Spring Breakers

ECRANS | On le croyait égaré dans les paradis artificiels, mais Harmony Korine était en train de les filmer : avec Spring breakers, il envoie quatre bimbos de la classe moyenne vivre le «rêve américain» en Floride, pour un aller sans retour où expérimentations furieuses, visions élégiaques et distance ironique composent une sorte de Magicien d’Oz à l’ère du dubstep et de l’ecstasy. Une claque ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

«Spring break, bitches !» : c'est le slogan lancé sur une plage à l'attention de centaines d'étudiants américains ivres de bière et avides de sexe, en maillots de bain ou topless, saisis sur fond de dubstep dans un ralenti qui vient souligner les défauts de leurs corps pas si parfaits. Ici, de la cellulite sur les fesses et les cuisses ; là, une trop visible marque de bronzage une fois le bikini tombé. «Spring break, bitches !» : c'est aussi un mot de passe qui ouvre sur une autre planète, soudain libérée de cette gravité qui pèse sur l'adolescence. Les parents, les cours, la morale, les interdits, tout cela disparaît quand ce nouveau magicien d'Oz qu'est le rappeur-gangsta James Franco, qui se fait appeler Alien, prononce la formule magique.

Le magicien des doses

L'apesanteur, Harmony Korine en fait le motif principal de sa mise en scène. Spring breakers se maintient une heure trente durant dans un flottement permanent, le cinéaste prélevant de brefs instants à l'intérieur des scènes pour construire une temporalité irréelle où le passé, le présent et le futur se télescopent sans cesse. L'expérience, hautement narcotique, provoque une sidération permanente, renforcée par l'incroyable travail du chef opérateur Benoît Debie, déjà responsable de l'image chez Gaspar Noé ou Fabrice Du Welz. Flottantes, ces séquences où la caméra nage alternativement sous et sur l'eau d'une piscine ; flottantes aussi, celles où le cinéaste choisit de filmer quand la lumière est entre chien et loup… Spring breakers cherche ainsi à s'élever de l'autre côté de l'arc-en-ciel. Mais auparavant, il doit montrer le monde terne et tristement quotidien d'un campus américain. On y découvre quatre très jolies demoiselles, trop pauvres pour se payer cette fameuse virée au soleil et s'offrir une «pause printanière». Alors, elles traînent leur ennui, font des acrobaties dans les couloirs, vont boire et fumer dans des soirées étudiantes, dessinent des bites pendant leurs cours et, en fin de compte, décident de braquer un restaurant pour vivre ce qu'elles appellent «le rêve américain».

La scène du casse est un superbe exemple de la virtuosité de Korine : elle est filmée entièrement du point de vue de celle qui attend dans la voiture, ce qui déréalise la violence de l'acte, réduit à un ballet lointain et muet. Virtuosité qui ne va pas sans quelques questions, qui reviendront pendant une grande partie du film : jusqu'à quel point Korine est-il fasciné par ce qu'il montre, au risque d'en oublier l'élémentaire distance critique et morale face à une spirale du crime d'autant plus dérangeante qu'elle s'accomplit dans la joie et l'insouciance ? La réponse ne tarde pas. Arrivées en Floride, les filles revivent devant un supermarché leur exploit de braqueuses. Korine revient en arrière et montre cette fois la violence qui se déchaîne à l'intérieur du restaurant. Puis il revient au présent où l'une des filles a pris la place d'un client pour cette "reconstitution", subissant à son tour les insultes et les menaces de ses copines. Dans Spring breakers, chaque événement vécu dans le monde "normal" est rejoué en toute inconscience, travesti et grotesque, dans le monde "magique". Ainsi, les chansons de Britney Spears, entonnées dans un premier temps comme des hymnes générationnels, deviendront un véritable chant de guerre, dans une parodie de romantisme qui laisse peu de doute sur l'ironie de Korine envers ce qu'il montre.

Jusqu'au bout du rêve

L'important, donc, est que rien ne vienne briser leur rêve, sous peine de l'arrêter brusquement. Alors que l'alcool, le sexe et la drogue emportent peu à peu les filles dans un tourbillon de jouissance — seule la jeune Faith, croyante et prude(nte), y résiste un peu — la police intervient et les embarque. Au terme d'une nuit dans une cellule glauque, où ces quatre bimbos en bikinis fluorescents ressemblent à des poupées jetées dans une décharge, Alien paie leur caution et les prend sous son aile, les emmenant dans son lupanar décoré d'armes à feu où deux jumeaux bizarres coupent sans discontinuer de la cocaïne. James Franco, avec ses dents en or, son slang improbable et son aura de prédateur sexuel, compose un personnage génialement outrancier, parfait prolongement de la vulgarité ambiante transposée dans les bas-fonds de la Floride. Il offre aux filles la réalisation de leur fantasme : une fête ininterrompue et transgressive basée sur la libération de toutes leurs pulsions. Korine prend alors une décision forte : ce voyage-là sera sans retour, et toute intrusion de la réalité provoquera l'expulsion d'une des filles hors du rêve, mais surtout hors du film. Faith (Selena Gomez) ne pourra supporter de se retrouver entourée de blacks défoncés et libidineux et Brit (Rachel Korine) finira avec une balle dans le bras ; cauchemar social ou peur de la mort, autant de motifs qui poussent à un réveil brutal, mais sur lequel Korine ne veut pas s'attarder. Il préfère rester avec les deux autres, Brit (Ashley Benson), la plus sexy, et Candy (Vanessa Hudgens), la plus dangereuse. Elles accomplissent ensemble le dernier mouvement du film, sa «route de briques jaunes» à lui.

Spring Breakers, déjà passablement déconstruit et planant, repousse encore ses propres limites. Comme l'illustration parfaite de la chanson des Cramps, Korine montre des Bikinis Girls with Machine Guns, naïades sublimes brandissant des fusils à canon sciés, des revolvers et des mitraillettes tout en arborant des cagoules de ski roses sur la tête. Un peu Pussy Riot, un peu Antonia Montana, elles avancent sans se retourner, sans même que le cinéaste ne leur réserve le moindre châtiment à l'arrivée, sinon celui d'avoir pour de bon la tête à l'envers. D'ailleurs, dans ce dernier tiers, le code a changé, et c'est désormais elles qui le prononcent : «Spring break forever, bitches !». Ce «forever» est un souhait, un appel à ne jamais sortir du rêve ; grâce à la mise en scène de Korine, il devient une réalité ambivalente, à la fois aliénation ultime et jouissance absolue. On entendrait presque le cow-boy de Mulholland Drive venir murmurer à Diane : «Time to wake up, baby». Mais les yeux ne s'ouvrent pas, ou plutôt, ils restent définitivement grands ouverts, plongés dans l'extase.


Spring Breakers

De Harmony Korine (ÉU, 1h32) avec James Franco, Vanessa Hudgens...

De Harmony Korine (ÉU, 1h32) avec James Franco, Vanessa Hudgens...

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Pour financer leur Spring Break, quatre filles aussi fauchées que sexy décident de braquer un fast-food. Et ce n’est que le début… Lors d’une fête dans une chambre de motel, la soirée dérape et les filles sont embarquées par la police.


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Comme un petit goût de reviens-y-pas : "The Dead Don't Die"

Cannes 2019 | Quelle mouche a piqué Jim Jarmusch (ou quel zombie l’a mordu) pour qu’il signe ce film ni série B, ni parodique, ni sérieux ; ni rien, en fait. Prétexte pour retrouver ses copains dans une tentative de cinéma de genre, ce nanar de compétition figure dans celle de Cannes 2019 dont il effectue en sus l’ouverture.

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Comme un petit goût de reviens-y-pas :

Centerville, États-Unis. Depuis la fracturation des Pôles, la terre est sortie de son axe et de drôles de phénomènes se produisent : la disparition des animaux ou l‘éveil des macchabées qui attaquent la ville. Au bureau du shérif Robertson, on commence à lutter contre les zombies… Certes oui, l’affiche de The Dead Don’t Die vantant son « casting à réveiller les morts » a de la gueule. Mais empiler des tombereaux de noms prestigieux n’a jamais constitué un gage de qualité, ni garanti de provoquer le tsunami de spectateurs escompté par les producteurs. Voyez les cimetières, où l’on trouve pourtant la plus forte concentration de génies au mètre carré (et une proportion non négligeables de sinistres abrutis) : outre les taphophiles, ils ne rameutent guère les foules. Blague à part, cette affiche reproduisant luxueusement celle plus brute de décoffrage de La Nuit des Morts-Vivants (1968) annonce d’emblée la couleur : Jarmusch vient rejouer la partition du classique horrifique de George A. Romero. C’est loin d’être la premiè

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Le fort minable James Franco : "The Disaster Artist"

Biopic | de et avec James Franco (E-U, 1h44) avec également Dave Franco, Seth Rogen…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Le fort minable James Franco :

Raconté du point de vue de Greg Sestero, un apprenti acteur fasciné par l’excentrique Tommy Wiseau, son condisciple en cours de théâtre, The Disaster Artist raconte comment celui-ci écrivit, produisit et dirigea The Room (2003), un drame si mauvais qu’il fut sacré nanar culte. Hollywood suit à sa façon le dicton “léché, lâché, lynché” : à l’envers. En clair, une personnalité qui se ridiculise ou déchaîne la vindicte populaire devient, après une nécessaire phase de purgatoire, le substrat idéal pour un film — l’alchimie des studios transformant le vil plomb du réel en or au box-office. Souvent réservés aux politiques (Nixon, Bush), récemment à Tonya Harding, ces biopics volontiers endogènes puisent ainsi dans la masse insondable des casseroles californiennes. On se souvient que Ed Wood (1994) avait permis à Burton non seulement de payer un tribut sincère au roi de la série

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Every Thing Will Be Fine

ECRANS | À partir d’un matériau ouvertement intimiste et psychologique, Wim Wenders réaffirme la puissance de la mise en scène en le tournant en 3D, donnant à cette chronique d’un écrivain tourmenté des allures de prototype audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Every Thing Will Be Fine

On le croyait engoncé dans sa stature d’icône has been, contrebalançant la médiocrité de ses films de fiction par des documentaires consacrés à des "stars" culturelles (Pina Bausch, Sebastiao Salgado)… Mais Wim Wenders a encore la gnaque, et c’est ce que prouve Every Thing Will Be Fine. Le réalisateur de Paris, Texas est allé dégotter le scénario d’un Norvégien, Bjorn Olaf Johannessen, l’a transposé dans une autre contrée enneigée mais anglophone, le Canada, l’a revêtu d’un casting international et sexy (James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel MacAdams) et, surtout, l’a réalisé en 3D. Mais pas pour lancer des objets à la figure du spectateur ; il aurait de toute façon eût du mal puisque l’histoire est du genre intimiste de chez intimiste. On y suit sur une douzaine d’années les vicissitudes d’un écrivain (Franco) en panne et en bisbille avec sa com

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Palo Alto

ECRANS | Dans la famille Coppola, je demande la petite-fille, Gia, qui s’inscrit dans la lignée de Sofia en regardant l’ennui d’une poignée d’adolescents californiens friqués et à la dérive. Ça pourrait être agaçant, c’est étrangement séduisant et troublant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 juin 2014

Palo Alto

Peut-on imaginer projet plus hype que ce premier film de Gia Coppola, petite-fille de Francis et nièce de Sofia et Roman, adapté des nouvelles autobiographiques écrites par James Franco, ici en professeur d’éducation physique qui prend son métier au pied de la lettre, au lycée comme en dehors ? Palo Alto traîne ce côté branché et chic jusque dans la matière de ses images, nimbées d’une légère brume à la mélancolie très arty — le chef opérateur s’appelle Autumn Duram et ça mériterait d’appeler Jacques Lacan — ne lésinant ni sur les ralentis, ni sur la pop et l’ambient. Gia reconduit ainsi en mode mineur le grand thème de Sofia : le spleen adolescent né d’une rumination existentielle teintée d’ennui. On ne sait pas pourquoi April et Teddy, pourtant attirés l’un vers l’autre, se ratent et préfèrent se perdre dans des aventures sans issue, l’une avec son prof de sport donc, l’autre avec l’alcool et la drogue. Il y a bien chez April une famille manifestement à l’ouest — notamment un beau-père vraiment largué, incarné par un Val Kilmer poursuivant le numéro d’autodérision entamé dans

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As I lay dying

ECRANS | De et avec James Franco (ÉU, 1h49) avec Tim Blake Nelson, Danny MacBride…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

As I lay dying

Qui est James Franco ? Un dandy ? Un intellectuel ? Un phénomène branchouille ? Ainsi, la même semaine, il s’affiche devant la caméra déconnante de son pote Seth Rogen dans C’est la fin et fait ses débuts en tant que réalisateur. Enfin, ses débuts, pas vraiment, car si As I lay dying est son premier film à connaître une distribution sur les écrans français, il en a déjà tourné une quinzaine d’autres à un rythme fassbinderien, courts, moyens et longs, tous restés confidentiels. Cette adaptation de Tandis que j’agonise de Faulkner est en soi une énigme : s’agit-il d’une œuvre culottée, portée par un vrai regard de cinéaste, cherchant l’expérimentation plutôt que le conformisme, ou est-ce seulement le caprice arty d’un comédien à la mode qui se fait mousser en transposant à l’écran ses bouquins de chevet — aujourd’hui Faulkner, demain Cormac MacCarthy — ? La première partie, où Franco utilise avec une certaine audace le split screen pour retranscrire à la fois les actions et les monologues intérieurs des personnages, le tout dans une reconstitution minimale mais crédible,

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Le Monde fantastique d’Oz

ECRANS | La rencontre entre Disney et Sam Raimi autour d’une ingénieuse genèse au "Magicien d’Oz" débouche sur un film schizo, où la déclaration d’amour au cinéma du metteur en scène doit cohabiter avec un discours de croisade post-"Narnia". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mars 2013

Le Monde fantastique d’Oz

En écrivant la semaine dernière que Spring Breakers était une variation autour du Magicien d’Oz où James Franco serait une version gangsta dudit magicien, on ne savait pas encore que celui-ci l’incarnait pour de bon dans cette version signée Sam Raimi. Il faut dire que le titre français est trompeur : il laisse entendre que l’on est face à un remake du classique de Victor Fleming, alors qu’il en écrit en fait la genèse. Il s’agit donc de raconter comment un prestidigitateur minable et très porté sur la gente féminine, qui se rêve en Thomas Edison mais se contente de tours à deux sous dans une roulotte du Kansas, va passer de l’autre côté de l’arc-en-ciel et découvrir le monde d’Oz, ses vilaines sorcières et son chemin de briques jaunes. Sam Raimi rend avant tout un hommage esthétique à l’original : il débute par trente minutes en noir et blanc, son mono et format carré, avant de laisser exploser couleurs, effets sonores et 3D débridée par la suite.

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One dubstep beyond

MUSIQUES | Harmony Korine a le sens du contre-emploi. Caster de jeunes égéries Disney en bimbos assoiffées d'alcool fort, de semence masculine et d'argent liquide, (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 1 mars 2013

One dubstep beyond

Harmony Korine a le sens du contre-emploi. Caster de jeunes égéries Disney en bimbos assoiffées d'alcool fort, de semence masculine et d'argent liquide, il fallait oser. En revanche, confier la mise en musique de leur virée hédoniste à Skrillex – et au pauvre Cliff Martinez qui, deux ans après avoir tracé son sillon au cul de la Ferrari Testarossa de Kavinsky pour Drive, se retrouve de nouveau sur le bas-côté médiatique - relève du perfect match. Parce que ce cyber goth de 25 ans est, qu'on le veuille ou non, l'un des musiciens les plus emblématiques de la jeunesse d'aujourd'hui, cette fameuse Génération Y, aussi connectée et désinvolte que la précédente, subordonnée à Nirvana, était repliée et angoissée. Comment en est-il arrivé là ? En hissant le dubstep, musique urbaine et physique née au début du siècle à Londres, du rang de curiosité locale à celui de phénomène planétaire. Pas seulement en rompant avec le ton introspectif qui caractérisait le genre à son émergence, mais aussi et surtout en le salissant au contact de l'eurodance ou du rock – il fut le chanteur de From First to Last, groupe d'emocore sans génie. Les étudiants ricains comme les autres, quand

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Harmony retrouvé

ECRANS | Qu’est-il arrivé à Harmony Korine ? On l’avait découvert en auteur précoce (19 ans !) du premier film de Larry Clark, Kids, choc instantané qui remettait à plat (...)

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Harmony retrouvé

Qu’est-il arrivé à Harmony Korine ? On l’avait découvert en auteur précoce (19 ans !) du premier film de Larry Clark, Kids, choc instantané qui remettait à plat la mythologie des teenagers américains en la baignant dans un seau de réalisme morbide — comme une répétition générale de ce Spring breakers. Puis on l’avait retrouvé réalisateur du formidable Gummo, où il filmait sans pince-nez l’Amérique, inventant un cinéma du fragment cauchemardesque et rempli d’humour très noir. On se disait alors qu’on tenait un cinéaste majeur. Puis vint son étrange incursion du côté du Dogme danois inventé par Von Trier et Vinterberg pour un Julien Donkey Boy qui ressemblait à une caricature autiste de Gummo. Ensuite, ce sont les tabloïds qui nous apportèrent des nouvelles d’Harmony Korine ; celles d’un garçon perdu dans la drogue et les excès, loin du cinéma, bousillé par sa sacralisation prématurée. Mister Lonely, son troisième film, en roue libre, ne rassurait pas sur son état de santé psychique. Pendant les cinq années suivantes,

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Votre majesté

ECRANS | De David Gordon Green (EU, 1h42) avec Danny McBride, James Franco, Nathalie Portman…

Dorotée Aznar | Mercredi 31 août 2011

Votre majesté

La fine équipe de Délire Express remet le couvert dans ce film ouvertement régressif, entièrement dicté par l’envie juvénile de s’embarquer dans une aventure chevaleresque gorgée de bestioles magiques crapuleuses, de décolletés plongeants et d’humour en dessous de la ceinture. Votre majesté a beau bénéficier de la compétence de David Gordon Green à la mise en scène et de l’abattage de Danny McBride, cette sympathique pantalonnade accuse de fâcheux problèmes de rythme, ce qu’on aurait à la limite pu lui pardonner si sa valeur comique avait été à la hauteur de ses ambitions – malheureusement, c’est très loin d’être le cas. Dans le même registre de loser imbécilement arrogant, McBride a déjà tout donné dans l’hallucinante série Eastbound & Down et le caractère franchement anodin de la filmo récente de Gordon Green nous fait toujours regretter le cinéaste brillant de L’Autre rive. Après, si vous êtes disposés à payer 10€ pour voir un abruti parader avec une bite de minotaure autour du cou, on ne va pas vous en empêcher. François Cau

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Sortilège

ECRANS | De Daniel Barnz (ÉU, 1h23) avec Alex Pettyfer, Vanessa Hudgens…

Dorotée Aznar | Mercredi 29 juin 2011

Sortilège

Le beau gosse arrogant n’aurait pas dû embêter la goth du lycée (jouée par Mary-Kate Olsen, c’était un signe). Car en fait, c’est une sorcière (comme toutes les goths), et elle va l’enlaidir jusqu’à ce qu’il ait compris que la beauté intérieure, c’est vachement important. Dans cette relecture contemporaine de La Belle et la Bête aussi crédible qu’un porno mormon, on souffre dans des lofts trop grands, on découvre les misères de la rue sur sa grosse moto, on se lit des poèmes dans des parterres de roses, les tatouages font des clins d’œil quand on devient gentil, et Neil Patrick Harris joue un tuteur aveugle qui se la donne aux fléchettes. Comme on dit, il faut le voir pour le croire. Mais franchement, pourquoi y croire ? FC

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127 heures

ECRANS | De Danny Boyle (ÉU-Ang, 1h35) avec James Franco…

Christophe Chabert | Mercredi 16 février 2011

127 heures

Privé du souffle romanesque et euphorique qui faisait oublier les tics cinématographiques de "Slumdog Millionnaire", Danny Boyle se plante en beauté avec "127 heures". L’histoire vraie d’Aron Ralston, amateur de sports extrêmes coincé pendant cinq jours dans une crevasse, la main bloquée par un lourd rocher, devient à l’écran une centrifugeuse à images dont le but ultime est de ne pas assumer qu’il ne se passe rien à l’écran — et pas beaucoup plus dans la tête de son personnage. Comme si Sofia Coppola avait fait de "Somewhere" un reportage de "50 minutes inside" ! Boyle filme tout, dans toutes les positions, avec toutes les caméras disponibles, sauf… le calvaire de son héros et la performance de son acteur, ce qui pourtant constituait l’intérêt majeur du projet. À la place, on a droit à des plans récurrents sur des montres ou à l’intérieur d’une gourde, des travellings aériens traversant des centaines de kilomètres, des flashbacks sur des partouzes dans lesquelles on ne voit pas un seul sein (du puritanisme pur, car quand il s’agit de montrer Aron se sectionnant le bras, Boyle se délecte d’images gore !), et des séquences d’hallucinations pour, au propre comme au figuré, noyer l

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Harvey Milk

ECRANS | Un Sean Penn irrésistiblement solaire illumine ce biopic en définitive assez convenu, paisible renoncement consensuel d’un Gus Van Sant en petite forme. François Cau

Christophe Chabert | Jeudi 26 février 2009

Harvey Milk

Ce qui frappe le plus dans Harvey Milk… c’est son absence quasi totale de surprise, surtout venant de la part d’un réalisateur célébré pour ses expérimentations narratives déroutantes. Ici, c’est plutôt du côté du metteur en scène de commandes pépères (comme Will Hunting ou À la rencontre de Forrester) qu’il faudra regarder… On démarre par l’annonce tragique de l’assassinat du personnage principal, premier élu ouvertement homosexuel des Etats-Unis. On poursuit avec un procédé narratif lourdement éculé (Milk, redoutant son destin funeste, enregistre son autobiographie – ce qui s’avère très pratique pour commenter ou faire avancer l’intrigue rapidement !). On fait correspondre la petite histoire (les romances d’Harvey) à la grande (le militantisme pour la cause gay). On schématise un rien les motivations du futur assassin, et on n’oublie pas de conclure avec l’habituelle séquence d’archive du “vrai“ héros de l’histoire, cerise sur le gâteau vouée à faire sortir cette foutue larme de l’œil du spectateur réticent, là, au fond, à droite. Gus Van Sant, à mille lieux de ses précédents films, se borne ainsi à suivre une mécanique dramatique qui a fait ses preu

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Mister Lonely

ECRANS | D’Harmony Korine (Fr-ÉU, 1h51) avec Diego Luna, Samantha Morton, Denis Lavant…

Christophe Chabert | Jeudi 11 décembre 2008

Mister Lonely

Scénariste et acteur chez Larry Clarke, réalisateur d’un premier film culte et impressionnant (Gummo) puis d’un deuxième certifié Dogma 95 (Julien Donkey Boy, nettement moins réussi), Harmony Korine revient avec ce Mister Lonely qui se sera fait attendre (17 mois entre sa présentation cannoise et sa sortie en salles). L’argument est improbable : un sosie de Michael Jackson croise à Paris un sosie de Marylin Monroe qui le convainc de rejoindre une île pleine d’autres sosies (tous assez peu ressemblants aux originaux, d’ailleurs). En parallèle à ce récit, un groupe de nonnes découvre qu’elles peuvent voler en sautant d’un avion sans parachute. Il y a chez Korine un goût de la bizarrerie qui n’est jamais très loin du voyeurisme pervers (quelques zooms recadrant l’émotion spontanée des acteurs trahit cette pulsion incontrôlée). Il y a aussi une tentation du scénario post it, dont l’ordre est parfois arbitraire, la scène étant plus importante que la construction générale. On a l’impression que le cinéaste vise une forme d’autoportrait fragmenté en imposteur tendre et paumé, souvent irritant mais parfois attachant, comme s’il cherchait à humaniser ses vignet

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Délire express

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h51) avec Seth Rogen, James Franco…

Dorotée Aznar | Jeudi 27 novembre 2008

Délire express

L’introduction fait penser à La Beuze et fait donc un peu peur – des savants nazis testent une variété de marijuana extrêmement puissante, qu’ils préfèrent remiser aux oubliettes. Le produit refait son apparition un demi-siècle plus tard, entre les mains d’un sympathique loser, Dale, et de son dealer, Saul. Lorsque Dale est témoin d’un meurtre perpétré par le boss d’un gang de trafiquants, le très peu dynamique duo doit dès lors joindre ses forces embrumées pour échapper à une mort certaine. Après Supergrave et En cloque, mode d’emploi, la troisième collaboration entre Judd Apatow (producteur, nouveau king de la comédie américaine) et Seth Rogen (acteur et scénariste) prend le risque mesuré de fédérer deux genres cinématographiques pas forcément compatibles : le film d’action et le stoner movie (comédie tournant autour de personnages généralement glandeurs et défoncés). Pour concrétiser ce projet improbable, Apatow et Rogen ont eu la riche idée de faire appel à un cinéaste de talent, David Gordon Green (auteur du superbe L’Autre Rive). Non content d’apporter sa touche visuelle, décisive dans la cohérence de l’ensemble, ce dernier comprend en outre parfaitement les enjeux du script,

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