Splice

ECRANS | Quand l’auteur de Cube accorde enfin autant d’importance à ses personnages qu’à son concept, cela donne une petite bombe cinématographique au doux parfum transgressif. François Cau

Dorotée Aznar | Jeudi 24 juin 2010

Jusqu'à présent, les recettes de mise en scène de Vincenzo Natali se révélaient très simples derrière leur apparente complexité. Que ce soit dans Cube, Cypher ou Nothing, le but était avant tout de coincer un ou plusieurs protagonistes dans un dispositif labyrinthique en miroir, via un cheminement esthétisant tout en détours et répétitions appuyées. Ce schéma, qu'il s'extériorise dans la direction artistique (Cube et Nothing) ou dans la narration (Cypher), rendait systématiquement ses œuvres froides et hermétiques, peinait à convaincre le spectateur quand elles se réfugiaient dans des codes trop balisés du cinéma de genre - dont elles prétendaient initialement s'éloigner à travers des mises en scène très ambitieuses. Mais avec Splice, en concrétisant ce script qu'il travaille depuis dix ans, Vincenzo Natali s'écarte de ses gimmicks de réalisation. Certains plans inutilement chiadés sentent encore l'œuvre d'un petit malin s'apprêtant à déverser sa poudre aux yeux, mais la mise en scène s'apaise juste au bon moment et capte avec efficacité l'intimité psychologique perturbée de ses héros.

Les fiancés de Frankenstein

Soit un couple de grosses brutes en génétique, qui fait littéralement un enfant dans le dos de sa hiérarchie en croisant pour la première fois des ADN humain et animal. La croissance incontrôlable de la créature va bouleverser la relation entre les deux scientifiques, partagés entre les poussées d'hystérie tant professionnelle que personnelle. Ce qui est à l'œuvre pendant la longue mais passionnante installation, avant le basculement dans la folie horrifique, c'est ainsi la déconstruction d'un couple confronté à une multitude de tabous, à un mélange sinueux entre les désirs que suscite ce superbe monstre androgyne, interprété par une impressionnante Delphine Chaneac. Avec un culot totalement assumé, Vincenzo Natali déplace les enjeux habituels des déchirements sentimentaux en deux pièces / cuisine sur le terrain du fantastique le plus décomplexé : parfois très gore, toujours porteur d'une symbolique lourdement équivoque sur les perversions les plus dérangeantes de la cellule familiale, pour se faire finalement le chantre d'un féminisme hardcore pour le moins surprenant ! Pour la première fois, le réalisateur réussit totalement le projet amorcé dès son premier long : une fusion entre le cinéma d'auteur et le cinéma de genre, totalement assumé d'un bout à l'autre du film.

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The Grand Budapest Hotel

ECRANS | Avec "The Grand Budapest Hotel", Wes Anderson transporte son cinéma dans l’Europe des années 30, pour un hommage à Stefan Zweig déguisé en comédie euphorique. Un chef-d’œuvre génialement orchestré, aussi allègre qu’empreint d’une sourde inquiétude. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

The Grand Budapest Hotel

The Grand Budapest Hotel, au départ, c’est un livre, lu par une jeune fille blonde sur un banc enneigé de la ville de Lutz, à côté de la statue de son auteur. Ce livre raconte l’histoire du Grand Budapest Hotel telle qu’elle fut rapportée à l’écrivain lors d’un séjour dans ses murs au cours des années 60 par le propriétaire de l’hôtel, Zéro Moustapha. Cette histoire est aussi celle de Mr Gustave, concierge du Grand Budapest du temps de sa splendeur dans les années 30, juste avant le début de la guerre, mentor et ami de Zéro. Le Grand Budapest Hotel était alors un bastion du luxe et du raffinement au cœur de l’Europe, dans la République de Zubrowka. À l’arrivée, The Grand Budapest Hotel est un film de Wes Anderson, autrement dit une pure création : rien de tout cela n’existe, tout a été réinventé par l’imaginaire du cinéaste. Mais ce monde fantaisiste laisse deviner en transparence la véritable Histoire européenne, du temps de ses heures les plus tragiques. Partition virtuose La narration en poupées russes qui lance le film — un récit à l’intérieur d’un récit à l’intérieur d’un récit —, redoublée par les constants changements de raconte

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Detachment

ECRANS | De Tony Kaye (ÉU, 1h30) avec Adrien Brody, Marcia Gay Harden…

Dorotée Aznar | Mercredi 25 janvier 2012

Detachment

Sorte de réponse américaine à Entre les murs, le nouveau Tony Kaye démontre que le cinéaste d’American History X fait figure d’Oliver Stone du pauvre, inventant des centrifugeuses à images sans éthique ni point de vue pour rendre compte de sujets «actuels». Ici, le système scolaire américain, dont on peine à croire qu’il est aussi délabré, et qui sent surtout les clichés à plein nez — à peine rentré dans sa salle de classe, le prof a droit à des menaces de la part d’un black agressif ! Entre deux saynètes surjouées (les acteurs cabotinent comme c’est pas permis) et des fautes de goût invraisemblables (la fin, grotesque), le pauvre Adrien Brody traîne sa plus belle mine de chien battu en citant Albert Camus. Malgré cela, toutes les femmes du film finissent par l’adorer et par avoir envie de coucher avec lui. Une certaine idée du service public à l’Américaine, peut-être…Christophe Chabert

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