2 days in New York

ECRANS | De et avec Julie Delpy (Fr-Belg-All, 1h35) avec Chris Rock, Albert Delpy…

Christophe Chabert | Vendredi 23 mars 2012

Photo : DR


Le succès surprise de 2 days in Paris tenait beaucoup à la spontanéité que Julie Delpy y avait mis, son plaisir évident à filmer ses parents, cabotins de génie, tout en se gaussant des clichés sur les étrangers à Paris. Cette suite tente donc de recréer la magie initiale, mais ressemble plutôt à ces chanteurs qui, ayant enregistré un tube sans forcément le vouloir, se dépêchent d'en faire un autre en en recréant la «formule». 2 days in New York voit donc Albert Delpy ressortir ses saillies libertaires et soixante-huitardes, Alexia Landeau décliner sa nymphomanie, Alexandre Nahon promener sa nonchalance jointée et irresponsable, et Julie Delpy elle-même refaire son numéro de Woody Allen au féminin, névrosée et speed. Seul Chris Rock débarque comme un parfum de nouveauté plutôt bienvenu, mais cela conduit aussi aux passages les plus pénibles (les monologues face à la PLV d'Obama). Le film s'avère laborieux dans la comédie, agaçant dans son déballage de poncifs sur l'Amérique, et seule l'apparition d'une guest star inattendue procure un vrai frisson de plaisir. On gardera donc secrète son identité, pour ne pas gâcher la meilleure idée de 2 days in New York.
Christophe Chabert

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Peau d’âme : "Le Daim"

Le Film de la Semaine | Revenant de quelques infortunes artistiques, Jean Dujardin se prend une belle veste (au sens propre) taillée sur mesure par Quentin Dupieux en campant un monomaniaque du cuir suédé. Un conte étrange et intriguant totalement à sa place à la Quinzaine des Réalisateurs.

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Peau d’âme :

Ça a tout l’air d’une tocade, et pourtant… Georges, 44 ans, a tout quitté pour acheter une fortune la veste en daim de ses rêves, au fin fond d’une région montagneuse. Ainsi vêtu, il se sent habité par une force nouvelle et se lance dans un projet fou, aidé par Denise, la barmaid du coin… Propice aux films de zombies (plus nombreux que des doigts sur un moignon de mort-vivant), l’année serait-elle aussi favorable aux récits de fringues maudites ? Après In Fabric de Peter Strickland (la déclinaison sur-diabolique de La Robe de Van Warmerdam vue notamment au festival Hallucinations Collectives), Le Daim renoue avec cette vieille tradition héritée de la mythologie où l’habit influe sur l’humeur ou la santé de celui qui le porte. À l’instar de la tunique de Nessus fatale à Hercule, ou de la tiare d’Oribal pour les lecteurs d’Alix, le blouson ocre va conditionner Georges, le menant à supprimer ses semblables — comprenez ceux du porteur de daim ainsi que tous les autres blousons du monde. Vaste programme, aurait pu dire de Gaulle.

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"Comment j'ai rencontré mon père" de Maxime Motte : “Je” est un autre

ECRANS | de Maxime Motte (Fr, 1h25) avec François-Xavier Demaison, Isabelle Carré, Albert Delpy…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Enguerrand a six ans et des parents adoptifs qui moulinent un peu avec ce concept. Alors, lorsqu’il découvre un soir sur la plage un sans papier d’origine africaine comme lui, il est persuadé d’avoir rencontré son père biologique. Sauf que non : Kwabéna veut juste passer en Angleterre… La promesse du titre est à moitié tenue : le “je” laisse entendre que le film va être vu à hauteur d’enfant. En réalité, ce sont les parents (et surtout le grand-père délinquant-débauché joué par Albert Delpy) qui occupent le premier plan, l’enfant — doté de la maturité d’un grand pré-ado — se contentant de vignettes. Privé de cette ambition, le film équivaut à un Welcome traité façon comédie, émaillé de séquences de “Papy sème sa zone à l’hospice avec ses potes les vieux” et d’engueulades sitcom entre les parents (elle, juge rigide ; lui, libraire nonchalant). Un (gros) peu d’écriture en plus n’aurait pas nui.

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Lolo

ECRANS | Quand Julie Delpy signe une comédie familiale, il ne faut pas forcément s’y rendre avec sa smala. Ni avec son ou sa fiancé(e). Ni en célibataire. Plutôt en groupe de copains et de copines, en fait…

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2015

Lolo

Depuis qu’elle est réalisatrice, Julie Delpy cuisine la famille à toutes les sauces. En s’inspirant de sa pittoresque tribu, à l’origine de son caractère pour le moins fantasque. Ainsi, dans sa prolifique filmographie, une continuité indiscutable relie 2 Days in Paris (2007) et 2 Days in New York (2012) : deux comédies enlevées jouant sur les stéréotypes culturels, où elle confronte son couple mixte — car à chaque fois, elle partage la vie d’un Étatsunien — avec son père, Français bohème décontracté du slip (quand il en porte un…). Le Skylab (2011) montait un cran plus haut en plaçant des ados au milieu d’une maison de vacances des années soixante-dix transformée en cocotte-minute familiale — une sorte de Hôtel de la plage revu et corrigé par Sautet. our Lolo, Delpy réussit le prodige d’aller plus loin dans la perversité, avec une œuvre dont elle est persuadée qu’elle est grand public. Son Lolo ressemble à Tanguy — l’ado attardé de Chatiliez qui s’incruste chez sa parents. En pire, puisque ce fils exclusif et sournois fait fuir les amants de sa mère afin de conserver sur elle un empire total. Jusqu’

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Before midnight

ECRANS | De Richard Linklater (ÉU-Grèce, 1h48) avec Julie Delpy, Ethan Hawke…

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

Before midnight

Tous les neuf ans, Linklater, Delpy et Hawke reviennent prendre des nouvelles du couple qu’ils ont inventé avec Before sunrise : après la rencontre, après les retrouvailles, voici le temps du bilan. Céline et Jesse sont mariés, ils ont deux jumelles et passent leur été sur une île grecque dans une résidence pour écrivains. Before midnight fonctionne à nouveau sur une unité de temps — une journée — mais Linklater et ses deux comédiens-scénaristes radicalisent un peu plus leur dispositif cinématographique : le film n’est constitué que de grands blocs de dialogues tournés en plans-séquences dont le plus "spectaculaire" dure 14 minutes, et se déroule entièrement dans une voiture en mouvement. Ces longues discussions, où les conflits peuvent être larvés ou ouverts, où ce qui s’exprime clairement est aussi important que les hésitations et les atermoiements des personnages, et où la mise en scène cherche à se rendre invisible — la grande scène de dispute à l’hôtel prouve pourtant qu’elle est souveraine, des seins dénudés de Julie Delpy à ses entrées et sorties faussement théâtrales — ne sont futiles qu’en app

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Copains pour toujours

ECRANS | De Dennis Dugan (ÉU, 1h42) avec Adam Sandler, Chris Rock…

Dorotée Aznar | Jeudi 2 septembre 2010

Copains pour toujours

Maudit soit notre optimisme puéril. On se disait qu’après sa cure comique intensive auprès de Judd Apatow, Adam Sandler aurait retenu quelques leçons. Que Dennis Dugan, son compère historique en forfaits cinématographiques pas franchement glorieux, aurait conservé ne serait-ce qu’un dixième de la superbe qui animait son chef-d’œuvre quasi absolu, Rien que pour vos cheveux. Mais non. Il fallait que cette catin de réalité se rappelle à nous, de la plus lamentable façon, qui plus est. Il n’y franchement rien à sauver de cette pénible comédie familiale, voyant cinq amis d’enfance se retrouver au bout de trente ans pour un week-end champêtre. Côté humour, on oscille entre la pantalonnade convenue (hi hi, Kevin James pisse dans un lac, ho ho, David Spade tombe dans une bouse) et le faux trash qui ne choquerait même pas un mormon radicalisé (wouh, Rob Schneider aime les vieilles, ouhlala, Salma Hayek a du papier toilette collé au derrière). On sent qu’Adam Sandler, responsable du scénario, s’est bien amusé avec tous ses potes, emmitouflé dans la réalisation atrocement pépère de Dennis Dugan ; la moindre des choses aurait été de rendre cet enthousiasme un minimum communicatif. FC

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La Comtesse

ECRANS | De et avec Julie Delpy (Fr-Ang-All, 1h34) avec Daniel Brühl, Anamaria Marinca…

Christophe Chabert | Mercredi 14 avril 2010

La Comtesse

Veuve d’un homme qu’elle n’avait pas choisi, la Comtesse Bathory déchaîne les passions dans la Hongrie du XVIIe siècle. On la dit froide, cruelle, calculatrice. On la sait riche et influente. Julie Delpy, actrice et metteur en scène de ce film visiblement très personnel, veut faire émerger la vérité de la Comtesse sans quitter la rumeur tragique que l’on colporte sur elle — elle sera accusée d’avoir fait égorger des vierges pour boire leur sang juvénile. Pour cela, Delpy décrit chaque personnage à travers le conflit entre son désir intime et sa posture publique : István, le trop jeune amant, fidèle mais instrumentalisé par un père qui se venge de la comtesse, qui l’avait rejeté ; Darvulia, prétendument sorcière mais avant tout amoureuse délaissée par Bathory… L’ambiguïté du récit tient à savoir si ce qui nous est raconté à l’écran reproduit une réalité ou la fable qui se développe autour de la comtesse. Quand celle-ci prend le pouvoir dans le récit, c’est surtout une femme libre, franche face à son désir et ses névroses, qui apparaît au spectateur. Mais cette vision-là est une hérésie aux yeux de l’aristocratie de l’époque… Joliment réalisé, le film faiblit un peu dans une derni

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