Insidious

ECRANS | James Wan applique le principe du «less is more» dans ce remarquable film d’épouvante à l’ancienne qui rappelle opportunément l’objectif du genre : faire peur ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 juin 2011

Révélé grâce à un film de vidéoclub opportuniste ayant ensuite connu une exploitation agressivement commerciale (Saw), James Wan aurait pu capitaliser sur ce succès et jouer les mercenaires au sein des studios. Avec une intégrité devenue rare, il a choisi au contraire de rester fidèle à une économie modeste, travaillant avec une ambition tout sauf dérisoire le cinéma de genre comme un territoire où tout n'a pas encore été montré et où le premier degré est indispensable pour susciter des émotions fortes. Après le film fantastique (Dead silence) et le film d'autodéfense (Death sentence), Wan situe Insidious à cheval entre le film de possession et le récit de maison hantée ; il y dépeint une gentille famille américaine qui s'installe dans sa nouvelle demeure. Après quelques alertes — un grenier inquiétant, des apparitions flippantes — Dalton, l'aîné des trois enfants, tombe dans le coma, et la mère est persuadée qu'une force maléfique cherche à s'emparer de son corps — le père est plus sceptique. Le reste de l'intrigue est riche en retournements de situations et climax terrifiants que Wan orchestre avec un indéniable savoir-faire.

La petite boutique des horreurs

Si Insidious fait la différence, c'est dans le soin apporté pour maximiser à l'écran ses maigres moyens, véritable manifeste pour un cinéma d'horreur pauvre en budget, mais riche en idées. Wan rappelle ainsi que pour créer l'effroi, il n'y a pas besoin de multiplier les décors, mais de savoir les mettre en scène en réfléchissant à l'endroit où l'on pose sa caméra, à la vitesse où on la déplace et à la manière dont les comédiens interagissent avec cet espace et dans cette durée. Les effets spéciaux, essentiellement mécaniques et réalisés sur le plateau, sont ainsi bien plus efficaces que tous les bidouillages numériques qui inondent le cinéma d'horreur contemporain. Wan met en abyme cet artisanat lorsqu'il fait débarquer dans le récit deux geeks qui ont fabriqué eux-mêmes leurs instruments pour détecter les présences démoniaques. Cela conduit à une séquence mémorable où l'angoisse naît de quelques ampoules de flash qui explosent, suggérant sans la montrer l'arrivée du mal. Dans son crescendo final, Insidious se fait plus figuratif, mais conserve cette puissance de littéralité : un diable est un diable, une sorcière une sorcière. Ce pourrait être grossier, c'est passionnant… Cette manière primitive de représenter la peur fait écho à la réussite globale du film, qui cherche à effrayer comme si aucun autre ne l'avait fait avant lui, sans cynisme et avec un amour sincère du genre.

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Cher Watson

Pop | Ceux qui ont découvert Patrick Watson un peu par hasard l'an dernier, à Fourvière même, ont sans doute eu la curiosité et le temps de se familiariser avec la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 11 juin 2019

Cher Watson

Ceux qui ont découvert Patrick Watson un peu par hasard l'an dernier, à Fourvière même, ont sans doute eu la curiosité et le temps de se familiariser avec la pop grandiose et planante du Canadien. Ceux qui le suivent depuis Wooden Arms, l'album qui a révélé par chez nous ce compositeur de la trempe d'un Sufjan Stevens et d'un Conor O'Brien (Villagers) ne manqueront sans doute pas la soirée proposée par la maison Fourvière. Soit la pop de Watson toute entière abandonnée aux envolées de l'Orchestre National de Lyon. On ne sait que trop pour l'avoir maintes fois constaté aux Nuits de Fourvière ce que ce genre d'accompagnement orchestral peut avoir de grandiose et d'inoubliable dans un lieu pareil (de Woodkid à Antony Hegarty (par deux fois), de Seu Jorge à... IAM) pour ne pas penser que le moment risque de s'ancrer profondément dans les souvenirs du public de ce 8 juillet. Patrick Watson avec l'O

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Épicerie Moderne, Marché Gare et Trokson : 30 ans à eux trois

MUSIQUES | Hasard du calendrier, trois hauts lieux des musiques dites actuelles fêtent leur dixième anniversaire cette saison : l’Épicerie Moderne, le Marché Gare et le Trokson. Et en fanfare s'il vous plaît.

Benjamin Mialot | Mardi 22 septembre 2015

Épicerie Moderne, Marché Gare et Trokson : 30 ans à eux trois

Il est aussi vain de vouloir donner du sens à un anniversaire que de chercher à justifier un mariage : dans un cas comme dans l'autre, l'événement est surtout prétexte à faire la chouille avec les copains. Reconnaissons toutefois à l’Épicerie Moderne ses efforts : pour marquer le coup de ses dix ans d'existence, elle s'est mise en quatre pour éditer un livre et un vinyle live commémoratifs. Le premier verra le jour le 17 octobre, dans le cadre d'une journée d'animations (tatouage, photo call, papertoys...) ponctuée par un concert du brass band à tout faire The Soul Rebels. Le second sera prêt pour celui du mètre-étalon (et étalon tout court) rock Jon Spencer (voir page 4). Deux habitués des lieux verront également leurs prestations "pimpées" pour l'occasion : d'un côté les Melvins (le 2 octobre), de l'autre Patrick Watson. Les parrains malgré eux du grunge se produiront au sortir d'une dégustation de vin en compagnie des œnologues with an attitude de Wine&Noise, tandis que l'élégant songwriter baroque le fera en parallèle d'un débarras de goodies

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Insidious : chapitre 2

ECRANS | Après la somme qu’était "Conjuring", James Wan allait-il faire avec ce deuxième "Insidious" le film d’horreur de trop ? Que nenni ! Passée une maladroite introduction, ce chapitre 2 s’avère au contraire son film le plus fou, baroque et expérimental. Un grand cinéaste, cette fois, c’est sûr ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Insidious : chapitre 2

James Wan n’en a pas fait mystère, Insidious chapitre 2 marque ses adieux au genre qui l’a rendu célèbre : le film d’épouvante. Il peut passer à autre chose l’esprit tranquille : il lui a rendu ses lettres de noblesse et parvient même, dans son ultime effort, à en pousser encore les murs. Deux mois à peine après la sortie de Conjuring et son succès planétaire, il y avait pourtant un petit risque : comment surpasser sa magistrale première heure, aboutissement de la méthode Wan, fondée sur la suggestion et le contrôle de l’espace, du temps et des mouvements d’appareil pour créer des climats d’angoisse vintage d’une efficacité redoutable ? Le début d’Insidious chapitre 2 laisse penser qu’en effet, le cinéaste signe peut-être ici son film de trop. Si cette première demi-heure fait peur, c’est plus pour son côté débraillé et sa façon d’embrayer sans conviction sur la conclusion du premier volet que par ses instants de terreur. Peu inspirée, la mise en scène arrive tout juste à

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Gravité sur la rentrée ciné

ECRANS | Après un été en demi-teinte, les quatre prochains mois devraient confirmer le cru exceptionnel de cette année 2013. Avec les locomotives cannoises et une pléiade d’auteurs dont on trépigne de découvrir les nouveaux opus, la rentrée est en effet salement musclée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 août 2013

Gravité sur la rentrée ciné

Après le marteau-piqueur estival qui faisait résonner semaine après semaine le même air connu fait de blockbusters, d’animation pour gamins décérébrés, de films d’auteur qu’on ne savait pas où mettre ailleurs et de comédies françaises dont tout le monde se fout, le cinéma reprend ses droits comme à chaque rentrée, avec des œuvres plus audacieuses et moins routinières. C’est évidemment le cas des deux gagnants du dernier Cannes, en l’occurrence La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche (9 octobre) et Inside Llewin Davis des frères Coen (6 novembre). Rien de commun toutefois entre le roman naturaliste sur les amours adolescentes déployé magistralement, trois heures durant, par Kechiche, et le vagabondage d’un folkeux dépressif et poissard dans l’Amérique des années 60 raconté en mode faussement mineur et vraiment métaphysique par les Coen. Rien, sinon une envie de pousser les murs du cinéma, en faisant imploser les limites de la durée d’un côté, et celles des structures scénaristiques de l’autre. En cela, ce sont les deux grands films insoumis de cette rentrée.

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Conjuring : les dossiers Warren

ECRANS | Même un cran en dessous de ses précédentes réalisations, "Conjuring" confirme James Wan comme le nouveau héros du cinéma de genre, capable de le prendre au sérieux et de lui rendre son essence terrifiante par une mise en scène fondée sur la suggestion et le sens de l’espace. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 août 2013

Conjuring : les dossiers Warren

L’accueil dithyrambique réservé aux États-Unis par la presse comme par les spectateurs à Conjuring en dit assez long sur la frustration générale provoquée par le cinéma de terreur ces dernières années. On peut résumer ces réactions à une formule simple : enfin un film qui fait vraiment peur. On ne leur donnera pas tort, car Conjuring possède en effet des moments absolument effrayants, provoqués par des visions à vous faire dresser les cheveux sur la tête et une gestion de l’angoisse à déchirer ses accoudoirs. Le vrai prodige du film, cependant, réside dans le fait que James Wan n’y joue jamais la surenchère et se refuse à verser dans les scories récentes du cinéma d’horreur. La mode du found footage, ces faux documentaires dont le bidonnage était tellement manifeste qu’il provoquait plus l’embarras que l’effroi, est même raillée dès le prologue, qui raconte une première enquête des époux Warren, chercheurs en phénomènes paranormaux, autour d’une poupée possédée par une force maléfique. Démarrée sur un classique entretien avec les victimes, poursuivie par un flashback reconstitua

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Mariage à l’anglaise

ECRANS | De Dan Mazer (Ang-Fr, 1h37) avec Rose Byrne, Rafe Spall, Anna Faris…

Christophe Chabert | Dimanche 7 avril 2013

Mariage à l’anglaise

Dépositaire historique du genre, le studio Working Title signe sans doute ici le crépuscule de la comédie romantique anglaise, en la faisant s’acoquiner dangereusement avec le trash à l’américaine, ici prétexte à une série de sketchs interminables de vulgarité. L’embarras se fait sentir très vite face à ce catalogue peu ragoûtant de clichés sur la vie d’un couple mal assorti dont l’union semble vouée à l’échec dès le départ. Aussi rance et démago que les pièces de café-théâtre avec les mots «hommes», «femmes», «couple» et «sexe» dans leur titre, Mariage à l’anglaise ne fait que rire de ses personnages, jamais avec eux, chargeant la mule du stéréotype, notamment quand il s’agit de se gausser des prolos et des pauvres, qui bien entendu finiront ensemble, les riches se retrouvant autour de leurs valeurs communes. Au milieu de cette tambouille antipathique, seule la lumineuse Anna Faris affiche une distance bienvenue, loin des rôles de ravissante idiote qui l’ont faite connaître. Christophe Chabert

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Revenants

MUSIQUES | À force, les salles lyonnaises sont un peu comme le PMU du coin de la rue, elles finissent par avoir des habitués. Ce qui en dit long sur la qualité de l'accueil de nos salles. Ou sur le fait que Lyon soit bel et bien réapparu sur la carte de France du rock. SD

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Revenants

Cette saison encore, quelques bienvenues impressions de déjà-vu. Qu'il s'agisse d'artistes quasi bi-annuel comme Dominique A – dont, quoi qu'il arrive, on ne se lasse pas – ou quasi-annuel comme Deerhoof ou The Wedding Present qui (re)vient tout spécialement pour jouer en intégralité l'un de ses albums mythiques Seamonsters. Il y a aussi les chouchous tels le Canadien Patrick Watson – pourtant de plus en plus déroutant – pour lequel l'Épicerie Moderne se damnerait volontiers, comme elle le ferait pour la formation hollandaise The Ex quasiment assignée à résidence, ou ses collègues bruitistes d'A Place to Bury Strangers aka «le groupe le plus bruyant de NY». Autre retours de groupe qu'on a l'impression d'avoir quittés hier : Dark Dark Dark, malheureusement programmé l'an dernier en face de The Chap, et les Caennais de Concrete Knives dont l'avenir, sur le label anglais Bella Union, s'annonce aussi glorieux que leurs hymnes pop sont foux-dingues. Tandis que ceux-ci passeront de la scène du Kafé, à celle plus p

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Mes meilleures amies

ECRANS | De Paul Feig (ÉU, 2h04) avec Kristen Wiig, Maya Rudolph, Rose Byrne…

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Mes meilleures amies

Jusqu’ici très geek et masculines, les productions Apatow changent de genre avec ce film où les hommes sont réduits au statut de pénis parlants (à l’exception d’un flic attachant et sensible), tandis qu’une poignée de filles se préparent à jouer les demoiselles d’honneur (d’où le titre original, Bridesmaids) sur fond de rivalités entre Annie, pâtissière au chômage, et Helen, bourge friquée, pour avoir les faveurs de la future mariée Lilian. Annie est interprétée par l’épatante Kristen Wiig, également auteur du scénario, qui a réuni au casting la plupart de ses comparses issues de sa troupe d’improvisation. Cette générosité complice est la qualité et la limite de Mes meilleures amies : Feig et Apatow semblent avoir accepté toutes les propositions de leurs comédiennes, gonflant la durée et laissant beaucoup de déchets comiques au milieu de quelques séquences parfois hilarantes. Mes meilleures amies répond aussi aux dérives mercantiles de Sex and the city (la scène d’essayage où les marques sont inventées et qui se termine par une hallucinante explosion scatologique) et à la beauferie de Very bad trip (ici, le voyage à Las Vegas

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Death sentence

ECRANS | JAMES WAN Metropolitan vidéo

Christophe Chabert | Vendredi 5 septembre 2008

Death sentence

Et si James Wan, en trois films, était devenu un petit maître du cinéma de genre ? Saw avait posé question, mais quand on le compare avec ses suites (débiles, honteuses, lamentables : rayez les mentions inutiles), il a le mérite de renouveler certains codes du cinéma d’horreur. Quant à Dead silence, sorti confidentiellement en salles, son récit fantastique se déploie comme un voyage à travers l’histoire du genre, retrouvant son inspiration gothique et graphique. Mais le meilleur film de Wan est ce Death sentence, lui aussi rapidement évacué des écrans (pas de VO sur Lyon !), qui s’aventure vers le terrain miné du film d’auto-défense, genre préféré de Sarkozy et Rachida Dati. Qui devraient jeter un œil à celui-ci, puisque son héros est certes une victime (ou plutôt, le parent d’une victime, ce qui n’est pas vraiment pareil) décidé à faire payer le prix du sang à ceux qui ont gratuitement abattu sa progéniture, mais une victime jamais totalement soutenue par la mise en scène. Kevin Bacon, pur bloc de fureur indignée, s’enfonce dans la violence et n’en ressort que plus abîmé. Dévasté même, comme si sortir des clous de la justice n’était pas un acte inconséquent, conduisant l’homme à u

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Watson toujours deux fois

MUSIQUES | Sa date à la Marquise en novembre dernier ayant vite affiché complet, beaucoup ont sans doute loupé la première apparition lyonnaise du Canadien Patrick (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 6 mars 2008

Watson toujours deux fois

Sa date à la Marquise en novembre dernier ayant vite affiché complet, beaucoup ont sans doute loupé la première apparition lyonnaise du Canadien Patrick Watson. Bonne nouvelle, l’auteur du très beau Close to Paradise, l’un des bijoux pop de l’an dernier, remet le couvert le 18 mars au Kao qui rappelons-le compte suffisamment de places pour y traîner famille et amis. Les absents n’auront donc «pas d’bon sens».

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