La Vie rêvée de Walter Mitty

ECRANS | Ben Stiller passe à la vitesse supérieure en tant que réalisateur avec ce modèle de comédie romantique d’une classe visuelle permanente, où il s’agit de faire d’un héros du quotidien le vestige d’une époque en train de disparaître. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Photo : © 20th Century Fox


Que se serait-il passé si Walter Mitty, plutôt que d'envoyer un poke sur un site de rencontres à sa collègue de bureau, l'avait simplement abordée dans la vraie vie ? Rien d'exceptionnel sans doute, et c'est sur ce gouffre initial que se bâtit toute l'ampleur romanesque mais aussi toute la philosophie de La Vie rêvée de Walter Mitty, cinquième film de Ben Stiller derrière une caméra, le plus abouti, le plus étonnant aussi. Mitty, que Stiller incarne avec un sens exceptionnel du tempo qu'il soit comique ou dramatique, est un monsieur tout le monde tel que Capra aimait les peindre.

De Capra à Capa, il n'y a qu'un pas que le film franchit en le faisant travailler au service photo de Life, institution de la presse américaine sur le point de déménager en ligne, décision prise par une bande d'idiots cravatés et barbus — c'est tendance — entraînant le licenciement d'une partie des salariés. Mitty doit gérer l'ultime couverture du journal, réalisée par un photographe légendaire et solitaire, lui aussi aux prises avec la grande mutation du XXIe siècle : il refuse le numérique et n'aime que l'argentique. Sauf qu'il n'a pas fait parvenir le cliché qui devait illustrer le numéro et Mitty va tout faire pour le récupérer — tout en cherchant aussi à séduire sa fameuse collègue.

Numériques et périls

L'adresse avec laquelle le scénario, qui s'inspire d'une comédie hollywoodienne des années 40, fait tenir ensemble toutes les intrigues est en soi remarquable. Mais, surtout, chacune reproduit à son échelle la grande question posée par le film : qu'est-ce qui est définitivement en train de se perdre dans la révolution numérique ? Les rapports amoureux, la presse papier, la pellicule et, plus globalement, l'appréciation de l'instant présent, du moment unique qu'on ne doit pas rater ou remettre à plus tard. Car si le virtuel ouvre tous les possibles, il peut aussi n'en actualiser aucun. Le talent de Stiller consiste à ne pas faire de cette inquiétude la matière d'une rumination nostalgique, mais d'en extraire ce qui contribuera à la santé débridée d'une comédie romantique et aventureuse, participant d'un nouvel optimisme hollywoodien dans la lignée de We bought a zoo.

Mitty s'est construit sur un vide, celui du père, dont il n'a jamais vraiment porté le deuil mais dont la mort a mis en berne ses envies d'ado voyageur, le poussant vers une vie morne dont il ne s'échappe qu'en rêvant à des exploits délirants. On se souvient que Tonnerre sous les tropiques s'ouvrait par une pub bidon et trois fausses bandes-annonces qui posaient les personnages principaux du film, idée géniale et complètement raccord avec les flux d'images contemporains, détournés pour leur rendre une puissance narrative. Dans La Vie rêvée de Walter Mitty, ces détournements ont lieu à même la chair du récit, illustrant les fantasmes du héros comme autant de parodies exécutées avec un soin maniaque. Ainsi, le combat dans les rues de New York n'a rien à envier niveau spectacle à celui de Avengers

Le film va, en suivant le trajet de son personnage, progressivement réunir le rêve et la réalité, notamment en l'envoyant au Groenland puis en Islande, où il vivra de vrais périls aux abords du volcan Eyjafjallajökull — toute cette partie, par sa mise en scène constamment inspirée et précise, tournée qui plus est sur les lieux mêmes avec une équipe technique islandaise, envoie à la poubelle la médiocre comédie éponyme avec Dany Boon. Dans un dernier mouvement encore plus fou, Stiller brouille définitivement tous les repères en s'offrant un pastiche d'Into the wild où l'objet de la quête n'est rien d'autre que… Sean Penn en personne !

Comédie classe A

C'est sans doute ce qui étonne le plus dans La Vie rêvée de Walter Mitty : comment Stiller s'empare du cinéma contemporain pour le fondre dans un nouveau classicisme dont la qualité première serait la classe absolue. Dès les premiers plans, splendides compositions qui isolent le personnage dans un environnement aseptisé et silencieux, on sent Stiller sur les traces d'un Blake Edwards, pour qui la comédie n'a jamais été du drame au rabais. La tenue formelle de Walter Mitty impressionne d'autant plus qu'elle provient d'un acteur passé derrière la caméra — même si, de Wes Anderson aux Farrelly, Stiller est allé dans les meilleures écoles. Cette double casquette est en fait ce qui lui donne un supplément d'âme : tous les comédiens sont admirablement dirigés, parfois dans leur emploi type — Adam Scott en patron arrogant et imbécile — parfois à rebours de leur image — Kristen Wiig se révèle une grande actrice romantique.

L'humain ne pouvait de toute façon être relégué au second plan d'un film qui ne croit qu'en lui et qui cherche in fine à le remettre au cœur de l'image. Ainsi, la voix téléphonique qui vient régulièrement faire le point sur l'avancée du "profil" de Mitty finit par débarquer en chair et en os dans le récit, sauveur providentiel qui n'en a pourtant aucun des atours, sinon celui de la générosité et de la bienveillance. Lui aussi sort du virtuel pour rappeler, comme Stiller le fait tout au long du film, que le meilleur moyen pour accéder à la vérité des êtres et non à leurs avatars idéalisés, c'est encore de leur parler droit dans les yeux.

La Vie rêvée de Walter Mitty
De et avec Ben Stiller (ÉU, 1h50) avec Kristen Wiig, Adam Scott, Sean Penn…
Sortie le 1er janvier


La vie rêvée de Walter Mitty

De Ben Stiller (ÉU, 1h55) avec Ben Stiller, Kristen Wiig...

De Ben Stiller (ÉU, 1h55) avec Ben Stiller, Kristen Wiig...

voir la fiche du film


Walter Mitty est un homme ordinaire, enfermé dans son quotidien, qui n’ose s’évader qu’à travers des rêves à la fois drôles et extravagants. Mais confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, Walter doit trouver le courage de passer à l'action dans le monde réel.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Rien ne sert de raccourcir… : "Downsizing"

Le Film de la Semaine | Et si l’humanité diminuait pour jouir davantage des biens terrestres ? Dans ce reductio ad absurdum, Alexander Payne rétrécit un Matt Damon candide à souhait pour démonter la société de consommation et les faux prophètes. Une miniature perçante.

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Rien ne sert de raccourcir… :

Disparu en novembre dernier dans une consternante indifférence, le réalisateur français Alain Jessua aurait à coup sûr raffolé de l’idée. Cousinant avec ses fables d’anticipation dystopiques que sont Traitement de choc (1972) ou Paradis pour tous (1982), Dowsizing est en effet un de ces contes moraux où une “miraculeuse” avancée scientifique, perçue comme une panacée devant soulager l’humanité de tous ses maux, finit par se révéler pire remède que la maladie elle-même. La découverte est ici un procédé (irréversible) permettant de réduire les organismes humains afin d’économiser les ressources de notre planète surpeuplée, augmentant mathématiquement le patrimoine des sujets miniaturisés. Alléchés par cette perspective, Paul et son épouse s’inscrivent au programme. Mais au dernier moment, la belle se déballonne : Paul en est réduit à vivre rapetissé et seul. Au paradis ? Pas vraiment… À naïf, à demi-naïf Il y a deux actes biens distincts dans

Continuer à lire

"Sausage Party" : voulez-vous consommer avec moi ce soir ?

ECRANS | L’intenable Seth Rogen imagine un monde où les aliments d’un grand magasin vivent heureux dans la chaste attente du Paradis. Jusqu’à ce qu’une saucisse impatiente de fourrer (sic) un petit pain ne découvre leur funeste destinée. Scabreux, grossier, incorrect, inégal, ce film d’animation ne manque décidément pas de qualités…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Parents, tenez vos enfants à distance de ce film ! Non qu’ils risquassent d’en sortir traumatisés, mais vu que la plupart des gags se situent en-dessous de la ceinture — donc leur passant au-dessus du crâne —, vous vous exposez à devoir répondre à des questions incongrues toutes les cinq secondes (“Elle fait quoi, la saucisse, dans le trou du bagel ? Et la madame pain à hot dog, pourquoi elle a un collier de perles dans les fesses ? etc.”). De toutes façons, ils peineront à entrer : la commission de classification des œuvres cinématographiques a restreint l’accès aux plus de douze ans, et le bon goût le limite aux amateurs de V.O. — sinon, c’est la sanction Hanouna en V.F. Sausage, comme des images Nanti de ce héros aussi explicite que turgescent, Sausage Party s’ouvre sur un boulevard de grivoiseries (et se conclura sur une “orgie” alimentaire), en enchaînant les propos orduriers au sous-texte sexuel, pour bien rappeler le contexte du film d’animation transgressif. Mais l’enrobage cul laisse vite la place à une subversion plus forte encore : l’assimilation des religions à une imposture, une sorte de conte destiné à endorm

Continuer à lire

Krampus : une agréable surprise

ECRANS | de Michael Dougherty (E-U, 1h38) avec Toni Collette, Adam Scott, David Koechnerplus…

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Krampus : une agréable surprise

Lorsqu’un distributeur sort un film de Noël début mai, c’est davantage pour vider ses tiroirs d’un encombrant que pour tenter une contre-programmation osée — ou être raccord avec une vague de froid anormale, par lui seul anticipée ! Le spectateur peut donc faire montre d’une légitime suspicion face à Krampus ; sa surprise sera d’autant plus agréable lorsqu’il assistera à la métamorphose progressive de ce film commençant comme La Course au jouet (aïe…), se prolongeant comme un Jumanji dégriffé (mouais…) avant d’évoluer en un digne conte à la Stephen King (dans l’esprit de Ça…) Empruntant au maître de l’épouvante sa manière de sculpter une histoire horrifique plongeant ses racines dans un trauma ancien et transmise de génération en génération, Michael Dougherty remixe également des figures — en théorie — inoffensives de l’enfance (jouets, peluches, lutins) afin d’en faire les aides sanguinaires d’un anti-Père Noël, pire que le Père Fouettard. Contrairement à beaucoup de fables inspirées de Dickens, débordantes de rédemption et de réconciliations, Krampus sort l’artillerie lourde pour dézinguer une famille comme on en vo

Continuer à lire

While We’re Young

ECRANS | Après Frances Ha, Noah Baumbach continue d’explorer le New York branché et sa bohème artistique, transformant "Solness le constructeur" d’Ibsen en fable grinçante et néanmoins morale où des bobos quadras se prennent de passion pour un couple de jeunes hipsters. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

While We’re Young

Quarante ans, toujours pas parents ; Josh et Cornelia — couple inattendu mais crédible formé par Ben Stiller et Naomi Watts — sont en pleine crise. Tandis que leurs amis BoBos new-yorkais s’assurent une descendance, eux semblent frappés de stérilité. Celle-ci n’est pas seulement sexuelle, elle est aussi créative, en particulier pour Josh, en galère pour terminer un documentaire fleuve qui, manifestement, n’intéresse que lui. Jusqu’au jour où ils rencontrent Jamie et Darby — Adam Driver et Amanda Seyfried, prototypes de hipsters ayant fait de la bohème une règle de vie. À leur contact, Josh et Cornelia trouvent une seconde jeunesse, revigorés par ce couple qui semble vivre dans un présent perpétuel. Noah Baumbach se livre alors à une comédie de mœurs contemporaine, même s’il s’inspire très librement d’une pièce vieille d’un siècle — Solness le constructeur d’Ibsen. Le ton y est mordant et le monde actuel en prend pour son grade : tandis que Josh se débat avec son portable, ses CD et son appartement design, Jamie ne jure que par les vinyles, les VHS et le mobilier vintage. La jeunesse s’empare des objets ringards de ses aînés et les rends

Continuer à lire

L’Impasse tragique

ECRANS | Une semaine après Scarface, le Cinéma Lumière propose de redécouvrir son pendant tourné dix ans plus tard, L’Impasse, toujours avec De Palma derrière la caméra et (...)

Christophe Chabert | Jeudi 31 octobre 2013

L’Impasse tragique

Une semaine après Scarface, le Cinéma Lumière propose de redécouvrir son pendant tourné dix ans plus tard, L’Impasse, toujours avec De Palma derrière la caméra et Pacino devant. Plutôt que d’offrir une suite à leur film culte, les deux choisissent d’en faire l’inverse exact : Scarface était furieusement de son temps ? L’Impasse sera intemporel… Tony Montana était un idiot intégral, obsédé par la réussite et prêt à buter tout ce qui entraverait son ascension ? Carlo Brigante ne pensera qu’à se ranger, affichant tout du long une sagesse mélancolique face à un monde du crime qu’il méprise. De Palma s’offre une rime visuelle entre les deux : une affiche publicitaire vantant un «Paradis» caricatural à base de lever de soleil, de plage et de palmiers. Dès la première scène de L’Impasse, où l’on voit Brigante agoniser sur une civière, on sait que ce paradis-là ne sera jamais atteint, et cette introduction en forme de requiem donnera sa tonalité tragique à

Continuer à lire

Gangster squad

ECRANS | De Ruben Fleischer (ÉU, 1h52) avec Josh Brolin, Ryan Gossling, Sean Penn…

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Gangster squad

Le ratage de ce Gangster squad est plutôt surprenant : un casting en or, une relecture du film de gangsters par un cinéaste habile à revigorer les codes des genres (son Zombieland était grandiose à ce niveau)… Assez vite, il faut se rendre à l’évidence : le script n’est qu’un laborieux décalque de celui des Incorruptibles, sans les dialogues admirables de David Mamet, mais avec beaucoup de grandes phrases toutes plus ridicules les unes que les autres. Du coup, les acteurs sortent les rames. Sean Penn a beau en faire des caisses dans le rôle de Mickey Cohen, on ne voit que son maquillage qui lui donne des allures de freak grotesque. Très mauvais aussi, Josh Brolin, mâchoire serrée et front plissé tout du long. On aimerait sauver le duo archi-glamour Emma Stone-Ryan Gossling du naufrage, mais leur couple ressemble plutôt à des icônes lisses sorties d’un poster d’époque. Quant à la mise en scène, desservie par une photo numérique d’une absolue laideur, elle tente de noyer le poisson en en rajoutant dans la violence (et même le

Continuer à lire

Friends With Kids

ECRANS | De Jennifer Westfeldt (USA, 1h47) Avec Adam Scott, Jennifer Westfeldt, Maya Rudolph

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Friends With Kids

Dans l'enfer moderne de la comédie romantique, Friends With Kids sort étonnamment son épingle du jeu. Tout en reprenant la tendance lourde actuelle (l'amour sécuritaire, le non-engagement, le zéro risque), le film de Jennifer Westfeldt en sape tranquillement les impasses. Le sujet du jour : comment faire un enfant hors couple, entre amis, pour fuir les aléas du mariage, se voit ainsi traité avec une intelligence que la première bobine, un peu manichéenne, ne présumait pas. Embrassant la question avec sensibilité et humour, le film surprend graduellement à force d'étoffer son classicisme. La moralité est toujours la même : nul ne peut se préserver des sentiments, mais Westfeldt l'impose en quelques scènes clés où les idées s'entrechoquent avec une étonnante lucidité. Contre l'arrogance de ceux qui croient gérer leur vie amoureuse comme leur carrière professionnelle, le film balance des vérités nuancées comme ses personnages. C'est tendre, démocratique, et assez réussi.Jérôme Dittmar  

Continuer à lire

This must be the place

ECRANS | Sean Penn en rocker glam vieillissant et déprimé qui part à la recherche du tortionnaire nazi de son père mort : c’est l’improbable, déroutant et en fin de compte attachant nouveau film du réalisateur d’Il Divo. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

This must be the place

Imaginez un Robert Smith dépressif dans une maison art-déco de Dublin, traînant au supermarché avec sa pote gothique, faisant de la pelote basque dans sa piscine vide… Voici Cheyenne, anti-héros du nouveau film de Paolo Sorrentino, sous les traits d’un Sean Penn grimé en chanteur de Tokio Hotel viré vieux travelo. Réaction logique du spectateur : prendre ce type pour un crétin et regarder ce petit monde tourner en rond dans les cadres chiadés du réalisateur comme une mauvaise contrefaçon du cinéma des frères Coen — la présence de Frances MacDromand dans le rôle de la femme de Cheyenne pousse d’autant plus à la comparaison. Après une demi-heure de ce manège agaçant, Sorrentino commence à renverser tous ses clichés. This must be the place s’avère alors graduellement attachant, en dépit d’une partie dramatique où Cheyenne part aux Etats-Unis à la recherche du nazi qui a torturé son père, road movie qui frôle plus d’une fois la sortie de route. Le rocker philosophe Le film réussit toutefois son pari pour deux raisons : d’abord, nous faire épouser le regard de Cheyenne sur le monde, cette ironie qui en fait un sage au mili

Continuer à lire

Mes meilleures amies

ECRANS | De Paul Feig (ÉU, 2h04) avec Kristen Wiig, Maya Rudolph, Rose Byrne…

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Mes meilleures amies

Jusqu’ici très geek et masculines, les productions Apatow changent de genre avec ce film où les hommes sont réduits au statut de pénis parlants (à l’exception d’un flic attachant et sensible), tandis qu’une poignée de filles se préparent à jouer les demoiselles d’honneur (d’où le titre original, Bridesmaids) sur fond de rivalités entre Annie, pâtissière au chômage, et Helen, bourge friquée, pour avoir les faveurs de la future mariée Lilian. Annie est interprétée par l’épatante Kristen Wiig, également auteur du scénario, qui a réuni au casting la plupart de ses comparses issues de sa troupe d’improvisation. Cette générosité complice est la qualité et la limite de Mes meilleures amies : Feig et Apatow semblent avoir accepté toutes les propositions de leurs comédiennes, gonflant la durée et laissant beaucoup de déchets comiques au milieu de quelques séquences parfois hilarantes. Mes meilleures amies répond aussi aux dérives mercantiles de Sex and the city (la scène d’essayage où les marques sont inventées et qui se termine par une hallucinante explosion scatologique) et à la beauferie de Very bad trip (ici, le voyage à Las Vegas

Continuer à lire

Fair Game

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h46) avec Sean Penn, Naomi Watts…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

Fair Game

Espionne pour la CIA, Valerie Plame a eu le malheur d’être mariée à un diplomate américain, Joe Wilson, qui révéla dans la presse le bidonnage des preuves sur les armes de destruction massive en Irak. Pour allumer un contre-feu, l’Agence lève l’alias de Valerie, ce qui provoque son licenciement et son discrédit. Beau sujet au demeurant : comment au nom d’une raison d’État défaillante, une vie peut être ruinée jusque dans son intimité (c’était aussi celui de "L’Échange" de Clint Eastwood). "Fair game", pourtant, ne tire de cet argument qu’une pénible fiction de gauche hollywoodienne, avec tous les tics du genre : un excès de dramatisation, des grands sentiments en lieu et place d’une véritable réflexion, une mise en scène qui confond efficacité et précipitation. L’ordinaire du cinéma anti-Bush, un peu à la bourre pour le coup, et qu’un film comme "Green zone" avait largement ringardisé. Reste le couple Watts-Penn. OK, ils en font des tonnes ; mais ils donnent de la consistance humaine à ce film schématique, simpliste et dans le fond, anodin.CC

Continuer à lire

Piranha 3D

ECRANS | D’Alexandre Aja (ÉU, 1h28) avec Elizabeth Shue, Adam Scott…

Christophe Chabert | Mercredi 1 septembre 2010

Piranha 3D

Devenu officiellement réalisateur de remakes à Hollywood, Alexandre Aja n’a visiblement plus qu’une solution : s’amuser des commandes opportunistes qu’on lui passe en laissant libre cours à sa cinéphilie gore et déviante. Après le fiasco de "Mirrors", le voilà aux commandes de cette nouvelle version surfant sur la mode 3D d’une série B de Joe Dante, elle-même décalquée sur "Les Dents de la mer". Le résultat, aussi improbable que rigolo, est un grand tour de montagnes russes répondant au programme de son affiche : sea (enfin, un lac…), sex (un tas de bimbos aux mensurations affolantes) and blood (croyez-nous, ça charcle sévère, mais presque toujours dans la bonne humeur). Plus conceptuellement, Aja fait coexister à l’intérieur de ses plans deux types d’images : celles, à peine modernisées, d’un film d’exploitation années 70 (avec un petit côté Grindhouse ; d’ailleurs, voilà Eli Roth qui vient faire coucou) peuplé de clins d’œil (Christopher Lloyd en savant fou) et se déroulant essentiellement à la surface ; sous l’eau, en revanche, ce sont des images numériques déchaînées, prétextes à toutes les extravagances (sommet : un pénis avalé puis recraché par un Piranha !) et à tous les

Continuer à lire

Greenberg

ECRANS | Cinquième film de Noah Baumbach — mais deuxième à sortir en France, cette chronique d’une rencontre entre deux solitaires retrouve le ton adulte et doux-amer du grand cinéma d’auteur américain des années 70. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 avril 2010

Greenberg

Où l’on fait la connaissance de Florence Marr : ni belle, ni moche, plus vraiment jeune mais pas complètement entrée dans l’âge adulte, rêvant de devenir chanteuse mais se contentant pour l’instant de s’occuper de la maison des Greenberg, une famille de bourges de Los Angeles partis en vacances au Vietnam en laissant la baraque au frangin dépressif, Philip. Où l’on fait la connaissance avec Philip : lui aussi voulait faire de la musique, mais il a sabordé son groupe, quitté Los Angeles pour New York et, à quarante ans passés, il vivote comme menuisier en ruminant sa rupture avec la femme de sa vie. D’où séjour à l’hôpital psychiatrique, aigreur envers le monde et phobies en tout genre. Noah Baumbach suit d’abord en alternance ces deux personnages paumés et inadaptés, l’une surjouant la joie de vivre sans arriver à dissimuler sa tristesse, l’autre se complaisant dans la contemplation du temps perdu et la morosité d’une existence qu’il estime avoir bousillée. Puis il les fait se rencontrer, se rater, s’aimer et se haïr, trop loin ou trop proches pour vraiment se comprendre. Sublimes ratés Cette manière de s’intér

Continuer à lire

Harvey Milk

ECRANS | Un Sean Penn irrésistiblement solaire illumine ce biopic en définitive assez convenu, paisible renoncement consensuel d’un Gus Van Sant en petite forme. François Cau

Christophe Chabert | Jeudi 26 février 2009

Harvey Milk

Ce qui frappe le plus dans Harvey Milk… c’est son absence quasi totale de surprise, surtout venant de la part d’un réalisateur célébré pour ses expérimentations narratives déroutantes. Ici, c’est plutôt du côté du metteur en scène de commandes pépères (comme Will Hunting ou À la rencontre de Forrester) qu’il faudra regarder… On démarre par l’annonce tragique de l’assassinat du personnage principal, premier élu ouvertement homosexuel des Etats-Unis. On poursuit avec un procédé narratif lourdement éculé (Milk, redoutant son destin funeste, enregistre son autobiographie – ce qui s’avère très pratique pour commenter ou faire avancer l’intrigue rapidement !). On fait correspondre la petite histoire (les romances d’Harvey) à la grande (le militantisme pour la cause gay). On schématise un rien les motivations du futur assassin, et on n’oublie pas de conclure avec l’habituelle séquence d’archive du “vrai“ héros de l’histoire, cerise sur le gâteau vouée à faire sortir cette foutue larme de l’œil du spectateur réticent, là, au fond, à droite. Gus Van Sant, à mille lieux de ses précédents films, se borne ainsi à suivre une mécanique dramatique qui a fait ses preu

Continuer à lire

Tonnerre sous les tropiques

ECRANS | Des acteurs égocentriques tournent un film de guerre opportuniste, mais la fiction est dépassée par la réalité. Un jeu de massacre satirique et hilarant signé Ben Stiller. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 octobre 2008

Tonnerre sous les tropiques

C’est le genre de folie que s’offre Hollywood de temps en temps. Steven Spielberg et John Mac Tiernan l’avaient fait avec 1941 et Last action hero, et l’avaient payé cher. Beaucoup prédisaient la même chose à Tonnerre sous les tropiques… Non seulement Ben Stiller a sauvé sa peau au box-office mais il va être difficile de faire comme si cette tornade hilarante n’existait pas la prochaine fois qu’on nous refourguera une superproduction débile. Mettre à nu les câbles énormes derrière le cinéma américain pour s’en moquer et moquer, au passage, le pays qui l’abrite : voilà le projet de ce blockbuster parodique. Tonnerre sous les tropiques est l’adaptation d’un livre sur le Viêt Nam retraçant l’expérience de Four-leaves, revenu du merdier avec deux mains en moins. Pour interpréter les membres de son commando, on a réuni un yakayo en perte de vitesse (Stiller), un comique héroïnomane (Jack Black, célèbre grâce à La famille Prout !), un acteur australien adepte de la Méthode (Robert Downey Jr, qui s’est fait dépigmenter la peau pour jouer un sergent noir), une vedette du rap ayant pris comme pseudo Alpa Chino (Brandon Jackson) et un geek pucea

Continuer à lire

Into the wild

ECRANS | Même s'il dilue la force de ses premiers films dans une mise en scène parfois attendue, Sean Penn confirme qu'il est un cinéaste important avec ce road-movie existentiel sur les traces du cinéma américain des 70's. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 janvier 2008

Into the wild

La légère déception ressentie face à Into the wild est facile à expliquer. Depuis qu'il a décidé de passer derrière la caméra, Sean Penn s'est transformé en poète d'une Amérique éternelle qu'il contemple avec un romantisme noir et élégiaque, empruntant parfois les codes du cinéma de genre pour mieux les renverser au profit de la tragédie de ses personnages. Indian runner, Crossing guard et surtout le fabuleux The Pledge plaçait l'homme au milieu d'une nature qui rendait peu à peu dérisoires ses obsessions, ses peurs et ses passions. Into the wild prend les choses dans l'autre sens, ce qui est beaucoup plus attendu : Christopher MacCandless (Emile Hirsch, fantastique, paie de sa personne pour être à la hauteur du personnage) refuse la vie de petit-bourgeois qui lui tend les bras et décide de partir à l'aventure. Entre clochard céleste à la Kerouac et retour à l'état de nature façon Thoreau, il devient Alexander Supertramp, et arpente l'Amérique avec pour destination finale l'Alaska, choisie à cause de son environnement sauvage et hostile. Sean Penn pose donc de nouveau l'opposition nature/culture, mais c'est à nouveau quand il revient

Continuer à lire