La Taupe

ECRANS | De Tomas Alfredson (Ang, 2h) avec Gary Oldman, John Hurt, Colin Firth…

Dorotée Aznar | Vendredi 3 février 2012

La Taupe fait partie de cette catégorie de films pas aimables, ou plutôt, qu'on ne cesse d'avoir envie d'aimer (et pas seulement parce que son cinéaste Tomas Alfredson, avait réalisé le génial Morse) même s'ils ne font rien pour l'être. Le scénario, tiré de John Le Carré, est d'une complexité hallucinante, et la mise en scène, qui perd sans arrêt ses personnages dans des décors étouffants, procure autant de fascination — jamais l'atmosphère du complot paranoïaque de la guerre froide n'avait été aussi magistralement retranscrite à l'écran — que d'ennui. Cette traque à l'agent double par des espions anglais rigides et vieillissants, dont un Gary Oldman impressionnant, ne dit en fin de compte rien de neuf sur la politique de l'époque, et la résolution, décevante, achève de donner le sentiment que la sortie du labyrinthe était en fait la porte d'à côté. Pourtant, il y a une piste passionnante qui sauve in extremis le film de l'exercice de style fétichiste : cet univers masculin où les émotions sont bannies transpire à chaque instant l'homoérotisme refoulé ou caché. Et si fin mot de l'histoire il y a, ce n'est pas l'identité du traître, mais la manière dont l'amour est peut-être le véritable talon d'achille de ces hommes de l'ombre. CC

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De profondis sous-marin russe : "Kursk"

Drame | de Thomas Vinterberg (Bel-Lux, 1h57) avec Matthias Schoenaerts, Léa Seydoux, Colin Firth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

De profondis sous-marin russe :

Août 2000. Victime d’une avarie grave, le sous-marin nucléaire russe Kursk gît par le fond en mer de Barents avec quelques survivants en sursis. Les tentatives de sauvetage par la flotte nationale ayant échoué, la Royal Navy propose son aide. Mais Moscou, vexé, fait la sourde oreille… On avait quitté Thomas Vinterberg évoquant ses souvenirs d’enfance dans La Communauté, récit fourmillant de personnages centré sur une maison agrégeant une famille très élargie. Le réalisateur de Submarino — faut-il qu’il soit prédestiné ? — persiste d’une certaine manière dans le huis clos avec cette tragédie héroïque en usant à bon escient des “armes“ que le langage cinématographique lui octroie. Sobrement efficace (l’excès en la matière eût été obscène), cette superproduction internationale travaille avec une enviable finesse les formats d’image pour modifier le rapport hauteur/largeur et ainsi renforcer l’impression d’enfermement, comme elle dilate le tem

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Matthew Vaughn : « Faisons les films que personne ne peut faire »

Kingsman - Le Cercle d'Or | Le réalisateur de Kingsman remet le couvert, plaçant une baronne de la drogue sur la route de son armada d’élégants. Du sur-mesure pour ses interprètes, et du cousu-main par l’auteur qui détaille ici son patron. Propos recueillis lors de sa conférence de presse parisienne.

Vincent Raymond | Mercredi 11 octobre 2017

Matthew Vaughn : « Faisons les films que personne ne peut faire »

C’est la première fois que vous tournez la suite d’un de vos films. En quoi Kingsman est-il si différent de Kick Ass ou X-Men ? Matthew Vaughn​ : Je n’a pas pu refuser de le réaliser ni lui résister : j’avais adoré tourner le premier ; il n’était pas question pour moi que quelqu’un prenne mes propres jouets et joue avec ! Le Cercle d’Or est davantage une expansion qu’une suite à Kingsman… MV : En effet. Il était très important pour moi de continuer l’histoire amorcée, plutôt que de faire une suite pour une suite ou pour, disons, l’argent. Kingsman est surtout l’histoire d’Eggsy, qui d’un très jeune garçon, évolue jusqu’au 3e opus. C’est son parcours, son voyage personnel que nous suivons, où qu’il nous emmène. En aucun cas je n’ai voulu me répéter : ça aurait été aussi ennuyeux pour vous que pour moi. Quand avez-vous pris la décision de réintégrer le personnage de Colin Firth ? Était-ce prévu dès son exécution à la fin du précédent épisode ? MV :

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La suite à l’anglaise : "Kingsman - Le Cercle d’or" de Matthew Vaughn

Espionnage | de Matthew Vaughn (G-B-EU, 2h21) avec Taron Egerton, Colin Firth, Mark Strong, Julianne Moore…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

La suite à l’anglaise :

Promu Agent Galahad et fiancé à une princesse scandinave, le jeune Eggsy a tout l’avenir devant lui. Las ! La trafiquante de drogue psychopathe Poppy Adams éradique Kingsman. Pour se venger, Eggsy va pouvoir compter sur Merlin et les cousins d’Amérique de l’Agence Statesman… Stupéfiante combinaison entre un spoof et un action movie (à la violence hallucinante, mais monstrueusement bien chorégraphiée), Kingsman (2015) aurait difficilement pu demeurer à l’état de singleton — d’autant qu’il s’était révélé des plus rentables. Certes, ce nouvel opus ne bénéficie plus de l’effet de surprise du précédent, mais il renoue avec les fondamentaux de ce qu’il faudra donc considérer comme la matrice de la franchise, plaçant dès l’ouverture sa séquence de bravoure : une poursuite dans les rues de Londres dont la réalisation n’a rien à envier aux MI où cavale Tom “Peter Pan” Cruise. Si Kingsman est ouvertement plus décalé que James Bond, longeant volontiers les rives du fantastique ou de la parodie sarcastique, il se montre a

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Kingsman : services secrets

ECRANS | De Matthew Vaughn (Ang, 2h09) avec Colin Firth, Taron Egerton, Samuel L. Jackson…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Kingsman : services secrets

Drôle de film raté que ce Kingsman, antipathique à force de chercher la connivence et le deuxième degré avec le spectateur. L’idée est de créer une sorte de James Bond 2.0 qui connaîtrait par cœur les codes de son modèle et se plairait à les pasticher en multipliant clins d’œil et références décalées. Une sorte de Scream de l’espionnage que Matthew Vaughn, tentant de reprendre la formule déjà contestable de son Kick-Ass, plonge dans une esthétique de comic book où la violence, pourtant extrême — corps coupés en deux, têtes qui explosent — serait dans le même temps totalement déréalisée. Même le propos politique, plutôt judicieux sur le papier — comment un nerd félé, incarné par un Samuel L. Jackson s’amusant manifestement à jouer avec son cheveu sur la langue, utilise le consumérisme ambiant pour pratiquer une ségrégation radicale entre les élites et le peuple, promis à l’autodestruction — ne va finalement pas plus loin qu’une grosse baston dans une église et des décapitations en série transformées en feux d’artifices multicolores. Des idées to

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La Planète des singes : l’affrontement

ECRANS | Cruelle déception : cette deuxième partie censée expliciter les origines du récit de Pierre Boulle ne possède ni l’efficacité, ni la puissance politique du premier volet, Matt Reeves se coulant dans le moule industriel du blockbuster estival. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

La Planète des singes : l’affrontement

Alors que personne ne misait un kopeck sur son éventuelle réussite, La Planète des singes : les origines avait séduit à peu près tout le monde par son mélange d’exploit technique et d’efficacité narrative, sans parler de son étonnant contenu politique, où les esclaves-singes se révoltaient contre leurs maîtres-humains. Rupert Wyatt et ses deux scénaristes, Rick Jaffa et Amanda Silver, avaient eu l’intelligence de coller aux codes du film de prison pour conférer à ce prequel la vitesse et la sécheresse des meilleures séries B. Dans un monde bien fait, on aurait dû en rester là et regarder en boucle ce modèle de divertissement intelligent. Mais la loi hollywoodienne exige qu’on ne laisse jamais un succès dormir sur ses deux oreilles… Wyatt au placard, remplacé par Matt Reeves, Jaffa et Silver cornaqués par le renégat Mark Bomback — le dernier Wolverine, le quatr

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Gambit, arnaque à l’Anglaise

ECRANS | Prudents, les frères Coen se sont contentés de signer le scénario de cette oubliable comédie, laissant la réalisation au dénommé Michael Hoffman. Résultat : un "Ladykillers" du pauvre, sans folie et sans rythme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2013

Gambit, arnaque à l’Anglaise

Balancé sur les écrans sans grand tapage par son distributeur, Gambit, arnaque à l’anglaise aurait dû logiquement aller mourir de sa belle mort dans quelque multiplexe, vite remplacé par une autre comédie anglo-saxonne. Son réalisateur, Michael Hoffman, n’a pas vraiment marqué les esprits avec ses films précédents — Un beau jour, Le Club des empereurs… et le duo Cameron Diaz/Colin Firth, malgré la sympathie qu’il inspire, paraît plus incongru que réellement sexy. Seulement voilà, le scénario est signé des frères Coen, adaptant une nouvelle qui avait déjà donné lieu à une première version cinématographique — un peu oubliée, déjà. De fait, on voit bien ce qui a pu les attirer là-dedans : le conflit culturel (et linguistique) entre un Anglais expert en art et plus précisément en impressionnisme, et une Texane experte en rodéo, sur quoi se greffera une armée de Japonais qui utilisent les clichés sur leur propre peuple pour duper leurs interlocuteurs. L’histoire en soi n’est pas idiote : l’Anglais et l’Américaine s’unissent pour monter une arnaque auprès d’un riche collectionneur d’art, lui faisant croire que le Monet qu’il cherche désespérément a en fait é

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Le Discours d'un roi

ECRANS | De Tom Hooper (Ang-Austr-ÉU, 1h58) avec Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham Carter…

Christophe Chabert | Mercredi 26 janvier 2011

Le Discours d'un roi

La razzia effectuée par "Le Discours d’un Roi" sur les nominations aux Oscars n’a rien d’étonnant ; le film semble calibré pour séduire l’Académie, répondant au cahier des charges du cinéma historico-culturel. Il y a un sujet, véridique — l’accession au trône du Roi Georges VI, contrainte et forcée, et ses déboires oratoires liés à un bégayement intempestif ; des numéros d’acteurs au cabotinage gênant — on a vu Colin Firth meilleur qu’ici, même s’il en fait moins que Bonham Carter en précieuse ridicule. Et il y a une forme, emphatique et arty, un surfilmage constant fait de décadrages voyants et de courtes focales sur des décors sans profondeur, qui donne parfois l’impression de regarder autant les tapisseries que les acteurs. Le film hurle si fort sa subtilité qu’il en devient lourd, notamment dans des dialogues qui ne ratent jamais l’occasion de récapituler avec des grandes sentences théâtrales le propos et les états d’âme des personnages. Les séquences de rééducation sont censées fournir un contrepoint comique à cette grandiloquence ; mais voir le futur Roi éructé tel un malade de la Tourette des «fuck» et des «shit» est amusant une fois, pas dix. On regrette amèrement la dis

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«Avec subtilité et discrétion»

ECRANS | Tomas Alfredson, réalisateur de Morse, sublime film de vampires suédois, angoissant et émouvant, contemplatif et envoûtant. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 février 2009

«Avec subtilité et discrétion»

Petit Bulletin : Dans combien de pays "Morse" est-il sorti ? Tomas Alfredson : À ce que j’en sais, il a été vendu dans 50 pays environ. Et il est sorti dans quatre pays scandinaves, aux États-Unis, au Canada, en Italie — une grosse sortie en Italie ! Et bientôt il va sortir au Benelux, en Espagne, en Corée et en Australie. Il voyage beaucoup ! Êtes-vous surpris par l’enthousiasme qu’il provoque ? Oui, bien sûr. Vous ne pensez jamais à ça en cours de production. Les films suédois ne voyagent pas beaucoup à cause de la langue, mais aussi parce que la qualité n’a pas été au rendez-vous ces dernières années. En tout cas, cela me fait drôle ! C’est un film très suédois, dans ses décors, ses atmosphères, sa lenteur. Ce n’est pas exactement le prototype d’un film exportable… Oui, cela démontre cette étrange équation : plus vous êtes local, plus vous êtes universel. L’histoire en elle-même est universelle, elle pourrait se dérouler dans n’importe quel pays, à n’importe quelle époque. Seule l’imagerie est typiquement suédoise. Quand vous avez commencé à travailler s

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Morse

ECRANS | Les atermoiements geignards et pseudo-gothiques de "Twilight" vous ont pesé ? Allez donc vous réconcilier avec vos amis les vampires en découvrant cette petite perle horrifique toute en nuance. François Cau

Christophe Chabert | Vendredi 30 janvier 2009

Morse

Bambin blondinet et blafard, Oskar est la tête de turc de ses camarades de classe. Un garçon introverti, n’aimant rien tant que se réfugier dans son monde, où il prendrait enfin le dessus sur son morne quotidien. Sa rencontre avec Eli, sa mystérieuse nouvelle voisine noctambule, va précipiter sa catharsis, lui donner de l’assurance et réveiller des sentiments qu’il ne pensait jamais connaître. Seule ombre au tableau, l’arrivée d’Eli coïncide avec une vague de meurtres excessivement violents, où les victimes sont retrouvées vidées de leur sang… De prime abord, ce qui frappe dans le film de Tomas Alfredson (dont le titre original, Let the right one in, hommage à la chanson de Morrissey et clin d’œil à un aspect de la mythologie vampirique finement décliné dans le film, est tout de même plus marquant), c’est son air glacial. Tant au niveau de la mise en scène, constituée essentiellement de plans fixes assortis de discrets mouvements de caméra, que de la composition des cadres, écrins d’une noirceur abyssale pour les éclats de violence amenés à y exploser. Aux frontières de l’aube Mais là où le réalisateur s’éloigne de cette distance caracté

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Une histoire de famille

ECRANS | de et avec Helen Hunt (ÉU, 1h40) avec Colin Firth, Bette Midler…

Christophe Chabert | Mercredi 24 septembre 2008

Une histoire de famille

Comment dire ? Vu il y a pratiquement un an, ce premier film d’une actrice plutôt aimable (Helen Hunt) ne nous a laissés, à proprement parler, aucun souvenir. Cela étant, il n’est pas sûr que s’il était sorti plus tôt, notre mémoire eût été plus fraîche le concernant. Après un relatif effort, revient à la surface quelques images d’une comédie douce-amère (à moins qu’il ne s’agisse d’un mélodrame) entre un instituteur et une femme quittée. Et aussi Bette Midler, fantôme ressurgi d’une autre époque du cinéma, mais pas tellement changée par le passage des années. Et puis ? Et puis on ne sait plus.CC

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Crimes à Oxford

ECRANS | Sans être le meilleur film de son auteur, le nouveau Alex de la Iglesia est un jeu de piste assez ludique où le cinéaste relève le pari de faire un thriller avec des maths et de la philo, à la surface faussement consensuelle. CC

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

Crimes à Oxford

C’est assez rare pour être souligné : Crimes à Oxford accroche son spectateur par une première séquence où l’on nous raconte une anecdote sur le penseur Ludwig Wittgenstein rédigeant, sous les bombes de la première guerre, le Tractatus logico-philosophicus qui sert de base à la philosophie du langage contemporaine. Et quand on dit «accroche», on n’utilise pas le mot pour rien (d’ailleurs, disait Wittgenstein, «ce que l’on ne peut dire clairement, il faut le taire»)… Cette introduction, en forme d’exposé passant d’une chaire universitaire à un champ de bataille, est effectivement brillante. Le reste de ce thriller élégant et néanmoins un peu cinglé ne l’est pas moins, prouvant que son réalisateur, l’épatant Alex de la Iglesia, ne s’est pas trop perdu dans les rouages d’une adaptation littéraire à visée internationale. √Ω+∆=Q On y voit Martin, étudiant américain, débarquer en Angleterre pour écrire sa thèse sous la direction d’Arthur Seldom, vieux professeur cynique et blasé. Mais sa logeuse, elle-même liée par le passé à Seldom, est retrouvée assassinée. Ce qui devait être un mémoire rasoir se transforme en palpitante enquête policière menée avec force équations p

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