Piranha 3D

ECRANS | D’Alexandre Aja (ÉU, 1h28) avec Elizabeth Shue, Adam Scott…

Christophe Chabert | Mercredi 1 septembre 2010

Devenu officiellement réalisateur de remakes à Hollywood, Alexandre Aja n'a visiblement plus qu'une solution : s'amuser des commandes opportunistes qu'on lui passe en laissant libre cours à sa cinéphilie gore et déviante. Après le fiasco de "Mirrors", le voilà aux commandes de cette nouvelle version surfant sur la mode 3D d'une série B de Joe Dante, elle-même décalquée sur "Les Dents de la mer". Le résultat, aussi improbable que rigolo, est un grand tour de montagnes russes répondant au programme de son affiche : sea (enfin, un lac…), sex (un tas de bimbos aux mensurations affolantes) and blood (croyez-nous, ça charcle sévère, mais presque toujours dans la bonne humeur). Plus conceptuellement, Aja fait coexister à l'intérieur de ses plans deux types d'images : celles, à peine modernisées, d'un film d'exploitation années 70 (avec un petit côté Grindhouse ; d'ailleurs, voilà Eli Roth qui vient faire coucou) peuplé de clins d'œil (Christopher Lloyd en savant fou) et se déroulant essentiellement à la surface ; sous l'eau, en revanche, ce sont des images numériques déchaînées, prétextes à toutes les extravagances (sommet : un pénis avalé puis recraché par un Piranha !) et à tous les effets (on en prend, grâce à la 3D, littéralement plein la gueule). Pas la peine de chercher du sens, du sous-texte ou même de la satire : "Piranha 3D" est un pur film pop corn, complètement con mais indiscutablement efficace.
CC

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Krampus : une agréable surprise

ECRANS | de Michael Dougherty (E-U, 1h38) avec Toni Collette, Adam Scott, David Koechnerplus…

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Krampus : une agréable surprise

Lorsqu’un distributeur sort un film de Noël début mai, c’est davantage pour vider ses tiroirs d’un encombrant que pour tenter une contre-programmation osée — ou être raccord avec une vague de froid anormale, par lui seul anticipée ! Le spectateur peut donc faire montre d’une légitime suspicion face à Krampus ; sa surprise sera d’autant plus agréable lorsqu’il assistera à la métamorphose progressive de ce film commençant comme La Course au jouet (aïe…), se prolongeant comme un Jumanji dégriffé (mouais…) avant d’évoluer en un digne conte à la Stephen King (dans l’esprit de Ça…) Empruntant au maître de l’épouvante sa manière de sculpter une histoire horrifique plongeant ses racines dans un trauma ancien et transmise de génération en génération, Michael Dougherty remixe également des figures — en théorie — inoffensives de l’enfance (jouets, peluches, lutins) afin d’en faire les aides sanguinaires d’un anti-Père Noël, pire que le Père Fouettard. Contrairement à beaucoup de fables inspirées de Dickens, débordantes de rédemption et de réconciliations, Krampus sort l’artillerie lourde pour dézinguer une famille comme on en vo

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Andrevon, encyclopédiste fantastique

ECRANS | Le prochain Épouvantable vendredi de l’Institut Lumière est consacré au petit maître français du remake horrifique Alexandre Aja, qui a su s’incruster à (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

Andrevon, encyclopédiste fantastique

Le prochain Épouvantable vendredi de l’Institut Lumière est consacré au petit maître français du remake horrifique Alexandre Aja, qui a su s’incruster à Hollywood en y remettant quelques classiques au goût du jour. Notamment La Colline a des yeux, qui surpasse largement la version Wes Craven. Plutôt que d’y adjoindre son remake potache de Piranha, Fabrice Calzettoni et Julien Pouget ont choisi en deuxième film Haute tension, tourné en France sous l’égide de Luc Besson, que les cinéphiles soupçonnent d’avoir sabordé la fin par un twist foireux qui entache ce qui était jusqu’ici un modèle de survival hexagonal. Cet Épouvantable vendredi sera remarquable pour une autre raison : la présence de Jean-Pierre Andrevon, venu présenter son encyclopédie monstre sortie chez Rouge profond, 100 ans et plus de cinéma fantastique et de science-fiction. Auteur réputé de romans de SF, Andrevon est aussi un critique de

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La Vie rêvée de Walter Mitty

ECRANS | Ben Stiller passe à la vitesse supérieure en tant que réalisateur avec ce modèle de comédie romantique d’une classe visuelle permanente, où il s’agit de faire d’un héros du quotidien le vestige d’une époque en train de disparaître. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

La Vie rêvée de Walter Mitty

Que se serait-il passé si Walter Mitty, plutôt que d’envoyer un poke sur un site de rencontres à sa collègue de bureau, l’avait simplement abordée dans la vraie vie ? Rien d’exceptionnel sans doute, et c’est sur ce gouffre initial que se bâtit toute l’ampleur romanesque mais aussi toute la philosophie de La Vie rêvée de Walter Mitty, cinquième film de Ben Stiller derrière une caméra, le plus abouti, le plus étonnant aussi. Mitty, que Stiller incarne avec un sens exceptionnel du tempo qu’il soit comique ou dramatique, est un monsieur tout le monde tel que Capra aimait les peindre. De Capra à Capa, il n’y a qu’un pas que le film franchit en le faisant travailler au service photo de Life, institution de la presse américaine sur le point de déménager en ligne, décision prise par une bande d’idiots cravatés et barbus — c’est tendance — entraînant le licenciement d’une partie des salariés. Mitty doit gérer l’ultime couverture du journal, réalisée par un photographe légendaire et solitaire, lui aussi aux prises avec la grande mutation du XXIe siècle : il refuse le numérique et n’aime que l’argentique. Sauf qu’il n’a pas fait parvenir le cli

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Friends With Kids

ECRANS | De Jennifer Westfeldt (USA, 1h47) Avec Adam Scott, Jennifer Westfeldt, Maya Rudolph

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Friends With Kids

Dans l'enfer moderne de la comédie romantique, Friends With Kids sort étonnamment son épingle du jeu. Tout en reprenant la tendance lourde actuelle (l'amour sécuritaire, le non-engagement, le zéro risque), le film de Jennifer Westfeldt en sape tranquillement les impasses. Le sujet du jour : comment faire un enfant hors couple, entre amis, pour fuir les aléas du mariage, se voit ainsi traité avec une intelligence que la première bobine, un peu manichéenne, ne présumait pas. Embrassant la question avec sensibilité et humour, le film surprend graduellement à force d'étoffer son classicisme. La moralité est toujours la même : nul ne peut se préserver des sentiments, mais Westfeldt l'impose en quelques scènes clés où les idées s'entrechoquent avec une étonnante lucidité. Contre l'arrogance de ceux qui croient gérer leur vie amoureuse comme leur carrière professionnelle, le film balance des vérités nuancées comme ses personnages. C'est tendre, démocratique, et assez réussi.Jérôme Dittmar  

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