Paradis retrouvé

ECRANS | Morceau de choix pour terminer le festival : la version restaurée et intégrale de "La Porte du Paradis", film maudit devenu film mythique, date-clé de l’Histoire du cinéma qui marque la fin d’une utopie hollywoodienne mais aussi le purgatoire d’un cinéaste immense, Michael Cimino.

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Qui a vu La Porte du Paradis ? Du moins, qui a vu sa version intégrale ? Aux Etats-Unis, où la sortie du film provoqua la faillite de United Artists, le studio qui l'avait produit, presque personne. En France, sans doute un peu plus puisqu'à l'initiative de Patrick Brion, infatigable animateur du Cinéma de minuit sur France 3, le film fut finalement distribué en 1989 dans le montage de 3h45 souhaité par Michael Cimino. Les bizarreries des droits ont voulu que seul le DVD américain reprenne cette version, le DVD français exploitant celle de 2h20, qui n'est pas seulement un "raccourcissement" mais une véritable réécriture de son propos. De toute façon, qui a envie de voir La Porte du Paradis en DVD ? Car ce film monde et monstre ne prend son sens que sur un très grand écran, avec ses centaines de figurants, sa passion du détail, son ampleur décorative, son sens de l'espace.

Dernière frontière

Le fiasco du film est resté comme une blessure profonde dans l'histoire hollywoodienne. On a parlé de la mort de United Artists, mais c'est surtout la fin d'une utopie que cet échec entérine : le Nouvel Hollywood, dont Michael Cimino fut le temps d'un film (Voyage au bout de l'enfer) le héros, et dont il devint, à son corps défendant, le fossoyeur, accusé de mégalomanie dépensière et de perfectionnisme exagéré. Pourtant, l'ambition de Cimino n'a jamais été de malmener Hollywood, et La Porte du Paradis n'a rien d'un film d'auteur arrogant.

Pour Cimino, les années 70 furent ce moment où le cinéma américain pensait trouver de nouveaux territoires, plus matures, plus "européens". Il ne s'agissait pas d'enterrer le cinéma classique des studios, mais de le faire renaître en donnant une plus grande liberté aux cinéastes. La Porte du Paradis est soutenu par ce fantasme d'être à la fois John Ford, David Lean et Luchino Visconti : une page d'Histoire, un grand spectacle et une réflexion critique.

C'est sans doute le pêché d'orgueil de Cimino : se référer au genre le plus évidemment américain (le western) tout en menant une charge extrêmement violente contre le présupposé qui le fonde. Car dans La Porte du Paradis, il n'y a ni cow-boy, ni indien, mais des immigrés récents venus d'Europe de l'Est pour s'installer en Amérique, et des immigrés plus anciens, qui se voient déjà comme les propriétaires de ce nouveau monde encore en jachère. Les seconds vont donc chercher à exterminer les premiers, payant des tueurs à gage et provoquant une guerre dont l'enjeu est bien celle de la fondation d'un territoire et de sa frontière.

La fin d'un monde

Comme pour Voyage au bout de l'enfer, Cimino choisit de raconter cet épisode réel en se concentrant sur des personnages éminemment romanesques, et en allant les chercher à l'aube des événements, à l'université d'Oxford à la fin du XIXe siècle. Majesté de ce prologue qui débute par le discours tout en ironie de Billy Irvine (John Hurt) célébrant sa promotion comme celle de futurs maîtres du monde, puis qui enchaîne sur une valse étourdissante et s'achève dans une bagarre chaotique à laquelle prend part le discret James Averill (Kris Kristoffersson).

Quelques années plus tard, Averill est devenu shérif de Johnson county, ville frontière d'une Amérique encore en construction. Cimino filme alors son personnage dans la cabine d'un train, sortant d'un sommeil alcoolisé, alors que sur le toit des centaines d'immigrants s'entassent. Plus tard, il fera apparaître le plus ambivalent des protagonistes, Nate Champion (Christopher Walken), dans une séquence tout aussi magistralement mise en scène : une famille d'immigrés suspend son linge et Champion les abat derrière un drap blanc, révélant son visage à travers la déchirure. Des morceaux de bravoure de ce genre, La Porte du Paradis en compte à foison : la grande scène du bal sur patin, la bataille finale et cet épilogue mélancolique qui fut supprimé de la version sortie en salles, modifiant la lecture générale du film. Car La Porte du Paradis est, dans son montage original, une œuvre sans héros, où tous les enjeux (politiques ou amoureux, avec son intrigue très Jules et Jim entre Averill, Champion et la prostituée française incarnée par Isabelle Huppert) finissent enfouis sous une couche d'amertume et de regrets.

Dans cette version, Cimino semble d'ailleurs avoir le pressentiment de son propre destin : comme si son ambition devait s'échouer sur une époque prête à se livrer à tous les cynismes, conduisant au renoncement et au compromis. Le temps est prêt à le venger : voir La Porte du Paradis tel qu'il aurait toujours dû être vu, sur un écran immense et dans une copie parfaite, c'est éprouver quatre heures durant l'éblouissement d'un éden perdu du cinéma américain.

La Porte du Paradis
À la Halle Tony Garnier, dimanche 21 octobre à 14h45

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La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

Cinéma | « La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se (...)

Vincent Raymond | Mercredi 3 mars 2021

La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

« La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se dévouer à la présidence d’Unifrance — l’organisme en charge du “rayonnement” du cinéma français à l’international. Auréolé d’un joli succès dans les salles françaises avec 421 578 spectateurs — cela, du fait d’une exploitation prématurément réduite puisqu’il était sorti avant la seconde fermeture des salles fin octobre 2020 —, très bien accueilli à l’étranger, son huitième long-métrage La Daronne, adapté du polar homonyme d’Hannelore Cayre vient d’être désigné Prix Jacques-Deray par l’Institut Lumière, succédant à Roubaix une lumière d’Arnaud Desplechin, également distribué par

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Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

La Daronne | Impossible de la manquer cette semaine à Lyon : sa silhouette est aux frontons de tous les cinémas et vous la croiserez peut-être au gré des rues puisqu’elle vient de débuter le tournage du nouveau film de Laurent Larrivière avec Swann Arlaud. Elle, c’est, évidemment Isabelle Huppert, une des “daronnes“ du cinéma français et celle que Jean-Paul Salomé a choisie pour incarner Patience Portefeux dans son polar. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce que vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de le définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. C'est à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NdlR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle rac

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Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans "La Daronne"

Son film à l'affiche | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr, 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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L'affaire est dans le sac : "Greta"

Thriller | de Neil Jordan (É-U-Irl, int.-12ans, 1h38) avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

L'affaire est dans le sac :

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la jeune fille. Frances découvre alors combien Greta peut se montrer intrusive et inquiétante. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Depuis combien de temps n'avait-il pas été plaisant de voir Isabelle Huppert à l'écran ; c'est-à-dire appelée pour autre chose qu'un rôle lui donnant le prétexte d'être soit une victime à la passivité suspecte pour ne pas dire consentante, soit une épave bourgeoise — les deux n'étant pas incompatibles ? Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle : d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice : sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. Jordan s'y connaît sur le sujet. Le terme a beau paraître galv

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Jeunesse qui rouille fait l’andouille : "Une jeunesse dorée"

Autobiopic | De Eva Ionesco (Fr-Bel, 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

 Jeunesse qui rouille fait l’andouille :

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune — tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, l

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Bozon maudit : "Madame Hyde"

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Bozon maudit :

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre

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Croisette et causettes : "La Caméra de Claire"

Sieste Cinématographique | de Sang-Soo Hong (Cor du S-Fr, 1h09) avec Isabelle Huppert, Min-Hee Kim, Jang Mi Hee…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Croisette et causettes :

Dans les rues de Cannes, pendant un festival du film bien connu, Claire se promène avec son appareil à photo instantanées et sympathise avec Manhee, jeune Coréenne récemment virée par sa patronne. Grâce à l’entremise de Claire, les choses vont peut-être s’arranger… Le prolifique Monsieur Hong semble ne plus pouvoir se passer de la comédienne Min-Hee Kim, au centre de ses trois dernières réalisations — c’est-à-dire celles de l’année. La voici endossant le rôle d’une malheureuse promenant sa superbe mine déconfite en bord de plage ou en terrasse de café, pendant qu’Isabelle Huppert vêtue d’une robe jaune caresse des chiens gris, en sur-souriant sans montrer ses dents. Le temps s’étire en palabres, en considérations sur l’acte photographique ou la jalousie pendant que des instruments à cordes jouent une berceuse proposant une insidieuse sieste. Ne serait-ce que par courtoisie, il est inutile d’aller ronfler dans une salle.

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Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Entretien | Déjà porté à l’écran par Joseph Losey en 1962 avec Jeanne Moreau, le thriller psychologique Eva est à présent adapté par Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre. Entretien avec le réalisateur.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire? Benoît Jacquot : J’avais lu le livre de Chase en cachette à un âge précoce, quand je devais avoir 14 ans, bien avant d’avoir vu Eva de Joseph Losey, sorti sur le grand écran autour de mes 17 ans. Ce film m’avait marqué dans la mesure où je considérais Losey comme un maître à une époque où je commençais à vouloir faire du cinéma. Lorsque j’ai pris connaissance du livre de Chase, je m’étais dit que ce serait un film que je pourrais faire un jour. Cette idée m’a poursuivi de façon régulière pendant longtemps, jusqu’à ce qu’enfin l’occasion se présente. Quant au film de Losey, je ne l’ai pas revu depuis 50 ans. J’en garde un souvenir très imprécis. Je ne peux pas dire qu’il m’ait soit inhibé, soit élancé pour le film que je faisais. Au final, je l’ai réalisé comme si celui de Losey n’existait pas. Il faut croire que c’est un exercice que j’aime bien : j’ai fait à peu près la même chose avec le Journal d’une femme de chambre, qui était encore plus marquant dans

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Point trop final : "Happy End" de Michael Haneke

Drame | de Michael Haneke (Fr-Aut-All, 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Point trop final :

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Trintignant joue une extension de son personnage de Amour — il y fait explicitement allusion ; quant à Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé — quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si tous les éléments habituels dérangeants sont là, manque un liant — comme la durée obstinée des plans, par exemple. Privé des longues séquences de tension fais

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer, père et fille

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr, 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et de les sadiser pour faire bonne mesure — cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe — histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique ina

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Elle : le retour de Paul Verhoeven

Festival de Cannes | Curieuse, cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Elle : le retour de Paul Verhoeven

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle — qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série — se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous — sa fameuse technique de jeu “plumes de canard”, les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris… Basiq

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L’Avenir

ECRANS | de Mia Hansen-Løve (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

L’Avenir

Triste exemple de régression artistique, ce film bien mal nommé voit Mia Hansen-Løve retomber dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie depuis le lumineux Le Père de mes enfants (2009). Ce cinéma sorbonnard, construit dans l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingénie à aligner des saynètes froides censées capturer la vie dans sa crue réalité, des séquences de comédie pathétique (avec la vieille grand-mère qui perd la boule), entrelardant le tout de tunnels verbeux bilingues franco-allemands fourrés à la dialectique. Parfaitement formaté pour les festivals : la Berlinale lui a décerné un Ours d’argent… Très proche du personnage qu’elle interprétait — on aurait du mal à dire “incarner” tant son corps physique paraît de plus en plus s’effacer à l’écran — dans Villa Amalia (2009) de Benoît Jacquot, Isabelle Huppert affiche ici la même indifférence face aux événements ; à peine semble-t-elle concernée comme spectatrice. Postulons qu’il s’agit d’une stratégie de protection, car la réalisatrice sadise son héroïne impassible avec une étonnante obstination, au point de la

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Valley of Love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of Love

«Putain, la chaleur !» dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie — étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert — et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of Love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec elles. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars — notamment le beau

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Fausse promesse

SCENES | Événement théâtral absolu, du moins si l'on se base sur l'affluence du public (que ce soit ici à Lyon ou à Paris, où la pièce fut créée et jouée deux mois), le (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 avril 2014

Fausse promesse

Événement théâtral absolu, du moins si l'on se base sur l'affluence du public (que ce soit ici à Lyon ou à Paris, où la pièce fut créée et jouée deux mois), le casting (Huppert et Garrel fils sur le plateau, Luc Bondy, directeur de l'Odéon, à la mise en scène) et les costumes (Dior pour Huppert), Les Fausses confidences de Marivaux laissent pourtant un goût d'inachevé, tout y étant trop parfaitement calibré, au détriment de l'émotion. Pourtant Isabelle Huppert quitte là les rôles torturés auxquels Haneke, notamment, l'avait abonnée pour incarner avec une maîtrise et une gourmandise totales le rôle central d'Amarinthe, bourgeoise nouvellement veuve. Alors que le public s'assoie, elle s'essaye au tai-chi avec son coach au milieu de ses innombrables chaussures amoureusement rangées en cercle. Désinvolte, centrée sur elle, elle refuse sans ambages une alliance avec le comte Dorimont pour se laisser séduire par le jeune désargenté Dorante, qui se fait engager comme intendant grâce à l'entremise de Dubois (grandiose Yves Jacques !), son ancien valet. Dominant toute la troupe, Huppert éclabousse tout son monde avec une fraîcheur qu'on ne lui conna

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Abus de faiblesse

ECRANS | Avec ce film autobiographique évoquant l’AVC qui l’a laissée partiellement paralysée et sa rencontre avec l’escroc Christophe Rocancourt, Catherine Breillat se livre à un portrait en bourgeoise aveuglée et humiliée, qui manque de saillant cinématographique mais pas de cruauté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Abus de faiblesse

Ce n’est pas la première fois que Catherine Breillat met son cinéma en abyme ; Sex is comedy rejouait ainsi le tournage compliqué d’À ma sœur… Mais jusqu’ici, Breillat elle-même se tenait à l’écart de ce jeu dont on sait à quel point il peut être vain — qu’on se souvienne du Château en Italie de Valeria Bruni-Tedeschi… Or, Abus de faiblesse ne cache pas sa nature autobiographique, malgré toutes les précautions d’usage ; les noms ont été changés, mais Maud-Isabelle Huppert, cinéaste victime d’un AVC qui la laisse à moitié paralysée, c’est évidemment Breillat. Et l’escroc Vilko-Kool Shen — subtil redoublement que d’avoir distribué un non-acteur pour jouer un non-acteur —, à qui elle veut offrir le rôle principal de son prochain film, c’est Christophe Rocancourt. Celui-ci va lui soutirer des sommes de plus en plus colossales, jusqu’à la plonger dans la précarité. La bourgeoise et l’arnaqueur L’ouverture du film décrit l’accident de Maud comme une scène de cauchemar — effectivement tétanisante — puis la rééducation

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Cimino, l’enfer avant l’enfer

ECRANS | Ce mois-ci, la Ciné Collection propose dans les salles indépendantes de l’agglomération rien moins qu’un des plus beaux films du monde, mais aussi un des (...)

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

Cimino, l’enfer avant l’enfer

Ce mois-ci, la Ciné Collection propose dans les salles indépendantes de l’agglomération rien moins qu’un des plus beaux films du monde, mais aussi un des plus douloureux : Voyage au bout de l’enfer. En 1977, le tout jeune Michael Cimino — qui n’avait réalisé auparavant que le déjà très bon Canardeur avec Eastwood — se lance dans une fresque qui prendrait la guerre du Vietnam pour centre, mais qui la déborderait de part et d’autre pour écrire la chronique d’une petite communauté d’immigrés polonais installés dans une vallée sidérurgique de Pennsylvanie. Avant le départ au front, on assiste au mariage de Steven, entouré de ses amis ouvriers la semaine et chasseurs de daims le week-end (d’où le titre original : The Deer hunter). Dans ce premier acte, Cimino cherche à faire corps avec les personnages en prenant le temps de les immerger dans un mariage où rien n’est simulé, ni les rituels, ni les accidents, ni l’alcool qui coule à flots… On ne parle pas que des "stars" — De Niro, Walken

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Michael Cimino de retour à Lumière

ECRANS | Après son triomphe l'an dernier pour la présentation de La Porte du Paradis en clôture du festival, Michael Cimino sera de retour pour l'édition 2013 de Lumière (...)

Christophe Chabert | Mardi 8 octobre 2013

Michael Cimino de retour à Lumière

Après son triomphe l'an dernier pour la présentation de La Porte du Paradis en clôture du festival, Michael Cimino sera de retour pour l'édition 2013 de Lumière afin de présenter la copie restaurée de Voyage au bout de l'enfer, mais aussi, comme il l'a indiqué lors d'un message envoyé au festival, "pour être là en personne afin de féliciter Quentin Tarantino pour son Prix Lumière". Pour ceux que cela intéresse, rappelons que Cimino nous avait accordé une interview lors de sa dernière venue à l'Institut Lumière à l'occasion de la rétrospective qui lui était consacrée, que vous pouvez lire ici.

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Tip Top

ECRANS | De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, François Damiens, Sandrine Kiberlain…

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Tip Top

L'engouement critique autour du dernier Serge Bozon, déjà coupable d’avoir réalisé La France avec ses poilus entonnant des chansons mods, en dit long sur l’égarement dans lequel s’enfonce une partie du cinéma d’auteur français. Encenser avec une complaisance navrante le film le plus mal foutu de l’année, dont la vision relève de l’expérience narcotique tant ce qui se produit à l’écran n’a aucun sens, aucun rythme et passe son temps à se chercher des sujets en faisant mine de se rattacher à des genres — dans cette comédie policière, rien n’est drôle, et l’intrigue est racontée en se moquant de la plus élémentaire logique — c’est offrir à Bozon ce dont il rêve le plus : légitimer son discours en fermant les yeux sur son incompétence de réalisateur. Disciple de Jean-Claude Biette et de son cinéma de la digression, Bozon en offre une version dandy, où les intentions maculent l’écran. Tip Top parle vaguement de son époque — du racisme à la perversion sexuelle, même si on ne sait trop ce que le cinéaste a à en dire — mais c’est dans une poignée de séquences what the fuck que l’on sent Bozon le

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La Belle endormie

ECRANS | Marco Bellocchio signe un film choral interrogeant le droit de décider de sa propre mort et, malgré l’étonnante vivacité de sa mise en scène, n’évite pas un certain didactisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 7 avril 2013

La Belle endormie

Amour, Quelques heures de printemps et maintenant La Belle endormie : la question de la fin de vie travaille le cinéma contemporain comme elle travaille la société, produisant des films qui tentent, chacun à leur échelle, de ramener le sujet à des destins singuliers. La stratégie de Marco Bellocchio est d’ailleurs la plus claire : il s’empare d’un fait divers qui a embrasé l’Italie — la décision de mettre un terme à la vie d’Eluana Englaro, dans un état végétatif depuis 17 ans — provoquant manifestations cathos et débats au Parlement. Mais il n’en fait que le lien entre trois histoires de fiction qui, chacune à leur manière, traitent aussi de la question. On y voit un sénateur berlusconien, qui a lui-même fait subir une euthanasie à sa femme des années auparavant, prêt à voter contre son groupe et ainsi mettre fin à sa carrière, tandis que sa fille va se joindre au cortège des manifestants réclamant la vie pour Eluana ; une actrice veillant en illuminée mystique sa fille dans le coma et délaissant son propre fils, qui lui aussi s’apprête à devenir com

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Dead man down

ECRANS | De Niels Arden Oplev (EU, 1h57) avec Colin Farrell, Noomi Rapace, Isabelle Huppert...

Jerôme Dittmar | Vendredi 29 mars 2013

Dead man down

Où vas-tu Colin Farrell ? Sur le déclin après avoir touché la grâce dans Miami vice, l'acteur au regard d'enfant égaré s'est perdu. A nouveau en galère dans Dead man down, on se demande si ce n'est pas cuit pour lui à force d'enchainer nanars et remakes balourds. Polar foireux débutant comme un thriller crypté avant de vite bifurquer vers un double récit de vengeance bien mal mené, Dead man down ne tient en effet aucune de ses promesses. Et ce n'est pas Niels Arden Oplev, auteur du déjà pas fameux Millénium suédois, qui sauve les meubles. Le réalisateur a beau tenter de donner un peu d'âme et d'espace à ses personnages (un immigré hongrois et une femme victime d'un accident), là où devraient naître zones d'ombres et ambiguïtés se multiplient les rebondissements patauds. Prisonnier d'un scénario sans latitudes et réduisant ses enjeux à la nullité de sa petite mécanique, Dead man down débouche là où risque de finir la carrière de Farrell : dans l'indifférence totale. Jérôme Dittmar

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La Religieuse

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h54) avec Pauline Étienne, Louise Bourgoin, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

La Religieuse

Pour avoir beaucoup défendu Guillaume Nicloux dans ces colonnes, on sait aussi à quel point les échecs répétés (et souvent injustes) de ses films dans les salles l’ont rendu amer et méfiant. Cette nouvelle adaptation de La Religieuse montre en effet un cinéaste qui, sans mauvais jeu de mots, ne sait plus à quel saint se vouer pour séduire le public, et lorgne ouvertement vers le triomphe de Des hommes et des dieux. Comment expliquer autrement sa quasi démission dans la mise en scène, qui confond austérité et académisme, à la lisière du téléfilm, embourbée dans l’uniforme grisaille des murs et des habits sacerdotaux, les chuchotements du cloître et le silence de sa religieuse incapable de se révolter contre les injustices qu’elle subit ? Le problème, c’est que si Beauvois affichait une empathie (contestable) pour ses moines, Nicloux doit faire avec l’anticléricalisme du roman de Diderot, qu’il tente de désamorcer jusqu’au contresens. Il faut attendre l’arrivée d’Isabelle Huppe

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«Je ne fais pas des films avec des idées»

ECRANS | Cette semaine, l’Institut Lumière termine sa rétrospective consacrée à Michael Cimino avec la version restaurée de La Porte du Paradis, supervisée par Cimino lui-même. Entretien avec cette légende vivante du cinéma américain. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 21 février 2013

«Je ne fais pas des films avec des idées»

Quelle est l’importance pour vous de cette ressortie de La Porte du Paradis ?Michael Cimino : C’est n’est pas une reprise au sens classique du terme. Cette version est plus qu’une version restaurée, c’est une version améliorée, au niveau du son, de l’image, des couleurs, du montage. Je la vois comme LA sortie du film. Il y a donc encore des différences avec la précédente version de 220 minutes ?Oui, car celle-ci a été entièrement refaite en numérique. Il y a des choses que j’ai pu faire en numérique qui étaient impossibles il y a trente ans. Cela donne une clarté que vous n’avez jamais vue auparavant. Certains passages ont l’air d’être en 3D, notamment parce que j’ai utilisé un objectif 30 mm qui permet de voir les détails à l’infini. C’est grandiose pour les paysages, mais aussi pour les gros plans, car ça leur donne un aspect monumental. À l’époque du tournage de La Porte du Paradis, on devait passer par un laboratoire optique pour effectuer des

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Gros ennuis en petite Chine

ECRANS | Dans les années 80, la question asiatique taraude Hollywood. La menace est à la fois économique (de grands groupes industriels japonais lorgnent sur les (...)

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Gros ennuis en petite Chine

Dans les années 80, la question asiatique taraude Hollywood. La menace est à la fois économique (de grands groupes industriels japonais lorgnent sur les studios) et esthétique, Tsui Hark commençant à redéfinir les standards des films d’action. Michael Cimino, chez qui la question de l’étranger est centrale trouve dans le script de L’Année du dragon, signé Oliver Stone, de quoi mettre en perspective ce choc annoncé des cultures. Surtout, cela lui offre l’occasion de se remettre en selle cinq ans après le fiasco de La Porte du Paradis. À sa sortie, L’Année du dragon est accueilli par des polémiques sur son supposé racisme ; s’il y a bien une xénophobie dans le film, c’est celle de son personnage principal, Stanley White, flic d’origine polonaise et ancien du Vietnam — comme un cousin éloigné de De Niro dans Voyage au bout de l’enfer. Pour lui, l’Asiatique est l’ennemi naturel, et sa volonté de faire tomber un

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Les cimes de Cimino

ECRANS | L’Institut Lumière propose un petit événement : la première intégrale consacrée à Michael Cimino. Certes, sept films en quarante ans, ça ne paraît pas compliqué à réunir ; mais les vicissitudes de sa carrière ont longtemps plongé le cinéaste dans un semi oubli. Et pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Les cimes de Cimino

La séance de clôture du dernier festival Lumière vit Michael Cimino monter sur la scène de la Halle Tony Garnier pour présenter la version intégrale et restaurée de son film-maudit, La Porte du Paradis. L’émotion manifeste du cinéaste était bien compréhensible : l’œuvre de sa vie, échec monumental à sa sortie, fut longtemps sa douleur ; sa renaissance, devant 7000 spectateurs maintenant conquis par son indéniable splendeur, était comme une revanche. L’Institut Lumière a donc décidé de finir le job en ce début 2013, en proposant aux Lyonnais la première intégrale Cimino. Qui reviendra du coup à Lyon le 20 février. Voyage au bout de Hollywood Alors qu’il n’est que scénariste sur Magnum force, Clint Eastwood se prend d’amitié pour ce type bizarre, déjà gonflé d’ambition et dans les starting blocks pour devenir réalisateur. Eastwood accepte de produire et d’interpréter Le Canardeur et, alors que tout pouvait laisser craindre que ces fortes personnalités allaient se prendre le bec, la collaboration se passe à merveille. Le film est un road movie typique du cinéma 70’s auquel Cimino confère un lyrisme qui signe déjà son en

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7 psychopathes

ECRANS | De Martin McDonagh (Ang, 1h50) avec Colin Farrell, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Christopher Walken…

Christophe Chabert | Mardi 22 janvier 2013

7 psychopathes

Dans 7 psychopathes, Colin Farrell incarne un scénariste alcoolique, coincé sur un script intitulé 7 psychopathes. Du coup, il ne faut pas avoir fait de hautes études pour oser l’identification entre le personnage et l’auteur du film, Martin McDonagh — même si on ne sait rien de ses penchants pour la bibine. En revanche, quand on voit Farrell et son pote taré (Sam Rockwell, au-delà du cabot) devant un Kitano au cinoche, alors que le précédent film de McDonagh, Bons baisers de Bruges, se référait avec malice au Sonatine du maître Takeshi, il n’y a plus de doute sur le degré de mise en abyme. Le problème, comme souvent dans ce genre de projets où l’écriture de la fiction et sa mise en scène à l’écran se fondent l’une dans l’autre, c’est de conserver une rigueur narrative là où le grand n’importe quoi est évidemment autorisé. Alors que McDonagh n’a même pas encore tiré le portrait des sept psychopathes du titre, le voilà déjà en train d’en fusionner deux en un, puis d’en faire le co-auteur de l’histoire des autres psychopathes… Vous n’y comprenez rien ? Normal, le film cherche la confusion et broie dans son délire tous ses atouts,

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Le festival Lumière 2012 a fait le plein !

ECRANS | La 4e édition a été fréquentée par près de 100 000 personnes en six jours (du 15 au 21 octobre) avec 72 000 spectateurs de films, 27 000 visiteurs des villages (...)

Christophe Chabert | Jeudi 25 octobre 2012

Le festival Lumière 2012 a fait le plein !

La 4e édition a été fréquentée par près de 100 000 personnes en six jours (du 15 au 21 octobre) avec 72 000 spectateurs de films, 27 000 visiteurs des villages du festival, des expositions, de la bourse «Cinéma Monplaisir» et des animations et rencontres organisées autour des projections.Achevé devant 4000 spectateurs ayant assisté à la projection de La Porte du paradis en présence du réalisateur Michael Cimino et de l’actrice Isabelle Huppert, le festival a couronné cette année Ken Loach.Le réalisateur britannique s’est vu remettre des mains d’Eric Cantona, son acteur dans Looking for Richard, le Prix Lumière. Il succède ainsi à Clint Eastwood, Milos Forman et Gérard Depardieu.L'ex-joueur, devenu comédien, a décrit le cinéaste comme «un homme à la hauteur des convictions qu'il défend. Un des deux êtres exceptionnels rencontrés dans [sa] vie avec Alex Ferguson [entraîneur de Manchester United].» De son côté, le récipiendaire a voulu redire tout ce que la France et le Festival de Cannes avaient fait pour lui et, sou

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The King of New York

ECRANS | Abel Ferrara Carlotta

Christophe Chabert | Lundi 22 octobre 2012

The King of New York

Frank White sort de prison, et c’est déjà un fantôme. Il monte dans une limousine, les lumières de la ville se reflètent sur les vitres et laissent apparaître son visage impassible. Difficile de voir en lui le «roi de New York» annoncé par le titre, un parrain du trafic de drogue portant un projet pour racheter ses crimes : fonder un hôpital pour les enfants des rues. L’introduction mélancolique du film de Ferrara laisse donc peu de doute sur l’issue tragique réservée à ce Robin des Bois qui arrive à tenir en respect les gangsters de toutes origines. Il ne lutte plus contre personne, malgré la violence qui l’entoure et la pression incessante d’une police bien décidée à le remettre à l’ombre dans le pire des cas, à l’abattre dans le meilleur. Frank White lutte avec lui-même, avec son âme tourmentée. Avant qu’il ne croise la route d’Harvey Keitel et ne lui offre le personnage, encore plus déglingué, de son Bad Lieutenant, Ferrara avait choisi Christopher Walken comme l’incarnation la plus pertinente de son cinéma du pêché et du salut, version extrême de celui de Scorsese. Dans tous les films qu’il lui confiera ensuite, Walken sera toujours un ectoplasme,

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Amour

ECRANS | Avec «Amour», Michael Haneke filme le crépuscule d’un couple face à la maladie et l’approche de la mort. Mais son titre n’est pas trompeur : sans perdre ni sa lucidité, ni sa mise en scène au cordeau, Haneke a réalisé son film le plus simple, émouvant et humain, grâce notamment à ses deux acteurs, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Texte : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 octobre 2012

Amour

Au milieu du Ruban blanc, on voyait un des enfants de cette communauté rigide et protestante offrir à son pasteur de père un oiseau pour remplacer celui qui venait de mourir. C’était un acte d’amour, un instant sentimental dans une œuvre où, justement, le mal qui rongeait les personnages était alimenté par la répression de leurs émotions. C’est d’ailleurs ce qui se passait à l’écran : le père retenait des larmes que la caméra de Michael Haneke, à la bonne distance, ne manquait pas de laisser deviner. Le cinéaste est trop lucide et pessimiste sur la nature humaine pour faire croire au spectateur que ces larmes-là auraient changé la face du monde ; mais il n’y a aujourd’hui plus de doute à la vision d’Amour : cette pointe de pathos, aussi discrète soit-elle, a changé la face de son cinéma. L’inéluctable, ces ténèbres qui viennent engloutir les vies humaines, sont ici atténués par quelque chose de plus grand et de plus fort qui va même, lors de la sidérante scène finale du film, résister à la mort : l’amour donc, regardé comme une réalité empirique, un

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Michael Cimino sur le pas de la porte Lumière

ECRANS | La nouvelle de la diffusion de la version longue de La Porte du Paradis en clôture du festival Lumière était déjà excellente. Voilà qu'elle s'accompagne de la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 16 octobre 2012

Michael Cimino sur le pas de la porte Lumière

La nouvelle de la diffusion de la version longue de La Porte du Paradis en clôture du festival Lumière était déjà excellente. Voilà qu'elle s'accompagne de la venue de son réalisateur culte, Michael Cimino. Le cinéaste viendra en compagnie d'Isabelle Huppert, déjà annoncée, présenter son film maudit et donc culte face aux 4000 spectateurs de la Halle Tony Garnier, sûrement ravis de rencontrer un artiste plutôt rare. 

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Une histoire de films

ECRANS | Dans une édition 2012 remplie d’œuvres fleuves, d’"Il était une fois en Amérique" à "La Porte du Paradis", Lumière 2012 propose un film qui les englobe tous, "Story of film", gigantesque encyclopédie filmée signée Mark Cousins. 15 heures pour résumer 115 ans d’Histoire du cinéma : un pari aussi fou que génial. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 12 octobre 2012

Une histoire de films

Il y aura deux manières de vivre intensément Lumière 2012. La première, classique, consistera à poser une semaine de vacances et à piocher dans la très riche programmation du festival, dans ses rétrospectives, ses événements, ses rencontres… La seconde, plus audacieuse, consiste à demander son jeudi à son généreux employeur et à se rendre au Pathé Cordeliers dès 9 heures du matin pour suivre les 15 heures de Story of film de Mark Cousins. Car si plus de 70 films seront projetés au cours du festival, Story of film est celui qui les contient tous. Vous voulez savoir quelle est l’importance de Vittorio De Sica et de son scénariste Cesare Zavattini dans le courant néo-réaliste italien et ce qui les oppose à Roberto Rossellini ? Vous vous interrogez sur l’importance du Septième sceau dans l’œuvre d’Ingmar Bergman ? Vous avez envie de découvrir pourquoi le Nouvel Hollywood s’est fracassé sur La Porte du Paradis ? Vous voulez saisir ce qu’il y a de neuf dans le regard que pose Agnès Varda sur Corinne Marchand dans Cléo de 5 à 7 ? Vous désirez retourner à la source du réalisme social anglais dont Ken Loach est aujourd’hui le dépositai

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L’esprit Loach

ECRANS | Pour avoir suivi de près les trois premières éditions de Lumière, on sait d’expérience à quel point le choix de la personnalité pour recevoir le Prix Lumière influe (...)

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

L’esprit Loach

Pour avoir suivi de près les trois premières éditions de Lumière, on sait d’expérience à quel point le choix de la personnalité pour recevoir le Prix Lumière influe sur l’esprit général du festival. La star Eastwood avait tout écrasé en 2009, et Depardieu avait laissé planer un parfum de nostalgie plombante sur l’édition 2011. En revanche, la simplicité et la vitalité de Milos Forman, son envie intacte de faire du cinéma au présent, expliquaient grandement la réussite de Lumière 2010, équilibré, joyeux et populaire. On s’avance sans doute, mais on pressent que l’édition 2012 sera du même acabit, tant Ken Loach est lui aussi un cinéaste peu enclin à regarder en arrière. C’est l’âme même de ses films, qui ne baissent jamais les bras même lorsqu’ils sondent des abîmes de noirceur et de désespoir. Mais son engagement politique et citoyen, sa passion pour le foot, son humour british, tout cela devrait irradier la fin de la manifestation. Dans la rétrospective de son œuvre, il y a de belles perles à découvrir pour toute une génération de spectateurs : Kes, bien sûr, mais aussi Raining stones, Ladybird, Land and freedom, Sweet si

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Lumière, clap de début

ECRANS | Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le (...)

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Lumière, clap de début

Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le coup d’envoi. OK. Mais il y aura aussi au cours de cette soirée un grand film et un grand cinéaste à l’honneur, ce qui est quand même l’essentiel pour un festival qui s’intéresse au patrimoine cinématographique. En l’occurrence Jerry Schatzberg et son Épouvantail daté 1973, parfait résumé de ce Nouvel Hollywood qui s’intéressait aux outsiders de l’Amérique et les emmenait sur les routes pour des trajets autant physiques qu’existentiels. Au centre, le tandem Hackman/Pacino, l’un jovial, l’autre torturé, soit une certaine idée de la perfection dans le jeu. La mise en scène de Schatzberg capte leur énergie entre désir de classicisme (le Scope, les grands espaces) et modernité (un fabuleux travail de déconstruction sonore et visuelle qu’il avait déjà expérimenté dans Portrait d’une enfant déchue, son premier film). Le lendemain, c’est bombance avec le début des grandes rétros

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"La Porte du Paradis" en clôture de Lumière

ECRANS | La rumeur courait depuis plusieurs semaines, mais c'est désormais officiel : c'est bien La Porte du Paradis, fabuleux anti-western de Michael Cimino, (...)

Christophe Chabert | Mardi 25 septembre 2012

La rumeur courait depuis plusieurs semaines, mais c'est désormais officiel : c'est bien La Porte du Paradis, fabuleux anti-western de Michael Cimino, dont l'échec provoqua la ruine de United artists et le purgatoire our son auteur, qui sera projeté le dimanche 21 octobre à la Halle Tony Garnier en clôture du festival Lumière. Le film sera présenté par son actrice Isabelle Huppert dans sa version intégrale (de 3h36) et restaurée numériquement : comme vous ne l'avez jamais vu, donc, et c'est inratable. La Porte du Paradis de Michael Cimino par Festival_Lumiere

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Alice au pays des mères vieilles

ECRANS | Trésor caché dans la filmographie de Martin Scorsese, "Alice n’est plus ici" est de retour sur les écrans, et il ne faut pas louper ce conte réaliste aux accents country folk, sans doute le film le plus estampillé Nouvel Hollywood du réalisateur de "Raging Bull". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 21 septembre 2012

Alice au pays des mères vieilles

Écran carré, technicolor, décor de studio à la facticité étudiée, costumes aux étoffes chamarrées, musique toute de cordes lyriques : la première scène d’Alice n’est plus ici ressemble à un sample tiré d’un mélodrame des années 50, quelque part entre Minnelli et Michael Powell. C’est le fantasme d’Alice enfant, que le monde ressemble à une féerie hollywoodienne, un conte aux couleurs sucrées où les rêves de petites filles deviennent réalité. Rupture. L’écran s’allonge de quelques mètres, les couleurs se font ternes, la musique vire au groove funky, et la petite maison sur la colline typiquement américaine s’est transformée en bicoque branlante aux murs défraîchis. C’est le quotidien d’Alice (Ellen Burstyn), avec un gamin capricieux, un mari fatigué par un travail abrutissant, et pas grand-chose d’autre à faire que le ménage et la cuisine. En un clin d’œil, Martin Scorsese fait basculer son film de l’Eden perdu du cinéma classique au réalisme sans fard du Nouvel Hollywood. Alice n’est plus ici est l’œuvre où ce changement de paradigme s’exprime ouvertement, même si Scorsese crée au fil du récit un dialogue beaucoup plus subtil que ce contraste de départ

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Lumière est un long film fleuve tranquille

ECRANS | Plus éclatée que lors des éditions précédentes, la programmation de Lumière 2012 ménagera films monstres, raretés, classiques restaurés, muets en musique et invités de marque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Lumière est un long film fleuve tranquille

Elle aura tardé à arriver, mais la voici, presque définitive — manquent encore le film d’ouverture et le film choisi pour la remise du Prix Lumière à Ken Loach : la programmation du festival Lumière 2012. Autant dire tout de suite que par rapport à ce qui avait été annoncé en juin, beaucoup de choses ont changé ou se sont affinées : ainsi, la rétro Ken Loach se concentrera sur la deuxième partie de sa carrière, de Raining stones à Route Irish, avec en guise de curiosité le téléfilm Cathy Come Home. En revanche, plus de traces des raretés du cinéma américain des années 70, remplacées par l’intégrale de la saga Baby Cart, fameux sérial cinématographique hongkongais avec son samouraï promenant un bébé dans une poussette. Six films qui auront droit à une journée de projection au Cinéma opéra, ce qui marque d’ailleurs une des tendances du festival cette année : les marathons cinématographiques. Que ce soient les quinze heures de The Story of film (documentaire monstre sur l’histoire du cinéma), les 4h15 d’Il était une fois en Amérique dans sa versio

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Lueurs et Lumière

ECRANS | Prix Lumière à Ken Loach, hommages à Max Ophüls, Vittorio De Sica, Dean Martin et Max Von Sydow, versions intégrales et restaurées de "La Porte du Paradis" et d’"Il était une fois en Amérique", ciné-concert autour de "Loulou" : le prochain festival Lumière a déjà ses contours, en attendant d’en remplir le centre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 août 2012

Lueurs et Lumière

Tombée en plein milieu du mois de juillet, l’annonce du Prix Lumière aura donc été précédée de trois semaines de suspens et de rumeurs. C’est finalement Ken Loach qui viendra chercher le trophée à la Salle 3000 de la Cité Internationale le vendredi 19 octobre, et aura droit durant le festival à une rétrospective de son œuvre. Loach peut se réjouir : il vient de connaître un de ses plus grands succès public en France avec La Part des anges (en plus d’un très généreux Prix du jury à Cannes). Les cinéphiles semblent prêts à faire le tri dans sa filmographie, qui a avancé depuis vingt ans au pas de course, un film par an ou presque, dans des registres assez divers, avec comme dénominateur commun une vision politique de l’histoire passée et contemporaine de son pays, l’Angleterre. On s’amusera de l’ironie qui veut qu’un cinéaste d’ultra-gauche prenne la succession d’un acteur (Depardieu) qui, cette année, aura surtout fait parler de lui par son soutien tonitruant à Nicolas Sarkozy au cours de la dernière présidentielle : l’alternance, c’est aussi ce

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Ken Loach : un Prix Lumière en rouge et noir

ECRANS | Après trois semaines de suspense, c’est finalement le réalisateur anglais, chef de file d’un cinéma social plus noué qu’on ne le croit, qui se verra décerner le quatrième Prix Lumière en octobre prochain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 12 juillet 2012

Ken Loach : un Prix Lumière en rouge et noir

Les rumeurs laissaient entendre que le quatrième lauréat du Prix Lumière serait à chercher du côté des États-Unis. Surprise : c’est finalement un nouveau cinéaste européen qui fait figure d’heureux élu, puisqu’il s’agit du Britannique Ken Loach, 76 ans en juin dernier, et une filmographie imposante d’une trentaine de longs-métrages, dont la production s’est accélérée à l’aube des années 90, sans doute sa période la plus incontestablement passionnante. Loach démarre, comme beaucoup de ses compatriotes cinéastes à l’époque (Frears, Mike Leigh…) à la télévision, avant de franchir le cap du grand écran en 1967 avec Poor cow (Pas de larmes pour Joy), beau mélodrame avec un formidable Terence Stamp. Dès ce premier film, Loach, à travers un réalisme synchrone avec les nouvelles vagues qui naissent un peu partout dans le monde, s’intéresse aux classes populaires anglaises et à leurs difficultés d’existence, même si le film cherche aussi à capter l’élan amoureux de la jeunesse dans un mouvement pop typique de l’Angleterre sixties. Deux ans plus tard, Kes propulse Loach dans la cour des grands. Le film e

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Lumière pas tout à fait allumé

ECRANS | En l’absence d’annonce du prochain Prix Lumière, repoussée sine die, la programmation du prochain festival Lumière fait figure de poulet sans tête : on ne commentera donc que les plumes et les pattes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 20 juin 2012

Lumière pas tout à fait allumé

Tout le monde attendait Scorsese pour le Prix Lumière 2012, et ce ne sera pas lui ! Qui à sa place (et pour prendre la suite de Eastwood, Forman et Depardieu) ? Eh bien, on n’en sait rien, car visiblement Thierry Frémaux et son équipe se sont retrouvés coincés par les disponibilités de leur invité(e) potentiel(le)… L’annonce du nom qui sortira du chapeau se fera donc sans tambour, ni trompette, ni date précise — on espère juste que cela ne se passera pas en plein cœur de l’été, quand tout le monde, critiques et cinéphiles compris, ont la tête et les jambes en vacances. La tête — car c’est bien de cela qu’il s’agit : une tête couronnée par un festival qui établit peu à peu un hall of fame de l’art cinématographique, manque donc pour cette future édition de Lumière, mais le reste du corps est déjà esquissé. À commencer par les rétrospectives qui oscillent entre classicisme et innovation. D’un côté, hommage à Vittorio De Sica, le cinéaste du Voleur de bicyclette, patron du néo-réalisme, confirmant après Leone, Visconti et l’an dernier, les deux beaux films d’Elio Petri, la relation privilégiée et transalpine entre Lumière

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Nos funérailles

ECRANS | Abel Ferrara Filmedia

Christophe Chabert | Mardi 10 avril 2012

Nos funérailles

Depuis longtemps épuisé dans sa précédente édition DVD, Nos funérailles était devenu un objet de culte, même pour ceux qui ne partagent pas une passion démesurée pour son auteur Abel Ferrara. Il faut dire que non seulement celui-ci était, au moment de la sortie, dans sa phase la plus créative (avec King of New York, Bad Lieutenant, Snake Eyes et même son étrange version de Body snatchers), mais aussi car Nos funérailles relève d’un classicisme à part dans son œuvre. Il appartient à un genre, le film de gangsters, codifié et face auquel Ferrara adopte une posture humble et respectueuse. Il s’agit d’observer la désagrégation d’une fratrie mafieuse suite à l’assassinat de l’un des leurs, commis avant même le début du film. Image d’autant plus marquante que le cadavre a les traits de Vincent Gallo, lui aussi en plein boum de sa carrière, et l’on se doute bien que Ferrara ne fera pas que filmer ce comédien archi-charismatique dans une posture de gisant. Les flashbacks vont donc éclairer les racines du drame, et surtout montrer qu’aux activités illégales des frangins (magistralement campés par Chris Penn et Christopher Walk

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Mon pire cauchemar

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr-Belg, 1h43) avec Isabelle Huppert, Benoît Poelvoorde…

Dorotée Aznar | Mercredi 2 novembre 2011

Mon pire cauchemar

Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit supporter un plombier belge alcoolique et grossier) suffit à emporter le morceau. Et, plutôt que de laisser Huppert et Poelvoorde chercher, comme leurs personnages, un territoire commun à l’écran, Anne Fontaine les enferme dans leurs emplois respectifs, provoquant artificiellement le rapprochement par les grosses ficelles du scénario. Du coup, elle se contente d’enchaîner les situations attendues, gonflant l’affaire avec une sous-intrigue redondante entre le mari coincé et une salariée de pôle emploi branchée bio et nature (un tandem de cinéma pour le coup impossible entre la scolaire Virginie Éfira et le roué André Dussollier). Il n’y a ni rire, ni malaise là-dedans ; juste un regard cruel qui, dans le drame, provoquait parfois une petite fascination (Nettoyage à sec, Entre ses mains) mais qui ici fait plutôt penser au Chatiliez des mauvais jours.Christophe Chabert

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Copacabana

ECRANS | De Marc Fitoussi (Fr-Belg, 1h47) avec Isabelle Huppert, Lolita Chammah…

Christophe Chabert | Vendredi 2 juillet 2010

Copacabana

En inversant les termes du traditionnel conflit de générations — ici, c’est la mère qui est fantasque et irresponsable tandis que sa fille est casée et sérieuse — et en distribuant les Huppert mère et fille dans les rôles principaux, Marc Fitoussi dessine une comédie de mœurs crédible et attachante, et il confirme après l’intéressant La Vie d’artiste qu’il est un cinéaste à suivre. Si Copacabana souffre visiblement d’un budget riquiqui (HD mal maîtrisée et direction artistique assez flottante) et si son dernier tiers utilise beaucoup le chausse-pied scénaristique pour arriver à ses fins, le film possède un charme certain, sensible dans l’humour comme dans la mélancolie. Un charme qui tient à la performance toute en contrastes et ruptures d’Isabelle Huppert, mais aussi au soin apporté aux seconds rôles (Luis Rego, Aure Atika ou Noémie Lvosvky dans une scène à la Desplechin où un dialogue se développe autour du déplacement d’un canapé) et à la pointe de critique sociale que Fitoussi déploie dans la deuxième partie à Ostende, comme un doigt de belgitude dans son programme très français. CC

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White Material

ECRANS | De Claire Denis (Fr, 1h42) avec Isabelle Huppert, Isaach de Bankolé…

Dorotée Aznar | Mercredi 17 mars 2010

White Material

À peine sortie du beau drame intimiste 35 Rhums, Claire Denis s’attelle à un projet ambitieux : lors d’une guerre civile bouleversant un pays africain indéfini, une famille blanche demeure dans sa plantation de café au mépris des risques encourus ; et la réalisatrice de brasser colonialisme, racisme, corruption (sans oublier le featuring d’enfants-soldats), tout en composant ses habituels portraits de personnages en pleine dérive. Si l’on peut raisonnablement accepter l’interprétation strictement formelle de la cinéaste sur ces sujets dans les premières scènes, l’arrivée d’un Nicolas Duvauchelle complètement à côté de la plaque, trop vieux d’une bonne dizaine d’années pour le rôle, sonne rapidement le glas de l’entreprise. Comme l’acteur, le film semble constamment chercher le ton juste, et préfère la pose au réel discours, en espérant que sa désinvolture passe pour de la profondeur... FC

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Home

ECRANS | Ursula Meier Seven7

François Cau | Vendredi 3 juillet 2009

Home

Non, rien à voir avec le film de cartes postales aériennes du pote de Luc Besson. Nous avons là un premier long métrage inventif et marquant et, ne vous en faites pas, on se flagelle bien violemment de l’avoir loupé à l’époque de sa sortie. Dans la lignée des premières œuvres frondeuses de François Ozon, mais avec une identité artistique propre, Home nous dévoile le délitement d’une famille retranchée sur elle-même jusqu’à l’absurde. Reclus en bordure d’une autoroute inachevée et accaparée par leurs soins, les membres de ce microcosme heureux, car retiré du chaos du monde, vont vite déchanter à la reprise inattendue des travaux, se soldant par la destruction symbolique de leur havre de paix. Sur cette trame a priori simple, Ursula Meier prend soin de créer un film retors, où la folie gangrène peu à peu tous les personnages, retourne leurs fonctions originelles, les maltraite, entraîne le spectateur effaré dans un huis-clos littéralement étouffant. Là où bon nombre de cinéastes se contentent pour leur premier long de broder autour d’un sujet de court métrage, la réalisatrice justifie pleinement la durée de son film par une évolution psychologique dûment maîtrisée

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