Corpo celeste

ECRANS | D’Alice Rohrwacher (It, 1h40) avec Yle Vianello, Salvatore Cantalupo…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 décembre 2011

Triste reflet de l'époque : le cinéma a refait de la religion un sujet. Corpo celeste montre une gamine attendant de faire sa confirmation dans une Calabre pauvre où l'église ressemble à une petite pègre autoritaire, profitant de la crédulité de ses ouailles pour leur extorquer leur peu d'économies. Mais Alice Rohrwacher ne va jamais au bout de cette supposée volonté critique. D'abord, elle cultive à l'écran un culte de la laideur permanente (des corps, des décors, de la lumière, de l'image dans son ensemble), sorte d'arte povera volontariste qui vire à la complaisance crado, comme si filmer la misère ne pouvait se faire qu'avec une caméra tremblante et des acteurs amateurs. Ensuite, on se demande si ce n'est pas la même chose vis-à-vis de la pratique religieuse : en pourfendant son establishment, la réalisatrice ne cherche-t-elle pas surtout à valoriser in fine l'acte de foi individuel comme le dernier rempart humaniste de la civilisation, l'ultime possibilité d'un lien social ? On ne sait plus alors si c'est la forme ou le fond qui ennuie le plus dans cette caricature de cinéma d'auteur.
Christophe Chabert

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L’esprit simple : "Heureux comme Lazzaro"

Le Film de la Semaine | Exploité par des paysans eux-mêmes asservis, le brave et candide Lazzaro fait tout pour aider son prochain, bloc de grâce dans un monde de disgrâce. Un conte philosophico-métaphysique à l’ancienne qui a valu à Alice Rohrwacher le Prix du scénario Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

L’esprit simple :

La vie d’un groupe de paysans italiens contemporains maintenus en servage, hors du monde, par une marquise avaricieuse, et la singulière destinée de l’un d’entre eux, Lazzaro. Valet de ferme innocent et bienheureux, sa bonté naïve rivalise avec l’étrangeté de ses dons… Heureux comme Lazzaro s’inscrit dans la tradition d’un certain cinéma italien brut et rêche des années 1960-1970. En dépeignant de manière documentarisante l’âpreté d’un quotidien rural du début du XXe siècle (dont on découvrira, avec effarement, qu’il se situe en fait à la fin du même siècle), Rohrwacher ressuscite l’indigence austère des ambiances paysannes façon L’Arbre aux sabots d’Ermanno Olmi ou Padre Padrone des Taviani. Elle s’en démarque en teintant son réalisme de magie : Lazzaro, tel une créature surnaturelle issue de Théorème ou d’un autre fantasme pasolinien, provoque des miracles. Sa seule existence s’avère d’ailleurs prodigieuse : il semble imperméable au temps qui passe ainsi qu’à la mort — son prénom l’y prédestinait.

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Les Merveilles

ECRANS | Alice Rohrwacher tente de faire renaître le néo-réalisme italien en filmant une famille d’apiculteurs loin de la modernité, bousculée par les aspirations de la fille aînée et l’irruption de la télévision. Un petit film attachant mais un peu longuet. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Les Merveilles

En sélectionnant Les Merveilles en compétition au dernier festival de Cannes, Thierry Frémaux n’a pas forcément rendu le meilleur service à Alice Rohrwacher ; Jane Campion et son jury non plus en lui décernant leur Grand prix. Car le costume est d’évidence trop large pour ce deuxième film modeste et attachant, dont les défauts sont criants et qui témoigne plutôt de l’affirmation d’un talent encore en devenir. Déjà, Corpo Celeste, premier film de Rohrwacher, empilait quelques clichés du cinéma d'auteur : image naturaliste, mise en scène à hauteur d’enfant, approche intime mais pas très critique de la question religieuse… Les Merveilles, tout en s’inscrivant naturellement dans la même lignée, est bien plus passionnant : on y voit une famille d’apiculteurs de la région des Étrusques, comme sortie d’une autre époque — l’Italie rurale des années 30, mais aussi les communautés beatnik des années 70 — avec un père fantasque et colérique et quatre filles dont l’aînée, Gelsomina — bonjour La Strada ! entre dans l’adolescence. Ce microcosme bri

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