Carlos

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h45) avec Edgar Ramirez, Alexander Scheer…

Christophe Chabert | Jeudi 1 juillet 2010

Carlos témoigne de de ce qui arrive quand un cinéaste mineur (et on reste poli), au formalisme embarrassant de vanité, croise soudain un sujet en or qui non seulement transcende son cinéma, mais éclaire d'une légitimité nouvelle son style. Cette reconstitution épique et fiévreuse du parcours d'Ilich Ramirez Sanchez dit Carlos, révolutionnaire beau gosse devenu terroriste international puis spectre avachi de sa propre légende, est un vrai film d'action. Non seulement parce qu'il réserve quelques inoubliables morceaux de bravoure (le carnage de la rue Toullier, la prise d'otages de l'OPEP), mais aussi parce que les personnages sont saisis dans un mouvement perpétuel, ce que la caméra agitée d'Assayas retranscrit à la perfection. La fiction pourrait être rétrécie par ce souci factuel et cette absence de recul ; au contraire, c'est une fine réflexion sur le déclin de l'idéal révolutionnaire que le récit dessine. Le péché de Carlos, c'est d'accepter de l'argent plutôt que de se sacrifier pour la cause ; ce pacte capitaliste le condamne à l'errance, star encombrante d'une révolution dont plus personne ne veut. Le Carlos d'Assayas (et de son acteur, l'impressionnant Edgar Ramirez) vit dans un narcissisme extrême, une contemplation satisfaite de lui-même, de ses idées, de son charme et de ses excès, comme un Tony Montana du terrorisme aussi flamboyant que ridicule. La fascination qu'il exerce sur le spectateur n'exonère pas le film d'une issue morale, comme si l'ivresse procurée par cette œuvre démente devait durer jusqu'à la gueule de bois.
CC

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Un village pas très classe : "Joel, une enfance en Patagonie"

Drame | Cecilia et Diego ont enfin reçu une réponse favorable à leur demande d’adoption. L’enfant qu’on leur propose a neuf ans, et un passé chargé qui l’a traumatisé. Si eux l’acceptent avec amour, il n’en va pas de même pour le petit village glacial de Patagonie où ils viennent d’emménager…

Vincent Raymond | Mardi 9 juillet 2019

Un village pas très classe :

Est-ce le fait, pour le moins inhabituel, de voir une population sud-américaine évoluer dans une décor digne des pays nordiques (pourtant, c’est cela la Patagonie) ? Toujours est-il que ce film donne une impression de décalage, comme si l’histoire ne se déroulait pas au bon endroit. Un sentiment à prendre avec des pincettes car il peut tout aussi bien signifier que le potentiel de Joel… sera pleinement développé lorsque le film sera transposé dans un autre contexte à l’occasion d’un remake nord-américain ou européen (vu la trame, les possibilités sont hélas infinies). Ou bien que le malaise suscité par l’enfant, issu d’une famille marginale, à la petite communauté recluse dans sa tranquillité, a par capillarité diffusé dans tout le film. Car même si Joel… paraît un peu bancal, avec son développement un peu lent, l’essentiel est ailleurs : la description d’une exclusion banale, avec une galerie de visages haineux ou craintifs, et la soumission des services scolaires, refusant de se mettre à dos la communauté villageoise. Il faut être fort pour s’opposer au rouleau c

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Coup de barre : "Yuli"

Biopic | Né dans une famille cubaine modeste, Carlos Acosta manifeste dès sa plus tendre enfance un talent inné pour la danse, qu’il pratique dans les rues. Forcé par son père à suivre des cours classiques, il devient le premier danseur étoile noir du Royal Ballet de Londres…

Vincent Raymond | Mercredi 17 juillet 2019

Coup de barre :

Qui dit film sur un danseur ou une danseuse, dit forcément vocation contrariée par une autorité maltraitante. Soit un père (Billy Elliot), soit un double maléfique ou un maître de ballet pervers manipulateur (Black Swann), soit un État totalitaire (Noureev, pour citer le dernier en date). Même la prof de danse de la série Fame réclamait qu’on la paie en monnaie de sueur, c’est dire. Autrement, dit, la danse est une école de souffrance pour masochistes et ceux qui aiment à contempler ses pratiquants, rien moins que des sadiques. D’accord, on grossit un peu le trait, mais que dire d’autre de ce biopic si conventionnel ? Oui, Carlos aura été “le premier“, il a bénéficié du concours d’un père opiniâtre et vivait dans un pays fermé. Il a connu la gloire et est revenu chez lui pour transmettre son savoir à de futurs Carlos. Puis il a créé un ballet à partir de son existence, prouvant comme Guitry que son père avec raison. On a connu Paul Laverty plus inspiré, en général quand il écrit pour Loach ; là, il semble avoir é

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Scènes (mexicaines) de la vie conjugale : "Nuestro tiempo"

Film de fresque | de & avec Carlos Reygadas (Mex-Fr, 2h58) avec également Natalia López…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Scènes (mexicaines) de la vie conjugale :

Poète reconnu, Juan s’est établi comme éleveur de toros dans un vaste ranch familial. Lorsqu’il découvre que son épouse Esther a entamé une liaison avec un dresseur de chevaux, cet apôtre des mœurs libres les incite à vivre leur histoire. Très vite pourtant, il supporte mal leur romance… Apparu peu ou prou au même moment que ses trois compatriotes del Toro, Cuarón et Iñárritu dans le spectre du cinéma mondial, Reygadas est le premier à avoir émergé régulièrement sur les scènes festivalières et le seul à ce jour à n’avoir jamais conquis d’Oscar. À la différence de ses camarades lorgnant volontiers de l’autre côté du Rio Grande et se fondant dans la culture étasunienne, Carlos s’est en effet enfoncé à chaque fois plus intensément dans celle de son pays, s’investissant dans des projets où la dimension intime et auto-fictionnelle paraît grandissante. Dans Nuestro Tiempo, il interprète le mari plutôt antipathique piégé par sa jalousie, cet intello se piquant d’élevage, ce bobo rêvant d’une vie en bottes. Et se montre dans la peau du voyeur, d

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Sous les couvertures… : "Doubles Vies"

Et aussi | De Olivier Assayas (Fr, 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Sous les couvertures… :

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain s’interroge. Sur ses publications — il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard —, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna, une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre — deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) passée en contrebande dans une comédie entomologique de mœurs germanopratine, ou bien du contraire. Seuls des archétypes de parisiens peuvent se livrer à ces petites joutes verbales, amoureuses et professionnelles,

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Olivier Assayas : « le cinéma est fait pour poser des questions, pas pour donner des réponses »

Entretien | Portraits intimes, fresques politiques, cinéma de genre… Olivier Assayas a tâté de tous les registres et vécu autant de vies. Sa nouvelle réalisation les voit doubles, mais lui permet d’évoquer avec clairvoyance les secteurs du livre et du cinéma. Conversation.

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Olivier Assayas : « le cinéma est fait pour poser des questions, pas pour donner des réponses »

Doubles vies a-t-il été difficile à écrire ? Olivier Assayas : Absolument pas ! La seule base, c’était que ça m’amuse. À chaque fois qu’une scène m’ennuyait, je m’arrêtais et j’attendais que me vienne une idée qui m’amuse. J’avais aussi le plaisir de renouer avec des choses qui me manquaient beaucoup, comme tourner en français. Le dernier, c’était Après mai, avec des ados, ce n’était pas du tout la même manière de le penser, de le tourner. À travers le personnage de l’écrivain qui “siphonne“ sa vie privée pour nourrir ses romans, Doubles vies interroge le rapport entre la fiction et l’autofiction… L’espace entre la fiction et l’autofiction est épais comme un papier à cigarettes, dans le sens où les écrivains, quels qu’ils soient, s’inspirent de leur propre expérience — même ceux qui écrivent de la science-fiction : j’ai le sentiment qu’ils sont encore plus près d’eux-même, du monde dans lequel ils vivent que lorsqu'ils racontent des choses à la première personne. Certains ont besoin de jouer avec le feu, parce que ça peut êtr

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Sibelius : Homo Politicus

Pop | Innovant sur le plan musical comme textuel, le popeux psychédélique Orval Carlos Sibelius, dernier héraut de l'écurie Born Bad, a sorti les crocs en 2017 avec Ordre et Progrès, terrible état des lieux politico-psychédélique de notre époque, aux étranges et paradoxales vertus revigorantes. A découvrir au Bal des Fringants.

Stéphane Duchêne | Mardi 30 janvier 2018

Sibelius : Homo Politicus

Répondant à cette vieille énigme s'interrogeant sur la question de savoir si oui ou non, sur une île déserte, les noix de coco font du bruit en tombant, Orval Carlos Sibelius affirme que sa musique serait la même si personne n'était là pour l'écouter. Or c'est probablement avec ce genre de devise érigée en pavois qu'on va le plus loin, que l'on peut aussi emprunter à l'envie chemins de traverse et autres trous de ver artistiques, en étant assuré qu'on sera suivi par ceux qui le méritent. Ce que ne se prive pas de faire ici le démiurge au nom d'empereur (d'opérette) du Saint-Empire romain germanique, quand il s'agit sur son Ordre et Progrès : de démultiplier les genres ; de lâcher les guitares (entre math et krautrock) et les machines comme une meute de chiens dans une pop psychédélique parfois rehaussée de cuivres de chasse à cour ; d'assumer de chanter pour la première fois en français, conférant à l'ensemble une patine french pop 70's. Mais aussi, chose étonnante de la part de Sibelius l'évaporé, de livrer un disque

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Carlos Saldanha : « Si l’on trouve l’émotion juste, on oublie que ce sont des animaux à l’écran »

Ferdinand | Le sympathique créateur de Rio adapte pour la Fox un classique de la littérature enfantine ayant déjà inspiré les studios Disney… nouveaux patrons de la Fox. Un film familial qui reste dans la famille, en somme.

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Carlos Saldanha : « Si l’on trouve l’émotion juste, on oublie que ce sont des animaux à l’écran »

Qu’est-ce qui vous convaincu de signer cette nouvelle adaptation animée de l’histoire de Ferdinand le taureau ? Votre lecture du livre ? Carlos Saldanha : Au Brésil, le livre de 1936 était moins connu qu’aux États-Unis. La première fois que j’ai entendu parler de l’histoire de Ferdinand, c’est à travers le court-métrage de 1938. Je l’ai vu à la télévision, sur les chaînes pour enfants. Quand je suis arrivé aux États-Unis, mes enfants ont lu cette histoire à l’école. Leurs copains de classe l’avaient déjà lue avec leurs parents, lesquels l’avaient lues avec leurs propres parents quand ils étaient petits. Plusieurs générations connaissaient donc cette histoire. Alors, le jour où la Fox m’a dit avoir acquis les droits du livre et m’a demandé si en faire un film d’animation m’intéressait, j’ai été emballé par l’idée — en mesurant le défi immense d’adapter un classique. Comme c’était la première fois que j’adaptais un livre — mes films précédents (L’Âge de glace, Robots, Rio) étaient basés sur des idées originales — j’étais un peu sceptique. J’ai donc voulu rencontrer les

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Les adieux à l’arène : "Ferdinand"

Animation | de Carlos Saldanha (E-U, 1h46) avec les voix (v.o.) de John Cena, Kate McKinnon, David Tennant…

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Les adieux à l’arène :

Depuis sa naissance, le taureau Ferdinand sait qu’il est destiné à combattre dans une arène. Mais à la différence de ses congénères, le jeune bovin préfère les fleurs à la violence. Alors il s’enfuit et grandit auprès d’une petite fille. Jusqu’au jour tragique où on le renvoie à son étable d’origine… Imaginé en 1936 par Munro Leaf, adapté par Dick Rickard en format court pour les studios Disney en 1938, ce petit conte a pris du volume entre les mains de l’auteur de Rio qui, sans en changer l’esprit, l’a accommodé à l’air du temps. Il assume en effet d’y présenter la corrida comme un spectacle barbare ; quant au matador, il en prend davantage pour son grade que dans la chanson de Cabrel. Certes, cette version dilatée a recours à quelques facilités, notamment du côté des comparses du héros, tous déjà vus ailleurs sous des formes diverses : la gentille gamine qui l’adopte est d’un modèle standard, la vieille bique qui le coache évoque un mixte de Maître Yoda et d’Abraham Simpson ; enfin le trio de

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Who's (Born) Bad ?

MUSIQUES | Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Who's (Born) Bad ?

Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé d'un tel raout, que son emploi du temps est bien assez chargé et qu'il se serait plutôt fait un cadeau à lui-même. Pourtant cette tournée est bien là, elle existe - « il y avait beaucoup de demandes » avoue-t-il. Comme existe encore Born Bad, le label phare du renouveau rock et pop français, en réalité né en 2006. Parfois au grand étonnement de son fondateur, rocker alternatif qui souhaite à l'origine remettre à l'heure les pendules de l'indépendance déréglées par son expérience de directeur artistique en major (voir interview). Premier groupe signé, comme un symbole : Frustration – « meilleur groupe de post punk français », précise-t-il – dont le batteur est propriétaire de la boutique Born Bad à laquelle s'adosse le label sur les modèles de Rough Trade ou New Rose. D'entrée, Born Bad se veut « très cocardier », soucieux de défendre la contre culture française : de rééditions de pépites françaises 60's, 70's, 80's, oubliées (« une façon de revendiquer une f

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"Gold" : mauvaise pioche

ECRANS | de Stephen Gaghan (É-U, 2h01) avec Matthew McConaughey, Bryce Dallas Howard, Édgar Ramírez…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Héritier poissard d’une famille de chercheurs d’or, Kenny Wells joue son va-tout en s’associant avec un géologue mystique… et découvre un filon extraordinaire en Indonésie. Devenu du jour au lendemain la coqueluche de Wall Street, il va pourtant choir pour escroquerie. Les Étasuniens raffolent de ce genre de conte de fée vantant l’obstination malgré les embûches : plus l’on trébuche, plus la sonnante récompense le sera aussi. Mais pour que ce conte “prenne” chez nous, il faut un minimum de notoriété du protagoniste, un destin réellement hors du commun ou bien un film résolument exceptionnel. Pas de veine, ce n’est pas le cas avec ce pensum dont on se moque comme un orpailleur de sa première pépite de pyrite de fer : le désir de revanche d’un fissapapa ruiné n’a rien d’exaltant. L’interprétation ne sauve rien : la mine des mauvais jours, Matthew McConaughey, en version chauve et bedonnante, semble mal remis de son Oscar. Moulinant des bras quand il n’écarquille pas des yeux figé sur place, il se perd dans un épouvantable jeu à la Tom Cruise. Seul intérêt du film :

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"Personal Shopper" : perservare diabolicum est

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr, 1h45) avec Kristen Stewart, Lars Eidinger, Sigrid Bouaziz…

Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

Avec Personal Shopper, Olivier Assayas s’essaie au film fantastique-lol — un truc si improbable qu’il devrait prêter à rire tant il se prend indûment au sérieux. Las, d’aucuns ont dû lui trouver une insondable profondeur, une beauté ineffable, au point de le juger digne de figurer dans un palmarès. En découle un aberrant Prix de la mise en scène à Cannes — dépouillant de fait Cristian Mungiu de l’intégrité de ses justifiés lauriers. On suit donc ici une jeune Américaine, Maureen, chargée de garnir la penderie parisienne d’une quelconque vedette, entre une session d’emplettes et une vague séance de spiritisme. Car Maureen, plus ou moins médium ayant perdu son frère jumeau, guette la manifestation post mortem d’icelui… Prolongation morne et inutile du ticket de Kristen Stewart chez Assayas, après l’inégal

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La Niña de Fuego

ECRANS | Deuxième film du dessinateur de BD espagnol Carlos Vermut, La Niña de Fuego impressionne par sa beauté vénéneuse, sa construction mystérieuse et sa singularité cinématographique, faisant pleinement confiance au spectateur pour s’orienter dans son labyrinthe. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

La Niña de Fuego

Il est finalement assez rare de voir débarquer sur les écrans un pur OVNI, un film qui ne ressemble à aucun autre et qui se paye même le luxe de prendre à rebrousse-poil toutes les modes actuelles. C’est d’autant plus délectable que La Niña de Fuego est un deuxième film signé par un inconnu qui possède manifestement une certaine réputation dans son pays, l’Espagne, en tant que dessinateur de BD. Cette notation biographique-là pourrait pousser paresseusement à expliquer son goût des cadres fixes et rigoureux ; on est pourtant tout aussi loin de l’idée de cases que de la pratique de certains cinéastes autrichiens, avides de plans implacables enfermant les personnages dans des prisons filmiques. Ce qui intéresse Carlos Vermut, ce n’est pas tant ce qui s’exprime à l’intérieur des plans que ce qui n’y figure pas ; et lorsqu’il pratique des ruptures spectaculaires d’axe, comme dans un prologue étrange qui ne trouvera d’écho qu’en toute fin de métrage, c’est pour faire circuler du mystère et de la magie. Magical Girl : c’est le surnom d’une héroïne de manga qui fascine une jeune fille de 12 ans, Alicia, atteinte d’une leucémie. Son père aimerait r

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La Belle jeunesse

ECRANS | Jaime Rosales poursuit son chemin très personnel fait d’expérimentations formelles et de constat socio-politique sur l’Espagne actuelle, même si "La Belle jeunesse", hormis quelques éclairs de génie dans la mise en scène, patauge un peu dans un naturalisme éventé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

La Belle jeunesse

Filmer la crise en Espagne, ses conséquences sur une jeunesse qui tente, malgré les impasses sociales, d’avancer et d’élaborer un projet d’avenir : c’est l’ambition de Jaime Rosales et c’est plutôt étonnant de le voir viser si frontalement une question d’actualité. Jusqu’ici, son cinéma parlait de son pays de biais, à travers des dispositifs formels très forts : les split screens de La Soledad, les plans séquences au téléobjectif d’Un tir dans la tête, le noir et blanc et les ellipses de Rêve et silence. Cinéaste passionnant, Rosales est aussi un metteur en scène aventureux et en quête d’expérimentations. Sa façon de suivre Natalia et Carlos, le couple de La Belle jeunesse, en quête laborieuse de jobs foireux et mal payés, surprend donc par le cliché visuel qui lui sert de forme : caméra à l’épaule et image HD mal éclairée

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Sils Maria

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h03) avec Juliette Binoche, Kristen Stewart…

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Sils Maria

La prétention qui suinte de la première à la dernière image de Sils Maria ne surprendra pas ceux qui, comme nous, ont pris en grippe le cinéma d’Olivier Assayas. Il y raconte, sans le moindre scrupule de crédibilité, comment une star entre deux âges (Juliette Binoche, qui pose tout du long en alter ego de Juliette Binoche) décide de reprendre la pièce qui l’a rendue célèbre et dont l’auteur s’est éteint, comme par hasard, au moment où elle allait lui rendre hommage en Suisse. Elle laisse le rôle de la jeune première à une nymphette hollywoodienne (Chloë Grace Moretz) et endosse celui de la femme mûre, ce qui déclenche chez elle un psychodrame dont le souffre-douleur sera son assistante (Kristen Stewart, la seule à surnager en adoptant un très respectable profil bas au milieu du désastre). «Tu l’as vu, mon Persona ?» nous susurre Assayas tout du long avec une finesse éléphantesque, des coquetteries stylistiques de grand auteur — le faux film muet, la musique classique — et une manière très désagréable de désigner ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas. Les blockbusters de super-héros ? Des merdes à regarder avec des lunettes 3D ridi

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2013, l'odyssée de la pop

MUSIQUES | Génie divin, Alex Monneau alias Orval Carlos Sibelius, a frappé un très grand coup cette année avec le protéiforme "Super Forma", immense chaudron musical capable de voler dans lequel tous les ingrédients possibles se mélangent pour former la pierre philosophale pop de 2013. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 29 novembre 2013

2013, l'odyssée de la pop

«Une symphonie adolescente adressée à Dieu» disait le Beach Boy en chef Brian Wilson à propos de Pet Sounds. Il y a quelque chose de cela dans le Super Forma d'Orval Carlos Sibelius. A ceci près qu'il faut lui amputer le terme adolescent et constater qu'il tient davantage de la folie multiforme de Smile, l'album longtemps inachevé de Wilson. En quête de la pierre philosophale pop, Super Forma bâtit à la fois la symphonie et la cathédrale – à ciel ouvert – dans laquelle la jouer. Mieux, on jurerait que l'album a été choisi par quelque autorité spatiale pour faire parvenir à nos lointains voisins de l'espace la quintessence de la musique terrienne. Car, oui, on trouve de tout chez Sibelius, connecté comme les Na'vi d'Avatar au sel de la terre musicale : folk (plusieurs fois) Centenaire (du nom du groupe qui le fit un peu connaître) ; psychédélisme forcément débridé ; shoegazing (Good Remake) ; choeurs plagistes et séraphins ; surf music (Asteroïds) : tropicalisme brésilien (un peu partout) et, quand Orval lâche la bride : embardées prog à la Kevin Ayers et détou

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Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

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Post Tenebras Lux

ECRANS | De Carlos Reygadas (Mex, 1h53) avec Rut Reygadas, Eleazar Reygadas…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Post Tenebras Lux

Une petite fille qui court dans un ciel zébré d’éclairs en murmurant «perro, perro…» ; un diable rouge qui s’avance avec une caisse à outils dans une maison ; un couple qui se rémémore sa visite dans un sauna échangiste français ; un homme qui s’arrache la tête à mains nues… Autant d’images, à la fois indélébiles et un peu débiles, qui constellent le dernier film de Carlos Reygadas, couronné par un généreux Prix de la mise en scène à Cannes après s’être fait lyncher par la presse. Cela résume assez bien le problème : Post Tenebras Lux est un film pour festivals qui s’ingénie à en reprendre les scories — radicalité formelle, récit avançant par blocs de séquences disjointes, ésotérisme volontaire du propos, discours politique naïvement provocateur — quand il ne copie pas carrément sur ses voisins — de Weerasethakul à Sokourov en passant par Lars Von Trier. Reygadas vaut mieux que cela, ses œuvres précédentes — et même son stupéfiant court pour le film à sketchs Revol

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Les Amants passagers

ECRANS | De Pedro Almodóvar (Esp, 1h3O) avec Javier Camara, Carlos Areces…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Les Amants passagers

Après un incident technique, un avion est en perdition au-dessus de Tolède, attendant une solution pour un atterrissage forcé. Le personnel de bord, stewards plus ou moins ouvertement pédés, drogue les passagers de la classe éco et tente de régler la situation avec les "privilégiés" (un tueur, un banquier corrompu, une mère maquerelle, un couple en voyage de noces, un homme volage). On voit bien la métaphore filée par Almodóvar derrière ce récit de pure fantaisie : alors que les mœurs évoluent en Espagne (un des stewards a même un mari !), l’économie régresse vers un archaïsme de classe dirigé par des puissants en pleine déréliction. Point de vue intéressant mais qui se heurte très vite au désir du cinéaste de retrouver l’esprit Movida de ses premiers films. Ce maître du scénario invente ainsi un récit complètement décousu, qui n’avance pas vraiment et se contente d’empiler les saynètes inégales. Les Amants passagers ne trouve jamais sa vitesse de croisière, même si l’ensemble n’est pas déplaisant à suivre. Alors que

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Zero Dark Thirty

ECRANS | Sur la traque de Ben Laden par une jeune agent de la CIA, Kathryn Bigelow signe un blockbuster pour adultes, complexe dans son propos, puissant dans sa mise en scène de l’action, personnel dans le traitement de son personnage principal. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 janvier 2013

Zero Dark Thirty

Dans Démineurs, Kathryn Bigelow montrait avec un mélange de fascination et de distance critique le travail de quelques GIs en Irak drogués à l’adrénaline guerrière. La soif d’action et d’efficacité de la cinéaste concordait avec leur propre plaisir du danger, jusqu’à ce qu’un vide existentiel vienne les aspirer dans la dernière séquence. Zero Dark Thirty est comme une variation autour du même thème, à ceci près que le sujet est encore plus explosif : comment, durant dix longues années, Maya (Jessica Chastain) va pister Oussama Ben Laden, d’abord comme une jeune agent de la CIA intégrant une équipe chevronnée, puis seule face à l’inertie de sa hiérarchie. Écrit en épisodes scandés par les nombreuses défaites occidentales contre cet ennemi fantomatique, Zero Dark Thirty raconte dans un même geste l’enquête, ses erreurs, ses impasses et son succès final, et l’apprentissage de Maya, ce qui pour Bigelow revient à lui conférer l’aura d’une héroïne. Défaite intérieure Dès le premier mouvement, une longue et éprouvante séquence de torture, M

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Jours de pêche en Patagonie

ECRANS | De Carlos Sorin (Arg, 1h18) avec Alejandro Awada, Victoria Almeida…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

Jours de pêche en Patagonie

La Patagonie, Carlos Sorin la connaît bien ; c’est là qu’il tourna le film qui l’a rendu célèbre — et qu’il n’a jamais réussi à dépasser depuis — Historias Minimas. Jours de pêche en Patagonie est aussi une de ces "petites histoires" façon Raymond Carver. Un quinquagénaire prend la route pour s’offrir un week-end de pêche au requin, mais ce n’est qu’un prétexte pour retrouver sa fille, qu’il n’a pas vue depuis longtemps. Mauvais mari, alcoolique repenti, Marco tente maladroitement de renouer le contact et cela donne quelques séquences d’une belle justesse, très bien écrites et interprétées au cordeau, où les silences trahissent tout le ressentiment de la fille envers son père. Sorin emporte le morceau par la modestie de son propos et son amour pour ses personnages ordinaires, notamment quelques beaux seconds rôles comme ce manager grande gueule d’une boxeuse taciturne, eux aussi promis à la désillusion. Christophe Chabert

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Gloria in Carlos

MUSIQUES | L’Ensemble Relecture et Création et son chef Carlos Molina n’ont qu’une obsession : faire sonner des œuvres anciennes, baroques ou classiques comme si (...)

Pascale Clavel | Vendredi 16 novembre 2012

Gloria in Carlos

L’Ensemble Relecture et Création et son chef Carlos Molina n’ont qu’une obsession : faire sonner des œuvres anciennes, baroques ou classiques comme si elles avaient été écrites hier matin. Il ne s’agit pas là d’une de ces transpositions insipides et mièvres qui n’apportent rien à l’œuvre originale. Il est question d’un travail de dépoussiérage, de réappropriation, de mise en lumière, de mise à l’écoute qui révèlent l’œuvre initiale comme si elle nous était contemporaine. L’instrumentarium choisi étonne au début, déconcerte parce que la pâte sonore a l’air de sortir de nulle part : l'accordéon mêlé au vibraphone donne des accents très contemporains tandis que le dialogue du quatuor à cordes et du clavecin fait un clin d’œil appuyé à l’époque baroque, les cuivres et les bois surprennent à leur tour par une écriture rythmique que seul Carlos Molina est capable d’imaginer... Tout ce petit monde en marche pour faire redécouvrir des œuvres puissamment inscrites dans l’inconscient collectif, comme ici, rien moins que le très célèbre Gloria de Vivaldi. Une œuvre brillante, r

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Après mai

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h02) avec Clément Métayer, Lola Creton, Carole Combes…

Christophe Chabert | Mercredi 7 novembre 2012

Après mai

De L’Eau froide à Carlos, la révolution politique avortée des années 70 hante le cinéma d’Olivier Assayas. Aujourd’hui, il s’y attaque de front à travers un récit aux relents autobiographiques où la jeunesse de son époque prend la route et le maquis pour contester la société conservatrice et prôner le marxisme et le maoïsme. Ce devrait être une fresque portée par un souffle romanesque fort ; ce n’est à l’arrivée qu’un film d’Assayas, où les états d’âme amoureux des personnages prennent le pas sur l’esprit d’une période, réduite à un simple folklore. Aux clichés hallucinants des scènes d’ouverture (manif, gaz lacrymo, pochettes de disques rock, lycéen faisant de la peinture abstraite dans sa chambre, créature garrellienne en longue robe blanche ânonnant un texte incompréhensible) succède un récit mal raconté, bourré de symboles transparents (la jeunesse se consume, alors tout brûle autour d’elle) et joué par des acteurs peu convaincants (exception faite de Lola Creton). Surtout, le film prend acte d’une démission de son auteur face à son sujet : Gilles, a

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Heure Latine

CONNAITRE | Morceau de résistance de la 11e édition des Belles Latinas, le deuxième mouvement de ce festival consacré à la littérature latino-américaine s’articulera autour de rencontres avec une quinzaine d’auteurs et de lectures d’extraits de leurs ouvrages. Un rendez-vous «muy caliente» pour mieux découvrir cette littérature trop injustement méconnue. Gaël Dadies

Gaël Dadies | Vendredi 2 novembre 2012

Heure Latine

Depuis maintenant onze ans, la revue lyonnaise Espace Latinos organise les Belles Latinas, animée par la volonté «d’aider à sortir de la marge une littérature qui mérite une plus grande place dans nos rayons et un meilleur suivi des chroniqueurs spécialisés.» Avec la tenue des rencontres littéraires marquant le deuxième temps de ce festival, celui-ci entre dans le vif du sujet. Du 8 au 17 novembre, l’Amphithéâtre de l'Opéra, ainsi que d’autres lieux partout en France (Paris, Roanne, Vienne ou Sète), sera à l’heure latine et résonnera des mots et des phrases de la quinzaine d’auteurs conviés durant ces dix jours. Les Belles Latinas permettront de découvrir toute la diversité, la richesse et l’originalité de la littérature latino-américaine contemporaine pour mieux décrypter les réalités sociales, politiques, économiques, mais avant tout humaines, de ce continent bouillonnant de vie, d’humour, de violence et d’érotisme. Tour d'horizon «Aller-retour» entre Chili et Uruguay avec Walter Garib, racontant des histoires pour prolonger une vieille tradition familiale, et Carlos Liscano, pratiquant une «littérature de la pauvreté

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Insensibles

ECRANS | Le premier film du franco-espagnol Juan Carlos Medina est une fresque ambitieuse sur deux époques qui relie avec brio guerre d’Espagne et quête d’identité, blessure nationale et blessure intime, fiction fantastique et réflexion historique. Une excellente surprise. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 3 octobre 2012

Insensibles

Années 30, dans un petit village catalan. Un mystérieux "mal" frappe les enfants : ils sont insensibles à la douleur, se mettant en danger physiquement et menaçant leur entourage. Les autorités décident donc de les enfermer dans un hôpital psychiatrique, avant de les soumettre à un traitement expérimental pour tenter de les réintégrer à la communauté. Mais la guerre d’Espagne se déclenche et le pays tout entier va se diviser de manière sanglante. Années 2000, à Barcelone. Un médecin brillant, David, est victime d’un accident de voiture, au cours duquel sa femme enceinte laisse la vie, tandis que son enfant survit. Après des analyses, on diagnostique une leucémie chez David, qui ne peut plus compter que sur une greffe de moelle épinière venant d’un de ses parents. Juan Carlos Medina, jeune cinéaste franco-espagnol dont c’est le premier long-métrage, alterne ces deux niveaux de récit en maintenant longuement le suspense sur leur point d’intersection. Cette structure fascine autant qu’elle intrigue : d’un côté, les codes du cinéma fantastique brillamment croisés avec une évocation, à la fois littérale et métaphorique, de l’Histoire espagnole ; de l’autre, la quête d

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À cœur ouvert

ECRANS | De Marion Laine (Fr, 1h28) avec Juliette Binoche, Edgar Ramirez…

Christophe Chabert | Jeudi 12 juillet 2012

À cœur ouvert

Un couple de chirurgiens spécialisés dans les opérations du cœur s’aiment, puis se déchirent, l’alcoolisme du mari entrant en conflit avec la maternité non désirée de sa femme. Sur le papier, c’est assez banal, et c’est effectivement tout le problème : Marion Laine ne sait jamais trop s’il faut contourner le cliché (option psychodrame) ou s’y enfoncer (option mélodrame), et À cœur ouvert louvoie longuement entre ces deux écueils, jusqu’à un dernier acte complètement raté, avec une embardée onirique mal maîtrisée et passablement cucul. Pourtant, dans la première partie, elle réussissait l’impossible : rendre crédible à l’écran le couple Binoche-Ramirez, en arrivant à instaurer une troublante complicité physique entre eux. Si elle s’était contentée de suivre ce fil-là (le détail amoureux et sa destruction), si elle ne l’avait recouvert d’une pelle de psychologie facile, elle aurait sans doute transcender ce que son argument avait d’anecdotique. C’est, à l’arrivée, très loin d’être le cas. Christophe Chabert Sortie le 8 août

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Une autre idée de la musique

MUSIQUES | L’Ensemble Relecture et Création, imaginé et dirigé par Carlos Molina, se dévoile de saison en saison, avec l’appréhension de ceux qui savent innover sans (...)

Pascale Clavel | Jeudi 24 novembre 2011

Une autre idée de la musique

L’Ensemble Relecture et Création, imaginé et dirigé par Carlos Molina, se dévoile de saison en saison, avec l’appréhension de ceux qui savent innover sans choquer. Depuis l’origine, Carlos Molina a une obsession : prendre à bras le corps des œuvres du répertoire et leur donner une vie nouvelle. Pour cela, il réorchestre, harmonise et extirpe de son obsession des œuvres tout à la fois anciennes et nouvelles. Les mondes se croisent, le résultat est réjouissant, le public de plus en plus fidèle. Pour sa 7e saison, l’ERC propose un premier concert régalant. La Misa Criolla (les 3 ert 4 décembre à l'Abbaye d'Ainay), œuvre religieuse populaire, va sonner tout particulièrement. Cette messe écrite par le compositeur argentin Ariel Ramirez a fait un pur tabac dans les années 1960. L’église avait accepté – Vatican 2 oblige – que les messes soient chantées en langues vernaculaires. Ramirez écrit donc en espagnol et compose une musique colorée, tendre, où l’être humain se trouve au cœur du sujet. L’utilisation de rythmes, de formes musicales et d’instruments de tradition argentine en ont fait une œuvre pour le peuple. Carlos Molina recrée La Misa Criolla (accordéon chromat

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Balada triste

ECRANS | Coup de foudre / Rageur, baroque et violent, Balada triste évoque les années noires du franquisme à travers la rivalité de deux clowns amoureux d’une même femme : ni allégorique, ni ironique, Alex de la Iglesia signe son meilleur film, une tragédie d’une noirceur absolue. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mardi 21 juin 2011

Balada triste

Alors que l’écran est encore noir, des rires d’enfants emplissent la bande-son. Quand l’image apparaît, on découvre les bambins exultant devant un spectacle de clowns. Si les enfants rient, le spectateur, lui, ne se laisse pas emporter : les objectifs déformants choisis par Alex de la Iglesia, son montage abrupt et l’absence de décor donnent à la scène des allures de pantomime lugubre, comme la énième répétition d’un numéro usé jusqu’à la corde. C’est que ce spectacle-là n’en est pas un. C’est un divertissement, une distraction ; au-dehors la guerre fait rage. Les armées républicaines se battent contre celles du général Franco, et lorsqu’elles débarquent sous le chapiteau, c’est pour enrôler les deux clowns dans leur combat. Le clown blanc rechigne, l’Auguste s’engage, laissant derrière lui son fils Javier, seul avec un lion qui paraît bien moins inquiétant que ces soldats armés jusqu’aux dents. Tragiques distractions Ce prologue (comme l’énigmatique générique qui le suit, où des images de la dictature franquiste voisinent avec celles d’artistes populaires) est trompeur : Alex de la Iglesia n’utilise pas le cirque comme une métaphore de l’Histo

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La tragédie d’un clown ridicule

ECRANS | Rageur, baroque et violent, "Balada triste" évoque les années noires du franquisme à travers la rivalité de deux clowns amoureux d’une même femme : ni allégorique, ni ironique, Alex de la Iglesia signe son meilleur film, une tragédie d’une noirceur absolue. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

La tragédie d’un clown ridicule

Alors que l’écran est encore noir, des rires d’enfants emplissent la bande-son. Quand l’image apparaît, on découvre les bambins exultant devant un spectacle de clowns. Si les enfants rient, le spectateur, lui, ne se laisse pas emporter : les objectifs déformants choisis par Alex de la Iglesia, son montage abrupt et l’absence de décor donnent à la scène des allures de pantomime lugubre, comme la énième répétition d’un numéro usé jusqu’à la corde. C’est que ce spectacle-là n’en est pas un. C’est un divertissement, une distraction ; au-dehors la guerre fait rage. Les armées républicaines se battent contre celles du général Franco, et lorsqu’elles débarquent sous le chapiteau, c’est pour enrôler les deux clowns dans leur combat. Le clown blanc rechigne, l’Auguste s’engage, laissant derrière lui son fils Javier, seul avec un lion qui paraît bien moins inquiétant que ces soldats armés jusqu’aux dents. Tragiques distractions Ce prologue (comme l’énigmatique générique qui le suit, où des images de la dictature franquiste voisinent avec celles d’artistes populaires) est trompeur : Alex de la Iglesia n’utilise pas le cirque comme une mé

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En prison

CONNAITRE | Coup de cœur / C’est autour d’une table ronde sur le thème de l’expérience de l’isolement et de l’enfermement que l’on retrouvera Carlos Liscano, auteur uruguayen condamné en 1972 à treiza ans de prison par le régime militaire auquel il s’opposait. Du traumatisme de ces années, l’auteur a conservé un leitmotiv, la hantise de la claustration, dont son dernier ouvrage, L’Écrivain et l’autre, témoigne de façon originale. Mélanie Vivenza

Dorotée Aznar | Lundi 23 mai 2011

En prison

Le livre L’Écrivain et l’autre, ouvre sur une impossibilité : celle d’écrire un nouveau roman. Ce constat douloureux conduit alors Carlos Liscano à s’extraire du pur récit et à s’interroger sur les circonstances qui ont vu la naissance en lui de l’écrivain. Cet écrivain, il le présente comme un personnage fabriqué de toutes pièces lorsqu’il était en prison. Dans ces geôles où «la vie n’était pas donnée», c’est une sorte compagnon qui lui a permis de recréer le monde. Des années après, confronté à son incapacité d’écrire, Liscano évoque le surgissement d’une autre partie de lui-même qu’il avait presque oubliée : l’homme du quotidien, l’homme du silence. Piégé par sa propre création, il prend dès lors conscience de l’emprise de l’écriture sur son existence. Situées dans un constant dédoublement, ces lignes formulent toute la difficulté de l’ auteur à vivre autrement que par la littérature, lui qui avait tenté, par elle, «d’échapper à la place qui lui été assignée» dans la société. Il y a chez Liscano quelque chose d’une franche simplicité dans l’expression de cette crise profonde qui le touche. Dépouillé de tout artifice il avance, seul, ne cherchant pas l’emphas

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Revolucion

ECRANS | De Gael Garcia Bernal, Carlos Reygadas, Rodrigo Pla, Rodrigo Garcia… (Mex, 1h50)

Christophe Chabert | Jeudi 5 mai 2011

Revolucion

Le film collectif à thème semble condamné à produire des œuvres inégales, et c’est une fois de plus le cas avec Revolucion, évocation du centenaire de la révolution mexicaine par la crème des cinéastes locaux. On est même dans le bas du panier, puisque peu de courts-métrages méritent vraiment qu’on s’y arrête. Certains réalisateurs se saisissent de l’occasion pour faire du style sans véritable fond (c’est plutôt bien avec Gerardo Naranjo, plutôt nul avec Rodrigo Garcia, qui conclue le film par un clip esthétisant assez ridicule), d’autres veulent faire passer un message mais oublient de le mettre en scène. Globalement, tous donnent de la révolution mexicaine une vision au mieux nostalgique, au pire résignée. Emblématique, le segment (pas mal du tout) de Rodrigo Pla où un héritier de la révolution mexicaine est promené comme un pantin de cérémonies commémoratives en festivités ringardes, sans jamais avoir le droit de s’exprimer. Le seul cinéaste qui pense que la révolution est encore possible, ici et maintenant, c’est Carlos Reygadas. Son film, furieux, anarchique, explosif, montre le peuple mexicain se réunir pour un grand raout transgressif aux abords d’une maison prot

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Octubre

ECRANS | De Diego et Daniel Vega Vidal (Pérou, 1h23) avec Maria Carbajal, Carlos Gassols, Bruno Odar

Dorotée Aznar | Vendredi 17 décembre 2010

Octubre

Si on ne sait pas grand-chose du cinéma péruvien, une chose est sûre, Octubre n’est pas son meilleur ambassadeur. Personnages au mutisme forcé, mise en scène sèche et cadrages complaisants, ce récit d’un prêteur sur gages abrupt héritant d’un bébé eu avec une prostituée est aussi aride qu’ennuyeux. Étirant leur intrigue famélique sur 1h23 durant une éternité, Diego et Daniel Vega Vidal s’inscrivent pile dans le ventre mou d’un world cinéma pré-formaté pour Sundance Channel. Ils tentent bien de contrebalancer l’absence d’enjeux par un travail simili pictural sur le quotidien, de faire naître un vague écho social parsemé d’humour à froid, mais en vain. Les deux cinéastes répètent ad nauseam une situation initiale dont l’évolution et l’achèvement débouchent sur rien. JD

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Mamma mia !

SCENES | Quand le monde s'écroule, il ne reste plus qu'à retrouver «celles sans qui Freud ne serait rien : les mères». L'écriture de Santiago Carlos Ovès est ainsi : (...)

Nadja Pobel | Lundi 22 novembre 2010

Mamma mia !

Quand le monde s'écroule, il ne reste plus qu'à retrouver «celles sans qui Freud ne serait rien : les mères». L'écriture de Santiago Carlos Ovès est ainsi : caustique, grinçante et souvent drôle. Son long-métrage multi-primé, "Conversations avec ma mère", est désormais une pièce de théâtre grâce à Didier Bezace qui, après avoir fait des lectures publiques du scénario, se met en scène. Il est Jaime, cet enfant de 55 ans bien installé dans la vie avant que la crise économique argentine de 2001 ne mette tout en péril : son beau costume, sa jolie voiture, sa grande maison, sa vie de famille avec femme, enfants et personnel. Jaime découvre le déclassement social en même temps qu'il retrouve sa mère. C'est en venant lui rendre visite pour reprendre possession de l'appartement qu'il lui prête qu'il prend enfin le temps de la connaître. Santiago Carlos Ovès tresse alors avec habilité une chronique tendre et mais aussi fort heureusement politique. Replié sur son petit confort, Jaime n'avait même pas su que, depuis deux ans, sa vieille mère avait retrouvé un compagnon, un «anarcho-retraité», comme il le qualifie avec mépris. Aux côtés de Didier Bezace, Isabelle Sadoyan, véritable figure h

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Carlos Liscano

CONNAITRE | L’Écrivain et l’autre (Belfond)

Aurélien Martinez | Lundi 15 mars 2010

Carlos Liscano

Que se passe-t-il lorsqu’un homme qui ne vit que pour la littérature ne parvient plus à écrire ? À cette vaste question, Carlos Liscano apporte une réponse d’une grande profondeur dans L’Écrivain et l’autre, un livre hybride, aux frontières de l’autofiction et du traité de littérature, dans lequel l’écrivain uruguayen substitue au roman en train de (ne pas) s’écrire un texte sur les étapes fondamentales de son parcours et de sa trajectoire littéraire. En faisant de la littérature le baromètre de sa vie, Liscano semble totalement les substituer l’une à l’autre : «Écrire, c’est ouvrir la porte à la folie, ce que je ne dois pas faire. Écrire devrait être le chemin qui mène à la contemplation lumineuse et permet de ne plus jamais avoir besoin d’écrire. Même si on en arrive jamais là, un jour il faut s’arrêter, laisser les mots à leur place, ne plus écrire sur la vie, mais vivre pour de vrai». À la fois journal de bord, autoportrait morcelé, essai de théorie littéraire, Carlos Liscano montre avec L’Ecrivain et l’autre comment la littérature se situe au cœur de son quotidien, de son absolu, de son inconscient même, et comment elle détermine fondamentalement sa représ

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L’Heure d’été

ECRANS | d’Olivier Assayas (Fr, 1h40) avec Charles Berling, Juliette Binoche…

François Cau | Vendredi 29 février 2008

L’Heure d’été

On l’écrivait il y a à peine six mois à la sortie de Boarding gate : il y a un mystère autour d’Olivier Assayas, cinéaste enchaînant les mauvais films sous les éloges critiques et un dédain grandissant des spectateurs. L’Heure d’été ne clarifie pas les choses : aussi transparent que Boarding gate était obscur, le film s’attache à filmer une famille bourgeoise (deux frères, une sœur) cherchant à solder l’héritage de leur mère qui avait fait de sa maison un musée vivant à la gloire du peintre Paul Berthier. Passionnant comme la lecture d’une succession chez un notaire, l’affaire est mise en scène avec une maladresse stupéfiante, Assayas confondant montage dynamique et découpage abracadabrant. Comme d’habitude, les intentions maculent l’écran, sans jamais que le cinéaste ne les englobe dans un récit, ne les incarne dans des personnages crédibles ou ne leur donne une perspective dans le réel. De guerre lasse face à ce name droping pédant, on finit par croire qu’il s’agit d’une pub géante pour le Musée d’Orsay. Et quand on apprend que c’est bien de cela qu’il s’agit, une commande dudit Musée, on comprend mieux la pérennité incroyable du cinéaste : c’est un homme de réseau ! CC

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28 semaines plus tard

ECRANS | Juan Carlos Fresnadillo réussit l'exploit de surclasser son modèle, et teinte la franchise horrifique initiée par Danny Boyle de fines touches séditieuses, au service d'un habile renouvellement du genre. François Cau

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2007

28 semaines plus tard

28 jours plus tard démarrait sur les chapeaux de roue. Une bande "d'éco-terroristes" libéraient un cobaye simiesque porteur d'un virus rabique d'une violence démesurée, tandis que le personnage de Cillian Murphy sombrait dans le coma pour se réveiller dans une Londres désertique, qu'il arpentait, hagard, sur une musique signée Godspeed You ! Black Emperor. La séquence, magnifique, posait les jalons d'une œuvre aux influences digérées, transposée avec un art consommé du désespoir dans l'Angleterre paranoïaque et sécuritaire à outrance d'aujourd'hui. Le prologue du film de Juan Carlos Fresnadillo le classe directement au niveau de son prédécesseur : assiégé, un couple tente de fuir la maison où il se cachait. Le mari, Don (génial Robert Carlyle) parvient à s'échapper en laissant son épouse derrière lui. Une fuite éperdue, rythmée par un superbe morceau de John Murphy qui servira de leitmotiv sonore aux scènes de panique, où la mise en scène déploie son efficacité redoutable. Un acte fondateur empreint de lâcheté, qui signe la destinée funeste des personnages, de l'Angleterre, voire du monde. États sauvages Le réalisateur et ses co-scénaristes signifient dès le départ leur argument

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