Après mai

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h02) avec Clément Métayer, Lola Creton, Carole Combes…

Christophe Chabert | Mercredi 7 novembre 2012

De L'Eau froide à Carlos, la révolution politique avortée des années 70 hante le cinéma d'Olivier Assayas. Aujourd'hui, il s'y attaque de front à travers un récit aux relents autobiographiques où la jeunesse de son époque prend la route et le maquis pour contester la société conservatrice et prôner le marxisme et le maoïsme.

Ce devrait être une fresque portée par un souffle romanesque fort ; ce n'est à l'arrivée qu'un film d'Assayas, où les états d'âme amoureux des personnages prennent le pas sur l'esprit d'une période, réduite à un simple folklore. Aux clichés hallucinants des scènes d'ouverture (manif, gaz lacrymo, pochettes de disques rock, lycéen faisant de la peinture abstraite dans sa chambre, créature garrellienne en longue robe blanche ânonnant un texte incompréhensible) succède un récit mal raconté, bourré de symboles transparents (la jeunesse se consume, alors tout brûle autour d'elle) et joué par des acteurs peu convaincants (exception faite de Lola Creton).

Surtout, le film prend acte d'une démission de son auteur face à son sujet : Gilles, alter ego dont Assayas ne commente jamais l'engagement, finit par reprendre le flambeau paternel d'un cinéma bourgeois et pépère. On le savait depuis longtemps, mais cet aveu nous rassure : Assayas n'a rien de moderne, c'est juste un héritier de l'académisme à la française.

Christophe Chabert

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Sous les couvertures… : "Doubles Vies"

Et aussi | De Olivier Assayas (Fr, 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Sous les couvertures… :

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain s’interroge. Sur ses publications — il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard —, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna, une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre — deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) passée en contrebande dans une comédie entomologique de mœurs germanopratine, ou bien du contraire. Seuls des archétypes de parisiens peuvent se livrer à ces petites joutes verbales, amoureuses et professionnelles,

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Olivier Assayas : « le cinéma est fait pour poser des questions, pas pour donner des réponses »

Entretien | Portraits intimes, fresques politiques, cinéma de genre… Olivier Assayas a tâté de tous les registres et vécu autant de vies. Sa nouvelle réalisation les voit doubles, mais lui permet d’évoquer avec clairvoyance les secteurs du livre et du cinéma. Conversation.

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Olivier Assayas : « le cinéma est fait pour poser des questions, pas pour donner des réponses »

Doubles vies a-t-il été difficile à écrire ? Olivier Assayas : Absolument pas ! La seule base, c’était que ça m’amuse. À chaque fois qu’une scène m’ennuyait, je m’arrêtais et j’attendais que me vienne une idée qui m’amuse. J’avais aussi le plaisir de renouer avec des choses qui me manquaient beaucoup, comme tourner en français. Le dernier, c’était Après mai, avec des ados, ce n’était pas du tout la même manière de le penser, de le tourner. À travers le personnage de l’écrivain qui “siphonne“ sa vie privée pour nourrir ses romans, Doubles vies interroge le rapport entre la fiction et l’autofiction… L’espace entre la fiction et l’autofiction est épais comme un papier à cigarettes, dans le sens où les écrivains, quels qu’ils soient, s’inspirent de leur propre expérience — même ceux qui écrivent de la science-fiction : j’ai le sentiment qu’ils sont encore plus près d’eux-même, du monde dans lequel ils vivent que lorsqu'ils racontent des choses à la première personne. Certains ont besoin de jouer avec le feu, parce que ça peut êtr

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"Corniche Kennedy" : Plouf !

ECRANS | de Dominique Cabrera (Fr, 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga, Moussa Maaskri, Alain De Maria …

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Lycéenne rangée rongée par l’ennui, Suzanne s’abîme dans la contemplation des jeunes de son âge qui, sous ses fenêtres, défient le vide en plongeant du haut de la Corniche Kennedy. Sa fascination et son désir l’emportant sur sa timidité, elle force l’entrée de ce groupe flirtant avec le risque. À plus d’un titre… Comédienne dont les cinéastes ont compris qu’ils n’avaient aucun intérêt à se priver, Aïssa Maïga se trouve par les semi-hasards de la programmation en compétition avec elle-même sur les écrans. De cet absurde combat, elle sort forcément victorieuse. On ne peut pas en dire autant de cette adaptation de Maylis de Karangal (quelques semaines après l’escroquerie aux sentiments Réparer les vivants, cela commence à peser) reposant sur du pur cliché. Cette fable de la jouvencelle bourgeoise en pinçant pour les petits cadors de banlieue (ou des quartiers nord, histoire de napper le t

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"Personal Shopper" : perservare diabolicum est

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr, 1h45) avec Kristen Stewart, Lars Eidinger, Sigrid Bouaziz…

Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

Avec Personal Shopper, Olivier Assayas s’essaie au film fantastique-lol — un truc si improbable qu’il devrait prêter à rire tant il se prend indûment au sérieux. Las, d’aucuns ont dû lui trouver une insondable profondeur, une beauté ineffable, au point de le juger digne de figurer dans un palmarès. En découle un aberrant Prix de la mise en scène à Cannes — dépouillant de fait Cristian Mungiu de l’intégrité de ses justifiés lauriers. On suit donc ici une jeune Américaine, Maureen, chargée de garnir la penderie parisienne d’une quelconque vedette, entre une session d’emplettes et une vague séance de spiritisme. Car Maureen, plus ou moins médium ayant perdu son frère jumeau, guette la manifestation post mortem d’icelui… Prolongation morne et inutile du ticket de Kristen Stewart chez Assayas, après l’inégal

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Sils Maria

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h03) avec Juliette Binoche, Kristen Stewart…

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Sils Maria

La prétention qui suinte de la première à la dernière image de Sils Maria ne surprendra pas ceux qui, comme nous, ont pris en grippe le cinéma d’Olivier Assayas. Il y raconte, sans le moindre scrupule de crédibilité, comment une star entre deux âges (Juliette Binoche, qui pose tout du long en alter ego de Juliette Binoche) décide de reprendre la pièce qui l’a rendue célèbre et dont l’auteur s’est éteint, comme par hasard, au moment où elle allait lui rendre hommage en Suisse. Elle laisse le rôle de la jeune première à une nymphette hollywoodienne (Chloë Grace Moretz) et endosse celui de la femme mûre, ce qui déclenche chez elle un psychodrame dont le souffre-douleur sera son assistante (Kristen Stewart, la seule à surnager en adoptant un très respectable profil bas au milieu du désastre). «Tu l’as vu, mon Persona ?» nous susurre Assayas tout du long avec une finesse éléphantesque, des coquetteries stylistiques de grand auteur — le faux film muet, la musique classique — et une manière très désagréable de désigner ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas. Les blockbusters de super-héros ? Des merdes à regarder avec des lunettes 3D ridi

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Les Salauds

ECRANS | De Claire Denis (Fr, 1h40) avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Les Salauds

J’ai pas sommeil, Trouble every day, Les Salauds : trois films qui, dans l’œuvre de Claire Denis, forment une sorte de trilogie de l’horreur, où elle fouille les désirs monstrueux pour en sortir des récits en forme de cauchemars éveillés. On peut aussi y voir l’asymptote d’une carrière, du vouloir-dire omniprésent (J’ai pas sommeil) à un plus rien à dire franchement gênant (Les Salauds), avec au milieu un point d’équilibre fragile (Trouble every day, son meilleur film). Les Salauds donc, est une sorte de magma filmique incohérent, que ce soit dans l’enchaînement des séquences ou celui des plans, où Denis s’enfonce dans le ridicule à mesure qu’elle s’approche de l’immontrable. Grotesque, ce plan récurrent de Lola Creton avançant nue sur une route le vagin ensanglanté ; ridicules, ces scènes de cul entre Lindon et Mastroianni ; risible, ce porno final qui semble répondre à ceux que projetait Lynch dans Lost highway. Tout cela paraît assemblé à l’arrache sur un banc de montage, comme un work in progress dénué de sens, masquant à grand pe

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Un amour de jeunesse

ECRANS | De Mia Hansen-Løve (Fr, 1h50) avec Lola Creton, Sebastian Urzendowsky…

Christophe Chabert | Jeudi 30 juin 2011

Un amour de jeunesse

Déception. Après son très beau Le Père de mes enfants, Mia Hansen-Løve retombe dans les travers de son premier film, Tout est pardonné, avec Un amour de jeunesse. Racontant à l’aide de grandes ellipses et sur deux époques l’amour de Camille, jeune fille de 16 ans aux idéaux romantiques mais à la conduite rigide, pour Sullivan, garçon bohème et fantasque, qui la quitte puis qu’elle retrouve huit ans plus tard alors qu’elle s’est entre temps installée avec un architecte plus âgé, le film fuit sans arrêt le romanesque et les sentiments, préférant les intentions théoriques et les allusions démonstratives. La première partie est de toute façon plombée par le choix de son comédien, Sebastian Urzendowsky, dont la diction insupportable et geignarde rend impossible toute identification à la cristallisation de Camille. Mais la deuxième n’est pas forcément mieux, car s’y développe un discours très bizarre, où la «maison» est préférée à «l’art», le confort bourgeois à l’aventure romantique. Mia Hansen-Løve, avec une certaine cohérence, choisit d’inscrire sa mise en scène dans un académisme post-Truffaut, alors que les meilleures séquences sont celles où, à l’inver

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Carlos

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h45) avec Edgar Ramirez, Alexander Scheer…

Christophe Chabert | Jeudi 1 juillet 2010

Carlos

Carlos témoigne de de ce qui arrive quand un cinéaste mineur (et on reste poli), au formalisme embarrassant de vanité, croise soudain un sujet en or qui non seulement transcende son cinéma, mais éclaire d’une légitimité nouvelle son style. Cette reconstitution épique et fiévreuse du parcours d’Ilich Ramirez Sanchez dit Carlos, révolutionnaire beau gosse devenu terroriste international puis spectre avachi de sa propre légende, est un vrai film d’action. Non seulement parce qu’il réserve quelques inoubliables morceaux de bravoure (le carnage de la rue Toullier, la prise d’otages de l’OPEP), mais aussi parce que les personnages sont saisis dans un mouvement perpétuel, ce que la caméra agitée d’Assayas retranscrit à la perfection. La fiction pourrait être rétrécie par ce souci factuel et cette absence de recul ; au contraire, c’est une fine réflexion sur le déclin de l’idéal révolutionnaire que le récit dessine. Le péché de Carlos, c’est d’accepter de l’argent plutôt que de se sacrifier pour la cause ; ce pacte capitaliste le condamne à l’errance, star encombrante d’une révolution dont plus personne ne veut. Le Carlos d’Assayas (et de son acteur, l’impressionnant Edgar Rami

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L’Heure d’été

ECRANS | d’Olivier Assayas (Fr, 1h40) avec Charles Berling, Juliette Binoche…

François Cau | Vendredi 29 février 2008

L’Heure d’été

On l’écrivait il y a à peine six mois à la sortie de Boarding gate : il y a un mystère autour d’Olivier Assayas, cinéaste enchaînant les mauvais films sous les éloges critiques et un dédain grandissant des spectateurs. L’Heure d’été ne clarifie pas les choses : aussi transparent que Boarding gate était obscur, le film s’attache à filmer une famille bourgeoise (deux frères, une sœur) cherchant à solder l’héritage de leur mère qui avait fait de sa maison un musée vivant à la gloire du peintre Paul Berthier. Passionnant comme la lecture d’une succession chez un notaire, l’affaire est mise en scène avec une maladresse stupéfiante, Assayas confondant montage dynamique et découpage abracadabrant. Comme d’habitude, les intentions maculent l’écran, sans jamais que le cinéaste ne les englobe dans un récit, ne les incarne dans des personnages crédibles ou ne leur donne une perspective dans le réel. De guerre lasse face à ce name droping pédant, on finit par croire qu’il s’agit d’une pub géante pour le Musée d’Orsay. Et quand on apprend que c’est bien de cela qu’il s’agit, une commande dudit Musée, on comprend mieux la pérennité incroyable du cinéaste : c’est un homme de réseau ! CC

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