Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

ECRANS | Loin du film de Ferrara dont il ne reprend à peu près que le titre, Werner Herzog signe un polar burlesque et parodique, aussi déjanté et borderline que son personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 mars 2010

La première question qui se pose face à ce "Bad lieutenant", c'est celle de son titre. Pourquoi Werner Herzog a-t-il fait croire qu'il tournait un remake du film d'Abel Ferrara avec Nicolas Cage en remplaçant d'Harvey Keitel ? Car à l'écran, il n'y a pas l'once d'un point commun entre les deux, sauf si on considère qu'un flic accroc à la dope et amateur de paris sportifs est la seule invention de Ferrara ! Plus profondément, Werner Herzog adopte un traitement aux antipodes du naturalisme crasseux et brutal qui faisait l'essence esthétique du Bad Lieutenant original. Ici, dès que la possibilité d'une stylisation se profile, dès qu'une parenthèse peut s'ouvrir, Herzog s'engouffre dedans comme s'il voulait absolument échapper aux carcans du genre.

Quand Herzog fait l'iguane…

De fait, "Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans" est plus une comédie qu'un polar, un exercice risqué de détournement d'un film de commande. L'ouverture, en plein ouragan Katrina, montre le Lieutenant du titre, encore sergent et pas bad du tout, s'illustrer en sauvant la vie d'un prisonnier qui risque de se noyer. Il sort de cet exploit avec un mal de dos carabiné qui l'oblige à suivre un traitement de cheval, complété par d'autres substances chimiques sans ordonnance (coke, crack, héroïne, marijuana). Il se met à la colle avec une prostituée sympa (Eva Mendes) et gère une enquête explosive, le meurtre de cinq Sénégalais par un trio de caïds locaux. Il est difficile de décrire à quel point Herzog se contrefout de cette intrigue. Un exemple l'illustre assez bien : alors que le film semblait décoller niveau suspense, le cinéaste s'aventure dans une abracadabrante histoire de chien à garder, qui emmène le héros de la maison délabrée de son père alcoolique à un hôtel de luxe où il croise un client allumé de sa pute de copine, qui ne s'exprime qu'avec des «hu hu…» et des « oh yeah !». N'importe quoi ? Certes, mais le film trouve ses meilleurs moments dans ces décrochages assez hilarants : une hallucination avec des iguanes filmés comme un clip animalier, un accident avec un alligator éventré, une très théâtrale résolution à base d'entrées-sorties outrageusement appuyées… Herzog sacrifie l'efficacité du récit à une paradoxale santé narcotique au diapason de son personnage principal maniaco-dépressif et errant dans un environnement sauvage : une Nouvelle-Orléans encore en état de choc. Herzog filme ses mœurs, ses ruines et sa faune comme un documentariste caché derrière la casquette du cinéaste de fiction.

Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans
De Werner Herzog (ÉU, 2h02) avec Nicolas Cage, Eva Mendes…

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Lost River

ECRANS | Après un petit tour en salle de montage, le premier long de Ryan Gosling arrive sur les écrans dans une version sensiblement plus digeste que celle vue à Cannes. Et s’avère un objet singulier, dont la poésie noire se distille au gré de ses fulgurances visuelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Lost River

À Cannes, ce premier long métrage de Ryan Gosling nous était tombé des yeux. Le hiatus entre une narration bordélique et l’envie flagrante de copier ses modèles tel un étudiant d’art passant sa journée au Louvre, donnaient à Lost River une dimension à la fois prétentieuse et vaine. À peine pouvait-on décerner à son chef opérateur, le brillant Benoît Debie, un satisfecit pour avoir créé une matière visuelle parfois fulgurante. Probablement refroidi par l’accueil glacial réservé au film, Gosling est donc retourné en salle de montage pour mettre un peu d’ordre dans ce foutoir et enlever dix-sept minutes qui ne manquent pas, loin de là, à la version définitive. On cerne donc enfin son propos qui, à défaut d’être particulièrement novateur, a maintenant le mérite de la clarté : un adolescent, Bones — référence sans doute au bouquin de Russell Banks — traîne dans les ruines industrielles de Detroit à la recherche de tuyaux en cuivre qu’il revend pour se faire un peu d’argent de poche. Sa mère — la rousse Christina Hendricks, échappée de Mad Men — se voit proposer par un patron de club lubrique de devenir danseuse dans un cabaret macabre e

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Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

ECRANS | « Taxi » de Jafar Panahi. « 600 Miles » de Gabriel Ripstein. « Histoire de Judas » de Rabah Ameur-Zaïmeche. « Queen of the desert » de Werner Herzog.

Christophe Chabert | Samedi 7 février 2015

Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

Les hostilités ont vraiment commencé aujourd’hui dans la compétition à la Berlinale avec la présentation de Taxi de Jafar Panahi. C’est, pour une multitude de raisons, un choc, mais un choc en douceur, à l’image de son réalisateur, dont le sourire et le visage empreint de bonté irradient l’image chaque fois qu’il en occupe le centre. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Panahi a été interdit d’exercer son métier de cinéaste par les autorités iraniennes suite à sa participation aux manifestations contre le régime. Et pourtant, il continue à faire des films dans la clandestinité, entre les murs de sa maison ou, comme ici, avec un courage remarquable, à l’air presque libre, dans les rues de Téhéran, faux taximan et vrai filmeur qui a truffé l’habitacle de caméras qu’il manipule à vue. Dans la première séquence, on assiste à la querelle entre un partisan de la peine de mort et une femme voilée, professeur dans une école, qui lui reproche sa sévérité et le soupçonne de défendre ses propres intérêts. À cet instant, le dispositif rappelle évidemment Ten de Kiarostami, dont il serait une version «pirate». Mais, dès que ces deux premiers passag

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Werner Herzog : «L’aventure est un concept qui n’appartient pas à notre époque»

ECRANS | Cinéaste à la filmographie labyrinthique hors des genres et des formats, né en Allemagne mais ayant tourné aux quatre coins du monde, nanti d’une curiosité insatiable et entouré d’une série de légendes liées à ses tournages homériques et à ses rapports complexes avec Klaus Kinski, Werner Herzog est à l’honneur de l’Institut Lumière pendant deux mois. Rencontre exclusive avec un maître tranquille. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Werner Herzog : «L’aventure est un concept qui n’appartient pas à notre époque»

On vient de découvrir en France deux films de 40 minutes inédits de vous, réunis sous le titre Les Ascensions de Werner Herzog. Quelle est l’importance des courts-métrages dans votre carrière par rapport aux longs que vous avez tournés ? Werner Herzog : J’ai fait des films de quatre minutes, de dix minutes, un film de 34 minutes sur le danger d’envoyer des textos en conduisant qui n’est visible que sur YouTube [From one second to the next, NdlR]… Les choses viennent comme elles viennent, il n’y a pas d’idéologie, de méthode, de plan ou de carrière. Je fais ce que j’ai envie de faire avec pragmatisme. Mais quand vous commencez un projet, avez-vous une idée de sa durée ? Oui, bien sûr.

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Werner Herzog, cinéaste des cimes

ECRANS | C’est peut-être l’événement de cette fin d’année cinéma à Lyon : la venue le dimanche 16 novembre à l’Institut Lumière de l’immense Werner Herzog pour présenter deux (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2014

Werner Herzog, cinéaste des cimes

C’est peut-être l’événement de cette fin d’année cinéma à Lyon : la venue le dimanche 16 novembre à l’Institut Lumière de l’immense Werner Herzog pour présenter deux moyens-métrages documentaires de sa tentaculaire filmographie : La Souffrière (1977), sur les habitants d’un village guadeloupéen qui décident de rester sur leur sol malgré la menace d’explosion du volcan avoisinant, et Gasherbrum (1984), où deux alpinistes décident de gravir l’Himalaya d’une seule traite. Évidemment, ces deux films sont moins connus que les grandes épopées tournées par Herzog avec son «ennemi intime» Klaus Kinski — Aguirre, Fitzcarraldo ou Cobra Verde. Moins connus aussi que ses commandes américaines, de l’inédit Rescue Dawn au dément Bad Lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans. Sans parler de ces grands documentaires que sont

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Joe

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridan…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Joe

Joe aurait dû être le film d’une double renaissance : celle d’un auteur américain un peu égaré dans des commandes foireuses (David Gordon Green) et celle d’un acteur en roue libre dans des nanars que seuls quelques critiques français en mal de notoriété prennent encore au sérieux (Nicolas Cage). C’est pourtant l’inverse : cette adaptation d’un bouquin de Larry Brown où un adolescent rompt avec son père alcoolique pour se rapprocher d’un mentor ambivalent, est totalement ratée, plombée par une narration incohérente où l’on change sans cesse de point de vue et de registre — chronique sociale, film noir, récit d’apprentissage — tout en tournant en rond dans un pré carré de personnages dont les rencontres "fortuites" sentent le mauvais storytelling. Stylistiquement, Gordon Green hésite entre naturalisme et élégie à la Terrence Malick — mélange fatalement voué à l’échec ; quant à Cage, il ne sait trop s’il doit se racheter une virginité en cherchant la sobriété ou s’il doit se lancer dans son habituel cabotinage. Un gâchis spectaculaire. Christophe Chabert Sortie le 30 avril

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The Place beyond the pines

ECRANS | Après "Blue valentine", Derek Cianfrance retrouve Ryan Gosling pour un ambitieux triptyque cherchant à ranimer la flamme d’un certain cinéma américain des années 70 tout en en pistant l’héritage dans l’indépendance contemporaine. Pas toujours à la hauteur, mais toutefois passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

The Place beyond the pines

The Place beyond the pines est un geste inattendu de la part de Derek Cianfrance. Un peu plus de deux ans après Blue Valentine, qu’il avait, rappelons-le, mis près d’une décennie à accoucher, le voilà qui passe un sacré braquet et propose une œuvre éminemment romanesque, à la construction extrêmement ambitieuse et, de fait, très éloignée de son film précédent. Car quelle que soit l’affection que l’on ressentait pour Blue Valentine, celui-ci valait surtout pour la complicité entre ses deux comédiens, Michelle Williams et Ryan Gosling, et par le petit parfum arty qui se dégageait de ce mélodrame dans le fond très calibré Sundance. Gosling est à nouveau le "héros" de The Place beyond the pines, Luke, et son arrivée à l’écran rappelle celle de Mickey Rourke dans The Wrestler : un long plan séquence en caméra portée qui l’escorte de dos d’une caravane vers un chap

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Jack Reacher

ECRANS | Très bonne surprise que cette série B qui tente de lancer Tom Cruise en nouveau justicier dans la ville, avec derrière la caméra Christopher MacQuarrie, qui montre qu’il connaît ses classiques et sait même, à l’occasion, en offrir de brillantes relectures. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

Jack Reacher

Le film de justicier (ou vigilante movie) est un genre cinématographique qui demande au spectateur de laisser son idéologie au vestiaire, si tant est du moins qu’elle penche plus à gauche qu’à droite. En effet, le programme basique du genre consiste à : 1) montrer l’impuissance de la police et des institutions à rendre justice aux victimes ; 2) trouver une solution parallèle en la personne d’un homme solitaire, citoyen lambda ou militaire / policier en délicatesse ou en retraite de sa hiérarchie ; 3) le laisser zigouiller en toute impunité gangsters, flics ou juges corrompus ainsi que tout ce qui se présente comme un obstacle à l’accomplissement de sa mission. Jack Reacher applique méthodiquement les règles, lançant ainsi une franchise très claire où Tom Cruise ferait figure de Charles Bronson du XXIe siècle, en plus séduisant  — il bouge une paupière, toutes les filles tombent sous son charme ; c’est quasiment un running gag du film. Série Bien Première bonne décision de Christopher MacQuarrie, scénariste de Usual suspects dont le précédent Way of the gun avait laissé le souvenir d’un film archi-c

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Into the abyss

ECRANS | Et si le cinéma d'Herzog n'avait jamais été aussi passionnant que depuis ces dernières années ? Avec "Into the abyss", documentaire à charge contre la peine de mort, l'auteur de "Fitzcarraldo" offre le portrait fascinant d'une Amérique monstrueuse et définitivement humaine. Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Vendredi 19 octobre 2012

Into the abyss

Werner Herzog s'est découvert une passion : l'Amérique et ses criminels. Précédent On Death row (sur une prison haute sécurité et son couloir guillotine) et Hate in America (une série en projet), Into the abyss ouvre le premier la porte des enfers. Direction donc le Texas, à la rencontre d'un condamné à la sentence capitale et son complice, leurs proches et ceux des victimes. À l'origine du film, une histoire aussi dérisoire qu'effroyable : un bête vol de voiture par deux adolescents paumés tournant au triple meurtre. Pour remonter le fil de l'histoire, Herzog opte pour la méthode classique, la parole, prise en plan simple et mise en scène dans des cadrages lumineux aux allures un peu irréelles. Ce choix d'aller vers un format documentaire a priori balisé n'est pas un formatage, il est évident : Into the abyss n'est qu'une grande et folle confession, s'ouvrant dans un mélange de facéties et de gravité sur un pasteur, filmé en amorce d'un cimetière de condamnés à mort. Compassion généralisée Ce plan matrice du personnage religieux qui à la fois guide et écoute, Herzog l'endosse jusqu'au bout et dans le but d'u

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Effraction

ECRANS | De Joel Schumacher (ÉU, 1h31) avec Nicole Kidman, Nicolas Cage, Cam Gigandet...

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Effraction

Plus indéfendable que Joel Schumacher, tu meurs. En chute libre depuis dix ans, c'est à croire qu'il n'a plus rien à perdre, enchaînant avec une certaine malice suicidaire des projets toujours plus borderline. Effraction n'enlèvera rien aux pulsions droitières du bonhomme qui, dans ce proto remake de Desperate Hours, embarque Nicolas Cage et Nicole Kidman (couple bourgeois en crise) dans une spirale infernale de violence. Jouant d'une intrigue à tiroirs où une banale histoire de prise d'otage et d'argent débouche sur des trahisons en cascade, Schumacher dépeint un portrait malade de la famille et des relations conjugales, engoncées dans leurs mensonges et désirs inavoués. En ressort un objet tendu, souvent hystérique et écoeurant de mauvais goût, mais qui prend progressivement forme pour accoucher d'une vision radicale et déviante. Jusqu'au-boutiste, problématique, ambigu, aberrant, Schumacher trace sa route au mépris des conventions et sans se soucier de plaire. Pour ça, respect. Jérôme Dittmar

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Holy Motors

ECRANS | Étonnant retour en grâce de Leos Carax avec Holy motors, son premier long-métrage en treize ans, promenade en compagnie de son acteur fétiche Denis Lavant à travers son œuvre chaotique et un cinéma mourant. Qui, paradoxe sublime, n’a jamais été aussi vivant que dans ce film miraculeux et joyeux. Critique et retour sur une filmographie accidentée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 28 juin 2012

Holy Motors

Dans Boy meets girl, premier film de Leos Carax, Alex (Denis Lavant, déjà alter-ego du cinéaste au point de lui emprunter son vrai prénom) détache un poster dans sa chambre et découvre une carte de Paris dessinée sur le mur où chaque événement de sa vie a été relié à une rue, un monument, un quartier. Ce plan, c’est celui de la Caraxie, cet étrange espace-temps construit à partir des souvenirs personnels et cinématographiques du cinéaste, celui qu’il a ensuite arpenté jusqu’à en trouver le cul-de-sac dans son film maudit, Les Amants du Pont-Neuf. Au début d’Holy motors, Leos Carax en personne se réveille dans une chambre, comme s’il sortait d’un long sommeil. Sommeil créatif, pense-t-on : cela fait treize ans qu’il n’a pas tourné de long-métrage. Le voilà donc qui erre dans cette pièce mystérieuse qui pourrait aussi, si on en croit la bande-son, être la cabine d’un bateau à la dérive ; et ce qu’il découvre derrière un mur n’est plus une carte, mais une porte qui débouche sur une salle de cinéma où des spectateurs sans visage regardent un écran où l’on projette ce film que Carax ne pouvait plus réaliser. Près de trente ans après, la Caraxie n’es

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La Grotte des rêves perdus

ECRANS | En réalisant ce documentaire en 3D sur la grotte de Chauvet, Werner Herzog reste fidèle à son œuvre de fiction, tout en dissimulant dans les creux de sa caverne un autoportrait en cinéaste confiant dans l’avenir de l’art. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 26 août 2011

La Grotte des rêves perdus

Des paléontologues s’enfoncent, lumières en main, dans une grotte dont les parois sont recouvertes de sédiments et y découvrent les peintures rupestres laissées par les hommes de Néanderthal, miraculeusement conservées après des milliers d’années. Immédiatement, ces images évoquent la conquête spatiale et les astronautes arpentant les cratères lunaires, ce que l’usage de la 3D vient renforcer. Ainsi Werner Herzog a-t-il pensé "La Grotte des rêves perdus" : comme un pont fascinant entre le passé et le futur dont il serait à la fois le témoin privilégié et l’architecte malicieux. Car s’il reste ici dans un cadre purement documentaire, le cinéaste y établit un dialogue avec ses œuvres de fiction les plus célèbres : les travellings le long des parois rappellent ceux du générique de "Nosferatu", les explorateurs sont de lointains cousins des conquistadors d’Aguirre, la montagne qui entoure Chauvet renvoie à celle que devait franchir le bateau de Fitzcarraldo… La bizarrerie des différents intervenants (l’un d’eux s’habille avec un costume inuit pour retrouver les sensations des hommes préhistoriques à l’ère glaciaire, un parfumeur sillonne les gorges de l’Ardèche pour y sentir l’odeur

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Hell driver

ECRANS | De Patrick Lussier (ÉU, 1h44) avec Nicolas Cage, Amber Heard…

Christophe Chabert | Dimanche 20 mars 2011

Hell driver

Échappé des flammes de l’enfer pour sauver sa petite fille kidnappée par un adorateur de Satan, Milton récupère bagnole et belle blonde, puis casse tronches et tronçons d’autoroutes sur fond de hard-rock qui tâche, se transformant en icône pour adeptes du mélange tuning-baston. Qu’on se le dise : "Hell driver" est un parangon de beauferie vulgos et décomplexée, un pur film de drive in sans le commentaire distancié qu’en avait fait Tarantino et Rodriguez. Le début tient la route grâce à un humour bien noir, un réel culot pour montrer des filles à poil et des crânes défoncés, et un certain soin dans la réalisation (3D comprise) et la caractérisation des personnages (notamment le «comptable» joué par William Fichtner). Après, ça sent nettement plus la série Z : effets spéciaux pourris, direction artistique scandaleuse (le repère des satanistes à la fin aurait mérité le licenciement du chef déco), cascades de dialogues pour débiles légers et incohérences de scénario trop voyantes pour être honnêtes. La leçon à en tirer : même le n’importe quoi mérite un tant soit peu de conscience professionnelle. Niveau inconscience, le film est au diapason d’un Nicolas Cage dont on se demande sinc

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Kick-ass

ECRANS | En cherchant à désacraliser la mythologie des super-héros et la fascination qu’elle inspire, Matthew Vaughn s’emmêle les pinceaux entre parodie et sérieux, stylisation fun et violence hard. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 16 avril 2010

Kick-ass

Dave Lisewski est un geek ordinaire : puceau, introverti et rudoyé par les bullies du quartier. Lassé de n’être à peu près rien aux yeux du monde, il se dit qu’après tout, il pourrait devenir un super-héros digne des comics qu’il vénère. Il achète donc un costume grotesque et descend faire régner la justice dans les rues sous le nom de Kick-ass. C’est d’abord un échec cuisant — il finit à l’hosto fracturé de partout — avant que la magie de Youtube et de Myspace (gros placement produit niveau nouvelles technologies !) ne lui permette de devenir une star du web… sur un malentendu bien sûr. Jusqu’ici, "Kick-ass", le nouveau film de Matthew Vaughn, co-scénariste des premiers Guy Ritchie et réalisateur du plaisant "Layer’s cake", s’en tient à son programme de teen movie post-"Apatow". Puis, il fait débarquer dans le récit deux personnages franchement inquiétants : un père (Nicolas Cage, qui prolonge son come-back déjanté amorcé dans "Bad lieutenant") et sa fille de onze ans, adeptes des armes et de la justice personnelle. La première scène montre le papa tirant à bout portant sur sa progéniture pour tester un gilet pare-balles. L’humour très noir de la situation ne cache pas la viole

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The Women

ECRANS | De Diane English (ÉU, 1h53) avec Meg Ryan, Candice Bergen, Eva Mendes…

Christophe Chabert | Vendredi 29 mai 2009

The Women

Adapté du film de Cukor (Femmes) et de la pièce de théâtre originale, The Women en conserve l’argument de départ (une femme découvre que son mari la trompe et décide de reprendre sa vie en main) et le concept (un casting exclusivement féminin). Pour le reste, Diane English a surtout pioché dans la chick culture contemporaine pour en faire une compilation opportuniste : une pincée de Sex and the city, un doigt du Diable s’habille en Prada, un zeste de Desperate housewives. D’un conservatisme avoué (donc à moitié pardonné), le film livre une image de la femme frivole, consumériste, superficielle et compliquée, soit une accumulation de clichés filmés sans aucune originalité. Le casting prestigieux, entre stars vieillissantes et jeunes louves bankables, contribue à cette sensation de produit conçu dans des bureaux de production plutôt que dans la tête d’un scénariste, autrement dit une chose manufacturée pour spectateur peu regardant. CC

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