The Dark knight rises

ECRANS | La très attendue conclusion de la trilogie imaginée par Christopher Nolan pour donner au personnage de Batman une ampleur sombre et contemporaine n’égale pas le deuxième volet, impressionnante dans sa part feuilletonesque, décevante sur son versant épique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 25 juillet 2012

Thèse, antithèse, synthèse. En bon cinéaste cérébral qu'il est, c'est ainsi que Christopher Nolan a conçu sa trilogie du chevalier noir dont ce dernier volet, qui en montre «l'ascension», fonctionne ainsi sur un système de reprises, croisements, répétitions, boucles et rimes, tous esquissés dans les deux opus précédents. Dans Batman begins, Nolan décrivait la naissance de son héros, gosse de riche orphelin devenu nomade paumé et bastonneur, puis recruté par la ligue des ombres qui l'instrumentalisait pour en faire un justicier nettoyant les rues de Gotham city de ses criminels et chassant la corruption qui gangrène ses élites. Ayant choisi l'ordre plutôt que l'anarchie, il devait faire face dans The Dark knight à ses doubles monstrueux, jusqu'à endosser le rôle d'ennemi public numéro un pour préserver une paix chèrement acquise. Nolan avait donc fait de Batman une figure réversible mais cohérente, celle d'une justice parallèle qui vient combler tous les vides de la démocratie, en édifiant un «mensonge» utile pour garantir son fonctionnement.

Voici donc The Dark knight rises qui commence huit ans plus tard, et où Bruce Wayne vit reclus, solitaire et abîmé physiquement dans une Gotham city redevenue un havre de tranquillité. Fidèle à son idée de départ, Nolan fait de cette ville imaginaire un reflet des inquiétudes du monde occidental contemporain : fossé grandissant entre les riches et les pauvres, spéculation financière, prise de conscience écologique, menace latente d'un terrorisme souterrain… C'est la toile de fond de The Dark knight rises, mais dans sa première partie, c'est surtout un véritable terrain de jeu pour le cinéaste, qui l'autorise à lancer un grand récit feuilletonesque halluciné avec toujours plus de personnages, d'enjeux, d'intrigues et de sous-intrigues, qu'il finit par faire se rencontrer avec une indéniable maestria.

Manipulations en série

Ce tourbillon narratif proche de la série télé, qui brasse tous les codes et tous les genres (le film noir, le thriller, la comédie romantique et bien sûr le film de super-héros), fait oublier les faiblesses habituelles du cinéma de Nolan, pourtant bien présentes : son goût du dialogue sentencieux ou explicatif et des montages alternés pour chasser tout ce qui pourrait s'apparenter à un temps mort ou à une forme de contemplation. Si le réel n'est pas banni de The Dark knight rises, il montre plus que jamais à quel point ce qui intéresse vraiment Nolan, c'est l'architecture et les mathématiques de ses scénarios, qu'il redouble en faisant de la manipulation le seul vrai sujet commun à toute son œuvre — mémoire défaillante dans Memento, transfert de culpabilité dans Insomnia, illusion dans Le Prestige, fabrication de rêves dans Inception. Ici, le piège est tendu par Bane (Tom Hardy, choix curieux d'un grand acteur pour un personnage condamné par avance à l'inexpressivité et à une présence purement physique), et lorsqu'il se referme sur Batman-Bruce Wayne lors de ce qui est sans conteste la seule grande scène d'action du film, The Dark knight rises repart sur de nouvelles bases, moins excitantes.

Nolan arrive certes à un bel effet de sidération, proche des meilleurs moments d'Inception, lors de la scène du stade de football, mais le grand discours révolutionnaire qui s'ensuit commence à pointer les limites d'une œuvre qui se préoccupe plus de sa postérité que des idées qu'elle véhicule. Car Bane devient dans le film le porte-parole des exclus, des pauvres et des opprimés de Gotham, chassant les nantis, les forces de l'ordre et les élites pour les remplacer par un gouvernement du peuple aux relents totalitaires, avec tribunaux d'exception aux décisions expéditives. Assimilant avec une désinvolture coupable mouvements contestataires et terrorisme, Nolan prépare ainsi sa synthèse, qui permettra au chevalier noir de retrouver sa place de justicier dans le cœur des citoyens. Preuve ultime de cette inconséquence politique, il jettera tout cela aux ordures par un embarrassant twist final, à la fois grossier et grotesque. Le scénariste reprend donc définitivement la main sur l'auteur, mais il se trouve que c'est aussi dans cette deuxième partie que Nolan montre de vraies défaillances en tant que cinéaste.

L'adieu au Bat

Que ce soit le récit de la longue captivité de Bruce Wayne, la peinture de l'état fascisant initié par Bane ou les tentatives de résistance de Blake et de de Selina Kyle (Joseph Gordon-Levitt et Anne Hathaway, acteurs impeccables pour des personnages forts et attachants), tout paraît d'un seul coup plus laborieux, avec des gimmicks qui prennent le dessus sur la fable épique que Nolan aimerait raconter. Les séquences d'action sont particulièrement décevantes, notamment une scène de charge entre flics et insurgés où la figuration paraît à peine dirigée, ce qui est un comble pour un cinéaste qu'on dit à ce point perfectionniste. Là où le film se voudrait un crescendo tragique, il n'aboutit qu'à une suite d'incohérences, de facilités et de figures déjà vues, appliquant sans indignité un programme de blockbuster assez éloigné de ce que The Dark knight laissait présager. Quant à l'émotion qu'il cherche à susciter, elle n'égale jamais celle de la séquence, toute simple et très forte, des adieux d'Alfred dans la première moitié.

Là encore, Nolan le cérébral est rattrapé par ses équations mathématiques, peu conciliables avec le goût de la saga : qu'il termine sa trilogie par une série de coups de force parfois brillants, parfois ridicules, dit à quel point il était temps qu'il raccroche le costume de Batman. Ayant maintenant les pleins pouvoirs à Hollywood, on est curieux de savoir ce qu'il va en faire — vivre reclus façon Bruce Wayne / Kubrick, ou faire la loi dans l'industrie façon Batman / Spielberg ?

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Au temps pour lui : "Tenet" de Christopher Nolan

Thriller | Attendu comme le Messie, le nouveau Nolan peut exploser le box-office si les spectateurs consentent à voir plusieurs fois ce "Mission : Impossible" surnaturel pour être sûr de bien le comprendre. Il y aura donc un avant et après "Tenet". Encore que…

Vincent Raymond | Mardi 25 août 2020

Au temps pour lui :

Agent travaillant pour une organisation gouvernementale, Tenet est chargé d’enquêter sur un trafic de matériaux aux propriétés physiques insolites puisqu’ils inversent le cours du temps. Derrière tout cela se cache un mafieux russe cruel, Sator, doté d’une belle femme malheureuse… Quand un concept surpasse la chair de l’intrigue… Nolan nous a habitués à manipuler — et de façon osée — les deux composantes “deleuziennes“ du cinéma : l’image-temps et l’image-mouvement. À modeler la texture de la première pour qu’elle accueille la seconde. Une démarche aussi productive qu’inventive entamée avec Inception, poursuivie avec Interstellar et étrangement Dunkerque (où le montage approfondissait différemment l’intrication d’espaces temporels disjoints et cependant parallèles). Tenet suit logiquement cette ligne, aussi sûrement qu’une obsession proustienne pour le temps perdu, avec donc ce qu’elle comp

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Eaux sales et salauds : "Dark Waters"

Le Film de la Semaine | Quand des lanceurs d’alertes et la Loi peuvent faire plier une multinationale coupable d’avoir sciemment empoisonné le monde entier… Todd Haynes raconte une histoire vraie qui, étrangement, revêt une apparence patinée dans l’Amérique de Trump.

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Eaux sales et salauds :

Tout juste promu associé dans un cabinet d'affaires spécialisé dans la défense des grosses firmes, un jeune avocat est sollicité par un fermier voisin de sa grand-mère désireux d'attaquer le chimiquier DuPont qu'il accuse de polluer son sol. Combat du pot de fer contre le pot de terre empoisonnée… Paranoïaques, attention ! Si vous ne suivez pas assidument la chronique judiciaire ni les publications scientifiques d’outre-Atlantique, vous ignoriez peut-être qu’un sous-produit de synthèse omniprésent dans notre quotidien (des batteries de cuisine aux vêtements en passant par les moquettes), miraculeux du fait de ses propriétés anti-adhésives, présentait le *léger* inconvénient de ne pas être dégradé par le vivant tout en provoquant des dommages considérables à la santé. Et que les sociétés l’ayant commercialisé, en toute conscience, avaient préféré arbitrer selon l’équation bénéfices/risques — bénéfices en dollars, évidemment. Nouvelles révélations Nul ne pourra accuser

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The Mans of Le Mans : "Le Mans 66"

Biopic | Seul Américain à avoir remporté Le Mans, Carroll Shelby s’est reconverti dans la vente de voitures. Quand Henry Ford junior fait appel à lui pour construire la voiture capable de détrôner Ferrari, il saute sur l’occasion. D’autant qu’il connaît le pilote apte à la conduire : l’irascible Ken Miles…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

The Mans of Le Mans :

L’actualité a de ces volte-faces ironiques… Sortant précisément au moment où le mariage PSA-Fiat (Chrysler) vient d’être officialisé, Le Mans 66 débute par la fin de non recevoir de Ferrari de s’allier à Ford, l’indépendante Scuderia préférant assurer ses arrières dans le giron de Fiat. Un camouflet, une blessure narcissique qui va précipiter l’industriel de Détroit dans une lutte orgueilleuse avec en ligne de mire la couronne mancelle. Est-ce de l’émulation (puisqu’il y a un enjeu technologique pour les deux sociétés en lice) ou bien la traduction d’un complexe psychologique de la part de leurs dirigeants ? On ne manquera pas de faire un lien avec la conquête spatiale, contemporaine de cette guéguerre sur route ! À l’écran, si l’épopée apparaît classique dans la forme, elle est menée avec le métier coutumier de Mangold, son goût pour la belle image, et relayée par des comédiens habitués à l’investissement personnel. D’autant qu’il en

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James Mangold : « Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

Le Mans 66 | Après sa parenthèse Marvel (et le tranchant Logan), James Mangold revient à un biopic et aux années soixante avec cette évocation d’une “course“ dans la plus prestigieuse des courses automobiles, Le Mans. Interception rapide lors de son passage à Paris.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

James Mangold : « Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la route. Quelle était la dimension symbolique qu’avait la course du Mans ? James Mangold : Je pense que pour Ford, gagner Le Mans revenait à se prouver quelque chose. La conquête de la Lune était en effet aussi une compétition, puisqu’il fallait arriver les premiers sur la Lune — en particulier avant les Russes. Le film essaie de montrer que gagner une course, c’est bien plus qu’une victoire de coureur automobile : c’est aussi celle de l’amitié, de l’équipe et d’une marque. Quel est votre rapport aux voitures ? J’ai un Land Rover. Les voitures, ce n’est pas l’alpha et l’omega pour moi. Mais le XXe siècle a été défini par la voiture ; elle a changé nos vies. À une époque, chaque homme ou femme possédait son propre cheval, sa propre monture pour aller où bon lui semblait. Ford est arrivé en faisant que la voiture soit abordable pour tous. Ensuite, ça été le règne des autoroutes. Même aujourd’hui, quand on entre dans ces boîtes de métal, on change : la voit

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Lumière sur Nolan !

Rétrospective | L’Institut Lumière célèbre Christopher Nolan qui, en moins de vingt ans, s’est affirmé comme l’un des auteurs qui comptent à Hollywood et ailleurs : dix (...)

Élise Lemelle | Mardi 30 avril 2019

Lumière sur Nolan !

L’Institut Lumière célèbre Christopher Nolan qui, en moins de vingt ans, s’est affirmé comme l’un des auteurs qui comptent à Hollywood et ailleurs : dix longs-métrages ont suffi à imposer sa singularité. Cette rétrospective s’ouvrira sur Memento, incarnant à lui seul l’univers Nolan, et retracera sa filmographie complète : depuis Le Suiveur (1999) jusqu’à Dunkerque (2017). Elle sera agrémentée, notamment, par une conférence de Philippe Rouyer et la projection du film fétiche du cinéaste — 2001 de Kubrick — pour achever sa saison. La trilogie Batman - The Dark Night sera aussi de la fête, mais elle donnera lieu à une programmation autonome lors d’une nuit dont la date n’a pas encore été révélée : l’Institut Lumière ayant fait valoir son… Joker. Rétrospective Christopher Nolan À l’Institut Lumière ​du 24 avril au 16 juin

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Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Vice | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, Vice approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi que l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Mardi 19 février 2019

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? Adam McKay : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que soudain il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs à exploré tout le corpus “cheneyen“ existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique — ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à la famille Cheney, à son parcours politique, à ce qui n’était pas officiel ni établi. Avez-vous cherché à

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Au cœur du pourri pouvoir : "Vice"

Biopic | En général, la fonction crée l’organe. Parfois, une disposition crée la fonction. Comme pour l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, aux prérogatives sculptées par des années de coulisses et de coups bas, racontées ici sur un mode ludique. Brillant et glaçant.

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Au cœur du <s>pourri</s> pouvoir :

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires, histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit et de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel villain de franchise. Il est même étonnant que McKay parvienne à trouver une lueur d’humanité à ce Républicain pur mazout : en l’occurrence son ren

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Un bon Indien… : "Hostiles"

Western | de Scott Cooper (E-U, 2h13) avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Un bon Indien… :

1892. Peu avant de quitter l’active, le capitaine Blocker se voit confier une ultime mission : escorter sur ses terres sacrées le chef Yellow Hawk moribond et les siens. Or Blocker, vétéran des guerres indiennes, hait les Cheyennes. Au terme d’un voyage agité, il révisera ses opinions. Le western constitue plus qu’un genre cinématographique : une merveilleuse éponge, s’imprégnant davantage de son contexte de tournage que de l’époque qu’il est censé dépeindre. Ainsi, le 1892 vu par Scott Cooper en dit-il long sur 2018 et l’approche de plus en plus ouvertement nuancée d’Hollywood vis-à-vis de la “Conquête de l’Ouest”. La représentation manichéenne, historiquement biaisée, du “gentil pèlerin propre sur lui face au vilain sauvage” a ainsi été rectifiée depuis les années 1970 (avec notamment Soldat Bleu et Little Big Man) ; et la terminologie elle-même a changé : les pionniers sont devenus des colons et les Indiens, des Amérind

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The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un survival immersif et haletant mené par des comédiens au poil.

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

Les États-Unis excellent dans l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par un populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État Noir de son Histoire. Au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscars — présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs — s’entre-déchirer à qui mieux mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernières années pour préserver le territoire de toute intrusion… tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón et Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages favelaesques fantasmés par les conservateurs, pour profiter des avantages supposés du système étasunien et détruire sa culture — discours identitaire faisant florès ces derniers temps. C’est même l’exact contraire qui s’est produit ; les rednecks doivent en m

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Legend

ECRANS | Célèbre pour son commandement bicéphale, le gang londonien des frères Kray donne à Tom Hardy l’occasion de faire coup double dans un film qui, s’il en met plein les yeux, se disperse dans une redondante voix off.

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Legend

Ce n’est pas la première fois que les caméras sont appâtées par les hauts faits criminels des zigotos monozygotes de l'East End : la principale, sobrement titrée Les Frères Kray (1990) de Peter Medak avait pour interprètes les frères — non jumeaux — Gary et Martin Kemp, du groupe Spandau Ballet. Cette nouvelle version signée Brian Helgeland, centrée sur leurs « années de gloire » combine réalisme méticuleux et rythme scorsesien, avec cette idée presque pédagogique de raconter le crime de l’intérieur dans sa frénésie ordinaire. Méthodique et linéaire, le film épouse l’existence de Frances, la compagne de Reggie, qui se fait la narratrice de ce biopic. Choix discutable, cependant : sa voix, qui mêle états d’âmes supposés, constatations, explications historiques, vient trop souvent polluer le récit par ses superpositions inutiles. Helgeland en fait souvent trop — voir Chevalier (2001) — et c’est encore le cas avec Legend qu’on raclerait bien de tous ces commentaires. Heureusement cela ne ruine pas le jeu de Tom Hardy… Tom Hardy, par-delà le mal... et le mal Erich von Strohe

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Mad Max : Fury Road

ECRANS | Une date dans le cinéma d’action ? Non, mais un bon blockbuster… Un grand film de George Miller ? Non, juste une efficace remise à jour de la franchise "Mad Max"… Bref, entre excitation et frustration, Fury Road laisse autant repu que sur sa faim. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 mai 2015

Mad Max : Fury Road

Seul face au désert, Max Rockatansky soliloque sur les êtres qu’il n’a pas pu sauver, les temps qui sont devenus fous et lui-même, peut-être plus cinglé encore que ceux qui veulent sa peau. Mad Max est de retour et, pour signer une bonne fois pour toutes l’entrée dans le XXIe siècle (cinématographique) de son héros légendaire, George Miller lui offre un lézard à deux têtes qu’il décapite puis dévore à pleines dents. Comme dit l’affiche : «Le futur appartient aux fous.» C’est vrai et c’est faux dans Fury Road : vrai, car la folie est bel et bien omniprésente à l’écran, par la création d’un univers où effectivement, la raison semble avoir définitivement hissé le drapeau blanc, où les pénuries en série (pétrole, eau, verdure) ont donné naissance à une lignée d’êtres dégénérés, à la peau blanchâtre et au vocabulaire proche de celui d’Idiocracy, corps monstrueux, difformes et malades qui arrivent encore à se diviser en castes, alors qu’il n’y a manifestement plus grand chose à gouverner. Folie aussi dans le projet, assez dément, de faire de Fury Road une sorte de film d’action ultime, sans temps morts, comme une énorm

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Exodus : Gods and Kings

ECRANS | Ridley Scott réussit là où Darren Aronofsky avait échoué avec "Noé" : livrer un blockbuster biblique où la bondieuserie est remplacée par un regard agnostique et où le spectacle tient avant tout dans une forme de sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Exodus : Gods and Kings

2014 restera l’année où les artistes agnostiques et athées se sont penchés sur les textes religieux pour en offrir une lecture rationnelle, intime ou réaliste. Emmanuel Carrère dans Le Royaume, Alain Cavalier dans Le Paradis et aujourd’hui Ridley Scott avec Exodus empoignent chacun à leur façon cette matière comme une source féconde de romanesque et de spectacle, tout en maintenant la distance avec leur caractère sacré. Dans le cas de Scott, c’est rien moins que les épisodes-clés de la Bible où Moïse choisit de libérer le peuple juif et de le conduire jusqu’à la terre promise qui forment le cœur de son blockbuster. Dans un premier temps, le récit dessine un trajet au personnage qui rappelle celui du général Maximus dans Gladiator : frère d’armes du futur pharaon Ramses (Joel Edgerton, looké façon Brando période Kurtz / Apocalypse Now), Moïse (Christian Bale, entre beau

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Quand vient la nuit

ECRANS | Après l’électrochoc "Bullhead", Michael R. Roskam négocie habilement son virage hollywoodien avec ce polar à l’ancienne écrit par le grand Dennis Lehane, très noir et très complexe, servi par un casting parfait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2014

Quand vient la nuit

Dans son premier film, le stupéfiant Bullhead, Michael R. Roskam inventait un personnage de gros dur camouflant sa perte de virilité par une surdose de produits dopants le transformant en montagne musculeuse et toutefois taiseuse. Bob Saginowski, le héros de Quand vient la nuit que Tom Hardy campe avec un plaisir cabotin de la retenue, partage avec lui de nombreux points communs : taciturne, maladroit dans ses rapports humains, semblant masquer derrière son apparente absence d’états d’âme ce que l’on devine être un lourd passé. Bob traîne dans le milieu de la mafia russe à Brooklyn, s’occupant avec son cousin Marv — James Gandolfini, dans une puissante et émouvante dernière apparition à l’écran — d’un «bar-dépôt» servant avant tout à blanchir l’argent de tous les trafics nocturnes illicites ; mais il s’entête à prendre ses distances avec ce monde du crime, répétant inlassablement qu’il n’est «que le barman». Il va à l’église mais ne communie pas ; et il s’obstine à élever un pitbull qu’il a ramassé blessé dans la poubelle d’une jeune femme, Nad

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Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un «trou de ver» et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés — l’eau, la glace ; c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan, mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous entend rêver Les trois grandes parti

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Man of steel

ECRANS | Remettre Superman sur la carte du blockbuster de super-héros après l’échec de la tentative Bryan Singer : telle est la mission que se sont fixés Christopher Nolan et Zack Snyder, qui donnent à la fois le meilleur et le pire de leurs cinémas respectifs dans un film en forme de bombardement massif, visuel autant qu’idéologique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 juin 2013

Man of steel

Il fallait au moins ça pour faire oublier le piteux Superman returns de Bryan Singer et relancer la franchise de cet «homme d’acier» : l’alliance circonstancielle de deux poids lourds du blockbuster actuel, à savoir Christopher Nolan, tout puissant après sa trilogie Dark Knight, et Zack Snyder, loué pour ses prouesses visuelles et sa maîtrise des effets numériques. Nolan produit et livre les grandes lignes de l’intrigue, pendant que Snyder réalise, taylorisme créatif pourtant pas si évident que cela sur le papier, tant leurs personnalités sont plus opposées que vraiment complémentaires. De fait, il ne faut pas longtemps avant de savoir qui, dans ce Man of steel, tient réellement le gouvernail : l’introduction du film sur la planète Krypton, avec ses personnages taillés dans le marbre lançant de grandes sentences pseudo-shakespeariennes d’un ton pénétré pendant que la musique d’Hans Zimmer bourdonne et explose sur la bande-son, dit bien que c’est le metteur en scène d’Inception qui a clairement posé le to

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Les Misérables

ECRANS | À force d’adaptations, le roman de Victor Hugo devait en arriver là : la version filmée de la version anglaise de la comédie musicale. Elle confirme les limites de Tom Hooper derrière une caméra et accumule les faiblesses manifestes et les fautes de goût impardonnables. Pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Les Misérables

Les Misérables n’est pas un bon film. On pourrait même passer la critique entière à en lister les défauts. À commencer par le travail de Tom Hooper lui-même, dont le trop admiré Discours d’un roi montrait déjà les limites : par exemple, Hooper s’avère absolument incapable de donner une forme aux passages non chantés. Alternant grand angle et longues focales, ils sont cousus n’importe comment par un montage aberrant réduisant l’action à une bouillie d’images incohérentes. On peut aussi s’interroger sur la valeur musicale de la partition de Schönberg et Boublil : ces "tubes" pensés pour des chanteurs à voix ont pris du plomb dans l’aile et seul l’investissement des comédiens permet de leur donner un nouveau souffle. Au milieu de ce casting all stars, on trouve une incroyable faute de goût : Russell Crowe dans le rôle de Javert. L’acteur sort sa grosse voix dans les passages parlés, mais part dans les aigus dès qu’il se met à chanter, sapant toute la crédibilité du personnage. Le récit est ce qui résiste le mieux à ce duplicata musi

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Des hommes sans loi

ECRANS | De John Hillcoat (ÉU, 1h55) avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jessica Chastaing…

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Des hommes sans loi

Un casting en or, un scénario signé Nick Cave, un cinéaste (John Hillcoat) jusqu’ici connu pour son intégrité, l’envie de transposer les codes du western à l’époque de la prohibition : sur le papier, Des hommes sans loi semblait être le film idéal, à la fois ambitieux et divertissant. Et pourtant, il n’est rien de tout ça. Phagocytée par la maniaquerie de sa reconstitution historique, la mise en scène ne prend jamais son envol, ne développe aucun style et échoue à rendre crédible ce qui se passe à l’écran. Le lien entre les trois frères est purement théorique, les relents mythologiques (l’invincibilité de Tom Hardy) sont si maladroitement amenés qu’ils finissent par virer au gag involontaire. Le sommet est atteint avec la prestation, à hurler de rire, de Guy Pearce en méchant dont l’acteur souligne à très gros traits l’homosexualité refoulée. Il faut dire qu’Hillcoat achève de lui savonner la planche lors d’une scène qui, au lieu de révéler au grand jour ce que tout le monde avait compris, noie stupidement le poisson pour éviter de se fâcher avec la censure. Timoré, impersonnel, d’une inexplicable lenteur, Des hommes sans loi n’est même pas un bon film de multi

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Fighter

ECRANS | Opération retour en grâce pour David O’Russell avec cette chronique de deux frères boxeurs inséparables et pourtant rivaux : un film qui, malgré quelques beaux moments de cinéma, déçoit par son conformisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 4 mars 2011

Fighter

On n’en voudra pas à David O’Russell d’avoir cherché à sortir du bourbier dans lequel le fiasco public et critique de "J’♥ Huckabees" l’avait fourré. Opération réussie : avec quelques oscars et un beau score au box-office américain, le cinéaste s’est visiblement remis en selle — il a déjà fini un autre film depuis. "Fighter", projet longuement porté par Darren Aronofsky, n’est pas sans évoquer "The Wrestler" : son esthétique réaliste, son goût du mélodrame et son contexte sportif (la boxe remplaçant le catch), sans parler de la trajectoire de son personnage secondaire, qui va de la déchéance au rachat. Mais les choses s’arrêtent là. Alors que "The Wrestler" s’inventait au plus près de son acteur et ne quittait pas un parti-pris radical dans sa mise en scène, "Fighter" louvoie entre clichés du film à oscars et rares tentatives pour ramener le sujet vers une matière plus personnelle. Les Atrides font de la boxe O’Russell rate à peu près complètement le double parcours de Micky (Wahlberg, plutôt pas mal), dont la carrière de boxeur va de combats foireux en matchs ratés, et de son frère aîné Dicky (Christian Bale, dans un ca

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Inception

ECRANS | L’ambitieux projet de blockbuster onirico-philosophique de Christopher Nolan débouche sur un film protoype, qui passe du temps à expliquer son mode d’emploi avant de se lancer dans une pratique ébouriffante du cinéma comme montagne russe spatio-temporelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 11 juillet 2010

Inception

Inception part d’une idée magnifique : si le cinéma est une fabrique de rêves, aucun film n’avait jusque-là osé montrer des personnages dont c’était littéralement le métier. Des architectes, un scénariste, un technicien, un metteur en scène et des acteurs, toute une équipe qui ressemble à une équipe de tournage cachée derrière une bande de malfrats sophistiqués dont le but est de voler des secrets enfouis dans le subconscient de leurs victimes (les spectateurs ?). Christopher Nolan dans Le Prestige avait déjà prouvé que la réussite d’une illusion cinématographique reposait sur l’envie du public d’être dupé ; la suspension d’incrédulité devenait l’enjeu, la théorie et la matière scénaristique du film. Inception va plus loin : dès l’ouverture, impressionnante, le cinéaste plonge les personnages dans un labyrinthe de rêves encastrés les uns dans les autres, les secousses du réel (la plongée dans une baignoire d’eau froide) devenant des séismes dans le monde onirique (une vague gigantesque qui vient dévaster le décor). Quant à la mort, elle n’est que le plus court chemin vers le retour à la réalité. Rien n’est vrai, tout est simulé, imaginé, façonné par un

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Bronson

ECRANS | Avec un acteur principal habité et de circonvolutions esthétiques incroyablement maîtrisées, Nicolas Winding Refn nous démontre avec brio que oui, une biographie filmée peut avoir un point de vue dans sa mise en scène. François Cau

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Bronson

Le monologue introductif impose illico le personnage comme son traitement cinématographique. Toute sa vie, Michael Peterson a voulu devenir célèbre. C’est donc en habit de clown blanc qu’il vient commenter à son public imaginaire les différentes étapes de son existence, avec une causticité des plus bourrines. Le braquage minable d’un bureau de poste, les années d’incarcération, ses coups d’éclat derrière les barreaux, l’interlude saisissant en hôpital psychiatrique, les émeutes et autres prises d’otages, sa courte libération (69 jours avant de retourner à l’ombre), son changement de patronyme lors de combats clandestins, l’enfer des cellules d’isolement… Bronson est une brute, une force de la nature conchiant toute forme d’autorité, aux motivations mal dégrossies, dont Nicolas Winding Refn livre sa propre vision kaléidoscopique. Le réalisateur ne propose aucune justification à la violence de ses actes, ne cède jamais à une empathie complaisante, mais crée un dispositif cinématographique complexe, puissamment sensoriel, un marabout-de-ficelle visuel dont le seul lien n’est autre que ce colosse imprévisible. Grande évasion Bien

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Public enemies

ECRANS | De Michael Mann (Éu, 2h11) avec Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard…

Christophe Chabert | Vendredi 3 juillet 2009

Public enemies

Depuis qu’elle a atteint les sommets avec Heat, Révélations et Ali, l’œuvre de Michael Mann se cherche, entre expérimentations et relectures de ses propres mythologies. Public Enemies ne fait pas exception à cette règle et suscite une certaine déception. L’évocation de la «carrière» de John Dillinger, célèbre braqueur de banques des années 30, est certes une merveille de sophistication formelle, inventant une forme totalement nouvelle pour mettre en scène un film d’époque (la reconstitution y est invisible, Mann privilégiant tout ce qui est intemporel : les costumes sombres, la forêt plutôt que la ville, le cinématographe). Mais c’est aussi une reprise à l’identique du thème de Heat : deux figures métaphysiques de chaque côté de la loi, l’une romantique et créatrice (le gangster), l’autre désespérément figée dans son envie de destruction (le flic). Cet antagonisme passe ici au forceps, à travers le jeu crispé de Bale et celui, plus séduisant, de Depp. Quant à l’histoire d’amour entre Dillinger et Billie Frechette (Marion Cotillard), elle est littéralement écrasée par l’ambition plastique du cinéaste. Si les scènes de fusillade sont exceptionne

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Rachel se marie

ECRANS | Tourné à la manière d’un home movie, le nouveau Jonathan Demme tente un retour aux sources de son cinéma, pop et musical, mais lesté d’un surmoi auteuriste parfois encombrant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2009

Rachel se marie

La trajectoire de Jonathan Demme dans le cinéma américain est aussi complexe que passionnante. Entamée chez Roger Corman avec des séries B fauchées, puis marquée dans les années 80 par de petits films attachants (Dangereuse sous tous rapports, Married to the mob) et un grand film musical (Stop making sense), elle connaît un coup d’accélérateur avec Le Silence des agneaux. Triomphe planétaire multi-oscarisé, c’est à la fois le meilleur film de Demme et le moins représentatif de son œuvre ! Devenu un auteur reconnu, il enchaîne succès (Philadelphia) et douloureux échec (Beloved), avant de traverser le désert avec deux remakes sympas mais dispensables (La Vérité sur Charlie et Un crime dans la tête). Seul son retour aux affaires musicales pour filmer Neil Young dans Heart of gold sauve sa filmo de l’anonymat dans les années 2000. Rachel se marie ressemble à un quitte ou double : revenir dans le circuit des cinéastes personnels en retrouvant l’esprit léger et pop de ses débuts. Psychodrame musicalCe grand écart, le film le réalise à travers sa forme en apparence modeste mais assez ambitieuse : enregistrer à la manière des émissions de real TV trois jours de mariage virant a

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Max la menace

ECRANS | de Peter Segal (ÉU, 1h49) avec Steve Carell, Anne Hathaway…

Dorotée Aznar | Jeudi 4 septembre 2008

Max la menace

Hollywood n’en finit plus de racler les fonds de tiroir de la nostalgie télévisuelle… C’est aujourd’hui au tour du héros créé par Mel Brooks dans les années 60 de subir un lifting - soit un agent secret qui compense ses maladresses sur le terrain par des dons de déduction extraordinaires allant jusqu’au grotesque. Le film de Peter Segal a beau vouloir jouer la carte d’un comique de situation un minimum recherché (mais alors, vraiment un minimum) et tenter d’atténuer le côté convenu de son intrigue par des scènes d’action rébarbatives, jamais il ne parvient à dépasser son statut de produit estival inoffensif. On retiendra uniquement à son crédit d’avoir propulsé Steve Carell en tête d’affiche, garant d’une poignée de sourires chez le spectateur contrit. On enjoindra plutôt les fans du grand Steve à se procurer la saison 3 de The Office US, sortie en DVD cet été… FC

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3h10 pour Yuma

ECRANS | de James Mangold (ÉU, 2h02) avec Russell Crowe, Christian Bale, Peter Fonda…

Dorotée Aznar | Mardi 25 mars 2008

3h10 pour Yuma

James Mangold est une anguille ; un modeste artisan se glissant dans tous les genres sans jamais chercher à y apposer sa patte. C’est ce côté caméléon qui a fini par rendre son cinéma attachant. Après le thriller horrifique (Identity) et le biopic musical (Walk the line), il s’attaque donc, toujours profil bas, au remake de 3h10 pour Yuma, western signé Delmer Daves qu’il ressuscite avec un casting renversant : Crowe, Bale, Fonda et l’étonnant Ben Foster dans un excellent second rôle de tueur sans merci… Un fermier (Bale), revenu éclopé du front, doit payer une dette à un puissant propriétaire pour conserver son domaine familial ; un bandit de grand chemin (Crowe) se fait connement arrêter lors d’une attaque de banque. L’un devra escorter l’autre pour espérer sauver sa famille de la faillite. Le charme de 3h10 pour Yuma tient curieusement à son caractère bancal. Mangold vise ouvertement l’héritage du western classique, avec ses codes, ses clichés et ses scènes à faire ; mais, conscient de l’empreinte d’Eastwood et de Peckinpah sur le genre, il voudrait aussi y ajouter une dimension mélancolique et crépusculaire en faisant tomber la barrière entre son «héros» et son «méchant», l’un

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I'm not there

ECRANS | I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm (...)

| Mercredi 5 décembre 2007

I'm not there

I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm other : ici, Dylan n'est ni un homme, ni une femme, les deux peut-être, un autre sûrement, jamais appelé par son nom, démultiplié en une myriade de personnages et d'acteurs différents incarnant ses «nombreuses vies». Todd Haynes prend soin de maquiller ces vies-là, en bousculant les formats et les genres : noir et blanc chic ou crado, couleurs chatoyantes ou volontairement ternes, western hors du temps, road movie, drame intimiste... Le tout mélangé selon un sens du montage musical et jamais chronologique. Dans son précédent film, Loin du paradis, Todd Haynes se nourrissait aussi au sein d'une référence esthétique, en l'occurrence les mélodrames de Douglas Sirk. Mais il n'en oubliait pas pour autant de raconter une histoire forte avec des personnages qui vivaient leur vie au-delà de ce mimétisme cinématographique. Dans I'm not there, il ne reste plus que le corpus référentiel, la collection d'images sonores copiées puis extrapolées ; un matériau tellement complexe et fétichiste qu

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