The Ghost writer

ECRANS | Retour au présent pour Roman Polanski avec un thriller politique classique et hitchcockien, où s’épanouit sans tapage un plaisant savoir-faire et une ironie très actuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 1 mars 2010

La sortie de The Ghost writer faisant suite à l'encore fraîche «affaire Polanski» et au débat plutôt clivé qui s'ensuivit, il va être difficile de prendre la défense du film sans passer aussi pour un défenseur de son cinéaste. Alors autant le dire : pour nous, Polanski est un metteur en scène majeur, une référence incontournable en matière de modernité cinématographique. The Ghost writer prouve d'ailleurs qu'après le chef-d'œuvre très personnel qu'était Le Pianiste et le faux-pas d'Oliver Twist, celui-ci sait faire rebondir sa carrière en prenant d'adroits contre-pieds.

Après deux fresques historiques, le voilà de plain-pied avec l'actualité récente : au cœur du film, un mystère entour l'ancien Premier ministre britannique Adam Lang. Il demande à un nègre d'écrire ses mémoires, alors que la controverse se lève sur son action politique pendant la guerre en Irak. A-t-il créé une douteuse alliance avec l'Amérique pour organiser la lutte contre le terrorisme en faisant fi du droit international ? Et qu'est-il arrivé à son nègre précédent, retrouvé noyé sur les côtes de l'île où Lang s'est réfugié avec sa femme et ses assistantes ?

Un livre ? Juste du papier…

Polanski fait de ce politicien ambigu un fantôme dans le récit. Il passe dans le plan, échange quelques mots avec son nègre, puis disparaît longuement, avant de réapparaître une dernière fois, le temps de quelques répliques renforçant son ambivalence. La personnalité de cet homme tient dans un épais manuscrit de 600 pages, mais le cinéaste, assez ironiquement, signifie au spectateur que ce qui compte là-dedans, ce ne sont pas les mots, mais les marges, et qu'en définitive tout cela n'est peut-être que du papier dispersé par le vent.

D'ailleurs, c'est bien dans le sous-texte que réside le mot de la fin, pas dans le texte lui-même. Si le film suit les pas d'Ewan MacGregor empruntant le chemin de son prédécesseur à pied, à bicyclette, en ferry, en voiture, et même dans le lit de l'intrigante femme de Lang, Polanski nous invite à regarder ailleurs que dans la ligne du thriller. Celle-ci s'avère d'ailleurs assez classique, reprenant la lettre hitchcockienne telle que Polanski l'avait déjà imitée dans son Frantic. Il y a là un savoir-faire indéniable, plutôt efficace même si le cinéaste n'a plus cette capacité, autrefois bluffante, à faire surgir l'angoisse d'un simple insert sur un visage menaçant. Qu'importe à vrai dire : The Ghost writer est un film d'une malicieuse sagesse derrière ses allures de divertissement à l'ancienne.

The Ghost writer
De Roman Polanski (Fr-All-Ang, 2h08) avec Ewan MacGregor, Pierce Brosnan…

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Rétrospective Polanski : Roman d’un auteur

Rétrospective Polanski | 2016 nous a privés d’un génie-monstre franco-polonais en nous ôtant Zulawski (au fait, à quand sa rétrospective ?) ; Dieu ou diable merci, il en reste un, aussi (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Rétrospective Polanski : Roman d’un auteur

2016 nous a privés d’un génie-monstre franco-polonais en nous ôtant Zulawski (au fait, à quand sa rétrospective ?) ; Dieu ou diable merci, il en reste un, aussi tourmenté qu’intrigant, inquiétant qu’enjôleur. Colosse minuscule, géant au parcours nourri d’accidents, de drames, de lauriers et de scandales, Roman Polanski a contribué à l’essor du nouveau cinéma polonais et au renouveau du britannique, participé à la Nouvelle Vague comme au Nouvel Hollywood. Épousant parfois les codes ou les styles de ses hôtes, Polanski conserve jalousement ses thématiques de prédilection : l’enfermement, le malin, la séduction perverse. À vérifier de toute urgence à l’Institut Lumière, qui offre de cauchemarder avec Rosemary’s baby, Repulsion, Cul-de-sac, La Neuvième Porte, de frissonner avec Frantic, La Jeune Fille et la Mort, Chinatown, de rire avec Pirates ou Le Bal des vampires, de se recueillir avec Le Pianiste. Une belle entrée en matière… Si la non-présence dans ce formidable panorama du très rare — voire quasi invisible — What ? (1971) n’étonne guère, comme celle moins dommageable de Lunes de fiel (1992), on se perd

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La Vénus à la fourrure

ECRANS | Une actrice, un metteur en scène, un théâtre et "La Vénus à la fourrure" de Sacher-Masoch : un dispositif minimal pour une œuvre folle de Roman Polanski, à la fois brûlot féministe et récapitulatif ludique de tout son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 novembre 2013

La Vénus à la fourrure

À sa sortie, on avait pris Carnage pour une sorte de repli stratégique de la part de Roman Polanski. L’adaptation de la pièce de Yasmina Reza venait après ses déboires avec la justice suisse, et le choix d’un huis clos à quatre personnages lui permettait de tourner vite en déclinant en virtuose sa science du découpage et de la mise en scène. Surtout, il y circulait une rage que l’on imaginait circonstanciée, là encore liée à cette énième humiliation dans une vie déjà chaotique. Derrière sa réjouissante santé, par-delà la comédie de mœurs labyrinthique à laquelle Polanski nous convie, La Vénus à la fourrure poursuit ce double geste de façon enthousiasmante. C’est une charge virulente contre l’époque et ses travers, ici pris sous l’angle de la lutte des sexes, et c’est à nouveau un huis clos tiré d’une pièce de théâtre, signée cette fois David Ives ; sauf le théâtre est le lieu et la matière du film, même si, en transparence, le cinéaste vise aussi tout ce qu’implique l’acte de mettre en scène, y compris le s

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L’insolente jeunesse des vieux cinéastes

ECRANS | Alors que la rentrée cinéma est majoritairement dominée par des cinéastes entre 40 et 60 ans, deux octogénaires vont surprendre par la vigueur de leurs derniers opus, aussi inattendus que flamboyants de maîtrise : Woody Allen avec "Blue Jasmine" et Roman Polanski avec "La Vénus à la fourrure". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 22 août 2013

L’insolente jeunesse des vieux cinéastes

Une expression bien aimée de la critique française parle des «films tardifs» des grands cinéastes pour évoquer leurs derniers opus. Manière élégante de dire qu’ils sont comme les combats de trop d’anciens puncheurs n’ayant plus les jambes pour suivre le rythme imprimé par la génération montante et réclamé par un public avide de nouveautés. Si les exceptions ne sont pas rares — de John Huston à Kinji Fukasaku — on a pris cette habitude de regarder vieillir les metteurs en scène que l’on aime avec un mélange d’affection et d’affliction. Or, en cette rentrée 2013 riche en événements, ce sont deux cinéastes ayant dépassé les quatre-vingts printemps qui vont frapper très fort, et montrer que le talent, mieux que les cellules, se régénèrent au contact de défis inédits dans leur carrière. Deux cinéastes nomades En même temps, quoi de plus différent que Blue Jasmine de Woody Allen et La Vénus à la fourrure de Roman Polanski ? Et quoi de commun entre les deux cinéastes — à part, diront le

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Huis clos à ciel ouvert

ECRANS | Alors que les rétrospectives Chaplin et Cassavetes se prolongent durant tout le mois de janvier, et que sa toute neuve galerie de la rue de l’Arbre Sec (...)

Christophe Chabert | Jeudi 3 janvier 2013

Huis clos à ciel ouvert

Alors que les rétrospectives Chaplin et Cassavetes se prolongent durant tout le mois de janvier, et que sa toute neuve galerie de la rue de l’Arbre Sec propose des photos rares et souvent inattendues de Chaplin au travail, l’Institut Lumière fait aussi un focus en deux films sur Roman Polanski. Avant Chinatown la semaine prochaine, c’est le méconnu Cul-de-sac qui ouvre le bal. Troisième long-métrage de Polanski, il se présente — comme son premier Le Couteau dans l’eau — en un huis clos à ciel ouvert, non plus sur un bateau, mais sur une île fantomatique, où habite un couple absolument dépareillé : lui, petit, chauve et pleutre (Donald Pleasance, loin des grands rôles dans le cinéma fantastique qui ont fait sa légende, mais tout aussi génial), elle, grande, belle et fougueuse (Françoise Dorléac, dont on mesure à chaque vision de quel talent éclatant sa mort prématurée nous a privé). Leur routine putride (elle pratique l’adultère, il mâche en silence sa frustration) est troublée par l’irruption d’un autre tandem, deux gangs

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The Impossible

ECRANS | Fiction autour de l’histoire vraie d’une famille disloquée par le tsunami thaïlandais, le deuxième film de Juan Antonia Bayona joue brillamment la carte du "survival" dans sa première partie, moins celle du mélodrame dans la deuxième. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2012

The Impossible

Un carton nous annonce d’entrée ce que la plupart des spectateurs savent déjà : The Impossible se déroule durant le tsunami qui ravagea les côtes thaïlandaises à noël 2004, faisant des milliers de morts et de blessés, laissant la région dans le chaos et les survivants en état de choc. Histoire de redoubler cette introduction didactique par un petit jeu de mise en scène, Juan Antonio Bayona (le réalisateur de L’Orphelinat) nous fait entendre ensuite un crescendo strident évoquant la vague et les cris de ceux qu’elle emporta. Efficace, même si les 50 000 spectateurs de Vynian savent que Fabrice Du Welz avait fait la même chose dans son film maudit. Passons. Nous voilà dans l’avion qui amène la famille Bennett à Kaoh Lahk pour les fêtes : un couple de beaux anglo-saxons (dans la vraie histoire, c’étaient des Espagnols, mais The Impossible a de manifestes volontés exportatrices) et leurs trois enfants, qui s’install

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Perfect sense

ECRANS | De David MacKenzie (Ang, 1h32) avec Ewan McGregor, Eva Green…

Christophe Chabert | Vendredi 23 mars 2012

Perfect sense

Version métaphorico-poétique du récent Contagion, Perfect sense imagine la fin du monde par la disparition des sens. D’abord l’odorat, puis le goût, puis l’ouïe… Ne cherchant pas d’explication rationnelle à cette étrange épidémie, David MacKenzie la fait précéder par des accès de mélancolie, d’euphorie ou de colère qu’il illustre à travers des clips façon Benetton montrant la dimension mondiale des événements. C’est la part la plus ratée du film, qui heureusement se recentre à chaque étape de son programme sur le couple formé par une médecin et un cuisinier, cherchant avec leurs armes à endiguer la fatalité. Là encore, Perfect sense est plombé par la lourdeur de ses symboles, mais il se rattrape avec la grâce de ses deux acteurs : Eva Green, dont on ne comprend pas la carrière pour le moins hiératique, et Ewan MacGregor, qui débordent de vie et d’amour, même quand le film leur invente des traumas bien gratinés. S’ils ne sauvent pas complètement ce drôle de projet, ils lui offrent en tout cas des moments simples et touchants.Christophe Chabert

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Roman Polanski

ECRANS | La filmographie

Dorotée Aznar | Vendredi 2 décembre 2011

Roman Polanski

Filmographie de Roman Polanski /  1962 : Le Couteau dans l’eau 1965 : Répulsion 1966 : Cul-de-sac 1967 : Le Bal des vampires 1968 : Rosemary’s baby 1971 : Macbeth 1972 : Quoi ? 1974 : Chinatown 1976 : Le Locataire 1979 : Tess 1986 : Pirates 1988 : Frantic 1992 : Lunes de fiel 1994 : La Jeune fille et la mort 1999 : La Neuvième porte 2002 : Le Pianiste 2005 : Oliver Twist 2010 : The Ghost writer

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Le goût de la claustrophobie

ECRANS | Polanski et le théâtre, c’est une longue histoire faite d’adaptations à l’écran, de créations pour la scène, mais surtout d’influence créative et de réminiscences autobiographiques. CC

Dorotée Aznar | Vendredi 2 décembre 2011

Le goût de la claustrophobie

Polanski et le théâtre / Pour Roman Polanski, le théâtre semble être une valeur refuge, sa filmographie revenant à intervalles réguliers vers des adaptations de pièces célèbres, classiques ou contemporaines, et lui-même s’aventurant régulièrement sur les planches, en tant qu’acteur et metteur en scène. C’est d’ailleurs la part la moins connue de son œuvre : en 1981, c’est lui qui crée à Londres Amadeus, la pièce de Peter Shaffer, se distribuant dans le rôle de Mozart, ouvrant la voie à l’adaptation qu’en fera pour le cinéma un autre réalisateur de l’Est expatrié, Milos Forman. Sept ans plus tard, c’est sur une scène parisienne qu’il brille en incarnant Grégoire Samsa, l’homme ordinaire transformé en cloporte dans La Métamorphose de Kafka. Au cinéma, il met tout de suite la barre très haute pour sa première adaptation : une version de Macbeth de Shakespeare qui a le mérite de ne lorgner ni sur le baroque tapageur d’un Welles, ni sur le classicisme respectueux d’un Laurence Olivier — le film, toutefois, est loin d’être son meilleur. Il aura encore moins de chance avec La Jeune fille et la mort, huis clos trop attendu autour d’une rescapée des ca

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Carnage

ECRANS | Huis clos à quatre personnages tiré de la pièce «Le Dieu du carnage» de Yasmina Reza, le nouveau film de Roman Polanski est une mécanique diabolique et très mordante, sur la violence masquée derrière les apparences sociales, avec un quatuor de comédiens au sommet de leur art. Critique et décorticage des racines du "Carnage". Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Lundi 5 décembre 2011

Carnage

Critique / C’est un incident banal, une dispute entre gosses qui tourne mal : l’un d’entre eux en frappe un autre avec un bâton, lui brisant plusieurs dents et une partie de la mâchoire. Cette scène muette sert de générique à Carnage, et Polanski la filme de loin, en plein air, tandis que la musique guillerette d’Alexandre Desplat semble se moquer de la violence du geste. On devrait s’en tenir là. Et c’est peu ou prou ce qui se passe dans la scène suivante : les parents de la "victime", Penelope et Michael Longstreet (Jodie Foster et John C. Reilly) relisent devant eux la lettre d’excuses des époux Cowan (Kate Winslet et Christoph Waltz), père et mère du "coupable". Les deux couples peuvent alors se séparer à l’amiable, mais quelque chose cloche, comme une insatisfaction réciproque, la sensation d’un malentendu pas encore totalement dissipé. Alors qu’Alan et Nancy Cowan se dirigent vers l’ascenseur, Penelope, visiblement nerveuse, leur demande si c’est eux qui sont désolés ou leur enfant. Ça n’a l’air de rien, mais ce détail va déclencher une heure quinze de huis clos en temps réel où les quatre protagonistes se livreront à toutes les formes de mesquinerie, réglant leurs comptes

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Maman, papa, le diable et nous

ECRANS | Alors que s’apprête à sortir son dernier film, le puissant Carnage, la Ciné-collection du GRAC invite les spectateurs à replonger dans un autre chef-d’œuvre (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 23 novembre 2011

Maman, papa, le diable et nous

Alors que s’apprête à sortir son dernier film, le puissant Carnage, la Ciné-collection du GRAC invite les spectateurs à replonger dans un autre chef-d’œuvre de Roman Polanski, Rosemary’s baby (1968). On pourrait s’amuser des correspondances entre les deux films : un appartement new-yorkais, la peinture d’un couple de bourgeois éclairés dont les apparences sont carrément trompeuses et un enfant invisible qui, pourtant, est la source de tous les maux qui vont se déverser dans le récit. Arrêtons-nous là, car autant Carnage vise la satire de mœurs, autant Rosemary’s baby cherche avant tout à terrifier les spectateurs, en faisant de Mia Farrow une femme persuadée de porter en elle l’enfant du diable, et non de son mari. Idée qui aurait pu engendrer un déluge de fatras mystique et d’effets éculés, mais que Polanski traite au contraire avec une souveraine sobriété et un réalisme scrupuleux. Une décision payante : Rosemary’s baby fait toujours peur quarante ans après sa réalisation, ses morceaux de bravoure pouvant aller d’une scène de rêve hypnotique en forme de trip sous LSD à un simple suspense dans une cabine téléphonique. Ça s’appelle l’

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Beginners

ECRANS | De Mike Mills (ÉU, 1h44) avec Ewan MacGregor, Christopher Plummer, Mélanie Laurent…

Christophe Chabert | Vendredi 10 juin 2011

Beginners

Pour son premier film, Mike Mills tente de contourner la relative banalité de son argument (les hésitations d’Oliver, presque quadragénaire endeuillé et amoureux) par deux moyens. Le premier est peu concluant : il s’agit de multiplier les gimmicks (les photos racontant les années, le chien qui parle en sous-titres, les dessins sur «l’histoire de la tristesse») et de déconstruire temporellement l’histoire. Mills s’enfonce alors dans le cliché que les Américains se font du cinéma européen (le casting franco-anglais en est une autre preuve) : un mélange sophistiqué entre légèreté de ton et gravité des sujets abordés. En revanche, le film est assez beau quand il laisse ses acteurs prendre le contrôle du film. Une spontanéité très «nouvelle vague» irrigue les scènes entre Oliver et son père, et plus encore celles avec Anna, partiellement improvisées. MacGregor, Plummer et même Mélanie Laurent (si !) sont tous trois excellents, et contribuent grandement au petit charme de Beginners.Christophe Chabert

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Le Locataire

ECRANS | Roman Polanski Paramount home video

Christophe Chabert | Vendredi 18 mars 2011

Le Locataire

Alors que le DVD était disponible dans à peu près tous les pays du monde, Paramount s’est rendu compte à Noël, à l’occasion de la sortie d’un coffret Fnac qui s’est écoulé en quelques jours, qu’il n’avait jamais édité Le Locataire en France. Absurde, d’autant plus que la version originale du film, tourné en Paris avec un casting à 80% français (dont une Adjani curieusement enlaidie), est clairement la VF. Erreur réparée, même si c’est au prix d’une jaquette hideuse et d’un dispensable livret faisant office d’édition collector. On s’en fout, car le film est extraordinaire, un monument d’angoisse cafardeuse où Trelkovski, un immigré polonais (Polanski lui-même), emménage dans un appartement où : 1) la précédente locataire s’est jetée par la fenêtre ; 2) les voisins s’avèrent de plus un plus hostiles. Délire de persécution ou xénophobie larvée ? Polanski, à l’inverse de Rosemary’s baby, ne tient pas l’ambiguïté jusqu’au bout. C’est une faiblesse du scénario, mais cela n’impacte étrangement en rien sur le climat de peur quotidienne qui se dégage de chaque séquence, où la terreur fissure peu à peu la psyché du protagoniste, et même son identité. Génialement mis en s

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Pirates

ECRANS | Roman Polanski TF1 vidéo

Christophe Chabert | Mercredi 8 avril 2009

Pirates

TF1 vidéo a la bonne idée de vider ses tiroirs et, bonne nouvelle, ils sont pleins de trésors. Avant Possession de Zulawski en mai, voici Pirates, un des derniers Polanski inédits en DVD en France. Le film avait, à sa sortie, fait couler beaucoup d’encre, mais avait surtout failli couler son producteur Tarak Ben Ammar, ce qui, pour une histoire de pirates, n’est pas peu ironique. Le galion construit pour le tournage avait coûté une blinde, et est resté dix ans dans le port de Cannes après la présentation du film en 1986. Mais ce qui avait surtout rendu furax une partie de la presse, c’est l’irrévérence avec laquelle le réalisateur abordait le genre, enlevant tout glamour à ses personnages, sales, bêtes et uniquement motivés par l’argent. Pirates est l’aveu parodique d’une certaine impuissance à retrouver le lustre de l’âge d’or hollywoodien (Pirates des Caraïbes, ce luna park décérébré, le démontrera lui aussi, mais par l’absurde). Dans le fond, Polanski ne fait que reprendre ce qui avait fait le succès du Bal des vampires, et ce qui en général fait le prix des bons pastiches : faire une comédie distanciée avec les mêmes moyens et la même rigueur dans la mise en scène que pour une

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