Le court au corps

ECRANS | Festival / Christophe Loizillon et son film 'Corpus / Corpus' sont les grands vainqueurs du 30e festival du film court de Villeurbanne au sein d’une compétition inégale, avec néanmoins quelques très bonnes surprises. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 22 novembre 2009

La double récompense (Grand prix du jury et Prix des lecteurs du Petit Bulletin) obtenue par Christophe Loizillon au 30e festival du film court de Villeurbanne est réjouissante. Elle couronne un auteur discret au parcours atypique : on l'avait découvert avec une série de courts entre fiction et documentaire, puis un premier long formidable (Le Silence de Rak, avec François Cluzet), et un second qui connut un grave échec public (Ma caméra et moi). Loizillon revient donc au format court avec Corpus / Corpus, qui interroge les rapports de l'homme à l'homme à travers une série de plans-séquences où les corps n'ont pas de visage. Une pédicure et un homme âgé, une prostituée et son client, une psy et sa patiente, un bébé et un pédiatre, un cadavre et un thanatopracteur : qu'est-ce qui passe dans ces relations ? Les fluides corporels et les sécrétions, mais aussi, hors champ, l'argent, grand fantôme de ces rapports humains. Le soir du palmarès, Loizillon annonça que ce film très fort était le premier d'un triptyque dont on pourra voir le deuxième volet samedi 28 novembre au Comœdia dans le cadre du festival Docencourts. On en reparle, donc…Pétrole contre blockbuster
L'autre vainqueur de la compétition fut l'indiscutable Logorama de François Halaux, Hervé De Crécy et Ludovic Houplain (deux prix, une mention). Un film d'animation où objets et personnages sont figurés par des logos de marques célèbres, qui réussit l'exploit de développer avec les codes du cinéma d'action américain une intrigue percutante au propos très acide : et si le blockbuster n'était qu'une vitrine de la guerre du pétrole menée par les États-Unis, dont la publicité serait le bras armé ? Pour le reste, il y eut des déceptions : une série de films d'animations venus du Chnord sans intérêt, de lourdes œuvres sociales et politiques, de gauche comme de droite (à l'exception du plaisant Phone Story), des comédies gadgets (à part Climax, où Patrick Chesnais se parodie en acteur tyrannique)… En revanche, le beau Dos à dos de Camille Bialetowski retenait l'attention par sa capacité à faire surgir de deux corps hors normes une fiction joyeuse et tendre. Enfin, reste le cas Eric Guirado. Le Début de l'hiver a plus que divisé ; et c'est une formidable nouvelle. À la fois sec et très sophistiqué, le film raconte un viol pédophile dans une voiture à la campagne, mais utilise toute la puissance du cinéma pour en faire ressentir la cruauté. On ne voit presque rien du viol lui-même, mais les plans sont chargés d'une tension insoutenable, redoublée par le bourdonnement subliminal de la musique. Ni juge, ni démissionnaire, Guirado regarde ce fait-divers en cinéaste adulte et confiant dans la puissance de sa mise en scène. Du coup, on attend son prochain long, en préparation, avec impatience…

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Repères

CONNAITRE | Ils ont été primés à Villeurbanne…

Christophe Chabert | Vendredi 6 novembre 2009

Repères

Erick Zonca : en 1994, le futur réalisateur de 'La Vie rêvée des anges' fait un carton dans le court métrage. À Villeurbanne, 'Éternelles' remporte le Prix France 3 Rhône-Alpes en 1994. Samuel Benchétrit : avec 'Nouvelles de la Tour L.', l’écrivain-cinéaste remportait en 2000 le Prix TLM. Fiona Gordon et Dominique Abel : la même année, les auteurs belges de 'Rumba' reçoivent le prix TPS Cinéstar avec 'Walking on the wild side'. François Favrat : son deuxième long, 'La Sainte-Victoire', sera en décembre sur les écrans. En 2001, il reçoit le Prix Fuji de la première œuvre pour 'Mon meilleur amour'. Matthias Gokalp : 'Rien de personnel', son premier long métrage, est sorti en septembre. En 2004, il avait obtenu le Prix de la liberté avec le très fort 'Le Droit Chemin'.

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Séances tenantes

CONNAITRE | Événements / Le festival du film court de Villeurbanne a choisi comme parrain de son trentième anniversaire une personnalité exceptionnelle du cinéma français : (...)

Christophe Chabert | Vendredi 6 novembre 2009

Séances tenantes

Événements / Le festival du film court de Villeurbanne a choisi comme parrain de son trentième anniversaire une personnalité exceptionnelle du cinéma français : Jean-François Stévenin, à qui a été confiée la traditionnelle carte blanche qui inaugure la manifestation (le vendredi 13 novembre). Celle-ci fera figure de rétrospective de sa carrière dans le court métrage. Car si Stévenin a traversé le cinéma, de Truffaut à Godard, de Richet à Salvadori, et s’il en a écrit une des pages les plus libres (les trois films qu’il a réalisés, tous trois magnifiques), il a aussi régulièrement fait des incartades dans le format court. Et comme Stévenin a l’esprit de famille, il a voulu que le dernier film de cette soirée soit celui réalisé par sa fille Salomé. Le festival poursuit par ailleurs son ancrage local avec un nouveau programme du Court en Rhône-Alpes, qui se met au diapason de cette édition anniversaire : il proposera donc un survol de trente années de création régionale. Cette sélection n’a pas à rougir face à la Longue nuit du film court, puisqu’on y verra les premiers pas de Jacques-Rémy Girerd (réalisateur de La Prophétie des grenouilles et Mia et le Migou), Christian

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Une longue histoire du film court

CONNAITRE | Cinéma / Pour ses trente ans, le festival du film court de Villeurbanne se tourne vers son passé et fait le bilan en films de trois décennies de court métrage. Mais par-delà cet anniversaire, les compétitions de 2009 affirment avec force la vitalité du genre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 5 novembre 2009

Une longue histoire du film court

À trente ans, certains ont le vague à l’âme, une pointe de nostalgie et un peu d’angoisse. Pas le festival du film court de Villeurbanne, ni son directeur Laurent Hugues. En confectionnant la trentième édition de cette manifestation-clé dans l’actualité cinématographique locale, il a entrepris un vaste travail de mémoire, en revoyant les films distingués lors des palmarès précédents, afin de confectionner ce qui représente la grande soirée anniversaire du festival : une longue nuit du film court où seront projetés 28 films primés à Villeurbanne toutes éditions confondues. Toute une époque !Le choix était vaste (224 films ont obtenu un prix, sans compter les mentions spéciales !), et le résultat, riche en œuvres majeures ou en films cultes, permet à cette rétrospective de faire le bilan de trente ans de courts métrages. «Le début de la compétition correspond à un âge d’or du court français», explique Laurent Hugues. «On trouve des réalisateurs comme Eric Rochant, Matthieu Kassovitz, Pierre Salvadori, Jean-Pierre Jeunet ou Cédric Klapisch. Mais plus intéressant que cet empilement de noms, ce sont les films eux-mêmes. En les revoyant au printemps, je me suis aperçu que

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