The Raid

ECRANS | Un Gallois exilé en Indonésie redéfinit avec panache les règles du cinéma d’action : The Raid n’a pas d’autre ambition que d’en mettre plein la gueule, mais par la rigueur de son intrigue et de sa mise en scène, procure une sensation d’euphorie qu’on pensait avoir oubliée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 14 juin 2012

Pas besoin d'avoir décroché le Nobel pour résumer The Raid : une bande de flics d'élite veut déloger d'un immeuble transformé en forteresse imprenable un baron de la drogue qui a mis chaque étage en coupe réglée et assure sa protection via deux gardes du corps sans pitié, l'un adepte des armes, l'autre préférant la baston à mains nues. Une exposition éclair et c'est parti pour une heure trente d'action pure, où Gareth Evans va exploiter au maximum les possibilités de son décor labyrinthique mais aussi toutes les formes de combat : d'abord des flingues et des explosifs, puis des armes blanches et enfin d'homériques dégelées façon free fight, jusqu'à épuisement des forces en présence. Il dédouble l'affaire d'un conflit moral entre deux frères, l'un du côté de la loi, l'autre du côté du crime, faisant de cette opération commando une affaire personnelle autant que policière.

Baston à l'indonésienne

Quoi de neuf dans The Raid ? À proprement parler rien, mais ce n'est manifestement pas l'objectif de Gareth Evans, cinéaste gallois ayant choisi Djakarta comme destination idéale pour faire renaître un cinéma d'exploitation décomplexé, où les coups font mal, le sang gicle et les schémas scénaristiques sont sublimés par l'iconisation des personnages. Comme s'il digérait le meilleur du film d'action de ces trente dernières années (de MacTiernan à John Woo), Evans fonde sa mise en scène sur un retour aux fondamentaux : il refuse le surdécoupage pour privilégier l'impact physique de plans soigneusement chorégraphiés dans le temps et l'espace. Chaque pièce, chaque «niveau» (le boss est tout en haut, il faut donc grimper les étages un par un) sont autant d'environnements auxquels le héros doit s'adapter, preuve de l'influence du jeu vidéo sur le réalisateur. C'est le paradoxe jouissif du film : son programme est évident, son appétit de destruction aussi, mais ce qui l'élève au-dessus des récentes tentatives du genre, c'est sa rigueur et son sérieux. Pas question de déréaliser la violence ou de jouer la carte du film culte avant l'heure. Evans fait patiemment ses preuves, évite les écueils, resserre lentement son récit autour de ses figures les plus fortes, s'autorise quelques morceaux de bravoure et de suspense, avant de s'offrir un spectaculaire feu d'artifice final. En voyant The Raid, on imagine ce qu'ont dû ressentir les spectateurs à l'époque des premiers Bruce Lee : une grande baffe dans la gueule !

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

The Raid 2

ECRANS | En suivant une logique inflationniste — plus long, plus violent, plus grand — cette suite à la très bonne série B de Gareth Evans — de retour aux manettes — invente une sorte de pornographie de l’action où le scénario n’est qu’une sauce froide et convenue entre deux scènes ultra-spectaculaires. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 juillet 2014

The Raid 2

Sorti de nulle part — tourné en Malaisie par un réalisateur gallois — The Raid avait redonné ses lettres de noblesse à un cinéma d’action flirtant avec l’exploitation pure et dure en repartant des fondamentaux du genre : un lieu unique, un scénario simplissime, des combats extrêmement violents et parfaitement chorégraphiés où les coups faisaient mal et où le principe était à la fois celui d’une progression — d’étages en étages, de méchants en méchants jusqu’au boss — et d’une variété des armes employées — pieds et poings, armes blanches, armes à feu. Pour cette suite, Gareth Evans retrouve son héros Rama, qui doit cette fois infiltrer un gang de mafieux avant de le démanteler. Étendu cette fois à l’échelle d’une ville entière — Jakarta — The Raid 2 tente de passer le premier volet au carré, en multipliant les personnages, les lieux et en étirant au maximum les scènes de baston et de fusillades. On ne discutera pas la virtuosité de la mise en scène : la caméra d’Evans dessine d’hallucinantes arabesques que l’on ne trouve guère que chez Gaspar Noé aujourd’hui, pri

Continuer à lire

Des hallucinations de haute volée

ECRANS | Avec une deuxième édition particulièrement réussie, le festival Hallucinations collectives a trouvé son bon format, rencontré un large succès et proposé une sélection d’une grande tenue, que le jury a justement souligné en décernant un grand prix mérité au génial Kill list. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 avril 2012

Des hallucinations de haute volée

Depuis la naissance de L’Étrange festival, et sa transformation en Hallucinations collectives l’an dernier, ce festival nous tient à cœur et c’est avec une certaine joie que l’on peut affirmer que l’édition 2012 restera comme un excellent cru. Et, cela ne gâte rien, le public a répondu présent, malgré la pléthore de propositions culturelles (ou pas, genre l’ouverture du centre commercial Confluence) et le début des vacances de Pâques. De là à dire que celui-ci se lasse du formatage cinématographique actuel et démontre qu’il est prêt à se lancer dans des expériences extrêmes, il y a un pas que l’on ne franchira pas ; mais qu’il puisse répondre présent une fois par an pour découvrir des films hors norme, et parfois franchement déroutants, est un pied de nez salutaire au marketing envahissant et à la longue gonflant qui tente de nous faire croire à la nouveauté là où, de toute évidence, il n’y a que de la redite. La compétition, grande innovation du festival depuis l’édition précédente, a ainsi démontré une vigueur galvanisante. Galvanisant, c’est d’ailleurs le mot qui vient à l’esprit pour qualifier The Raid de Gareth Evans, présenté en ouverture

Continuer à lire

Les Hallucinations, c’est maintenant !

ECRANS | La deuxième édition d’Hallucinations collectives propose pendant cinq jours au Comœdia un recueil de ce que le cinéma compte de films bizarres, originaux, provocants, rappelant au passage que ce cinéma-là est en voie d’extinction sur les écrans… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 30 mars 2012

Les Hallucinations, c’est maintenant !

Cette semaine, deux événements se font concurrence en matière de cinéma : sur la rive gauche du Rhône, l’arrivée au sein du «pôle de loisirs» (notez le mot «loisirs», il est important) Confluence d’un nouveau multiplexe UGC Ciné Cité ; de l’autre côté du fleuve, au Comœdia, ce sera la deuxième édition d’Hallucinations collectives, où il s’agira de montrer tout ce qui a peu de chances d’atterrir sur les écrans d’en face, la position du groupe UGC étant par exemple de ne plus sortir les films interdits aux moins de 16 ans — soyons justes, beaucoup de cinémas indépendants font implicitement la même chose… Car Hallucinations collectives et ses organisateurs (l’association Zone Bis) aiment justement ce qui, de l’Histoire du cinéma à son actualité, bouscule le spectateur et lui rappelle qu’un film, ce n’est pas qu’une sortie, mais aussi une expérience. Que les émotions au cinéma, ça ne se fabrique pas dans les bureaux d’un studio mais ça se contrôle par le travail de la mise en scène. Et qu’en définitive, cette marge-là restera quand les pages des nouveautés hebdomadaires auront depuis longtemps été déchirées des mémoires. Voyage au bout de l’enfer

Continuer à lire

Hallucinations et moutons électriques

ECRANS | La programmation du prochain festival Hallucinations collectives (au Comœdia du 4 au 9 avril) a été dévoilée : des Belges bizarres, un tueur en série autrichien, un cinéaste sud-africain visionnaire, un hommage à Philip K. Dick et une belle brochette d’inédits. Passionnant ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 février 2012

Hallucinations et moutons électriques

La première édition avait tenu toutes ses promesses : Hallucinations collectives prolongeait, avec un enthousiasme contagieux, l’expérience menée pendant trois ans par L’Étrange festival et revendiquait une identité singulière, où la défense des films «orphelins» (jolie formule désignant ces œuvres auxquelles les auteurs n’ont souvent jamais donné de suite !) et hors norme brisait les frontières étanches du bon goût cinéphile (cinéma de genre, cinéma d’auteur : peu importe !). La programmation de l’édition 2012 poursuit donc cet effort, et elle est déjà très excitante (il manque encore quelques titres, qui seront révélés dans les jours à venir). Dick in my brain Surprise : ce n’est pas un cinéaste mais un écrivain qui sera à l’honneur dans la première partie du festival. L’immense Philip K. Dick, référence majeure de la littérature de science-fiction avec des romans comme Ubik, Le maître du haut château ou Substance mort, sera donc célébré à travers une table ronde, une lecture, un concert de Richard Pinhas et, bien sûr, un film.

Continuer à lire