoenix, Ben Stiller…

Dorotée Aznar | Mercredi 6 juillet 2011

I’m still here – the lost year of Joaquin Phoenix

Dans la foulée du tournage de Two Lovers, Joaquin Phoenix craque, renonce à sa carrière d’acteur pour se lancer dans le hip-hop, en dépit d’un manque criant de talent dans cette discipline, et de la dépression qui semble le dévorer peu à peu. On le sait à présent, tout cela n’était qu’un canular, confectionné avec la complicité de Casey Affleck, beau-frère de Phoenix. On peut applaudir la performance de l’acteur, qui sera resté plus d’un an dans un rôle qu’on devine lourdement destructeur. On peut aussi se demander, face au résultat final, si le jeu en valait vraiment la chandelle. En fait de scènes trash (Joaquin prend plein de drogues, fréquente des prostituées, a un ego surdimensionné…), I’m still here accumule les clichés ronflants sur le star-system et n’en dit rien, s’enfonçant dans une sombre entreprise de voyeurisme autour d’une star échouée dans une dérive sans sens. Les seules scènes qui fonctionnent sont celles où Phoenix voit son déclin se refléter dans les yeux de ses interlocuteurs : qui d’un Ben Stiller moqué de façon gênante alors qu’il venait lui proposer un rôle dans Greenberg, d’un Puff Daddy effondré à l’écoute de ses pathétiques ba

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Iron Man 2

ECRANS | Blockbuster ludique, théorique et même politique, "Iron Man 2" confirme la bonne surprise de son premier volet : la naissance d’un super-héros différent dont les aventures sont aussi divertissantes que riches de sens. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 avril 2010

Iron Man 2

Le blockbuster de printemps annonce l’arrivée des beaux jours et la promesse d’un été américain, souvent en deçà de ce coup d’éclat inaugural. Évidemment, le Iron Man 2 de 2010 est moins surprenant que le Star Trek de 2009 ou… le Iron Man de 2008 ! Et pourtant, il est encore mieux… Il y a deux ans, on ne misait pas grand-chose sur cette énième adaptation de comics, lassés par trop de sous Spider-man (dont le 3e du nom !) et plutôt flippés par la présence derrière la caméra de Jon Favreau, acteur comique de seconde zone reconverti dans la mise en scène de navets. Contre toute attente, Iron Man nous avait épatés : le film se payait le luxe de repenser la manière de construire un super-héros en affichant, dans une posture aussi ludique que théorique, son "making of" à l’écran. D’abord choisir un acteur ; pas n’importe lequel, le génial Robert Downey Jr, revenu de la came et de l’alcool pour s’établir en comédien ultra-populaire aussi à l’aise chez les grands auteurs — Fincher — les francs-tireurs — Stiller — que dans cette machine moins lourde qu’on ne le pensait. Downey Jr, comme il le disait à la fin du film, est Iron Man : un

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