Gros ennuis en petite Chine

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Dans les années 80, la question asiatique taraude Hollywood. La menace est à la fois économique (de grands groupes industriels japonais lorgnent sur les studios) et esthétique, Tsui Hark commençant à redéfinir les standards des films d'action. Michael Cimino, chez qui la question de l'étranger est centrale trouve dans le script de L'Année du dragon, signé Oliver Stone, de quoi mettre en perspective ce choc annoncé des cultures. Surtout, cela lui offre l'occasion de se remettre en selle cinq ans après le fiasco de La Porte du Paradis.

À sa sortie, L'Année du dragon est accueilli par des polémiques sur son supposé racisme ; s'il y a bien une xénophobie dans le film, c'est celle de son personnage principal, Stanley White, flic d'origine polonaise et ancien du Vietnam — comme un cousin éloigné de De Niro dans Voyage au bout de l'enfer. Pour lui, l'Asiatique est l'ennemi naturel, et sa volonté de faire tomber un parrain du crime à Chinatown est autant un instinct de revanche qu'une volonté de faire appliquer la loi. Un personnage grandiose et ambivalent, formidablement campé par Mickey Rourke, alors en pleine gloire.

Cimino retravaille de son côté les codes du film noir pour leur donner des allures de fresque, insistant sur les cérémonies, les rites et l'opulence chinoises, qu'il détruit par des accès de violence désespérée et rageuse. Un très grand film qui, comme la majeure partie de l'œuvre de Cimino, n'a pas pris une ride.

Christophe Chabert

L'Année du dragon
De Michael Cimino (1985, ÉU, 2h15) avec Mickey Rourke, John Lone…
À l'Institut Lumière, jusqu'au 17 février


L'Année du dragon

De Michael Cimino (1985, ÉU, 2h14) avec Mickey Rourke, John Lone...

De Michael Cimino (1985, ÉU, 2h14) avec Mickey Rourke, John Lone...

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Cimino, l’enfer avant l’enfer

ECRANS | Ce mois-ci, la Ciné Collection propose dans les salles indépendantes de l’agglomération rien moins qu’un des plus beaux films du monde, mais aussi un des (...)

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

Cimino, l’enfer avant l’enfer

Ce mois-ci, la Ciné Collection propose dans les salles indépendantes de l’agglomération rien moins qu’un des plus beaux films du monde, mais aussi un des plus douloureux : Voyage au bout de l’enfer. En 1977, le tout jeune Michael Cimino — qui n’avait réalisé auparavant que le déjà très bon Canardeur avec Eastwood — se lance dans une fresque qui prendrait la guerre du Vietnam pour centre, mais qui la déborderait de part et d’autre pour écrire la chronique d’une petite communauté d’immigrés polonais installés dans une vallée sidérurgique de Pennsylvanie. Avant le départ au front, on assiste au mariage de Steven, entouré de ses amis ouvriers la semaine et chasseurs de daims le week-end (d’où le titre original : The Deer hunter). Dans ce premier acte, Cimino cherche à faire corps avec les personnages en prenant le temps de les immerger dans un mariage où rien n’est simulé, ni les rituels, ni les accidents, ni l’alcool qui coule à flots… On ne parle pas que des "stars" — De Niro, Walken

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Michael Cimino de retour à Lumière

ECRANS | Après son triomphe l'an dernier pour la présentation de La Porte du Paradis en clôture du festival, Michael Cimino sera de retour pour l'édition 2013 de Lumière (...)

Christophe Chabert | Mardi 8 octobre 2013

Michael Cimino de retour à Lumière

Après son triomphe l'an dernier pour la présentation de La Porte du Paradis en clôture du festival, Michael Cimino sera de retour pour l'édition 2013 de Lumière afin de présenter la copie restaurée de Voyage au bout de l'enfer, mais aussi, comme il l'a indiqué lors d'un message envoyé au festival, "pour être là en personne afin de féliciter Quentin Tarantino pour son Prix Lumière". Pour ceux que cela intéresse, rappelons que Cimino nous avait accordé une interview lors de sa dernière venue à l'Institut Lumière à l'occasion de la rétrospective qui lui était consacrée, que vous pouvez lire ici.

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«Je ne fais pas des films avec des idées»

ECRANS | Cette semaine, l’Institut Lumière termine sa rétrospective consacrée à Michael Cimino avec la version restaurée de La Porte du Paradis, supervisée par Cimino lui-même. Entretien avec cette légende vivante du cinéma américain. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 21 février 2013

«Je ne fais pas des films avec des idées»

Quelle est l’importance pour vous de cette ressortie de La Porte du Paradis ?Michael Cimino : C’est n’est pas une reprise au sens classique du terme. Cette version est plus qu’une version restaurée, c’est une version améliorée, au niveau du son, de l’image, des couleurs, du montage. Je la vois comme LA sortie du film. Il y a donc encore des différences avec la précédente version de 220 minutes ?Oui, car celle-ci a été entièrement refaite en numérique. Il y a des choses que j’ai pu faire en numérique qui étaient impossibles il y a trente ans. Cela donne une clarté que vous n’avez jamais vue auparavant. Certains passages ont l’air d’être en 3D, notamment parce que j’ai utilisé un objectif 30 mm qui permet de voir les détails à l’infini. C’est grandiose pour les paysages, mais aussi pour les gros plans, car ça leur donne un aspect monumental. À l’époque du tournage de La Porte du Paradis, on devait passer par un laboratoire optique pour effectuer des

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Les cimes de Cimino

ECRANS | L’Institut Lumière propose un petit événement : la première intégrale consacrée à Michael Cimino. Certes, sept films en quarante ans, ça ne paraît pas compliqué à réunir ; mais les vicissitudes de sa carrière ont longtemps plongé le cinéaste dans un semi oubli. Et pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Les cimes de Cimino

La séance de clôture du dernier festival Lumière vit Michael Cimino monter sur la scène de la Halle Tony Garnier pour présenter la version intégrale et restaurée de son film-maudit, La Porte du Paradis. L’émotion manifeste du cinéaste était bien compréhensible : l’œuvre de sa vie, échec monumental à sa sortie, fut longtemps sa douleur ; sa renaissance, devant 7000 spectateurs maintenant conquis par son indéniable splendeur, était comme une revanche. L’Institut Lumière a donc décidé de finir le job en ce début 2013, en proposant aux Lyonnais la première intégrale Cimino. Qui reviendra du coup à Lyon le 20 février. Voyage au bout de Hollywood Alors qu’il n’est que scénariste sur Magnum force, Clint Eastwood se prend d’amitié pour ce type bizarre, déjà gonflé d’ambition et dans les starting blocks pour devenir réalisateur. Eastwood accepte de produire et d’interpréter Le Canardeur et, alors que tout pouvait laisser craindre que ces fortes personnalités allaient se prendre le bec, la collaboration se passe à merveille. Le film est un road movie typique du cinéma 70’s auquel Cimino confère un lyrisme qui signe déjà son en

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Michael Cimino sur le pas de la porte Lumière

ECRANS | La nouvelle de la diffusion de la version longue de La Porte du Paradis en clôture du festival Lumière était déjà excellente. Voilà qu'elle s'accompagne de la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 16 octobre 2012

Michael Cimino sur le pas de la porte Lumière

La nouvelle de la diffusion de la version longue de La Porte du Paradis en clôture du festival Lumière était déjà excellente. Voilà qu'elle s'accompagne de la venue de son réalisateur culte, Michael Cimino. Le cinéaste viendra en compagnie d'Isabelle Huppert, déjà annoncée, présenter son film maudit et donc culte face aux 4000 spectateurs de la Halle Tony Garnier, sûrement ravis de rencontrer un artiste plutôt rare. 

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Paradis retrouvé

ECRANS | Morceau de choix pour terminer le festival : la version restaurée et intégrale de "La Porte du Paradis", film maudit devenu film mythique, date-clé de l’Histoire du cinéma qui marque la fin d’une utopie hollywoodienne mais aussi le purgatoire d’un cinéaste immense, Michael Cimino.

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Paradis retrouvé

Qui a vu La Porte du Paradis ? Du moins, qui a vu sa version intégrale ? Aux Etats-Unis, où la sortie du film provoqua la faillite de United Artists, le studio qui l’avait produit, presque personne. En France, sans doute un peu plus puisqu’à l’initiative de Patrick Brion, infatigable animateur du Cinéma de minuit sur France 3, le film fut finalement distribué en 1989 dans le montage de 3h45 souhaité par Michael Cimino. Les bizarreries des droits ont voulu que seul le DVD américain reprenne cette version, le DVD français exploitant celle de 2h20, qui n’est pas seulement un "raccourcissement" mais une véritable réécriture de son propos. De toute façon, qui a envie de voir La Porte du Paradis en DVD ? Car ce film monde et monstre ne prend son sens que sur un très grand écran, avec ses centaines de figurants, sa passion du détail, son ampleur décorative, son sens de l’espace. Dernière frontière Le fiasco du film est resté comme une blessure profonde dans l’histoire hollywoodienne. On a parlé de la mort de United Artists, mais c’est surtout la fin d’une utopie que cet échec entérine : le Nouvel Hollywood, dont Michael Cimino fut le temps d

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"La Porte du Paradis" en clôture de Lumière

ECRANS | La rumeur courait depuis plusieurs semaines, mais c'est désormais officiel : c'est bien La Porte du Paradis, fabuleux anti-western de Michael Cimino, (...)

Christophe Chabert | Mardi 25 septembre 2012

La rumeur courait depuis plusieurs semaines, mais c'est désormais officiel : c'est bien La Porte du Paradis, fabuleux anti-western de Michael Cimino, dont l'échec provoqua la ruine de United artists et le purgatoire our son auteur, qui sera projeté le dimanche 21 octobre à la Halle Tony Garnier en clôture du festival Lumière. Le film sera présenté par son actrice Isabelle Huppert dans sa version intégrale (de 3h36) et restaurée numériquement : comme vous ne l'avez jamais vu, donc, et c'est inratable. La Porte du Paradis de Michael Cimino par Festival_Lumiere

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Les Immortels

ECRANS | De Tarsem Singh (ÉU, 1h50) avec Henry Cavill, Stephen Dorff, Mickey Rourke…

Dorotée Aznar | Samedi 19 novembre 2011

Les Immortels

Le revival du peplum et de l’heroïc fantasy semble avoir encore de beaux jours devant lui. Les Immortels montre que si le genre est bridé par ses codes (le scénario, où Thésée prend la tête des armées grecques pour affronter Hypérion, décidé à réveiller les titans emprisonnés par les Dieux de l’Olympe, manque sérieusement de substance), il ouvre d’infinies possibilités visuelles. Tarsem Singh, dont on avait beaucoup aimé le conte cruel et pictural The Fall, y trouve un terrain de jeu propice à son travail d’esthète, toujours à la frontière entre l’avant-gardisme et le figuratif. Le numérique lui offre ainsi la possibilité de retrouver les textures et les perspectives des préraphaélites, friands eux aussi de mythologie. Le traitement des couleurs, des matières et des costumes, traduisent une sensibilité artistique devenue rare dans ce type de blockbuster (rien à voir avec la laideur visuelle de 300). Le combat final, impressionnant, traduit toutes les directions dans lesquelles il s’engouffre : débauche d’action gore mais toujours lisible, baston sans concession entre Thésée (Henry Cavill) et Hypérion (Mickey Rourke, monstrueusement badass et génialemen

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Iron Man 2

ECRANS | Blockbuster ludique, théorique et même politique, "Iron Man 2" confirme la bonne surprise de son premier volet : la naissance d’un super-héros différent dont les aventures sont aussi divertissantes que riches de sens. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 avril 2010

Iron Man 2

Le blockbuster de printemps annonce l’arrivée des beaux jours et la promesse d’un été américain, souvent en deçà de ce coup d’éclat inaugural. Évidemment, le Iron Man 2 de 2010 est moins surprenant que le Star Trek de 2009 ou… le Iron Man de 2008 ! Et pourtant, il est encore mieux… Il y a deux ans, on ne misait pas grand-chose sur cette énième adaptation de comics, lassés par trop de sous Spider-man (dont le 3e du nom !) et plutôt flippés par la présence derrière la caméra de Jon Favreau, acteur comique de seconde zone reconverti dans la mise en scène de navets. Contre toute attente, Iron Man nous avait épatés : le film se payait le luxe de repenser la manière de construire un super-héros en affichant, dans une posture aussi ludique que théorique, son "making of" à l’écran. D’abord choisir un acteur ; pas n’importe lequel, le génial Robert Downey Jr, revenu de la came et de l’alcool pour s’établir en comédien ultra-populaire aussi à l’aise chez les grands auteurs — Fincher — les francs-tireurs — Stiller — que dans cette machine moins lourde qu’on ne le pensait. Downey Jr, comme il le disait à la fin du film, est Iron Man : un

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The Wrestler

ECRANS | De Darren Aronofsky (Fr-ÉU, 1h50) avec Mickey Rourke, Marisa Tomei…

Christophe Chabert | Vendredi 13 février 2009

The Wrestler

Randy «The Ram» (le bélier) est un vieux catcheur à moitié sourd, qui vit seul dans une caravane et continue de se produire dans des galas avec d’autres gloires fânées. Sa seule amie est une strip-teaseuse elle aussi vieillissante pour qui on ne sait trop si Randy est son client préféré ou un peu plus que ça. La ligne claire narrative et la mise en scène presque «dardenienne» du nouveau film de Darren Aronofsky ressemblent à un retour à la raison après le foirage de The Fountain, film ambitieux mais plombé par un manque de moyens et un discours métaphysique vaseux. Retour à l’essentiel : un acteur, un personnage, des enjeux simples (chute et rédemption) et une idée fabuleuse qui consiste à faire de ce corps abîmé, fatigué, que l’on accompagne caméra à l’épaule dans une Amérique crépusculaire et nostalgique (le présent s’y incruste discrètement via deux allusions à la guerre en Irak) un pur récit. Bien mieux, dans le fond, que Fincher dans Benjamin

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