Iron Man 2

ECRANS | Blockbuster ludique, théorique et même politique, "Iron Man 2" confirme la bonne surprise de son premier volet : la naissance d’un super-héros différent dont les aventures sont aussi divertissantes que riches de sens. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 avril 2010

Le blockbuster de printemps annonce l'arrivée des beaux jours et la promesse d'un été américain, souvent en deçà de ce coup d'éclat inaugural. Évidemment, le Iron Man 2 de 2010 est moins surprenant que le Star Trek de 2009 ou… le Iron Man de 2008 ! Et pourtant, il est encore mieux… Il y a deux ans, on ne misait pas grand-chose sur cette énième adaptation de comics, lassés par trop de sous Spider-man (dont le 3e du nom !) et plutôt flippés par la présence derrière la caméra de Jon Favreau, acteur comique de seconde zone reconverti dans la mise en scène de navets.

Contre toute attente, Iron Man nous avait épatés : le film se payait le luxe de repenser la manière de construire un super-héros en affichant, dans une posture aussi ludique que théorique, son "making of" à l'écran. D'abord choisir un acteur ; pas n'importe lequel, le génial Robert Downey Jr, revenu de la came et de l'alcool pour s'établir en comédien ultra-populaire aussi à l'aise chez les grands auteurs — Fincher — les francs-tireurs — Stiller — que dans cette machine moins lourde qu'on ne le pensait. Downey Jr, comme il le disait à la fin du film, est Iron Man : un être de chair et d'acier, un jouisseur capitaliste et un justicier humaniste, un cabot et un monstre de sincérité. Le film suivait sa transformation, d'abord prototype mal dégrossi — comme un trait d'union entre les lignes du comics et le réalisme de l'écran — puis héros achevé, de la création en dur à sa reproduction numérique, en gardant un ton de comédie légère gavée de sous texte.

L'homme de fer, le marché et Obama

Fort logiquement, Iron Man 2 commence par déshabiller son super-héros dans un grand show où, plus qu'un mythe, Tony Stark est surtout accueilli comme une rock star. Tel un ponte de l'UMP, il veut «changer le monde» ; dans la scène suivante où il comparaît devant une mission parlementaire qui lui reproche de garder pour lui sa technologie alors que l'Iran et la Corée sont en train de se doter d'Iron men maison, il lance cette phrase terrible : «J'ai privatisé la paix dans le monde». La scène en question est par ailleurs une satire de la démonstration menée par Colin Powell à l'ONU pour prouver l'existence d'armes de destruction massive en Irak… On n'attendait pas le film sur ce terrain-là, mais le scénario signé par le trublion Justin Théroux — acteur chez Lynch et co-auteur de Tonnerre sous les tropiques — n'a peur de rien. De fait, un des nombreux enjeux d'Iron man 2 consiste à montrer que cette privatisation est surtout un appel à la concurrence contre les intérêts de l'État, la loi du marché ne faisant pas de nuances entre bonnes et mauvaises intentions.

Justin Hammer, principal rival de Stark, ne pense ainsi qu'au profit, pas à ses conséquences. La voix de la raison viendra toutefois du probe Colonel Rhodes : le public triomphe du privé, et le film de faire un énorme clin d'œil à Obama (Rhodes est joué, comme par hasard, par Don Cheadle). Entre temps, Favreau aura ouvert un premier duel dans son récit : celui que mènent, sur le terrain de la comédie, Downey Jr et Sam Rockwell, dans des joutes oratoires hilarantes, où les dialogues se chevauchent jusqu'à un vertige digne de certaines comédies de Hawks (La Dame du vendredi, surtout). On l'aura compris, ce deuxième Iron Man retrouve le principe du premier : on ne sait jamais si l'on regarde à l'écran le film ou son architecture, les personnages ou les acteurs, le super-héros ou son "alter-ego" arrogant et séduisant. Une des scènes les plus dingues montre Stark dansant, bourré comme un coing, dans son armure d'Iron man lors d'une soirée bling-bling qui vire boing-boing. Il faut être sûr de son coup pour oser ridiculiser ainsi son super-héros… ou confiant dans la capacité de son comédien à perdre dignement sa dignité en se moquant outrageusement de lui-même et de son passé !

Plus, plus, plus !

Au cœur de cet Iron man 2 bluffant surgit un drôle de méchant : Ivan Vanko, incarné par un Mickey Rourke excellent, prenant au sérieux son personnage et lui donnant ainsi toute son ambiguïté. C'est de son côté que le film rejoue la part la plus réussie du premier volet : la fabrication d'un personnage au sens le plus littéral du terme. D'abord le gros corps malade de Rourke, aussi fascinant de présence mutique et têtue que dans "The Wrestler ; ensuite sa fusion avec des lassos électriques surpuissants, au cours d'une séquence d'action à couper le souffle pendant la course de F1 de Monaco ; puis son «ironmanisation» finale, donnant lieu à un vrai et beau choc de titans.

Nota bene : dans ce 2 qui porte bien son nom, Théroux et Favreau ont aussi multiplié les femmes, «Pepper» Paltrow se retrouvant en concurrence avec «Natalie» Johansson, qui s'offre un magistral exercice de savatage acrobatique — oubliez tout de suite les gesticulations de Matthew Vaughn dans Kick-ass, grotesques à côté de la limpidité jouissive voulue par Favreau. Aussi drôle que riche en lectures de tout ordre, palpitant d'un bout à l'autre, Iron Man 2 est un blockbuster de printemps parfait, à savourer sans modération.

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Robert Downey Jr. : « je suis un homme à chats »

Le Voyage du Dr Dolittle | Avenant mais peu loquace, Robert Downey Jr. est venu brièvement à la rencontre de la presse pour présenter son nouveau personnage, le Dr Dolittle.

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Robert Downey Jr. : « je suis un homme à chats »

Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce nouveau personnage de scientifique atypique ? Robert Downey Jr. : Cela fait plus de dix ans que je fais des films où les enfants se cachent les yeux lorsqu’apparaissent les aliens. Je me suis dit qu’il était temps que je fasse un film de famille : je n’en avais jamais fait. Et je vois que tout le monde s’y amuse. WC Fields disait qu’il ne fallait jamais jouer avec un enfant ni avec un animal. Or vous partagez l’affiche avec deux jeunes partenaires et un zoo complet. Est-ce que vous aviez envie de relever un défi punk ou de donner tort à Fields ? Oh, Fields ! C’était un dingue — un doux dingue ! Et apparemment, il disait ça aussi des téléphones et de la nourriture, alors… Après avoir côtoyé — par écran interposé — tout ce bestiaire, quel est votre animal préféré ? Je suis un homme à chats. Totalement. Et donc, dans le film, j’aime Barry le tigre, parce qu’il est complètement barré.

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Parle à mon zoo, ma reine est malade : "Le Voyage du Dr Dolittle"

Comédie | Reclus en son domaine depuis la disparition de son épouse bien-aimée, le Dr Dolitlle (qui a le pouvoir de parler aux animaux) est appelé au chevet de la Reine d’Angleterre, gravement malade. Découvrant qu’elle a été empoisonnée, il part en quête d’une plante légendaire pour la sauver…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Parle à mon zoo, ma reine est malade :

Troisième avatar cinématographique du personnage (extravagant par nature) créé par Hugh Lofting, ce Dolittle a été cousu sur mesure pour Robert Downey Jr., puisque le comédien campe un scientifique aussi aventureux qu’auto-destructeur, dont la mélancolie est mâtinée par un goût certain pour la dérision. Le rôle constitue une suite logique (et en redingote) aux aventures de son Iron-Man, dans un décor paradoxalement plus “disneyen“ que celui de la franchise Marvel — la séquence animée qui ouvre le film lui confère d’ailleurs une aura vintage de merveilleux enfantin. Dans ce festival de FX virtuose, où décors et personnages secondaires sont engendrés par numérique, Downey Jr. se trouve en pays de connaissance : devant le fond vert d’un studio. Près de trente ans après le film qui l’a consacré, Chaplin, on sourit en constatant que le comédien a effectué une part non négligeable de sa carrière sous le signe du mime. Ce Voyage n’en est pas moins trépidant et si le conte s’avère plaisan

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C’est l’histoire de la vie (bis) : "Le Roi Lion"

Animation | En donnant à voir sa nouvelle version du "Roi Lion", les studios Disney seraient-ils en train de préfigurer un cinéma nouvelle génération ? Derrière l’histoire du cycle de la vie et des successions naturelles, en affleure une où l’image est remplacée par une autre plus vraie que nature…

Vincent Raymond | Mercredi 17 juillet 2019

C’est l’histoire de la vie (bis) :

Dans la savane africaine, la naissance de Simba, le fils du roi Lion Mufasa ravive la colère de son frère et rival Scar, qui fomente un plan diabolique pour le tuer, aidé par les hyènes. Débarrassé de son aîné, Scar persuade Simba qu’il est responsable de mort de son père et le contraint à l’exil… Le Roi Lion étant depuis un quart de siècle l’un des plus grands succès de la Maison de Mickey, cette nouvelle version à l’identique rassurera ses nombreux fanatiques : l’esprit de l’histoire, sa morale et son tempo demeurent inchangés. C’est sa forme qui a naturellement subi les plus profondes modifications. Il serait erroné de croire que la stratégie de reprise des “classiques“ d’animation des studios Disney en film “en prises de vues réelles“ soit gouvernée par une unique logique — fût-elle de rentabilité commerciale. Les productions se succédant, avec une accélération exponentielle ces derniers mois, ne font pas que suivre à la lettre le canevas des scripts existants : chaque film constitue ainsi une sorte de mini laboratoire, où s’élabore à risques (et coû

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Jamel Debbouze : « C’est une expérience sensorielle incroyable »

Le Roi Lion | Acquises à la cause de Simba depuis leur plus tendre enfance, les voix françaises de la nouvelle version (Jamel Debbouze, Anne Sila et Rayane Bensetti) ne cachent pas leur fascination pour le film original et son remake. Propos rapportés d’une rencontre enjouée.

Vincent Raymond | Mercredi 17 juillet 2019

Jamel Debbouze : « C’est une expérience sensorielle incroyable »

Avez-vous un souvenir de votre première vision du Roi Lion de 1994 ? Anne Sila : Je ne me souviens pas de la première fois, mais je l’ai vu un millier de fois, je le connais par cœur ! Il fait partie des histoires qui, bizarrement, touchent tout le monde, quoi qu’on ait vécu : il touche à l’enfance, et on retrouve notre petit cœur de bébé (sourire) Jamel Debbouze : J’ai tout fait pour le voir, c’était un événement tellement incroyable, tout le monde en parlait, on ne pouvait pas passer à côté ! Je me rappelle avoir resquillé tellement j’avais envie de le voir : un ami à Trappes avait payé sa place au cinéma Le Grenier à Sel et avait ouvert la porte de secours…(rires) Je me souviens encore très bien de toutes les sensations, j’étais passé par tous les états : la joie, de la peine, et re-de la joie… C’est un film incroyable. On a tous vu des images du nouveau film, et même si on a tous été au cinéma souvent, c’est incroyable : j’ai rarement vu un truc pareil, ça défie les lois de la pesanteur ! On voit des animaux parler, vivre, se mouvoir… La première fois, l’histoire

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La fin justifie les grands moyens : "Avengers : Endgame"

Marvel | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un "Infinity War" en mode “demande à la poussière“, ce "Endgame" boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la troisième phase de l’Univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

La fin justifie les grands moyens :

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ans-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique, pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et trois phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War), avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant

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Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit des années 80 et s’inscrire dans une ligne post-"Avengers". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Iron Man 3

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d’avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d’âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux. Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier. Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d’une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros

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Gros ennuis en petite Chine

ECRANS | Dans les années 80, la question asiatique taraude Hollywood. La menace est à la fois économique (de grands groupes industriels japonais lorgnent sur les (...)

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Gros ennuis en petite Chine

Dans les années 80, la question asiatique taraude Hollywood. La menace est à la fois économique (de grands groupes industriels japonais lorgnent sur les studios) et esthétique, Tsui Hark commençant à redéfinir les standards des films d’action. Michael Cimino, chez qui la question de l’étranger est centrale trouve dans le script de L’Année du dragon, signé Oliver Stone, de quoi mettre en perspective ce choc annoncé des cultures. Surtout, cela lui offre l’occasion de se remettre en selle cinq ans après le fiasco de La Porte du Paradis. À sa sortie, L’Année du dragon est accueilli par des polémiques sur son supposé racisme ; s’il y a bien une xénophobie dans le film, c’est celle de son personnage principal, Stanley White, flic d’origine polonaise et ancien du Vietnam — comme un cousin éloigné de De Niro dans Voyage au bout de l’enfer. Pour lui, l’Asiatique est l’ennemi naturel, et sa volonté de faire tomber un

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Les Immortels

ECRANS | De Tarsem Singh (ÉU, 1h50) avec Henry Cavill, Stephen Dorff, Mickey Rourke…

Dorotée Aznar | Samedi 19 novembre 2011

Les Immortels

Le revival du peplum et de l’heroïc fantasy semble avoir encore de beaux jours devant lui. Les Immortels montre que si le genre est bridé par ses codes (le scénario, où Thésée prend la tête des armées grecques pour affronter Hypérion, décidé à réveiller les titans emprisonnés par les Dieux de l’Olympe, manque sérieusement de substance), il ouvre d’infinies possibilités visuelles. Tarsem Singh, dont on avait beaucoup aimé le conte cruel et pictural The Fall, y trouve un terrain de jeu propice à son travail d’esthète, toujours à la frontière entre l’avant-gardisme et le figuratif. Le numérique lui offre ainsi la possibilité de retrouver les textures et les perspectives des préraphaélites, friands eux aussi de mythologie. Le traitement des couleurs, des matières et des costumes, traduisent une sensibilité artistique devenue rare dans ce type de blockbuster (rien à voir avec la laideur visuelle de 300). Le combat final, impressionnant, traduit toutes les directions dans lesquelles il s’engouffre : débauche d’action gore mais toujours lisible, baston sans concession entre Thésée (Henry Cavill) et Hypérion (Mickey Rourke, monstrueusement badass et génialemen

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Date limite

ECRANS | De Todd Phillips (ÉU, 1h35) avec Robert Downey Jr, Zach Galifianakis…

Christophe Chabert | Lundi 8 novembre 2010

Date limite

À la fois buddy movie et road movie, "Date limite" est à "Very bad trip" ce que "Funny People" était aux précédents films de Judd Apatow : une variation douce-amère, moins drôle mais plus profonde. Peter, un architecte propre sur lui (Downey Jr, sobre, remarquable) et Ethan, un hurluberlu qui veut devenir acteur à Hollywood (Galifianakis, mélange détonnant de lourdeur et de subtilité) doivent tailler la route ensemble, entre coups de gueule et coups de blues. Détail qui donne tout son sens à cette rencontre de fiction : Peter va devenir père et Ethan promène les cendres du sien dans un paquet de café. Le scénario orchestre des variations autour de ce thème, certaines réussies (les deux gamins turbulents de Juliette Lewis), d’autres avortées (la sous-intrigue avec Jamie Foxx, à la conclusion expéditive). "Date limite" parvient, dans ses meilleurs moments, à faire vaciller la frontière entre le comique et le tragique : une engueulade avec un vétéran de l’Irak, une séquence où Ethan contourne ses piètres talents d’acteur en se laissant déborder par l’émotion… Sans oublier l’ambivalence de son attirance pour Peter : homosexualité ou solitude ? Todd Phillips laisse des points de susp

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Sherlock Holmes

ECRANS | De Guy Ritchie (ÉU-Ang, 2h08) avec Robert Downey Jr, Jude Law…

Christophe Chabert | Jeudi 28 janvier 2010

Sherlock Holmes

Alléchant sur le papier, décevant à l’arrivée, ce "Sherlock Holmes" relooké par Guy Ritchie souffre, de la première à la dernière image, d’un trop-plein fatigant. Ça ne part pas mal, pourtant, Ritchie ayant la bonne idée de s’inspirer d’"Iron Man" pour construire autour des ambivalences de son acteur (c’est le même : Robert Downey Jr) une vision nouvelle du personnage. C’est l’homosexualité latente et la jalousie patente entre Holmes et le Docteur Watson qui attirent surtout l’attention. Deux vieux garçons qui vivent ensemble, une fille au milieu, et en avant pour un marivaudage sans conséquence mais plutôt bien vu. Problème : le film est aussi un blockbuster et nous embarque dans un scénario compliqué plus que complexe, mélangeant dans un sacré foutoir surnaturel et théories du complot. Ritchie en rajoute dans le montage épileptique, l’action surdécoupée, les explosions massives et les effets spéciaux filmés pour eux-mêmes. Pas de bol : Cameron et son "Avatar" sont passés par là, et ont rappelé que la mise en scène, c’est d’abord de l’espace et de la durée, pas une centrifugeuse à images. Du coup, ce "Sherlock Holmes" paraît déjà un peu daté… CC

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The Wrestler

ECRANS | De Darren Aronofsky (Fr-ÉU, 1h50) avec Mickey Rourke, Marisa Tomei…

Christophe Chabert | Vendredi 13 février 2009

The Wrestler

Randy «The Ram» (le bélier) est un vieux catcheur à moitié sourd, qui vit seul dans une caravane et continue de se produire dans des galas avec d’autres gloires fânées. Sa seule amie est une strip-teaseuse elle aussi vieillissante pour qui on ne sait trop si Randy est son client préféré ou un peu plus que ça. La ligne claire narrative et la mise en scène presque «dardenienne» du nouveau film de Darren Aronofsky ressemblent à un retour à la raison après le foirage de The Fountain, film ambitieux mais plombé par un manque de moyens et un discours métaphysique vaseux. Retour à l’essentiel : un acteur, un personnage, des enjeux simples (chute et rédemption) et une idée fabuleuse qui consiste à faire de ce corps abîmé, fatigué, que l’on accompagne caméra à l’épaule dans une Amérique crépusculaire et nostalgique (le présent s’y incruste discrètement via deux allusions à la guerre en Irak) un pur récit. Bien mieux, dans le fond, que Fincher dans Benjamin

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Two lovers

ECRANS | Sublime drame romantique signé James Gray, Two Lovers impose en douceur une idée forte : la vie n’est faite que de choix illusoires dictés par les origines sociales et culturelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

Two lovers

Un grand cinéaste fait toujours le même film, à ce qu’on dit… James Gray, jusqu’ici, faisait en effet toujours le même film ; mais ce qu’on appréciait dans The Yards et La Nuit nous appartient, c’était les variations qu’introduisait le cinéaste par rapport à Little Odessa, moins les ressemblances trop voyantes entre chacune de ces œuvres. Two Lovers vient redistribuer les cartes… Fini le polar, place à un drame romantique avec des pointes de comédie. Adieu les familles new-yorkaises héritières des tragédies grecques, voici l’histoire, en apparence archi-classique, du fils d’un modeste tailleur juif qui hésite entre deux femmes, sa voisine blonde, goy et en pleine confusion intime et une amie de la famille, brune, juive et les pieds sur terre. Ce qui est beau dans Two lovers, c’est que ce changement radical de genre ne fait que renforcer l’obsession fondatrice du cinéma de James Gray. Mieux : il l’exprime cette fois avec une bouleversante clarté. La blonde ou la brune Leonard, ado attardé et névrosé (Joaquin Phoenix, magnifique, et qui a pourtant annoncé la fin de sa carrière de comédien ; pourvu qu’i

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Tonnerre sous les tropiques

ECRANS | Des acteurs égocentriques tournent un film de guerre opportuniste, mais la fiction est dépassée par la réalité. Un jeu de massacre satirique et hilarant signé Ben Stiller. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 octobre 2008

Tonnerre sous les tropiques

C’est le genre de folie que s’offre Hollywood de temps en temps. Steven Spielberg et John Mac Tiernan l’avaient fait avec 1941 et Last action hero, et l’avaient payé cher. Beaucoup prédisaient la même chose à Tonnerre sous les tropiques… Non seulement Ben Stiller a sauvé sa peau au box-office mais il va être difficile de faire comme si cette tornade hilarante n’existait pas la prochaine fois qu’on nous refourguera une superproduction débile. Mettre à nu les câbles énormes derrière le cinéma américain pour s’en moquer et moquer, au passage, le pays qui l’abrite : voilà le projet de ce blockbuster parodique. Tonnerre sous les tropiques est l’adaptation d’un livre sur le Viêt Nam retraçant l’expérience de Four-leaves, revenu du merdier avec deux mains en moins. Pour interpréter les membres de son commando, on a réuni un yakayo en perte de vitesse (Stiller), un comique héroïnomane (Jack Black, célèbre grâce à La famille Prout !), un acteur australien adepte de la Méthode (Robert Downey Jr, qui s’est fait dépigmenter la peau pour jouer un sergent noir), une vedette du rap ayant pris comme pseudo Alpa Chino (Brandon Jackson) et un geek pucea

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