Un homme qui crie

ECRANS | De Mahamat-Saleh Haroun (Tchad-Fr-Belg, 1h32) avec Youssouf Djaoro, Diouc Koma…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

Prix du jury au dernier festival de Cannes, Un homme qui crie part d'un postulat ambitieux : raconter le Tchad d'aujourd'hui, de la guerre civile aux conséquences de la mondialisation économique, à travers les rapports entre un père et son fils travaillant dans un même hôtel. Le père, employé modèle, est pourtant viré par le nouveau directeur (chinois !) et son fils, qui glandait jusqu'ici au bord de la piscine, doit prendre sa place. La guerre éclate, et le père ne va rien faire pour éviter à son enfant d'être mobilisé, pensant ainsi récupérer son boulot.

La violence sociale dont fait preuve Saleh Haroun rappelle celle des frères Dardenne, même si sa mise en scène en est l'exact contraire : de longs plans très composés et essentiellement silencieux. Quand le film se fait bavard, il n'est pas loin d'être réactionnaire (voir le dialogue entre le père et son ami, sur le mode du «tout fout le camp»). Et quand, dans sa longue deuxième partie, le cinéaste entreprend un road movie où le paternel coupable tente de sauver son fiston, il s'enfonce dans la naïveté morale et le conformisme cinématographique.

Pas vraiment de dangers sur le parcours, l'arrivée maladroite de la copine enceinte incarnée par une actrice catastrophique et un final expédié : Un homme qui crie n'est plus alors qu'un fantôme de film, qui confond la lenteur et la contemplation avec la paresse et le néant.

Christophe Chabert

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Au mauvais accueil : "Une saison en France"

À côté | de Mahamat-Saleh Haroun (Fr, 1h40) avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Bibi Tanga…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Au mauvais accueil :

Les bons sentiments, la mauvaise littérature, toussa… Le précepte jadis énoncé par Jeanson se transpose toujours aussi aisément au cinéma. C’est triste pour les idées qu’ils défendent ; et cela le serait bien davantage si l’on ne reconnaissait pas le bancal des œuvres supportant ces justes causes. Décalque (involontaire ?) de celle de Moi, Daniel Blake, l’affiche d’Une saison en France place d’emblée le film dans une ambiance inconsciemment loachienne. Les similitudes s’arrêtent ici, tant les partis-pris s’opposent : à l’urgence documentarisante, Haroun préfère une esthétique posée, parfois surcomposée qui encombre de théâtralité vieillotte le récit de son héros. Centrafricain exilé en France, celui-ci attend la décision qui fera de lui, de son frère et de ses enfants des réfugiés légaux. Malgré l’aide de la femme qui l’aime, son attente son espoir ne cesse de s’effilocher et s

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Grigris

ECRANS | De Mahamat-Saleh Haroun (Tchad-Fr, 1h41) avec Souleymane Démé, Anaïs Monory…

Christophe Chabert | Mercredi 3 juillet 2013

Grigris

Grigris danse dans les clubs de Ndjamena ; son handicap, une jambe mal soignée devenue presque morte, lui permet d’impressionnantes chorégraphies, et l’autorise même à rêver d’un avenir comme danseur professionnel. Grigris aurait pu s’en tenir là, et être un docu-fiction sur son acteur Souleymane Démé, dont le corps prodigieux et le regard habité sont de vraies sources de fascination. Mais Mahamat-Saleh Haroun a choisi de multiplier les enjeux dramatiques autour de lui : une histoire d’amour platonique entre Grigris et une prostituée, un trafic d’essence qui tourne mal, la maladie du père… Le film affiche alors ses faiblesses criantes : une naïveté dans la narration, la direction d’acteurs et la mise en scène qui s’intensifie au fur et à mesure que le récit se rapproche des codes du genre. Il y a, dans le cinéma de Mahamat-Saleh Haroun, un décalage fatal entre les intentions, souvent justes, et leur réalisation à l’écran, où tout sonne faux, forcé et didactique, le cinéaste prenant souvent trois scènes pour dire exactement la même chose ou se contentant de faire passer les idées dans un dialogue lourdemen

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La Caravane repasse

ECRANS | La Caravane des cinémas d’Afrique, biennale du cinéma Jeanne Mourguet à Sainte Foy-lès-Lyon, va se mettre en marche le 22 mars jusqu’au 1er avril. Longs et (...)

Christophe Chabert | Lundi 19 mars 2012

La Caravane repasse

La Caravane des cinémas d’Afrique, biennale du cinéma Jeanne Mourguet à Sainte Foy-lès-Lyon, va se mettre en marche le 22 mars jusqu’au 1er avril. Longs et courts-métrages, fictions et documentaires, explorant tous les cinémas de ce vaste continent, elle permettra de redécouvrir quelques films qui ont fait l’événement depuis la dernière édition. Par exemple Un homme qui crie, premier film africain à recevoir un prix à Cannes depuis des lustres, ou Le Secret de Chanda qui, la même année au même festival mais à Un certain regard, avait créé une certaine émotion liée à son sujet (les ravages du SIDA en Afrique du Sud)… Parmi les inédits, il faudra guetter le nouveau film d’Abdelkrim Bahloul (présent au cours du festival), révélé il y a presque trente ans par Le Thé à la menthe et qui poursuit depuis son exploration des allers-retours entre culture française et culture algérienne. Dans Le Voyage à Alger, en 1962, une femme qui a tout perdu pendant la guerre d’indépendance se voit proposer sa maison par un Français sur le point de partir, mais se heurte à la volonté d’un haut fonctionnaire algérien qui souhaite la récupérer. À suivre aus

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