Los Bastardos

ECRANS | D’Amat Escalante (Mexique, 1h30) avec Jesús Moisés Rodriguez, Rúben Sosa…

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2009

Que nous vivions dans un monde pourri, violent, inégalitaire et ébranlé par les injustices économiques est un fait incontestable. Que l'on fasse des films qui n'ont pour unique but de nous mettre le nez dans cette merde-là est en revanche plus discutable. Escalante, après Sangre, semble décidé à faire un cinéma qui ne s'adresse qu'aux plus de 16 ans. Tant mieux, les mioches ont des œuvres plein les écrans et c'est marre.

Mais le problème de Los Bastardos, c'est que ses plans composés avec méticulosité et lenteur pour décrire la misère et l'horreur, nous confine dans une posture voyeuriste avant de nous faire la leçon à coups de mère de famille fumant du crack, de crânes explosés et de clandestins exploités. Pléonasme achevé, Escalante, en disciple mexicain de Haneke et de Gaspar Noé, tire le rideau (rouge) et nous laisse les bras ballants et l'estomac retourné. A-t-on le droit de dire qu'on s'en fout ?

Christophe Chabert

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"La Région sauvage" de Amat Escalante

Fantastique | de Amat Escalante (Mex, 1h39) avec Ruth Jazmin Ramos, Simone Bucio, Jesús Meza…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Le Mexique, de nos jours. Dans une cabane au fond des bois vit une créature tentaculaire capable de procurer à n’importe quel être vivant un plaisir sexuel intense, voire fatal. Veronica, qui lui rabat des proies à satisfaire, va rencontrer un couple en crise, Alejandra et Angel… À l’instar de ses confrères mexicains (Del Toro, Cuarón), Amat Escalante ne craint pas de recourir au fantastique pour asseoir la tonalité très réaliste de son film. De fait, La Région sauvage porte une lourde charge sociale : il interroge notamment la liberté d’aimer passé le Rio Grande, et les réactions rétrogrades que les écarts à la “norme” peuvent provoquer. Comme toujours, les victimes directes ou collatérales en sont les minorités : femmes, homosexuels, enfants… Région sauvage, part obscure, c’est surtout un refoulé que Escalante met au jour : l’expression d’une pulsion en désaccord avec les dogmes hypocrites et fossilisés de la société. De cette discordance naît la violence et le malheur du monde, dont l’ensorcelante créature n’est pas ici la cause. Un c

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Heli

ECRANS | D’Amat Escalante (Mex-Fr, 1h45) avec Armando Espitia, Andrea Vergara…

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2014

Heli

Heli, ouvrier, mari, père, fils et frère modèle, va être entraîné dans une spirale de violence mettant en cause gangs et police, tout ça parce que sa sœur a eu le malheur de fréquenter un flic ripou acoquiné avec des trafiquants de drogue. Spirale de violence : c’est un doux euphémisme tant Amat Escalante ne lésine pas sur les images atroces — pendaison, torture à coups de bâtons avant immolation de testicules et, spéciale dédicace à Brigitte Bardot, chiot au cou brisé. Pourtant, le film est plus intenable qu’insoutenable : Heli propose une sorte de version auteuriste d’un torture porn ou d’un rape and revenge movie, noyant le genre dans des séquences collées les unes aux autres comme des post-it interchangeables, où rien ne doit échapper au regard d’un cinéaste qui abolit le hors champ pour une complaisance évidente grossièrement déguisée en colère contre la société mexicaine. Preuve en est, dès qu’il peut faire un "beau" plan, il ne s’en prive pas, comme celui où le trajet d’une voiture épouse parfaitement les courbes d’une dune de sable au crépuscule… Escalante se regarde filmer et oublie de regarder ce qu’il filme : paradoxe absurde d’un fi

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