Tip Top

ECRANS | De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, François Damiens, Sandrine Kiberlain…

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Photo : DR


L'engouement critique autour du dernier Serge Bozon, déjà coupable d'avoir réalisé La France avec ses poilus entonnant des chansons mods, en dit long sur l'égarement dans lequel s'enfonce une partie du cinéma d'auteur français. Encenser avec une complaisance navrante le film le plus mal foutu de l'année, dont la vision relève de l'expérience narcotique tant ce qui se produit à l'écran n'a aucun sens, aucun rythme et passe son temps à se chercher des sujets en faisant mine de se rattacher à des genres — dans cette comédie policière, rien n'est drôle, et l'intrigue est racontée en se moquant de la plus élémentaire logique — c'est offrir à Bozon ce dont il rêve le plus : légitimer son discours en fermant les yeux sur son incompétence de réalisateur.

Disciple de Jean-Claude Biette et de son cinéma de la digression, Bozon en offre une version dandy, où les intentions maculent l'écran. Tip Top parle vaguement de son époque — du racisme à la perversion sexuelle, même si on ne sait trop ce que le cinéaste a à en dire — mais c'est dans une poignée de séquences what the fuck que l'on sent Bozon le plus content de lui, comme celle où, deux minutes durant, un gamin se plante devant une série de tableaux et décline le nom des chefs de guerre français représentés. Nul doute toutefois que le rejet dont son film fera les frais passera, pour cette bande de cinéastes confits dans l'autosatisfaction, pour une incompréhension de leur avant-gardisme !

Christophe Chabert


Tip Top

De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain…

De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain…

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Deux inspectrices de la police des polices débarquent dans un commissariat de province pour enquêter sur la mort d’un indic d’origine algérienne. L’une tape, l’autre mate, tip top.


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La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

Cinéma | « La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se (...)

Vincent Raymond | Mercredi 3 mars 2021

La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

« La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se dévouer à la présidence d’Unifrance — l’organisme en charge du “rayonnement” du cinéma français à l’international. Auréolé d’un joli succès dans les salles françaises avec 421 578 spectateurs — cela, du fait d’une exploitation prématurément réduite puisqu’il était sorti avant la seconde fermeture des salles fin octobre 2020 —, très bien accueilli à l’étranger, son huitième long-métrage La Daronne, adapté du polar homonyme d’Hannelore Cayre vient d’être désigné Prix Jacques-Deray par l’Institut Lumière, succédant à Roubaix une lumière d’Arnaud Desplechin, également distribué par

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Affaires de famille : "Mon Cousin" de Jan Kounen

Comédie | Le retour de Jan Kounen, avec une comédie. Et Vincent Lindon.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Affaires de famille :

Hasard des dé/re/programmations, ce nouveau Jan Kounen va voisiner sur les écrans avec les films de Gaspar Noé et d'Albert Dupontel, auteurs avec qui le réalisateur partage une fugace figuration parmi les pensionnaires d’un hôpital psychiatrique dans Mon Cousin. Cette camaraderie rappellera à ceux qui pensent trouver ici un “simple“ buddy movie qu’ils pourraient bien en être. Certes, il s’agit bien d’une comédie de caractères reposant sur la réconciliation entre un milliardaire aigri et un exalté cyclothymique sur fond d’héritage, cousue sur mesure pour Lindon (d’ailleurs crédité au scénario) et Damiens. Mais au-delà de la farce et de la critique, il y a une interprétation à la Piccoli chez Sautet pour le premier, et une totale projection des valeurs new age de Kounen dans le personnage du second. Ajoutez l’habituelle mise en scène virtuose de l’auteur de Dobermann et vous aurez une fable oscillant entre burlesque et mélancolie, anticipant avec une redoutable acuité le besoin de nature, d’espace et de contacts humain des urbains post-confinement.

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Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

La Daronne | Impossible de la manquer cette semaine à Lyon : sa silhouette est aux frontons de tous les cinémas et vous la croiserez peut-être au gré des rues puisqu’elle vient de débuter le tournage du nouveau film de Laurent Larrivière avec Swann Arlaud. Elle, c’est, évidemment Isabelle Huppert, une des “daronnes“ du cinéma français et celle que Jean-Paul Salomé a choisie pour incarner Patience Portefeux dans son polar. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce que vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de le définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. C'est à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NdlR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle rac

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Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans "La Daronne"

Son film à l'affiche | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr, 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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En fin de conte : "Le Prince Oublié"

Le Film de la Semaine | Le combat de personnages pour pouvoir survivre après la défection de leur public épouse celui d’un père pour rester dans le cœur de sa fille. Beau comme la rencontre fortuite entre Princess Bride et une production Pixar dans un film d’auteur français signé Hazanavicius.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

En fin de conte :

Tous les soirs, Djibi raconte à sa fille Sofia des histoires qu’il crée pour elle, où un Prince triomphe du diabolique Pritprout. Mais à son entrée au collège, Sofia se met à s’inventer ses propres histoires, causant la mise au chômage des personnages de l’univers imaginé par son père… De la même manière que l’histoire du Prince oublié navigue continûment entre deux mondes, la sphère du “réel“ et celle de l’imaginaire, le cinéma de Michel Hazanavicius offre au public un double plaisir : suivre le spectacle déployé par la narration (à savoir les aventures/mésaventures des personnages) tout en l’incitant à demeurer vigilant à la mécanique du récit, à sa méta-écriture et aux fils référentiels dont il est tissé. L’approche hypertextuelle constitue d’ailleurs une composante essentielle de son œuvre depuis le matriciel La Classe américaine ; au point qu’Hazanavicius semble avoir voulu illustrer par l’exemple les différentes pratiques recensées par Gérard Genette dans Palimpsestes : pastiche et travestissement pour les OSS 117

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L'affaire est dans le sac : "Greta"

Thriller | de Neil Jordan (É-U-Irl, int.-12ans, 1h38) avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

L'affaire est dans le sac :

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la jeune fille. Frances découvre alors combien Greta peut se montrer intrusive et inquiétante. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Depuis combien de temps n'avait-il pas été plaisant de voir Isabelle Huppert à l'écran ; c'est-à-dire appelée pour autre chose qu'un rôle lui donnant le prétexte d'être soit une victime à la passivité suspecte pour ne pas dire consentante, soit une épave bourgeoise — les deux n'étant pas incompatibles ? Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle : d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice : sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. Jordan s'y connaît sur le sujet. Le terme a beau paraître galv

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Thaïs Alessandrin : « avec ce film, on a mis de la conscience sur notre séparation »

Mon bébé | Enfant de la balle dont les deux parents sont cinéastes, Thaïs Alessandrin est à la fois l’inspiratrice et l’interprète principale du nouveau film de sa mère Lisa Azuelos. Un premier “premier rôle“ dont elle s’acquitte avec un beau naturel. Normal : c’est le sien. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 13 mars 2019

Thaïs Alessandrin : « avec ce film, on a mis de la conscience sur notre séparation »

Jade vous emprunte des traits personnels, notamment votre fascination pour Godard puisque vous rejouez l’ouverture du Mépris. Avez-vous cependant souhaité retrancher du scénario des éléments qui vous semblaient trop proches de vous ? Thaïs Alessandrin : Retranchés, non… Mais il y a une chose que j’aurais aimé davantage montrer : ma relation avec mon grand frère. On n’en montre qu’un aspect, alors qu’elle est beaucoup plus complète, plus intense et plus forte, du fait que l’on a peu d’écart. À part cela, il n’y a rien que j’aurais voulu changer. Quant à Godard, mais aussi tout le cinéma français des années 1960 jusqu’aux années 1980, ça a vraiment été une grande découverte pendant mon année de terminale. J’ai été émerveillée par ce monde, fascinée par les couleurs et les histoires de Godard en particulier dans Le Mépris. Faire ce clin d’œil à Godard et à Brigitte Bardot (pour qui j’éprouve également une grande admiration) était important pour moi. Je trouvais la scène assez drôle… Comment avez-vo

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Sandrine Kiberlain, les liens du sans : "Mon Bébé"

Comédie Dramatique | De Lisa Azuelos (Fr, 1h27) avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Sandrine Kiberlain, les liens du sans :

Jade va passer le bac. Et ensuite ? Direction le Canada pour ses études. Comme elle est la dernière des trois enfants à quitter la maison, sa mère Héloïse commence à angoisser à l’idée de la séparation. Et de la solitude : Héloïse vit sans mec, et a de surcroît un père en petite forme… Il aura fallu à Lisa Azuelos une tentative d’éloignement d’elle-même (le faux-pas Dalida) pour se rapprocher au plus près de ses inspirations, et signer ce qui est sans doute son meilleur film. En cherchant à exorciser son propre “syndrome du nid vide“, la cinéaste a conçu un portrait de parent — pas seulement de mère ni de femme — dans lequel beaucoup pourront se retrouver : égarée dans l’incertitude du quotidien, redoutant le lendemain, son héroïne tente d’emmagasiner (avec son téléphone) le plus d’images d’un présent qu’elle sait volatil. Dans le même temps, elle est gagnée par une tendre mélancolie : des souvenirs de Jade petite se surimprimant par bouffées soudaines sur sa grande ado. Grâce à ces flash-back doucement intrusifs, contaminant le présent

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Jeunesse qui rouille fait l’andouille : "Une jeunesse dorée"

Autobiopic | De Eva Ionesco (Fr-Bel, 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

 Jeunesse qui rouille fait l’andouille :

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune — tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, l

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Une aussi longue attente : "Pupille"

Drame | de Jeanne Herry (Fr, 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Une aussi longue attente :

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par toute une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heu

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Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur : "Fleuve noir"

Polar | de Erick Zonca (Fr, 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur :

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir… Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à hab

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Invitation à Sandrine Kiberlain

Institut Lumière | Silhouette présente depuis près de trente ans dans le cinéma français, glissant du drame habité au cocasse halluciné, Sandrine Kiberlain a connu la consécration de (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Invitation à Sandrine Kiberlain

Silhouette présente depuis près de trente ans dans le cinéma français, glissant du drame habité au cocasse halluciné, Sandrine Kiberlain a connu la consécration de ses pairs en 2014 pour 9 mois ferme. Mais elle avait bien failli décrocher la statuette parallélépipédique quelques années plus tôt pour sa prestation dans Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé. C’est ce film qui sera projeté à l’occasion de l’invitation qui lui est offerte par l’Institut Lumière : après un échange avec le maître des lieux Thierry Frémaux, et la projection du court-métrage qu’elle a réalisé, Bonne figure (2016), on la retrouvera dans ce rôle d’institutrice au côté de Vincent Lindon. Mademoiselle Chambon À l’Institut Lumière le jeudi 28 juin à 19h

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Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Vendredi 1 juin 2018

 Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? Daniel Auteuil : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quel genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a de fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de rêve et tout ce qu’on pouvait montrer. Que les rêves, ressemblent à

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Sale rêveur : "Amoureux de ma femme"

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Sale rêveur :

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe. Daniel Auteuil signe un film comme on n'en fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l’imaginaire d’un

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Bozon maudit : "Madame Hyde"

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Bozon maudit :

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre

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Moi, en pas mieux : "La Belle et la Belle"

Encore ? | de Sophie Fillières (Fr, 1h35) avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Moi, en pas mieux :

Quand Margaux, 20 ans, rencontre Margaux, 45 ans… Chacune est l’autre à un âge différent de la vie. La surprise passée, l’aînée paumée tente de guider la cadette en l’empêchant de commettre les mêmes erreurs qu’elle. Mais qui va corriger l’existence de qui ? À l’instar de nombreux “films du milieu” tels que Camille redouble, ou Aïe de la même Sophie Fillières, il flotte dans La Belle et la Belle comme une tentation du fantastique — mais un fantastique un brin bourgeois, qui ne voudrait pas (trop) y toucher ; admettant sagement les faits disruptifs et restant à plat, en surface, sans déranger le moindre objet. Un effet de style ? Plutôt l’incapacité à créer une ambiance par la mise en scène, puisqu’ici tout se vaut. Vous qui entrez dans ce film, ne redoutez pas les atmosphères à la Ruiz, de Oliveira ou des Larrieu ; ne redoutez rien, d’ailleurs, si ce n’est le mol écoulement du temps. On a coutume de qualifier ces comédies d’auteur redondantes tournées dans des catalogues Ikéa à poutres

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Croisette et causettes : "La Caméra de Claire"

Sieste Cinématographique | de Sang-Soo Hong (Cor du S-Fr, 1h09) avec Isabelle Huppert, Min-Hee Kim, Jang Mi Hee…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Croisette et causettes :

Dans les rues de Cannes, pendant un festival du film bien connu, Claire se promène avec son appareil à photo instantanées et sympathise avec Manhee, jeune Coréenne récemment virée par sa patronne. Grâce à l’entremise de Claire, les choses vont peut-être s’arranger… Le prolifique Monsieur Hong semble ne plus pouvoir se passer de la comédienne Min-Hee Kim, au centre de ses trois dernières réalisations — c’est-à-dire celles de l’année. La voici endossant le rôle d’une malheureuse promenant sa superbe mine déconfite en bord de plage ou en terrasse de café, pendant qu’Isabelle Huppert vêtue d’une robe jaune caresse des chiens gris, en sur-souriant sans montrer ses dents. Le temps s’étire en palabres, en considérations sur l’acte photographique ou la jalousie pendant que des instruments à cordes jouent une berceuse proposant une insidieuse sieste. Ne serait-ce que par courtoisie, il est inutile d’aller ronfler dans une salle.

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Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Entretien | Déjà porté à l’écran par Joseph Losey en 1962 avec Jeanne Moreau, le thriller psychologique Eva est à présent adapté par Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre. Entretien avec le réalisateur.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire? Benoît Jacquot : J’avais lu le livre de Chase en cachette à un âge précoce, quand je devais avoir 14 ans, bien avant d’avoir vu Eva de Joseph Losey, sorti sur le grand écran autour de mes 17 ans. Ce film m’avait marqué dans la mesure où je considérais Losey comme un maître à une époque où je commençais à vouloir faire du cinéma. Lorsque j’ai pris connaissance du livre de Chase, je m’étais dit que ce serait un film que je pourrais faire un jour. Cette idée m’a poursuivi de façon régulière pendant longtemps, jusqu’à ce qu’enfin l’occasion se présente. Quant au film de Losey, je ne l’ai pas revu depuis 50 ans. J’en garde un souvenir très imprécis. Je ne peux pas dire qu’il m’ait soit inhibé, soit élancé pour le film que je faisais. Au final, je l’ai réalisé comme si celui de Losey n’existait pas. Il faut croire que c’est un exercice que j’aime bien : j’ai fait à peu près la même chose avec le Journal d’une femme de chambre, qui était encore plus marquant dans

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Point trop final : "Happy End" de Michael Haneke

Drame | de Michael Haneke (Fr-Aut-All, 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Point trop final :

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Trintignant joue une extension de son personnage de Amour — il y fait explicitement allusion ; quant à Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé — quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si tous les éléments habituels dérangeants sont là, manque un liant — comme la durée obstinée des plans, par exemple. Privé des longues séquences de tension fais

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Entretien avec la réalisatrice de Ôtez-moi d'un doute | Avant d’aller à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs, Carine Tardieu était passée aux Rencontres du Sud pour présenter son film tourné en Bretagne. Rencontre avec une voyageuse.

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Vous abordez ici le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de familles dans lesquelles il y avait des secrets — beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux le connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette des choses sur eux, qui sont juste une petite partie de leur réalité : ils sont bien davantage que nos parents.

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Paire de pères et pères aperts : "Ôtez-moi d’un doute" de Carine Tardieu

Le Film de la Semaine | Un démineur breton se trouve confronté à de multiples “bombes” intimes, susceptibles de dynamiter (ou ressouder) sa famille déjà bien fragmentée. Autour de François Damiens, Carine Tardieu convoque une parentèle soufflante. Quinzaine des Réalisateurs 2017.

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Paire de pères et pères aperts :

Démineur de métier, Erwan a fort à faire dans sa vie privée : il vient d’apprendre que son père l’a adopté et que sa fille (qu’il a élevée seul) est enceinte. Alors qu’il enquête en cachette sur Joseph, son père biologique, Erwan rencontre Anna dont il s’éprend. Las ! C’est la fille de Joseph. Carine Tardieu a de la suite familiale dans les idées. Depuis ses débuts avec La Tête de Maman (2007) et Du vent dans mes mollets (2012), elle s’intéresse à cette sacro-sainte famille. Un microcosme à part, connu de chacun et cependant toujours singulier, ayant surtout la particularité d’être facilement chamboulé. Tant mieux pour qui veut raconter des histoires. Plateau de fruits de père(s) Pour Ôtez-moi d’un doute, la cinéaste conserve son approche favorite consistant à observer une petite tribu de l’inté

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DIY, feuille, ciseaux

Fanzine Camping | C’est Noël avant l’heure avec l’édition d’hiver du Fanzine Camping. Le festival de dessin, fanzine et musique pour enfants revient avec un mini-festival (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 6 décembre 2016

DIY, feuille, ciseaux

C’est Noël avant l’heure avec l’édition d’hiver du Fanzine Camping. Le festival de dessin, fanzine et musique pour enfants revient avec un mini-festival condensé sur une journée et une myriade d’évènements en gravitation, sur invitation des médiathèques de Villeurbanne qui leur ont donné carte blanche. Le point culminant, c’est la super boum de samedi avec le vernissage d’une grande exposition sur le thème de la fête foraine, par les collectifs Cuistax et Maison Komiki. Depuis Bruxelles, Cuistax édite un fanzine pour les enfants « magnifique et de qualité impressionnante » d’après Sébastien Escande, chef scout du Camping. « C’est pour représenter des projets comme celui-ci que nous avons eu envie de monter le festival Fanzine Camping. » Quant à Komiki, c’est une maison de petite édition qui fabrique des bandes dessinées et des affiches, fondée à Lyon par Marie Novion (l’auteure de Panpi et Gorri notamment) et Gaëlle Almeras. Pour l’occasion

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"Comme des bêtes" : la vie secrète des peluches

ECRANS | Un film de Yarrow Cheney, Chris Renaud (É-U, 1h26) avec les voix (VF) de Philippe Lacheau, François Damiens, Willy Rovelli…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Très attendu depuis la diffusion d’extraits révélant “la vie secrète des animaux” — c’est-à-dire, ce que les peluches domestiques font en douce lorsque leurs propriétaires humains ont tourné les talons — Comme des bêtes démontre une fois encore le gouffre sidéral séparant une enfilade de gags raboutés à des fins de bande-annonce, d’un long-métrage d’animation ayant de vraies ambitions narratives et développant un univers original (Là haut ou Vice-Versa, au hasard). Reprenant sans vergogne la trame de Souris City (avec un soupçon de Volt, star malgré lui, histoire de brouiller les pistes), la paire Cheney-Renaud cultive ici la paresse avec une insouciance de glaneurs dans un champ de patates : puisque tout est déjà sorti de terre, il n’y a qu’à se servir. L’insupportable voix vrille-tympans de Willy Rovelli, en tel sur-régime qu’il se révèle incapable de la moindre modulation achève de vous convaincre que le court métrage présenté avec avant-programme (cinq minutes de Minions, la dose limite pour ne pas risquer l’indigestion) est le

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer, père et fille

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr, 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et de les sadiser pour faire bonne mesure — cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe — histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique ina

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Elle : le retour de Paul Verhoeven

Festival de Cannes | Curieuse, cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Elle : le retour de Paul Verhoeven

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle — qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série — se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous — sa fameuse technique de jeu “plumes de canard”, les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris… Basiq

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L’Avenir

ECRANS | de Mia Hansen-Løve (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

L’Avenir

Triste exemple de régression artistique, ce film bien mal nommé voit Mia Hansen-Løve retomber dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie depuis le lumineux Le Père de mes enfants (2009). Ce cinéma sorbonnard, construit dans l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingénie à aligner des saynètes froides censées capturer la vie dans sa crue réalité, des séquences de comédie pathétique (avec la vieille grand-mère qui perd la boule), entrelardant le tout de tunnels verbeux bilingues franco-allemands fourrés à la dialectique. Parfaitement formaté pour les festivals : la Berlinale lui a décerné un Ours d’argent… Très proche du personnage qu’elle interprétait — on aurait du mal à dire “incarner” tant son corps physique paraît de plus en plus s’effacer à l’écran — dans Villa Amalia (2009) de Benoît Jacquot, Isabelle Huppert affiche ici la même indifférence face aux événements ; à peine semble-t-elle concernée comme spectatrice. Postulons qu’il s’agit d’une stratégie de protection, car la réalisatrice sadise son héroïne impassible avec une étonnante obstination, au point de la

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Quand on a 17 ans

ECRANS | Des ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans.

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

Autant l’avouer, on avait un peu perdu de vue Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche, mais comme à son seul profit (ou en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible — La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop — à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque — ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en se faisant diaristes, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur une longue période, les couvant de l’œil pour mieux suivre leur(s) métamorphose(s), l’

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Encore heureux

ECRANS | De Benoît Graffin (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Édouard Baer, Bulle Ogier…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Encore heureux

Quand des petits-bourgeois s’attellent à l’écriture d’une comédie vaguement sociale (chacun des mots mérite d’être pesé : on suit ici une famille dont le père, cadre sup’ au chômage depuis deux ans, squatte un studio des beaux quartiers parisiens) en faisant l’économie d’un script doctor, la vraisemblance et la dignité en prennent pour leur grade. Quelques exemples à la volée ? L’histoire est censée se passer autour du réveillon de Noël, de surcroît en week-end ; or tout est ouvert fort tard, y compris les administrations, qui n’hésitent pas à menacer d’expulsion… en pleine trêve hivernale. Un besoin urgent d’argent se fait sentir ? La mère s’en va troquer ses faveurs contre un chèque auprès d’un bellâtre de supérette — ah, le romantisme de la prostitution occasionnelle ! Même en ajoutant un macchabée voyageur en guise d’hypothétique ressort (au point où l’on en est...), le scénario continue de tirer à hue et à dia, atteignant à peine la cheville brisée de la moindre pochade d’humour noir belge. Miséricorde pour les comédiens, ils devaient avoir faim. VR

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Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge — mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux — son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par u

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Valley of Love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of Love

«Putain, la chaleur !» dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie — étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert — et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of Love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec elles. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars — notamment le beau

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Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est «lumineuse», ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par

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La Famille Bélier

ECRANS | Bons sentiments à la louche, pincée d’humour trash, mise en orbite d’une star de télé-crochet, célébration de l’art de Michel Sardou, regard pataud sur le handicap, populisme facile : Eric Lartigau signe un film dans l’air moisi du temps, qui donne des envies de seppuku critique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

La Famille Bélier

«Bélier : n. m. 1) Mâle non châtré de la brebis. 2) Machine de guerre des anciens servant à battre les murailles en brèche.» Cette double définition piquée dans le Robert sonne comme la meilleure critique possible de La Famille Bélier. 1) Le nouveau film d’Éric Lartigau s’apparente à une comédie sentimentale mi-chèvre, mi-chou, qui met les pieds dans le purin campagnard et la tête dans les étoiles de la réussite, les mains dans le cambouis du populisme et le nez dans la grande cause du handicap, via une famille de sourds-muets avec en son centre Paula, jeune adolescente qui non seulement parle et entend, mais en plus chante d’une voix d’or. Lartigau emprunte d’abord la piste gonflée du comique trash, avec une scène chez le médecin où les parents s’engueulent à cause de la mycose de madame et de l’appétit sexuel de monsieur. Admirateur des Farrelly, Lartigau est loin de leur humanisme par la provoc’ : le vrai gag de la séquence, ce sont les traductions de Paula, et les reproches qu’elle adresse à ses géniteurs. Ce qui compte, ce n’est pas que le spectateur s’identifie aux parents sourds, mais à la petite valide. Qui, comme le spectateur,

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Fausse promesse

SCENES | Événement théâtral absolu, du moins si l'on se base sur l'affluence du public (que ce soit ici à Lyon ou à Paris, où la pièce fut créée et jouée deux mois), le (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 avril 2014

Fausse promesse

Événement théâtral absolu, du moins si l'on se base sur l'affluence du public (que ce soit ici à Lyon ou à Paris, où la pièce fut créée et jouée deux mois), le casting (Huppert et Garrel fils sur le plateau, Luc Bondy, directeur de l'Odéon, à la mise en scène) et les costumes (Dior pour Huppert), Les Fausses confidences de Marivaux laissent pourtant un goût d'inachevé, tout y étant trop parfaitement calibré, au détriment de l'émotion. Pourtant Isabelle Huppert quitte là les rôles torturés auxquels Haneke, notamment, l'avait abonnée pour incarner avec une maîtrise et une gourmandise totales le rôle central d'Amarinthe, bourgeoise nouvellement veuve. Alors que le public s'assoie, elle s'essaye au tai-chi avec son coach au milieu de ses innombrables chaussures amoureusement rangées en cercle. Désinvolte, centrée sur elle, elle refuse sans ambages une alliance avec le comte Dorimont pour se laisser séduire par le jeune désargenté Dorante, qui se fait engager comme intendant grâce à l'entremise de Dubois (grandiose Yves Jacques !), son ancien valet. Dominant toute la troupe, Huppert éclabousse tout son monde avec une fraîcheur qu'on ne lui conna

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Abus de faiblesse

ECRANS | Avec ce film autobiographique évoquant l’AVC qui l’a laissée partiellement paralysée et sa rencontre avec l’escroc Christophe Rocancourt, Catherine Breillat se livre à un portrait en bourgeoise aveuglée et humiliée, qui manque de saillant cinématographique mais pas de cruauté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Abus de faiblesse

Ce n’est pas la première fois que Catherine Breillat met son cinéma en abyme ; Sex is comedy rejouait ainsi le tournage compliqué d’À ma sœur… Mais jusqu’ici, Breillat elle-même se tenait à l’écart de ce jeu dont on sait à quel point il peut être vain — qu’on se souvienne du Château en Italie de Valeria Bruni-Tedeschi… Or, Abus de faiblesse ne cache pas sa nature autobiographique, malgré toutes les précautions d’usage ; les noms ont été changés, mais Maud-Isabelle Huppert, cinéaste victime d’un AVC qui la laisse à moitié paralysée, c’est évidemment Breillat. Et l’escroc Vilko-Kool Shen — subtil redoublement que d’avoir distribué un non-acteur pour jouer un non-acteur —, à qui elle veut offrir le rôle principal de son prochain film, c’est Christophe Rocancourt. Celui-ci va lui soutirer des sommes de plus en plus colossales, jusqu’à la plonger dans la précarité. La bourgeoise et l’arnaqueur L’ouverture du film décrit l’accident de Maud comme une scène de cauchemar — effectivement tétanisante — puis la rééducation

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François Damiens l’ultra-terrestre

ECRANS | François Damiens, comédien belge adopté par le cinéma français, doublement à l’affiche du plaisant "Je fais le mort" et du magnifique "Suzanne", est passé en six ans de "sorti de nulle part" à "présent partout", sans dévier de ses principes et de ses saines convictions. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 13 décembre 2013

François Damiens l’ultra-terrestre

Décembre 2007. À quelques jours de la sortie de Cow-Boy, joli film un peu oublié de Benoît Mariage, le réalisateur et ses deux comédiens Benoît Poelvoorde et François Damiens sont en pleine tournée promo. On demande à l’attachée de presse un entretien en tête-à-tête avec un des membres de l’équipe et elle pense qu’on va naturellement réclamer quelques minutes avec la tornade Poelvoorde, au sommet de sa gloire… Mais non, c’est Damiens qui nous intéresse, et nous voilà partis pour une discussion d’une demi-heure avec ce comédien qui, à l’époque, n’avait que quatre films à son actif et dont les caméras cachées commençaient à peine à faire le buzz. L’entretien est mémorable, d’une franchise rare ; il y expose sa candeur face à un métier dont il ne connaît rien et dans lequel il s’engouffre avec un mélange de curiosité et de scepticisme. Six ans plus tard, François Damiens est devenu une vedette — on préfère ce mot à celui de star, ne serait-ce que parce

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Suzanne

ECRANS | Peut-on faire un mélodrame sans verser dans l’hystérie lacrymale ? Katell Quillévéré répond par l’affirmative dans son deuxième film, qui préfère raconter le calvaire de son héroïne par ses creux, asséchant une narration qui pourtant, à plusieurs reprises, serre le cœur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Suzanne

Suzanne : le deuxième film de Katell Quillévéré après le timide Un poison violent, choisit son héroïne dès son titre. Mais ce seront autant ses absences que sa présence qui vont intéresser l’auteur, autant les questions que son comportement instable suscite que les réponses qu’on pourrait apporter pour expliquer sa fuite en avant. D’où provient le mal-être de Suzanne ? D’une mère morte très jeune ? Trop facile… Autour d’elle, son père (François Damiens, exceptionnel, qui irradie de beauté et de bonté) et sa sœur (Adèle Haenel, qu’on espère bientôt reconnue à sa juste et haute valeur parmi les jeunes comédiennes françaises) forment une famille aimante, dévouée, compréhensive. Pourquoi choisit-elle de garder cet enfant au père inconnu, alors qu’elle est encore lycéenne ? Là aussi, Quillévéré décide de laisser le mystère sombrer dans un des nombreux vides narratifs soigneusement entretenus, comme un trou noir qui aspirerait toutes les tentatives d’explications, psychologiques ou sociologiques, pour percer à peu de frais l’opacité de son personnage

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Je fais le mort

ECRANS | De Jean-Paul Salomé (Fr-Belg, 1h42) avec François Damiens, Géraldine Nakache, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Je fais le mort

Le premier mérite de Je fais le mort est l’originalité de son point de départ : un acteur dans la dèche, souffrant d’une réputation détestable sur les plateaux, accepte d’aller «faire le mort» pour la reconstitution judiciaire d’un triple homicide du côté de Megève. Une fois sur place, entre drague maladroite de la juge d’instruction et volonté de «réalisme» sur la scène du crime, il provoque une série de catastrophes mais révèle aussi les approximations de l’enquête. Au milieu d’un genre sinistré, celui de la comédie hexagonale ici matinée de polar, Je fais le mort tire son épingle du jeu. Pas tellement par sa mise en scène, même si son artisanat télévisuel lui confère une modestie bienvenue ; surtout par le portrait de ce comédien égocentrique et vaniteux qui conduit à quelques réflexions bien vues sur un monde du cinéma où même le plus pitoyable des losers se prend pour un génie de «l’acting» — on sent que Salomé a vu Extras, la formidable série de Ricky Gervais. C’est bien sûr une partition parfaite pour un François Damiens en grande forme, trop heureux de pouvoir être à la fois l’acteur de cinéma subtil q

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9 mois ferme

ECRANS | Annoncé comme le retour de Dupontel à la comédie mordante après le mal nommé "Le Vilain", "9 mois ferme" s’avère une relative déception, confirmant au contraire que son auteur ne sait plus trop où il veut amener son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 octobre 2013

9 mois ferme

Avec Enfermés dehors, grand huit en forme de comédie sociale où il s’amusait devant la caméra en Charlot trash semant le désordre derrière un uniforme d’emprunt, mais aussi derrière en lui faisant faire des loopings délirants, le cinéma d’Albert Dupontel semblait avoir atteint son acmé. Le Vilain, tout sympathique qu’il était, paraissait rejouer en sourdine les envolées du film précédent, avec moins de fougue et de rage. 9 mois ferme, de son pitch — une avocate aspirée par son métier se retrouve enceinte, après une nuit de biture, d’un tueur «globophage» amateur de prostituées — à son contexte — la justice comme déversoir d’une certaine misère sociale — semblait tailler sur mesure pour que Dupontel y puise la quintessence à la fois joyeuse et inquiète de son projet de cinéaste. Certes, on y trouve beaucoup d’excès en tout genre, une caméra déchaînée et quelques passages ouvertement gore, mais aussi des choses beaucoup plus prévisibles, sinon rassurantes. Il y a surtout un mélange de re

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Gare du Nord

ECRANS | Claire Simon tente une radiographie à la fois sociologique et romanesque de la gare du nord avec ce film choral qui mélange documentaire et fiction. Hélas, ni le dialogue trop écrit, ni les récits inventés ne sont à la hauteur de la parole réelle et des vies rencontrées… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 août 2013

Gare du Nord

Pensant probablement le naturalisme en bout de course pour raconter le monde contemporain, deux réalisatrices tentent en cette rentrée de faire se croiser réalité documentaire et fiction intime. Si Justine Triet avec sa Bataille de Solférino s’en tire grâce à l’élan vital débraillé qui irrigue sa fiction, le dispositif de Gare du Nord échoue à hisser le romanesque à la hauteur de la réalité. Il y a d’abord un prétexte très artificiel véhiculé par le personnage de Reda Kateb, étudiant en sociologie faisant une thèse sur la gare du Nord comme «place du village global», justification scénaristique facile pour le montrer abordant commerçants et usagers. Ensuite, la structure chorale du film, avec ses trois histoires entremêlées — une femme malade tombe amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle, un père cherche sa fille fugueuse, une agent immobilière ne supporte pas d’être séparée de son mari et de ses enfants — paraît là aussi dictée par une intention trop appuyée, celle de faire se croiser dans un microcosme à la fois unique et mondialisé des destins singuliers. Que Claire Simon ait recours

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La Belle endormie

ECRANS | Marco Bellocchio signe un film choral interrogeant le droit de décider de sa propre mort et, malgré l’étonnante vivacité de sa mise en scène, n’évite pas un certain didactisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 7 avril 2013

La Belle endormie

Amour, Quelques heures de printemps et maintenant La Belle endormie : la question de la fin de vie travaille le cinéma contemporain comme elle travaille la société, produisant des films qui tentent, chacun à leur échelle, de ramener le sujet à des destins singuliers. La stratégie de Marco Bellocchio est d’ailleurs la plus claire : il s’empare d’un fait divers qui a embrasé l’Italie — la décision de mettre un terme à la vie d’Eluana Englaro, dans un état végétatif depuis 17 ans — provoquant manifestations cathos et débats au Parlement. Mais il n’en fait que le lien entre trois histoires de fiction qui, chacune à leur manière, traitent aussi de la question. On y voit un sénateur berlusconien, qui a lui-même fait subir une euthanasie à sa femme des années auparavant, prêt à voter contre son groupe et ainsi mettre fin à sa carrière, tandis que sa fille va se joindre au cortège des manifestants réclamant la vie pour Eluana ; une actrice veillant en illuminée mystique sa fille dans le coma et délaissant son propre fils, qui lui aussi s’apprête à devenir com

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Dead man down

ECRANS | De Niels Arden Oplev (EU, 1h57) avec Colin Farrell, Noomi Rapace, Isabelle Huppert...

Jerôme Dittmar | Vendredi 29 mars 2013

Dead man down

Où vas-tu Colin Farrell ? Sur le déclin après avoir touché la grâce dans Miami vice, l'acteur au regard d'enfant égaré s'est perdu. A nouveau en galère dans Dead man down, on se demande si ce n'est pas cuit pour lui à force d'enchainer nanars et remakes balourds. Polar foireux débutant comme un thriller crypté avant de vite bifurquer vers un double récit de vengeance bien mal mené, Dead man down ne tient en effet aucune de ses promesses. Et ce n'est pas Niels Arden Oplev, auteur du déjà pas fameux Millénium suédois, qui sauve les meubles. Le réalisateur a beau tenter de donner un peu d'âme et d'espace à ses personnages (un immigré hongrois et une femme victime d'un accident), là où devraient naître zones d'ombres et ambiguïtés se multiplient les rebondissements patauds. Prisonnier d'un scénario sans latitudes et réduisant ses enjeux à la nullité de sa petite mécanique, Dead man down débouche là où risque de finir la carrière de Farrell : dans l'indifférence totale. Jérôme Dittmar

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La Religieuse

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h54) avec Pauline Étienne, Louise Bourgoin, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

La Religieuse

Pour avoir beaucoup défendu Guillaume Nicloux dans ces colonnes, on sait aussi à quel point les échecs répétés (et souvent injustes) de ses films dans les salles l’ont rendu amer et méfiant. Cette nouvelle adaptation de La Religieuse montre en effet un cinéaste qui, sans mauvais jeu de mots, ne sait plus à quel saint se vouer pour séduire le public, et lorgne ouvertement vers le triomphe de Des hommes et des dieux. Comment expliquer autrement sa quasi démission dans la mise en scène, qui confond austérité et académisme, à la lisière du téléfilm, embourbée dans l’uniforme grisaille des murs et des habits sacerdotaux, les chuchotements du cloître et le silence de sa religieuse incapable de se révolter contre les injustices qu’elle subit ? Le problème, c’est que si Beauvois affichait une empathie (contestable) pour ses moines, Nicloux doit faire avec l’anticléricalisme du roman de Diderot, qu’il tente de désamorcer jusqu’au contresens. Il faut attendre l’arrivée d’Isabelle Huppe

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Amour

ECRANS | Avec «Amour», Michael Haneke filme le crépuscule d’un couple face à la maladie et l’approche de la mort. Mais son titre n’est pas trompeur : sans perdre ni sa lucidité, ni sa mise en scène au cordeau, Haneke a réalisé son film le plus simple, émouvant et humain, grâce notamment à ses deux acteurs, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Texte : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 octobre 2012

Amour

Au milieu du Ruban blanc, on voyait un des enfants de cette communauté rigide et protestante offrir à son pasteur de père un oiseau pour remplacer celui qui venait de mourir. C’était un acte d’amour, un instant sentimental dans une œuvre où, justement, le mal qui rongeait les personnages était alimenté par la répression de leurs émotions. C’est d’ailleurs ce qui se passait à l’écran : le père retenait des larmes que la caméra de Michael Haneke, à la bonne distance, ne manquait pas de laisser deviner. Le cinéaste est trop lucide et pessimiste sur la nature humaine pour faire croire au spectateur que ces larmes-là auraient changé la face du monde ; mais il n’y a aujourd’hui plus de doute à la vision d’Amour : cette pointe de pathos, aussi discrète soit-elle, a changé la face de son cinéma. L’inéluctable, ces ténèbres qui viennent engloutir les vies humaines, sont ici atténués par quelque chose de plus grand et de plus fort qui va même, lors de la sidérante scène finale du film, résister à la mort : l’amour donc, regardé comme une réalité empirique, un

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Paradis retrouvé

ECRANS | Morceau de choix pour terminer le festival : la version restaurée et intégrale de "La Porte du Paradis", film maudit devenu film mythique, date-clé de l’Histoire du cinéma qui marque la fin d’une utopie hollywoodienne mais aussi le purgatoire d’un cinéaste immense, Michael Cimino.

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Paradis retrouvé

Qui a vu La Porte du Paradis ? Du moins, qui a vu sa version intégrale ? Aux Etats-Unis, où la sortie du film provoqua la faillite de United Artists, le studio qui l’avait produit, presque personne. En France, sans doute un peu plus puisqu’à l’initiative de Patrick Brion, infatigable animateur du Cinéma de minuit sur France 3, le film fut finalement distribué en 1989 dans le montage de 3h45 souhaité par Michael Cimino. Les bizarreries des droits ont voulu que seul le DVD américain reprenne cette version, le DVD français exploitant celle de 2h20, qui n’est pas seulement un "raccourcissement" mais une véritable réécriture de son propos. De toute façon, qui a envie de voir La Porte du Paradis en DVD ? Car ce film monde et monstre ne prend son sens que sur un très grand écran, avec ses centaines de figurants, sa passion du détail, son ampleur décorative, son sens de l’espace. Dernière frontière Le fiasco du film est resté comme une blessure profonde dans l’histoire hollywoodienne. On a parlé de la mort de United Artists, mais c’est surtout la fin d’une utopie que cet échec entérine : le Nouvel Hollywood, dont Michael Cimino fut le temps d

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Pauline détective

ECRANS | De Marc Fitoussi (Fr, 1h41) avec Sandrine Kiberlain, Audrey Lamy…

Christophe Chabert | Mardi 25 septembre 2012

Pauline détective

Sur les pas de Pascal Thomas période Agatha Christie, Marc Fitoussi (La Vie d’artiste, Copacabana : un bon auteur de comédie, donc) se vautre complètement avec ce Pauline détective qui sent vite l’impasse. Il faut dire qu’entre les déboires sentimentaux trop ordinaires de ladite Pauline, et ses vacances avec sa sœur et son beau-frère en Italie, pleines de clichés sur les Français à l’étranger, le fond de la sauce est déjà épais. Mais c’est bien dans le vrai-faux film policier que les choses virent au naufrage : que Pauline s’entête à voir du crime et du mystère partout, soit ; mais l’indifférence générale qui entoure ses velléités de détective, à commencer par celle de Fitoussi, trop occupé à dessiner un contexte pop à coups de couleurs acidulées et de dressing top tendance, ne permet aucune identification au personnage et aucun début d’intérêt pour l’intrigue. On comprend vite qu’on est face à une suite de fausses pistes traitées au deuxième degré et sans aucune rigueur, sacrifiant au passage la pauvre Sandrine Kiberlain, dont la carrière v

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L’Oiseau

ECRANS | D’Yves Caumon (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Clément Sibony, Bruno Todeschini…

Dorotée Aznar | Mardi 17 janvier 2012

L’Oiseau

Alors que partout ailleurs, le cinéma d’auteur semble prendre conscience que la radicalité formelle ne vaut rien si elle ne sert pas à intensifier les émotions (des personnages et des spectateurs), la France continue à délivrer des films "poisson-mort", beau mais froid et l’œil vide. Oiseau-mort dans ce cas précis, puisque Yves Caumon fait de la brève existence du volatile, incrusté dans l’appartement d’une Sandrine Kiberlain qui, pour une fois, ne se retrouve pas à jouer les seconds rôles indignes de sa valeur d’actrice, la durée nécessaire de son retour à la vie. Le début, intrigant, ressemble à certains Polanski première période : le film observe une névrose depuis les craquements des murs, les ombres du dehors, les manies inexpliquées de l’héroïne… Quand il s’aventure hors de l’appartement, le film perd peu à peu toute étrangeté, mais surtout Yves Caumon révèle trop tôt le pourquoi de ce comportement, ramenant le tout à un banal psychodrame. Ne reste plus alors que l’arrogance de longs plans méticuleusement composés et éclairés, un cinéma qui se regarde filmer et qui ne véhicule ni émotions, ni idées, juste des intentions.Christophe Chabert

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La Délicatesse

ECRANS | De David et Stéphane Foenkinos (Fr, 1h48) avec Audrey Tautou, François Damiens…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 décembre 2011

La Délicatesse

La France s’enfonce dans la sinistrose ? Rassurons-nous, nos gentils hommes à tout-faire de la culture veillent à lui redonner le moral à coups de feel good movies enrobés dans de la guimauve. Les frères Foenkinos transvasent donc le bouillasson littéraire de David en gentil mélodrame qui prend soin de ne fâcher personne. Son héroïne (Tautou) est gentille : après la mort de son aimé (et quelques saynètes à la Jeunet), elle se console avec son travail, compensant sa froideur intérieure par une efficacité productiviste. Jusqu’au jour où, dans un moment d’égarement, elle embrasse un collègue (Damiens), pas très beau, plutôt transparent mais très gentil, qui en retour se sent pousser des ailes. Deux options s’offraient aux Foenkinos : la comédie amère à la Blier sur la beauté cachée des laids ; le drame social où la pression de l’entourage met en échec la possibilité de franchir la barrière de classe. La Délicatesse louvoie gentiment entre ces deux courants, et n’était le travail formidable de François Damiens pour faire exister son personnage, finirait par n’en tra

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Mon pire cauchemar

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr-Belg, 1h43) avec Isabelle Huppert, Benoît Poelvoorde…

Dorotée Aznar | Mercredi 2 novembre 2011

Mon pire cauchemar

Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit supporter un plombier belge alcoolique et grossier) suffit à emporter le morceau. Et, plutôt que de laisser Huppert et Poelvoorde chercher, comme leurs personnages, un territoire commun à l’écran, Anne Fontaine les enferme dans leurs emplois respectifs, provoquant artificiellement le rapprochement par les grosses ficelles du scénario. Du coup, elle se contente d’enchaîner les situations attendues, gonflant l’affaire avec une sous-intrigue redondante entre le mari coincé et une salariée de pôle emploi branchée bio et nature (un tandem de cinéma pour le coup impossible entre la scolaire Virginie Éfira et le roué André Dussollier). Il n’y a ni rire, ni malaise là-dedans ; juste un regard cruel qui, dans le drame, provoquait parfois une petite fascination (Nettoyage à sec, Entre ses mains) mais qui ici fait plutôt penser au Chatiliez des mauvais jours.Christophe Chabert

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Ni à vendre, ni à louer

ECRANS | De Pascal Rabaté (Fr, 1h20) avec Jacques Gamblin, Maria De Medeiros, François Damiens…

Christophe Chabert | Jeudi 23 juin 2011

Ni à vendre, ni à louer

Le fantôme de Jacques Tati plane au-dessus de Ni à vendre, ni à louer, deuxième film de Pascal Rabaté, par ailleurs dessinateur de bédé. Ce n’est pas un détail, tant sa fascination pour le travail de Tati se confond avec sa pratique de la case et de la planche. D’où la désagréable sensation d’assister à un storyboard filmé où les acteurs, privés de parole et réduits à des borborygmes, ne font que prêter leurs traits aux idées visuelles de Rabaté, simples instruments de gags tellement préparés qu’on les devine avec trois ou quatre plans d’avance. Ce systématisme froid se retrouve dans le scénario concept où une quinzaine de personnages se croisent pendant un week-end de vacances à la mer («c’est super», comme le dit le chanteur Mike Brank dans la meilleure séquence du film !) où chacun marine dans son stéréotype. Là, la référence à Tati pose un autre problème : on ne sait plus si c’est la nostalgie pour son cinéma ou pour la France qu’il décrit qui motive Rabaté. Car les clichés un peu rances qu’il utilise (les caravanes, le Tour de France, l’adultère à l’hôtel), même s’ils se mêlent parfois à un esprit anar très contemporain (l’avenir de l’homme, pour

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Les Femmes du 6e étage

ECRANS | De Philippe Le Guay (Fr, 1h46) avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain, Natalia Verbeke…

Christophe Chabert | Jeudi 10 février 2011

Les Femmes du 6e étage

Visiblement passé sous les fourches caudines des «décideurs» du cinéma français, "Les Femmes du 6e étage" fait partie de cette zone grise où vont s’entasser en ce début de saison des films tièdes, manquant de tranchant et d’enjeux, sinon de mise en scène. Philippe Le Guay avait des velléités modianesques au départ, totalement gommées à l’arrivée. À la place, cette comédie humaniste antidate dans les années 60 la prise de conscience par un banquier bourgeois (Luchini, reprenant en mode mélancolique son rôle dans "Potiche") de la condition des femmes de ménage espagnoles vivant au-dessus de son appartement. Le Guay parle dans une transparence trop voyante du racisme contemporain, mais ce discours-là ne va pas bien loin. Plus intéressante est la tentative d’érotiser ce revirement politique. L’attirance entre le banquier et la jeune (très) bonne qui prend la suite d’une gouvernante ronchonne signifie bien que la lutte des classes est surtout soluble dans la chimie des corps. Un plan très bref sur l’anatomie magnifique de la formidable Natalia Verbeke fait penser au désir trouble des films de Buñuel. Mais n’exagérons rien : "Les Femmes du 6e étage", avec sa photo plate et son ambitio

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