Kaboom

ECRANS | Comédie sexuelle adolescente mêlant fantastique, apocalypse et parabole œdipienne, "Kaboom", le nouveau Gregg Araki, est un réjouissant essai de post-cinéma empruntant aux séries télé, aux comic books et à la contre-culture. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 28 septembre 2010

"Kaboom" n'est pas le meilleur film de l'année, ni même le meilleur de son auteur (la place est bien tenue par "Mysterious skin" ou, dans un registre plus punk, par "The Doom Generation") ; mais c'est sans doute la proposition cinématographique la plus contemporaine et vivifiante de 2010. Comme si Araki, un peu malgré lui, avait réussi à synthétiser dans cet objet fier d'être mineur (ce qui ne le rend pas dispensable pour autant) les questions qui se posent et s'imposent aux cinéastes d'aujourd'hui : comment raconter une histoire en quatre-vingt-dix minutes là où les séries disposent de plusieurs heures pour ménager mille rebondissements dans le stock de personnages et d'intrigues qui constitue leur carburant narratif ? De quelle façon gérer le triomphe du numérique sans tomber dans l'hystérie de la nouveauté technique ou, à l'inverse, se recroqueviller sur le classicisme du siècle dernier ? Enfin, comment parler de ce qui est là, tout près, en lui donnant des allures mythologiques ?

Cinéma : RIP

Ce n'est pas un hasard si Araki annonce par la voix-off de son personnage, le beau et paumé Smith, la mort du cinéma. Il le fait sur des images d'"Un chien andalou", notamment celle de l'œil tranché au rasoir, comme si le regard et les habitudes du spectateur devaient être mutilés d'entrée pour apprécier ce qui va suivre. Tourné dans une HD très voyante, monté avec des trucs chopés sur Final Cut dignes d'un apprenti vidéaste, parsemé d'effets spéciaux à la ringardise assumée, inondé de pop music comme un IPod mal éteint, "Kaboom" piétine allègrement le bon goût cinématographique, quand il ne se moque pas du bon goût tout court — le film, à l'origine, était une idée de John Waters, nous dit-on… Car, dans ses premiers épisodes — le scénario est écrit comme une série télé, avec cliffhangers et fondus au noir toutes les vingt minutes — on se contente de suivre les émois sexuels d'une poignée de teenagers sur un campus irréaliste, d'un dortoir trop propre à une cafétéria aux murs noirs comme une salle de concert gothique. Si ces adolescents sont plutôt mal dans leur tête, ils sont franchement bien dans leur corps, aussi immatures dans leur comportement que calés sur les différentes manières de faire jouir leur partenaire. Cette sexualité débridée est rattrapée par des événements qui la troublent à peine : des types bizarres avec des masques d'animaux assassinent une fille sans vraiment provoquer de psychose, une jeune lesbienne sexy peut s'avérer une sorcière et un messie fumeur de marijuana découvre un message sibyllin adressé à Smith («tu es l'élu»), qui retourne de ce pas se taper un réparateur de jacuzzi sur une plage naturiste. Araki fait comme si ses personnages connaissaient les codes de ce type de récit par cœur, ce qui lui permet d'aller très loin dans l'outrance joyeuse et le n'importe quoi. L'important, c'est de ne pas être mélancolique.

(Gang) Bang !

Car "Kaboom" n'a rien de crépusculaire, même s'il se résout dans son dernier épisode par une brutale accélération de l'intrigue conduisant à rien moins que la fin du monde. C'est là où le film est tout bonnement fascinant : on peut lire cette conclusion littéralement, comme une façon de ne pas savoir conclure sinon en envoyant tout dans le décor. Mais on peut aussi y lire l'adieu enjoué à un âge, l'adolescence, avec son lot de névroses œdipiennes, sa découverte hallucinée de tous les excès et sa nonchalance glandeuse. Le film s'ouvre d'ailleurs sur un rêve où le personnage, métaphoriquement, franchit la porte de ses 19 ans… Et si, plutôt que de célébrer la fin du cinéma, Araki célébrait sa sortie de l'adolescence dans un grand (gang) bang ? Et après ? Après, il y a déjà "Kaboom", merveilleux projet de post-cinéma.

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White Bird

ECRANS | Gregg Araki continue son exploration des tourments adolescents avec ce conte vaporeux et mélancolique, entre bluette teen et mélodrame à la Douglas Sirk, où la nouvelle star Shailene Woodley confirme qu’elle est plus qu’un phénomène éphémère… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

White Bird

Après avoir atteint une forme d’accomplissement créatif avec le sublime Mysterious Skin, Gregg Araki souffle depuis le chaud et le froid sur son œuvre. La pochade défoncée Smiley Face, la joyeuse apocalypse de Kaboom et aujourd’hui la douceur ouatée de ce White Bird résument pourtant autant d’états d’une adolescence tiraillée entre ses désirs et la réalité, entre le spleen et l’insouciance, entre la jeunesse qui s’éloigne et la vie d’adulte qui approche à grands pas. C’est exactement ce que traverse Kat, l’héroïne de White Bird : sa mère disparaît mystérieusement et la voilà seule avec un père bloqué entre douleur sourde et apathie inquiétante. Que faire ? Chercher la vérité ? Se laisser aller avec le beau voisin d’en face ? Traîner à la cave avec ses potes ? Préparer son départ pour l’université ? Ou rester dans la maison familiale hant

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Films de genres

ECRANS | Lyon a enfin son festival de cinéma gay, lesbien, bi et trans : Écrans mixtes a choisi de visiter l’Histoire de ce cinéma plutôt que son actualité, notamment via une heureuse rétrospective autour de Gregg Araki. CC

Christophe Chabert | Jeudi 24 février 2011

Films de genres

Saint-Étienne et Grenoble avaient depuis longtemps leur rendez-vous annuel consacré au cinéma gay (au sens large du terme) ; à Lyon, l’association Écrans mixtes, qui s’était fait remarquer par ses nombreuses avant-premières, mijotait depuis un moment son festival. Le voilà en ce début du mois de mars, et il réserve quelques surprises. On pouvait penser qu’Écrans mixtes irait fouiner du côté des œuvres récentes abordant, de près ou de loin, la question de l’homosexualité ; cette part de nouveautés ou d’inédits est réduite à la portion congrue, même si on y trouve au moins un petit événement à ne pas rater : la projection en séance de minuit du dernier film de Bruce LaBruce, le plus original et percutant des cinéastes de porno gay. Après son excellent "Hustler White", faux documentaire très cul et très drôle, LaBruce a semé son sens du hard dans le cinéma de genre, et cela aboutit aujourd’hui à "L.A. Zombie", le premier film gore, porno et gay ! Le zombie du titre est incarné, dans tous les sens du terme, par François Sagat, sans doute plus à l’aise ici que dans la daube de Christophe Honoré "Homme au bain". Interdit aux moins de 18 ans, pour pas mal de raisons !

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