No pain no gain

ECRANS | Le style vulgaire et rutilant de Michael Bay trouve, avec cette farce noire sur trois abrutis bodybuildés engagés dans une crapuleuse révision du rêve américain, un sens nouveau et inattendu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Photo : DR


Il y a deux manières de critiquer la connerie au cinéma : la première consiste à se mettre en surplomb pour s'en gausser, en sous-entendant que l'intelligence est évidemment derrière la caméra ; la seconde, plus retorse, cherche à descendre au niveau de cette connerie et d'en épouser la logique, jusqu'à la faire déborder, produisant de fait une distance entre le spectateur et le spectacle. C'est la méthode Verhoeven, dont Harmony Korine a offert une variation remarquable avec son Spring breakers cette année. On n'aurait jamais pensé qu'un jour Michael Bay, ambassadeur du blockbuster décérébré et épileptique, s'inscrirait dans cette lignée-là ; c'est pourtant presque ce qui arrive avec No pain no gain, même si Bay tente aussi, et c'est la limite de son film, de jouer sur les deux tableaux.

Inspiré d'un fait-divers à peine croyable, No pain no gain montre comment un pauvre type (Mark Wahlberg), ancien escroc devenu moniteur de body building, va s'associer à deux autres culturistes, un black ayant abusé des stéroïdes au point de perdre sa virilité, et un ex-taulard viré fou de Dieu à sa sortie de prison (Dwayne "The Rock" Johnson, sacré acteur comique, on ne le dira jamais assez). Ensemble, ils kidnappent un juif grande gueule pour lui extorquer son business, sa villa et sa fortune.

Cons et dangereux

Bay s'immerge totalement dans l'environnement qui a produit ce ramassis de blaireaux : Miami, son culte du corps parfait et de l'argent roi. Dire qu'il calque sa mise en scène sur ce concentré de vulgarité n'est pas tout à fait exact : le style Bay est là, montage hystérique, effets clippés, techno dégueu et bimbos siliconées déambulant en string au ralenti, mais il fait cette fois sens par rapport à son sujet. L'idée de doter les personnages principaux d'une voix-off où ils énoncent leur vision complètement déformée du rêve américain est brillante : jamais le cinéaste n'a besoin d'en rajouter dans la moquerie, l'idiotie profonde des protagonistes saute aux yeux et devient insoutenable au fur et à mesure qu'ils vasouillent leur plan, persuadés de rendre service à l'Amérique en la débarrassant d'un de ses nuisibles.

Il manque toutefois à No pain no gain ce minimum de rigueur dans le chaos qui permettrait de savoir exactement où Bay se situe au milieu de ce jeu de massacre. Qu'il ait besoin d'en passer par un personnage d'ex-flic devenu par ennui détective privé pour énoncer la morale de sa fable montre que l'absence de subtilité du film est à la fois sa force mais aussi son point faible.

No pain no gain
De Michael Bay (ÉU, 2h12) avec Mark Wahlberg, Dwayne Johnson, Tony Shalhoub…


No pain no gain

De Michael Bay (ÉU, 2h10) avec Mark Wahlberg, Dwayne Johnson...

De Michael Bay (ÉU, 2h10) avec Mark Wahlberg, Dwayne Johnson...

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A Miami, Daniel Lugo, coach sportif, ferait n'importe quoi pour vivre le « rêve américain » et s’offrir maisons de luxe, voitures de course et filles de rêve… Avec deux complices, il dresse un plan simple et (presque) parfait : enlever un de ses plus riches clients et… lui voler sa vie.


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John Musker & Ron Clements : « Notre défi majeur : que Vaiana soit vraiment l’héroïne »

3 questions à.... | Sur un canevas parsemé de fils clairs, les deux vétérans du plus puissant studio au monde ont brodé quelques points baroques. Ils s’en expliquent…

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John Musker & Ron Clements : « Notre défi majeur : que Vaiana soit vraiment l’héroïne »

Vaiana précise qu’elle n’est pas “princesse, mais fille de chef” ; Maui redoute qu’elle se mette à chanter… Avez-vous voulu transgresser les codes Disney ? John Musker & Ron Clements : Pour nous, Vaiana n’était pas une princesse comme les autres : elle est moderne, différente de celles que nous avons créées auparavant comme Ariel dans La Petite Sirène. Notre défi majeur, c’était qu’elle soit vraiment l’héroïne, et non pas que Maui porte le film. Elle est là pour sauver le monde. Ce film est avant tout un rite de passage à l’âge adulte, il n’y a pas d’histoire d’amour. Mais sinon, on adore la musique et les chansons ! L’animation stylisée permet par convention aux personnages de montrer leurs passions, leurs sentiments, et tout ce qu’ils éprouvent par le chant. Qu’est-ce qui a changé dans la narration et l’animation depuis vos débuts ? John Musker : Beaucoup de choses ont changé depuis 43 ans que je suis chez Disney. Je n’ai pas connu Disney personnellement, mais j’ai travaillé avec des artistes qui avaient eu cette chance et connu ses points de vue, ses techniques. En un sens, beauco

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"Vaiana, la légende du bout du monde" : l’atoll est aux petits soins

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Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Mue d’une irrésistible envie de naviguer depuis son enfance, malgré le refus de son chef de père, Vaiana a été choisie par l’océan pour aider un demi-dieu vantard à briser une malédiction condamnant son peuple. Elle embarque donc vers l’aventure… Après la parenthèse Zootopia, retour à une formule plus “classique” de parcours initiatique pour une héroïne nantie d’un faire-valoir costaud mais benêt. Une structure éprouvée signée par les auteurs de La Princesse et La Grenouille ou La Petite Sirène, où Maui le demi-dieu affiches les sempiternelles mimiques d’ado imbu de lui-même ; où l’on subit des chansons aiguës parlant de développement personnel, et où la finesse transparente de l’image nous en met plein la vue. La vraie nouveauté, c’est l’ouverture sur un corpus légendaire océanien (l’Europe, l’Asie, l’Amérique et l’Orient ayant été précédemment essorés) dont le graphisme du film tire parti : les personnages ont ainsi des physionomies “australes” crédibles ; quant aux tatouages tribaux, d’ordinaire si galvaudés, ils reprennent ici leur véritable dessein en étant… animés.

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2 guns

ECRANS | De Baltasar Kormákur (ÉU, 1h49) avec Denzel Washington, Mark Wahlberg, Paula Patton…

Christophe Chabert | Mardi 17 septembre 2013

2 guns

Depuis qu’il s’est découvert des vertus comiques au contact de Will Ferrell puis de Seth MacFarlane, Mark Wahlberg semble décider à mettre de la rigolade partout, même lorsqu’il s’agit de jouer les gros durs. Cela fonctionnait plutôt bien dans No pain no gain, renvoyant le personnage à sa bêtise satisfaite ; dans 2 guns, cela conduit le film directement dans un platane, cette comédie d’action adaptée d’une BD se fourvoyant dans les méandres d’un scénario bordélique à souhait, où personne ne prend rien au sérieux, trop occupé à préparer la prochaine punchline. C’est d’autant plus rageant que Wahlberg a fait revenir pour l’occasion son metteur en scène de Contrebande, l’Islandais Balthasar Kormákur, plutôt doué en la matière ou dans d’autres, comme le prouvait son récent Survivre tourné sur ses terres. Ici, il se contente de faire du style, aveuglé par les clichés énormes qu’

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Ted

ECRANS | Dans un glorieux mélange de genres, Seth MacFarlane réinvente la comédie romantique en version politiquement incorrecte, par la grâce d’un ours en peluche qui parle, boit, fume, baise et surtout incarne la résistance des années 80 et de leurs excès. Intelligent et hilarant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 7 octobre 2012

Ted

Quand il avait huit ans, au début des années 80, John Benett était un gamin de Boston introverti. Un miracle s’est produit : son ours en peluche a soudain pris vie, lui jurant d’être pour toujours son meilleur ami. Aujourd’hui, John Benett (Mark Wahlberg, en pleine reconversion comique) a 35 ans, une bombe atomique en guise de copine (Mila Kunis, sublime, mais là, on n’est plus critique de cinéma) et toujours le fameux Ted collé à ses basques. Comme lui, il a grandi, et désormais il passe ses journées à fumer de la beuh, picoler et traîner devant la télé — quand il n’organise pas des soirées putes à la maison. Cohabitation explosive évidemment : Lorie ne supporte plus les excès de Ted et somme son amoureux de choisir entre elle et ce meilleur ami encombrant. Si Seth MacFarlane, créateur de la série Les Griffin, prête sa voix à Ted, on comprend vite qu’il s’identifie surtout à Benett lui-même : un ado attardé qui refuse d’accepter les responsabilités de l’âge adulte et préfère se réfugier dans l’âge radieux où il regardait en VHS Flash Gordon et lisait des comics. Face à lui, Ted n’est pas seulement un extraordinaire personnage de comédie, sarcastique,

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Fighter

ECRANS | Opération retour en grâce pour David O’Russell avec cette chronique de deux frères boxeurs inséparables et pourtant rivaux : un film qui, malgré quelques beaux moments de cinéma, déçoit par son conformisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 4 mars 2011

Fighter

On n’en voudra pas à David O’Russell d’avoir cherché à sortir du bourbier dans lequel le fiasco public et critique de "J’♥ Huckabees" l’avait fourré. Opération réussie : avec quelques oscars et un beau score au box-office américain, le cinéaste s’est visiblement remis en selle — il a déjà fini un autre film depuis. "Fighter", projet longuement porté par Darren Aronofsky, n’est pas sans évoquer "The Wrestler" : son esthétique réaliste, son goût du mélodrame et son contexte sportif (la boxe remplaçant le catch), sans parler de la trajectoire de son personnage secondaire, qui va de la déchéance au rachat. Mais les choses s’arrêtent là. Alors que "The Wrestler" s’inventait au plus près de son acteur et ne quittait pas un parti-pris radical dans sa mise en scène, "Fighter" louvoie entre clichés du film à oscars et rares tentatives pour ramener le sujet vers une matière plus personnelle. Les Atrides font de la boxe O’Russell rate à peu près complètement le double parcours de Micky (Wahlberg, plutôt pas mal), dont la carrière de boxeur va de combats foireux en matchs ratés, et de son frère aîné Dicky (Christian Bale, dans un ca

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Lovely Bones

ECRANS | De Peter Jackson (ÉU, 2h08) avec Saoirse Ronan, Mark Wahlberg, Rachel Weisz…

Christophe Chabert | Mardi 2 février 2010

Lovely Bones

Stupeur ! Peter Jackson, dont la filmographie était jusque-là immaculée — même son "King-Kong", un peu en-dessous certes, surclassait pas mal de blockbusters — se plante royalement avec "Lovely Bones". On a beau prendre le film par tous les bouts, y retourner pour vérifier, il n’y a rien à faire : le ratage est cuisant. Les chromos familiaux du début, la voix-off niaise de la petite Susie Salmon, la reconstitution 70’s : on dirait du Spielberg cheap. Quand Susie est assassinée, on pense que Jackson va se coltiner ce que le grand Steven est incapable de montrer : la mort d’un enfant. Mais le meurtre est grotesque, Stanley Tucci en pédophile à moustache en fait des caisses, et Jackson filme tout cela avec des grosses focales ridicules et des effets indignes de son talent. Et on n’a encore rien vu ! Arrivée dans une sorte de purgatoire new age dont l’horizon est un paradis en forme de logo UMP, Susie tente d’aider post-mortem ses proches à élucider le mystère de sa disparition. Ce qui donne une suite de scènes d’un kitsch invraisemblable, Jackson créant un univers à la laideur inédite qui contamine en effet les vivants : Susan Sarandon fume comme un pompier, Wahlberg se lance dans

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