Amour

ECRANS | Avec «Amour», Michael Haneke filme le crépuscule d’un couple face à la maladie et l’approche de la mort. Mais son titre n’est pas trompeur : sans perdre ni sa lucidité, ni sa mise en scène au cordeau, Haneke a réalisé son film le plus simple, émouvant et humain, grâce notamment à ses deux acteurs, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Texte : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 octobre 2012

Au milieu du Ruban blanc, on voyait un des enfants de cette communauté rigide et protestante offrir à son pasteur de père un oiseau pour remplacer celui qui venait de mourir. C'était un acte d'amour, un instant sentimental dans une œuvre où, justement, le mal qui rongeait les personnages était alimenté par la répression de leurs émotions. C'est d'ailleurs ce qui se passait à l'écran : le père retenait des larmes que la caméra de Michael Haneke, à la bonne distance, ne manquait pas de laisser deviner.

Le cinéaste est trop lucide et pessimiste sur la nature humaine pour faire croire au spectateur que ces larmes-là auraient changé la face du monde ; mais il n'y a aujourd'hui plus de doute à la vision d'Amour : cette pointe de pathos, aussi discrète soit-elle, a changé la face de son cinéma. L'inéluctable, ces ténèbres qui viennent engloutir les vies humaines, sont ici atténués par quelque chose de plus grand et de plus fort qui va même, lors de la sidérante scène finale du film, résister à la mort : l'amour donc, regardé comme une réalité empirique, un faisceau d'attentions, de gestes, de regards, de mots et de signes.

Un couloir de distance

Le "premier" plan — en fait, il est précédé d'un prologue que l'on ne révèlera pas — est typique d'Haneke : fixe et frontal, il cadre les spectateurs d'un théâtre venus assister à un concert de musique classique. Il fait écho au plan final de Caché : à l'intérieur d'une image a priori sans relief, dédramatisée et fondée sur la profusion indifférenciée des silhouettes, on finit par distinguer un couple "connu" : Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Pourquoi notre regard s'arrête-t-il sur eux et ne les lâche plus ? Est-ce un jeu de lumière invisible subtilement conçu par l'immense chef opérateur Darius Khondji ? Ou l'œil de Michael Haneke est-il déjà le nôtre, et nous permet de regarder dans la bonne direction, au bon endroit, malgré cette apparente froideur et ce choix de la distance ? La distance, d'ailleurs, est fondamentale dans le film.

C'est la géographie de l'appartement dont on ne sortira plus passée cette introduction ; un appartement que l'on trouve d'abord bourgeois, chaleureux et spacieux, mais qui va devenir, au fil du drame raconté, un labyrinthe complexe et anxiogène où l'on doit sans cesse traverser une pièce vide pour se rendre de la chambre au salon, puis du salon à la cuisine.

Haneke nous signale très tôt qu'une menace plane au-dessus du lieu : Anne et Georges rentrent chez eux et la serrure de leur porte a été fracturée, tentative avortée de cambriolage dont Georges dit qu'il doit être le fait «d'amateurs». S'ensuit un rituel que l'on devine inusable : Georges enlève ses chaussures et met à la place une paire de baskets marron gris qu'il ne quittera quasiment plus du film. Puis il va dire à sa femme qu'elle était «très belle ce soir», compliment spontané et sincère qui dit beaucoup de cet amour qui a résisté au passage du temps. On oscille ainsi de l'angoisse au bien-être, puis du quotidien le plus trivial à l'expression la plus simple du sentiment. Mais Haneke ne bouge pas sa caméra, regardant tout cela à l'autre bout du couloir, réprimant son émotion comme le pasteur la réprimait dans Le Ruban blanc. Toujours à distance, donc.

La mort au travail

Dans la scène clé (et inoubliable) qui va lancer le drame du film, la mise en scène d'Haneke opère un basculement décisif. C'est un moment ordinaire, un petit-déjeuner entre Anne et Georges où ils se parlent de tout et de rien. Le plan est large, la focale est courte, le numérique vient attraper tous les détails de l'image sans insister sur aucun. Soudain, Anne se fige, mutique et le regard perdu. Georges tente de la sortir de cette inquiétante torpeur, par la parole, puis en lui passant une serviette mouillée sur le cou.

Cet échange-là, Haneke le filme avec deux gros plans de leurs visages en champ contrechamp : pour la première fois, il est au plus près de ses personnages. Ces deux plans ont une puissance expressive extraordinaire, qui ne tient pas qu'à la tension de la situation. Il y a quelque chose de Dreyer dans le surgissement sans artifice de ce qui, jusqu'alors, n'était qu'une proposition lointaine : Anne et Georges sont octogénaires, leurs visages sont marqués par des rides qu'aucun maquillage ne peut venir effacer. Des visages témoins d'un temps compté, d'une mort qui approche et de la maladie qui rôde. Ce sont aussi les visages de deux acteurs qui ont incarné, chacun à leur manière, la souffrance et le rapport à la mort : Trintignant, dont on sait à quel point la question est devenue centrale dans sa vie depuis dix ans, et Emmanuelle Riva, celle qui «n'avait rien vu à Hiroshima», celle qui mourait sur les barbelés du camp de concentration nazi dans le Kapo de Pontecorvo.

D'évidence, Haneke a construit ses personnages avec ce passé mais aussi avec le présent de leurs interprètes, au point que l'on ne sait plus parfois si on regarde l'acteur ou son alter ego de fiction. C'est moins flagrant pour Riva, le rôle la poussant vers une composition au demeurant impressionnante, que pour Trintignant : sa façon de se déplacer avec difficulté dans les couloirs de l'appartement est une autre manière pour Haneke de filmer la mort au travail.

Franchise et lucidité

Car c'est bien cela, le centre du film, à défaut d'être son sujet : la lente dégradation physique d'un être aimé qui a fait promettre à son époux de l'accompagner jusqu'au bout, refusant de mourir anonymement dans un hôpital. Anne, frappée par une première attaque, en sort paralysée du côté droit. Ayant encore toutes ses capacités intellectuelles, elle sait ce qui va arriver ensuite et l'envisage ouvertement avec Georges.

C'est sans doute ce qu'il y a de plus beau dans Amour : qu'est-ce qui définit la solidité d'un couple ? Pour Haneke, c'est la franchise absolue, une capacité à ne jamais refuser la lucidité sur soi et sur les autres, à pouvoir tout se dire. Georges et Anne se parlent à cœur ouvert : dans une séquence magnifique, il lui raconte une anecdote de son enfance, un souvenir de cantine dans une colonie de vacances. À son écoute, Anne s'apaise, comme si la vie de son mari lui rendait un peu de force et de dignité. Trintignant accompagne son récit d'une caresse sur la main de Riva d'une infinie tendresse : l'amour est alors à la fois immatériel et totalement concret.

Le double inversé de cette scène, c'est celle où Georges relate un enterrement pathétique à Anne. Le ton est à la fois glacial et pince-sans-rire, le récit rend tout le grotesque de la cérémonie : on a envie de rire — car il y a contre toute attente pas mal d'humour dans Amour — mais c'est aussi un instant d'une douleur inouïe ; oui, après la mort, tout devient dérisoire, absurde, monstrueux pour ceux qui restent. En une scène, Haneke règle la question de l'après et fixe un cap moral à ses personnages mais aussi à lui-même : filmer la déchéance sans s'y complaire, chercher le pathétique sans sombrer dans le pathos.

Il y aura donc toujours de la beauté dans la laideur, de la drôlerie dans le tragique. À un instant de violence succède une série de tableaux, paysages sereins filmés plein cadre durant une longue minute ; on essaie de chanter tant bien que mal Sur le pont d'Avignon, et les mots disloqués de la comptine deviennent une autre forme de musique ; on badine autour de l'horoscope, avant de sombrer dans un cauchemar terrifiant.

Portrait de l'artiste en vieil homme sentimental

«Tout cela ne mérite pas d'être montré» dit Georges à sa fille, lui refusant l'accès à la chambre d'Anne, devenue aphasique et incohérente. Puis il regrette et la laisse entrer. Face à cette situation à laquelle il n'était pas préparé, Georges, qu'on devine maniaque du contrôle, tâtonne, se trompe, s'excuse, fait de son mieux.

Ce qui est beau, c'est qu'Haneke, malgré la souveraine maîtrise qu'il applique à son film comme à tous ses précédents, semble lui aussi parfois prendre de mauvaises pistes : Amour tire ainsi sa noblesse de ses défauts, comme la diction un peu trop "Nouvelle Vague" de Riva au début, la prestation d'acteur assez gauche d'Alexandre Tharaud, ou cette pincée de cruauté qu'Haneke lance sur la fille du couple, Isabelle Huppert, bourgeoise matérialiste et égoïste, personnage antipathique qui finit seule avec sa mauvaise conscience. Car ce à quoi l'on assiste tout du long, c'est justement le moment où un cinéaste longtemps hautain, moralisateur et accusateur, baisse la garde et accepte de se mettre en jeu dans son film.

S'il proclame «Je ne suis pas mon personnage», on ne peut s'empêcher de voir en Georges un autoportrait à peine déguisé de l'artiste en vieil homme face à ses sentiments. Ce portrait-là, Anne le résume en deux phrases : «Tu es un monstre parfois. Mais tu es gentil.» Juste avant, elle ironisait sur son accès de sentimentalisme : «Tu ne vas pas écorner ton image dans tes vieux jours.» On a l'impression qu'Haneke se parle à lui-même, qu'il rit de sa propre inconscience : faire un film d'amour, lui le cinéaste qui a le mieux su filmer la haine du monde, de soi et des autres, est-ce bien raisonnable ? Dans cette séquence, c'est comme si Michael Haneke était à la fois le pasteur et son fils dans Le Ruban blanc : celui qui témoigne gratuitement de son affection et celui qui refuse ce don, ou plutôt qui s'interdit de l'accepter.

Dans Amour, par deux fois, un pigeon entre dans l'appartement. Il s'agit de le faire sortir, puis de le capturer avec une couverture. La tension est réelle : que va-t-on faire de cet oiseau-là ? Le libérer ou le tuer ? La réponse, lorsqu'elle apparaît, est évidente pour le personnage. Mais elle dit tout le chemin parcouru par Haneke depuis sa trilogie de la glaciation émotionnelle. On peut maintenant, sans risque, le qualifier de géant du cinéma mondial.

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Folamour, le bob s'éclaire

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Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans "La Daronne"

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Les premières images surprennent autant qu’elles mettent en condition : elles montrent un homme asperger un par un, comme s’il s’agissait de banales récoltes, des couples s’apprêtant à prendre part à une soirée à musique poup-poum. Plus étrange, cette séquence qui semble singulièrement ralentie, défile à sa vitesse normale : ce sont les protagonistes qui freinent leurs mouvements, synchrones dans leurs gestes retenus. L’effet — réussi — restitue sans ses désagréments collatéraux la pulsion stroboscopique de partager la transe d’une rave, sujet de Crowd. Sensoriel, hypnotique, sensuel également, Si c’était de l’Amour n’est pas la “simple“ captation d’un spectacle dont il ne partage pas le nom, mais une interrogation à l’image de son titre, que les échanges qu’il intègre éclairent délicieusement, sans élucider la question en suspens. Ces irruptions dans le processus créatif montrent des danseurs s’interviewant mutuellement sur leur vie ou sur la construction des personnages qu’ils interprètent, à partir des trames fournies par

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La damnation de Jim Yamouridis

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La damnation de Jim Yamouridis

La voix est caverneuse, profonde, sépulcrale, creuse un sillon qui semble vouloir retourner les entrailles de la terre jusqu'aux forges d'Héphaïstos, invoquer par là, en un chant qui confine au religieux, une imprécation immémorielle, un mantra pourvoyeur de transe, quelque Dieu antique retenu prisonnier dans le fond des âges et dont il s'agirait, au passage, d'implorer la pitié, d'apaiser la colère. La chose s'intitule Mercy et ouvre The Other Side, dernier disque solo en date de l'Australien d'origine grecque Jim Yamouridis, exilé depuis quelques lustres en Auvergne (le karma de l'Hermès de Haute-Loire a des miles au compteur). La suite est à l'avenant et se blottit dans la bure d'une guitare acoustique aussi hypnotique que renfrognée et de cette voix d'outre-monde qui réveille les fantômes de Cash (Johnny) et de Cohen (Leonard) et fréquente les mêmes lupanars enfouis que Nick Cave, aux confins de ce folk-blues auquel Yamouridis nous a habitué et de la tradition grecque du rebetiko, cette musique d'outsiders et de haschischins, cette « musique de vérité », c

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Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

 Jeunesse qui rouille fait l’andouille :

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune — tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, l

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Chaplin de mère en fille aux Célestins

Théâtre | Dans la famille Thierrée Chaplin, on demande la sœur : Aurélia. En parfaite héritière de sa célèbre lignée, elle signe un spectacle léger comme des bulles de savons.

Nadja Pobel | Mardi 18 décembre 2018

Chaplin de mère en fille aux Célestins

Des fauteuils claquants d'une vieille salle d'attente et un tournoiement de personnes interchangeables. D'emblée ce spectacle, créé cet été au festival de Spoleto en Italie, est une valse qui ne va cesser durant 1h10. Aurélia Thierrée Chaplin est dirigée par sa mère Victoria Chaplin (fille du cinéaste) qui fait d'elle une cleptomane lunaire. Où qu'elle aille, elle dérobe des bijoux, des vêtements sur des portants, des lampes et se fond illico dans un fauteuil ou disparaît derrière des draps. La magie rôde à chaque coin de ce spectacle car la voleuse est talentueuse. Elle sait en tournant sur elle-même rendre un tailleur volé. C'est bien l'un des soubassements de cette création que ces tours de passe-passe qui font le sel de ce que ses parents ont créé au tout début des années 70, le Cirque Bonjour devenu Imaginaire puis Invisible, aux origines du nouveau cirque. Subrepticement, les objets s'animent et prennent vie. Ainsi un cintre devient oiseau, un porte-manteau se transforme en un ruminant. Et tout une série

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Douceurs aux Célestins

Théâtre | Comme à chaque fin de saison, il n'en reste qu'un pour les fêtes : les Célestins qui double la dose (19h puis 21h) avec cette fois-ci deux spectacles plus que prometteurs.

Nadja Pobel | Mardi 11 décembre 2018

Douceurs aux Célestins

Exit Jamie Adkins et le burlesque lourdigue des Sea Girl, cette année, les spectacles de 19h et 21h des Célestins s'adressent à un seul public qui peut tenter l'aventure en groupe sur les deux créneaux, avec une loufoquerie et une douceur garanties. Sans pouvoir faire de critique faute d'avoir pu voir en amont ces deux propositions, il est évident qu'elles se placent, a priori, du côté de l'enchantement. Dans un premier temps, Aurélia Thierrée (fille de Victoria Chaplin et donc petite-fille du cinéaste, et sœur du James de La Grenouille avait raison) est à l'honneur. Cette dernière interprète ce spectacle imaginé par sa mère et qui ressemble à leur illustre famille. Ici une cleptomane est manipulée par les objets qu'elle dérobe et un porte-manteau se met à marcher, des sièges s’esquivent et une robe prend vie. Elle retrouvera sans doute ici ce qui a fait son enfance lorsqu'elle furetait sur les plateaux de ses parents et leur spectacle éternel joué depuis quarante ans, le Cirque Bonjour

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Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

Un amour impossible | Après Laetitia Colombani et sa variation sur "Pourquoi le Brésil ?", Catherine Corsini adapte à son tour un livre de Christine Angot empreint d’un vécu douloureux et de secrets vénéneux. Une grande fresque digne.

Vincent Raymond | Jeudi 8 novembre 2018

Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

À quelle occasion avez-vous découvert le roman de Christine Angot ? Catherine Corsini : Par ma productrice, trois-quatre mois après sa parution. J’ai mis un peu de temps à le lire d’ailleurs, mais je suis tombé dedans : je l’ai ressenti à la fois comme une lectrice extrêmement bouleversée et comme une cinéaste qui prend de la hauteur. Il y avait un incroyable mélo à faire ! Et moi qui sortais de La Belle Saison, j’avais curieusement cette envie de mélodrame — une envie qui vient de mon amour des films de Douglas Sirk, revisitée ensuite par Todd Haynes ; ce truc assez formidable de parler des années 1950 jusqu’à aujourd’hui en essayant de moderniser le mélodrame classique hollywoodien. Comment Christine Angot a-t-elle reçu votre proposition ? C’était très courtois, elle a réfléchi. Ensuite, c’était une histoire d’engagement et d’argent, avec une liberté totale d’écrire, en lui soumettant le scénario une fois qu’il était terminé — et le fait qu’elle pouvait retirer son nom et la mention librement adapté si ça ne lui plaisait pas. À partir du mom

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Odieux le père : "Un amour impossible"

Drame | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Odieux le père :

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le “roman autobiographique“ — on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique — de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose, où le

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Auto-psy d’un couple : "L'Amour flou"

Ex tape | de et avec Romane Bohringer & Philippe Rebbot (Fr, 1h37) avec également Rose et Raoul Rebbot-Bohringer…

Vincent Raymond | Lundi 8 octobre 2018

Auto-psy d’un couple :

Il se sont aimés, ont eu beaucoup enfants (enfin… deux), et puis le quotidien a passé l’amour à la machine. Alors, avant de se détester trop, Romane et Philippe envisagent une séparation de corps mais pas de logis : un appartement chacun, réuni par la chambre des enfants. Une utopie ? L’histoire quasi vraie d’une famille attachante, racontée presque en direct par les intéressés, dans leur ton brouillon d’adulescents artistes, inventant un modèle “désamoureux“ hors normes. Ce qui pourrait ressembler à une soirée diapos prend tout de suite un peu de relief quand les protagonistes sont connus, et que la majorité de leurs parents et amis le sont aussi. Alors, si L’Amour flou tient de la succession de sketches plutôt gentils et tendres, sans auto-complaisance ; il est parfois indiscret, mais pas impudique. Fidèle, sans doute, à ce que dégagent ces deux parents bobos (bourgeois-bohème) et foufous (fouillis-foutraque). Toutefois, on relève (en la regrettant) une faute de goût dans ce film somme toute sympathique : la participation dans son propre rôle de

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De l’amour dans le frigo

Fromagerie | L’Amour de Nuit a ouvert ses portes fin mai rue de Marseille. On se calme tout de suite, il s’agit d’une fromagerie - bar à fromages. Mais il s'agit d’amour quand même.

Lisa Dumoulin | Mardi 25 septembre 2018

De l’amour dans le frigo

Point de rendez-vous polisson dans cette rubrique (encore que, l’amour de la chère et de la chair étant aussi concomitants que leur phonétique le laisse penser, on pourrait se laisser tenter) mais la vérité est ailleurs. À Nuits-Saint-Georges en Bourgogne très précisément, où est élaboré le fromage frais au lait de vache appelé l’Amour de Nuits - avec un “s”. C’est là que vivent les grands-parents de la gérante Agathe Birglin, et ses souvenirs d’enfance : « J’entends encore ma grand-mère me dire à l’heure du goûter “il y a de l’amour dans le frigo” ». L’Amour de Nuit fait donc double emploi pour vous permettre de venir faire vos emplettes à toute heure mais aussi de goûter des spécialités sur place. Et Agathe a réussi son coup : on rêve de passer une soirée dans le canapé de la mezzanine, parfait décor d'une soirée fromton-rouge. « Je voulais qu’on se sente comme à la maison, comme chez mamie, mais en restant propre, on est loin des bouchons surannés... J’ai tout acheté chez Emmaüs ou dans des brocantes, rien n’est neuf, pas même la vaisselle ! »

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"L'Amour est une fête" : et le film, une défaite

Cul-cul | de Cédric Anger (Fr, 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent de Boogie Night à la française. Narrant l’infiltration de deux flics dans l’univers des peep-shows et du X des années 1980 parisiens, ce pensum n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coup de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O. de Grégoire Hetzel, et la mélancolie mélodique de ses part

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Familles dé-re-composées au Comœdia

ECRANS | Maintenant que vous avez pris le rythme des avant-premières quasi quotidiennes, conservez-le. Et dirigez vos pas au Comœdia pour deux films très (...)

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Familles dé-re-composées au Comœdia

Maintenant que vous avez pris le rythme des avant-premières quasi quotidiennes, conservez-le. Et dirigez vos pas au Comœdia pour deux films très dissemblables. D’abord L’Amour flou, signé Philippe Rebbot et Romane Bohringer (présenté par celle-ci le vendredi 21 septembre à 20h) est inspiré par l’histoire des deux comédiens qui ont décidé de continuer à vivre ensemble après leur séparation — enfin, dans un appartement double uni par la chambre des enfants. Puis avec Amin de Philippe Faucon. Le réalisateur de Fatima viendra lundi 24 à 20h présenter le parcours de ce travailleur écartelé entre deux vies, deux familles, deux pays. Une histoire extraordinaire en apparence, et cependant si courante. Au Comœdia

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Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Vendredi 1 juin 2018

 Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? Daniel Auteuil : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quel genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a de fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de rêve et tout ce qu’on pouvait montrer. Que les rêves, ressemblent à

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Sale rêveur : "Amoureux de ma femme"

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Sale rêveur :

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe. Daniel Auteuil signe un film comme on n'en fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l’imaginaire d’un

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Bozon maudit : "Madame Hyde"

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Bozon maudit :

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre

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Croisette et causettes : "La Caméra de Claire"

Sieste Cinématographique | de Sang-Soo Hong (Cor du S-Fr, 1h09) avec Isabelle Huppert, Min-Hee Kim, Jang Mi Hee…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Croisette et causettes :

Dans les rues de Cannes, pendant un festival du film bien connu, Claire se promène avec son appareil à photo instantanées et sympathise avec Manhee, jeune Coréenne récemment virée par sa patronne. Grâce à l’entremise de Claire, les choses vont peut-être s’arranger… Le prolifique Monsieur Hong semble ne plus pouvoir se passer de la comédienne Min-Hee Kim, au centre de ses trois dernières réalisations — c’est-à-dire celles de l’année. La voici endossant le rôle d’une malheureuse promenant sa superbe mine déconfite en bord de plage ou en terrasse de café, pendant qu’Isabelle Huppert vêtue d’une robe jaune caresse des chiens gris, en sur-souriant sans montrer ses dents. Le temps s’étire en palabres, en considérations sur l’acte photographique ou la jalousie pendant que des instruments à cordes jouent une berceuse proposant une insidieuse sieste. Ne serait-ce que par courtoisie, il est inutile d’aller ronfler dans une salle.

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Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Entretien | Déjà porté à l’écran par Joseph Losey en 1962 avec Jeanne Moreau, le thriller psychologique Eva est à présent adapté par Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre. Entretien avec le réalisateur.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire? Benoît Jacquot : J’avais lu le livre de Chase en cachette à un âge précoce, quand je devais avoir 14 ans, bien avant d’avoir vu Eva de Joseph Losey, sorti sur le grand écran autour de mes 17 ans. Ce film m’avait marqué dans la mesure où je considérais Losey comme un maître à une époque où je commençais à vouloir faire du cinéma. Lorsque j’ai pris connaissance du livre de Chase, je m’étais dit que ce serait un film que je pourrais faire un jour. Cette idée m’a poursuivi de façon régulière pendant longtemps, jusqu’à ce qu’enfin l’occasion se présente. Quant au film de Losey, je ne l’ai pas revu depuis 50 ans. J’en garde un souvenir très imprécis. Je ne peux pas dire qu’il m’ait soit inhibé, soit élancé pour le film que je faisais. Au final, je l’ai réalisé comme si celui de Losey n’existait pas. Il faut croire que c’est un exercice que j’aime bien : j’ai fait à peu près la même chose avec le Journal d’une femme de chambre, qui était encore plus marquant dans

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Reinhardt en place

Rencontre | Encensé encore en cette rentrée littéraire pour La Chambre des époux, Éric Reinhardt sera à Lyon, ce mercredi 29 novembre pour accompagner le spectacle de (...)

Nadja Pobel | Mardi 28 novembre 2017

Reinhardt en place

Encensé encore en cette rentrée littéraire pour La Chambre des époux, Éric Reinhardt sera à Lyon, ce mercredi 29 novembre pour accompagner le spectacle de Laurent Bazin adapté de son précédent roman L'Amour et les forêts dans lequel la voix de l’icône française par excellence se fait entendre, Isabelle Adjani. L'écrivain rencontrera ses lecteurs pour une séance de dédicace à l'issue de la représentation au Théâtre des Célestins.

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Voltaire, un jeune homme pressé

Bande Dessinée | Après Pablo Picasso et Isadora Duncan, le dessinateur Clément Oubrerie s'attelle à la vie de Voltaire dans une nouvelle série au trait raffiné qu'il vient dédicacer deux jours durant à Lyon.

Sébastien Broquet | Mardi 7 novembre 2017

Voltaire, un jeune homme pressé

De Clément Oubrerie, l'on avait apprécié la série Aya de Yopougon, six tomes parus depuis 2005 en compagnie de la scénariste Marguerite Abouet (chez Gallimard) : un vrai succès que ce tendre récit. Le dessinateur, né en 1968 et prolifique, s'est ensuite attelé en compagnie de Julie Birmant à une biographie en quatre tomes de Pablo Picasso, centrée sur sa jeunesse à Montmartre : Pablo, puis à la vie d'Isadora Duncan en deux tomes, en 2015 (tout ceci étant hébergé chez l'éditeur Dargaud). Le format biographie semble particulièrement inspirer Oubrerie, de retour en cet automne avec le premier volume d'une nouvelle série consacrée cette fois à la vie de Voltaire : Voltaire Amoureux. Comme son titre l'indique, l'on suit le dramaturge au fil de ses passions amoureuses, d'actrice intéressée en maréchale innaccessible. Ce tome 1 le montre impétueux, sûr de son fait comme de ses bons mots qui ne cessent pourtant de lui causer du tort, tabassage ou embastillage se succédant, nourrissant ou ralentissant sa verve créatrice qui ne l'a pas encore menée à son Candide ou à Zadig.

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Mohamed Lamouri : l'enchanteur de la ligne 6

Raï | Soyez à l'heure, samedi : Mohamed Lamouri, programmé en ouverture du concert d'Amadou & Mariam, est trop rare pour être oblitéré.

Sébastien Broquet | Mardi 24 octobre 2017

Mohamed Lamouri : l'enchanteur de la ligne 6

De la ligne 2 du métro parisien s'est déjà envolé autrefois Benjamin Clementine... Parmi ces enchanteurs du quotidien qui égrennent les trajets de quelques notes et mélopées plus ou moins abouties, une autre merveille commence à chevaucher désormais les routes au-delà de la capitale pour promener son raï mélancolique et régaler sans pass Navigo : Mohamed Lamouri, poète au quotidien, héritier du raï sentimental d'un Cheb Hasni tragiquement assassiné en 1994 (idole dont il reprend le chialantTgoul maaraft et quelques autres pépites) qu'il couple avec un clavier minimaliste pouvant rappeler le Dominique A période La Fossette (ou encore Monsieur Orange, pour les old gones). Aveugle de l'œil droit et presque de l'œil gauche depuis sa naissance à Tlemcen, en Algérie en 1982, Mohamed Lamouri étudie avec Hami Benosmane, un luthiste, dans une école pour non-voyants avant de commencer à jouer quelques covers de hits dans les rues et, plus tard, de traverser la Méditerranée pour continuer d'envoûter de sa voix perlant la mélancolie. Discret au possible, under

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Point trop final : "Happy End" de Michael Haneke

Drame | de Michael Haneke (Fr-Aut-All, 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Point trop final :

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Trintignant joue une extension de son personnage de Amour — il y fait explicitement allusion ; quant à Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé — quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si tous les éléments habituels dérangeants sont là, manque un liant — comme la durée obstinée des plans, par exemple. Privé des longues séquences de tension fais

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Lumière rime avec avant-première

ECRANS | Pathé, UGC… et maintenant les Cinémas Lumière : à chaque circuit son cycle d’avant-premières. Les anciens CNP donnent rendez-vous à leurs spectateurs chaque lundi (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Lumière rime avec avant-première

Pathé, UGC… et maintenant les Cinémas Lumière : à chaque circuit son cycle d’avant-premières. Les anciens CNP donnent rendez-vous à leurs spectateurs chaque lundi de septembre à 20h30 avec des films qui seront à l’affiche de leurs salles dans les prochaines semaines. Après Le Redoutable lundi dernier, place au bouleversant Faute d’amour de Zvyagintsev le 11, à Un beau soleil intérieur de Claire Denis le 18 et à Happy End de Haneke — pour conclure fort logiquement le 4 octobre. Soit uniquement des œuvres incluses dans la sélection officielle du dernier Festival de Cannes. Au Lumière Terreaux

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Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

14 pépites pour appétits cinéphiles | Bien sûr, on en oublie. Mais il y a fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. En attendant (entre autres), Joachim Trier, Depardon et Kathryn Bigelow, bon appétit !  

Vincent Raymond | Mercredi 30 août 2017

Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

Mother! de Darren Aronofsky Initialement programmée pour novembre, la sortie du nouveau Aronofsky a été avancée pour cause de sélection vénitienne et c’est, à bien des égards, une excellente nouvelle. Déjà victorieux sur la Lagune avec The Wrestler en 2008, l’auteur de Requiem for a dream et de Black Swan convoque ici du lourd — Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle - toujours active - Pfeiffer, Ed Harris — pour ce qui s’annonce comme un bon vieux thriller des familles, mâtiné de fantastique dérangeant. La double affiche préventive, offrande de style sulpicien revisité grand-guignol, tient de la promesse merveilleuse ; il faudra cependant patienter jusqu’à la clôture d’une très alléchante Mostra — le festival qui, désormais, donne avec Toronto le tempo des Oscar — pour savoir si ce mystérieux flacon recèle l’ivresse escomptée. Le 13 septembre

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Métamorphoses : cinéma européen contemporain

ECRANS | Comment commémorer les soixante ans de la signature du Traité de Rome, prémisse de l’actuelle UE, sans tomber dans la pompe ni l’institutionnel ? En (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Métamorphoses : cinéma européen contemporain

Comment commémorer les soixante ans de la signature du Traité de Rome, prémisse de l’actuelle UE, sans tomber dans la pompe ni l’institutionnel ? En montrant, par exemple, que l’Europe n’est pas une froide instance impalpable et qu’elle s’incarne dans une création culturelle aussi tangible que diverse. Sous le titre Métamorphoses (Ovide apprécierait l’hommage), les Cinémas Lumière proposent un panorama du cinéma européen contemporain conjuguant un florilège de films (pour la plupart inédits et souvent laurés) agrémentée de nombreuses rencontres avec leurs auteurs. Parmi les douze œuvres présentées (longs et courts-métrages confondus), signalons l’avant-dernier Fatih Akin, Tschick (le suivant venant d’être montré en sélection à Cannes) choisi pour l’ouverture mercredi 7 à 18h15, représentant l’Allemagne. Le même soir à 20h30, le cinéaste polonais Jan P. Matuszynski accompagnera The Last Family, primé à Locarno. Pour l’Italie, Marco Segato sera présent le lendemain avec La Pelle dell’Orso, récompensé à Annecy le lendemain.

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Lettre de Cannes #3

Festival de Cannes 2017 | Ou comment la courtoisie est une valeur qui se perd, un grand cinéaste se suicide à Cannes, et Netflix invente le vidéo-film.

Christophe Chabert | Mardi 23 mai 2017

Lettre de Cannes #3

Cher PB, Au son d’un hélicoptère tournoyant dans le ciel, loin au-dessus de la croisette, je t’écris à nouveau pour te parler de cinéma. Mais avant, j’aimerais te raconter un petit jeu que je pratique avec quelques amis depuis que je me rends au festival. Ce jeu, qui est plutôt une forme de compétition honorifique, s’appelle le Prix de la courtoisie. Rien à voir avec la radio d’extrême droite éponyme — cela me rappelle qu’autrefois, quand moi-même je faisais de la radio, un des animateurs ne cessait de présenter les titres musicaux en parlant d’albums « éponymes », sans trop savoir ce qu’il racontait puisqu’il allait jusqu’à dire de certains qu’ils étaient « parfaitement éponymes », laissant penser que d’autres étaient « un peu éponymes » et d’autres encore « moyennement éponymes »… Le Prix de la courtoisie consiste à saluer chaleureusement TOUS les agents d’accueil que l’on croise avant d’accéder aux projections, de les remercier chaque fois qu’ils font quelque chose pour nous — biper nos badges, nous indiquer nos places… — et, plus globalement, de leur sourire et de ne pas les traiter comme des paillassons. La base, quoi… Sauf au festival de Cannes où les

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Lettre de Cannes #1

Festival de Cannes 2017 | Où  j'ai vu des portiques de sécurité, un film très noir et très fort de Zviaguintsev, et un beau film premier degré de Todd Haynes.

Christophe Chabert | Vendredi 19 mai 2017

Lettre de Cannes #1

Cher Petit Bulletin, M'y voici de nouveau, au soleil de Cannes, pour y humer l'air du temps cinématographique et y humer l'air tout court d'une Côte d'Azur désormais meurtrie par trop de jardinières géantes décourageant badauds et camions de se rencontrer en une étreinte assassine. Le Festival de Cannes fête son 70e anniversaire en étalant à son générique les noms de ses chers cinéastes disparus et en transformant chaque avant-projection en une vaste zone de sécurité pour aéroport : déposons donc quatre fois par jour nos clés, portefeuilles et téléphones avant de franchir de peu esthétiques portiques magnétiques ; ouvrons nos sacs pour en supprimer tout élément dangereux, à commencer par la crême solaire en tube, nous laissant ainsi plus de chances de mourir d'un mélanome que d'un attentat terroriste — pléonasme assumé. Ainsi, l'honneur est sauf car, comme disait Claudette Colbert dans La Huitième femme de Barbe-Bleue, avec l'accent français s'il vous plait : "Don't blame it on the Riviera". De plus, entre le moment où j'ai récupéré mon accréditation et celui où le festival a été officiellement déclaré ouvert, s'est produit un élément d'ampleur stratosphériq

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"Cinéma, mon amour" : un amour sans complexe

Documentaire | de Alexandru Belc (Rou-Tch, 1h10) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Animé d’une foi qu’un charbonnier lui envierait, et de son amour viscéral pour le 7e art, Victor Purice tient à bout de bras le Dacia, seul cinéma de la ville roumaine de Piatra Neamt. Un édifice à l’ancienne, où aidé de ses deux employés, Victor tente d’attirer à nouveau le public. Lors de la sortie de Baccalauréat, Cristian Mungiu rappelait le sort malheureux du parc cinématographique roumain post-Ceaușescu : la libéralisation sauvage et brutale du secteur a fait disparaître 400 salles en une génération, supprimant de facto l’habitude pour les spectateurs de communier ensemble devant un grand écran. À la tête de son Dacia, Victor Purice est un des rares survivants de cette hécatombe : l’un des trente derniers.

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Dominique Abel & Fiona Gordon : « ce qu’on fait en réalité, c’est du théâtre à l’écran »

Entretien | Clowns à l’écran et sur les planches, le duo Abel & Gordon se balade aux quatre coins de la capitale, occasion idéale pour tous les hommages et toutes les rencontres. Cartographie d’un univers partagé qui rend la réalité si triste et les pitres si beaux.

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

Dominique Abel & Fiona Gordon : « ce qu’on fait en réalité, c’est du théâtre à l’écran »

Avez-vous essayé de retrouver la fibre unique du réalisme poétique ? Dominique Abel : On s’inspire de ces films, même si on a trouvé nos propres lieux, qui dégagent une magie bien particulière : je pense à cette statue de la Liberté qui a été un vrai cadeau du ciel. L’idée de mettre un SDF qui plante sa tente à ses pieds, c’était chouette. On a été nourri par plusieurs styles différents, mais on adore le burlesque : Max Linder, Buster Keaton, Charlie Chaplin, Laurel et Hardy, ou les créateurs plus contemporains comme Kaurismäki. Mais nos goûts sont plus larges que ça. Emmanuelle Riva était-elle l’une de ces références ? D.A : On ne l’avait jamais vu dans un autre registre que celui du drame. Elle était très curieuse, vivante avec le rire incroyable d’une jeune fille de 14 ans. Elle faisait beaucoup de théâtre et nous, ce qu’on souhaitait, c’était de répéter pour atteindre une mécanique propre à notre jeu. À ça, e

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Double expo à l'IAC : L'œil à l'air libre

Institut d'Art Contemporain | Puisant dans ses collections, l'Institut d'Art Contemporain propose deux expositions sur le thème de l’espace et du trouble perceptif.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 janvier 2017

Double expo à l'IAC : L'œil à l'air libre

Depuis sa nomination, il y a dix ans, à la tête de l'Institut d'Art Contemporain, Nathalie Ergino suit un fil rouge aussi simple que cohérent : questionner, bousculer, élargir, libérer notre perception. L'exposition Immersions revient sur un certain nombre d'artistes qui ont été exposés à l'IAC et dont certaines œuvres ont été acquises à ces occasions. Œuvres qui ont pour particularité, souvent, de nous plonger dans un environnement déroutant et de brouiller nos repères : les transes dansées et filmées de Joachim Koester, le sol peint aux courbes ondulatoires de Philippe Decrauzat, la forêt immaculée et artificielle de Berdaguer & Péjus, le "paysage" de grands cubes blancs de Vincent Lamouroux... Bref, dans un premier temps, l'IAC se transforme en terrain d'expériences perceptives (pour la plupart déjà vécues par les habitués de l'IAC) en mobilisant l'ensemble des sens et le corps en mouvement du spectateur. En eaux troubles Dans un second temps, l'exposition Paysages cosmomorphes présente plusieurs œuvres du Frac

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"L’Histoire de l’Amour" : love, etc.

ECRANS | de Radu Mihaileanu (Fr, Can, E-U, Rou, 2h14) avec Derek Jacobi, Sophie Nélisse, Gemma Arterton, Elliott Gould…

Vincent Raymond | Mercredi 9 novembre 2016

Soixante ans après l’interruption de son histoire passionnée avec Alma, Léo, un rescapé de la Shoah croise une adolescente en proie aux tourments de son âge. La donzelle se prénomme également Alma, à cause d’un mystérieux livre narrant l’amour absolu de Léo pour sa dulcinée… Histoires cycliques imbriquées les unes dans les autres, amours transatlantiques, amis imaginaires, toile de fond tragique, brouilles familiales, convoitises, trahisons, décor new-yorkais, imposture littéraire, distribution de prestige et BO appuyant là où ça pique les yeux… En vérité, on avait tout pour composer une fresque comme Radu Mihaileanu se plaisait jadis à les brosser à l’époque de Va, vis et deviens (2005) ; ne manquait qu’un vrai souffle épique pour unifier tout ça. Las ! L’on passe en effet ici d’un chapitre ou d’une époque à l’autre, dans un saute-mouton dépourvu de fluidité. Résultat : ce que récit y gagne en — involontaire — destructuration conceptuelle, il le perd en romantisme ; et l’histoire, en définitive, ne s’élance jamais.

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Marie-Carmen Garcia : les amants enchaînés

Sociologie | Après les cultures hip-hop et le cirque contemporain, la sociologue Marie-Carmen Garci se donne un nouvel objet d'étude original : les amours clandestines de longue durée.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 juin 2016

Marie-Carmen Garcia : les amants enchaînés

« La clandestinité amoureuse paraît méprisable dans un monde qui fournit la possibilité aux couples de se séparer, de s'ouvrir ou de s'échanger d'un commun accord. Les amours clandestines sont ainsi souvent pensées dans différents secteurs de la vie sociale comme le fruit d'une pathologie, d'un problème psychique ou d'un problème de couple faisant porter le poids de la dualité qu'elles supposent sur les individus. » Dès l'introduction de son ouvrage, la sociologue Marie-Carmen Garcia plante le décor : celui de multiples normes sociales qui s'infiltrent jusqu'aux plus intimes de nos activités (on notera aussi ici que la transgression des normes est aujourd'hui souvent traduite par une pathologie mentale, une psyché à la dérive. On ne dit plus : c'est mal, mais va voir un psy !). Malgré ce que notre société offre de possibles séparations simplifiées ou de libertinage assumé officiellement, certains "anormaux" plongent dans la clandestinité et engagent des relations adultères durables (au moins deux ans dans les cas étudiés dans cet ouvrage), objet du livre de la sociologue. Le symbolique caché dans le placard À partir de blogs sur Internet

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer, père et fille

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr, 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et de les sadiser pour faire bonne mesure — cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe — histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique ina

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Lyon BD Festival : le plein de super

Bande Dessinée | Pendant que l’immense machine angoumoisine se prend bide sur bide, au grand dam des auteurs et du public, Lyon BD Festival continue de se muscler. Une décennie seulement après sa création, l’incontournable rendez-vous lyonnais est devenu plus fécond que jamais.

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Lyon BD Festival : le plein de super

Les plus de 200 illustrateurs, scénaristes et coloristes attendus cette année au Lyon BD Festival savent bien qu’ils n’auront pas à apposer leur signature jusqu’à épuisement sur des albums, ni à pester contre les remises de prix. Choyés par une équipe noyautée depuis l’origine par des consœurs et confrères lyonnais (ça aide), nombre d’entre eux sont des habitués. Certains ont même été sollicités pour co-construire l’événement en participant aux projets ou créations présentés durant le week-end. Ainsi, Obion montrera le fruit de sa résidence au musée Gallo-romain (qu’il publie en album), des auteurs français et espagnols se rencontreront et se raconteront dans l’exposition Influences croisées, quand Jimmy Beaulieu, Rubén Pellejero ou Jean-Yves Mitton croqueront des œuvres au Musée des Beaux-Arts… Entre deux spectacles (Lincoln sur scène) ou BD-concerts (Boulet et Inglenook), Lyon BD initie à nouveau une grande exposition avec la complicité du scénariste JC Deveney. Après la question de la parité en BD (Héroïnes), le festival célèbre les super-héros à travers les éditions Lug, décisives dans l’essor des comics Marvel en France. Le panorama proposé retra

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Elle : le retour de Paul Verhoeven

Festival de Cannes | Curieuse, cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Elle : le retour de Paul Verhoeven

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle — qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série — se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous — sa fameuse technique de jeu “plumes de canard”, les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris… Basiq

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Melville : Son nom est stetson

Rétrospective Melville | On a tendance à voir dans le polar un genre par essence américain, essaimant de façon univoque sur les autres continents et cultures. S’il suffisait d’un (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Melville : Son nom est stetson

On a tendance à voir dans le polar un genre par essence américain, essaimant de façon univoque sur les autres continents et cultures. S’il suffisait d’un homme pour dénoncer ce postulat, il aurait un chapeau de cowboy et des lunettes teintées d’aviateur californien. Son nom ? Jean-Pierre Grumbach, dit Melville, cinéaste français comptant parmi les plus déterminants stylistes du 7e art ; auteur d’œuvres épurées jusqu’à l’abstraction cristalline, et maître incontesté de plusieurs générations de réalisateurs nippons, étasuniens ou européens, revendiquant avec déférence son ombre tutélaire. Franc-tireur dans l’industrie, partisan d’un contrôle total de ses productions, Melville a su également extraire de ses comédiens une fascinante quintessence : d’abord, la grâce féline du jeune Belmondo ; ensuite, l’aura hiératique d’un Delon minéral. Deux de leurs trois collaborations ont été retenues par le cycle Ciné-Collection pour illustrer l’œuvre au noir de Melville : Le Samouraï (1967) bien sûr, où le comédien, mutique et glacial, trouva les contours de son personnage totémique ; et Le Cercle rouge (1972), le plus co

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Par Amour

ECRANS | de Giuseppe M. Gaudino (Fr/It, 1h49) avec Valeria Golino, Massimiliano Gallo, Adriano Giannini…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Par Amour

Il faut apprécier le zigzag pour suivre la trajectoire artistique de Valeria Golino : en France, les cinéastes la cantonnent dans des emplois de sex symbols surgis du passé ou d’un écran — de préférence dans des comédies. Quant aux cinéastes italiens, ils ne songent qu’à la voir interpréter des personnages confrontés à des situations über-dramatiques. Par amour, histoire napolitaine, ne fait pas exception à cette règle. Mais il lui permet d’obtenir un rôle intense à la Anna Magnani (façon mère courage dans un quotidien oppressant face à un conjoint violent et vaguement mafieux) au sein d’une œuvre aux inflexions baroques, lorgnant parfois vers le fantastique, scandée de surcroît par des intermèdes chantés et colorés. Le final onirique, complètement barré, oscille entre le Mocky époque Litan et la publicité pour parfum, à moins qu’il ne s’agisse d’un rituel sacrificiel exhumé de l’Atlantide. Une hétérogénéité qui rend le film bancal, mais terriblement aimable du fait de ses fragilités.

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L’Avenir

ECRANS | de Mia Hansen-Løve (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

L’Avenir

Triste exemple de régression artistique, ce film bien mal nommé voit Mia Hansen-Løve retomber dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie depuis le lumineux Le Père de mes enfants (2009). Ce cinéma sorbonnard, construit dans l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingénie à aligner des saynètes froides censées capturer la vie dans sa crue réalité, des séquences de comédie pathétique (avec la vieille grand-mère qui perd la boule), entrelardant le tout de tunnels verbeux bilingues franco-allemands fourrés à la dialectique. Parfaitement formaté pour les festivals : la Berlinale lui a décerné un Ours d’argent… Très proche du personnage qu’elle interprétait — on aurait du mal à dire “incarner” tant son corps physique paraît de plus en plus s’effacer à l’écran — dans Villa Amalia (2009) de Benoît Jacquot, Isabelle Huppert affiche ici la même indifférence face aux événements ; à peine semble-t-elle concernée comme spectatrice. Postulons qu’il s’agit d’une stratégie de protection, car la réalisatrice sadise son héroïne impassible avec une étonnante obstination, au point de la

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Mirage d'Amour avec fanfare

ECRANS | de Hubert Toint (Bel/Fr/Sui, 1h37) avec Marie Gillain, Jean-François Stévenin, Eduardo Paxeco.…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Mirage d'Amour avec fanfare

Sans être à proprement parler un testament, cette œuvre posthume du Bernard Giraudeau scénariste abrite tout ce que cet artiste polyvalent et voyageur appréciait : les grands espaces, l’Amérique du Sud, les ambiances révolutionnaires, les romances tragiques et une dose d’épopée picaresque… Bref, un conte contemporain (ou presque : début du XXe siècle) taillé pour contenir ces paramètres ; un vrai mirage en somme, à l’image du cinéma, permettant aux amoureux de l'histoire de se retrouver à leur manière. Joliment photographié, gentiment sensuel, sympathiquement désuet, ce film est réglé comme du papier à musique ; il lui manque hélas le souffle d’impro l’écartant de la partition un peu trop connue. VR

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