Mea culpa

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

«Sur une idée d'Olivier Marchal» nous dit le générique de fin. Tout s'explique ! L'idée en question est en fait un fonds de commerce : un ex-flic traumatisé et au fond du trou va tenter de se racheter en protégeant son fils et en flinguant à tout va du méchant, ici des gangsters serbes dont les motivations sont très sommairement résumées : «les filles et la came».

Justice expéditive, tirage de tronches et gros accès de virilité sont donc au programme, mais là n'est pas le problème de cet actionner à la française. Il y a d'un côté la minceur du scénario — pas grave — et de l'autre sa farandole d'incohérences, que Cavayé tente de noyer sous une pluie de fusillades, poursuites et bastons qui ne justifient jamais la réputation de "bon artisan" appliquée un peu vite au cinéaste.

Rien ne tient debout donc, que ce soit la gestion du temps, de l'espace ou de l'élémentaire réalisme des situations — les flics interviennent une bonne heure après un carnage homérique dans une boîte de nuit, une bagnole va plus vite qu'un TGV… On a tendance à fustiger l'état de la comédie française ; mais entre Besson, Cavayé et Marchal, le polar d'ici n'est pas forcément mieux en point.

Christophe Chabert


Mea Culpa

De Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche...

De Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche...

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.Flics sur Toulon, Simon et Franck fêtent la fin d’une mission … De retour vers chez eux, ils percutent une voiture. Bilan : deux victimes dont un enfant. Franck est indemne. Simon, qui était au volant et alcoolisé, sort grièvement blessé…


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“Titane” de Julia Ducournau : au lit, motors !

Palme d'Or 2021 | Une carrosserie parfaitement lustrée et polie, un moteur qui rugit mais atteint trop vite sa vitesse de croisière pépère… En apparence du même métal que son premier et précédent long-métrage, Grave, le nouveau film de Julia Ducournau semble effrayé d’affronter la rationalité et convoque le fantastique en vain. Dommage.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Titane” de Julia Ducournau : au lit, motors !

Victime enfant d’un accident de voiture dont elle a été la cause, Alexia vit depuis avec une plaque de titane dans le crâne. Devenue danseuse, elle se livre en parallèle des meurtres affolant le sud de la France et “s’accouple” avec une voiture. Pour se faire oublier après une soirée très sanglante, Alexia endosse l’identité d’Adrien, un adolescent disparu depuis dix ans. Son père, un commandant de pompiers détruit, va cependant reconnaître ce “fils” prodigue et l’accueillir… Programmé par la Semaine de Critique en 2016, le sympathique Grave avait instantanément transformé Julia Ducournau, dès son premier long-métrage, en nouvelle figure de la hype cinématographique française. Sans doute les festivaliers, déjà peu coutumiers des œuvres se revendiquant d’un “autre cinéma” louchant vers le fantastico-gore, la série B et les séances de minuit, avaient-il été titillés par le fait que ce film soit signé non pas par l’un des olibrius vaguement inquiétants fréquentant les marches du Palais (Gaspar

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Affaires de famille : "Mon Cousin" de Jan Kounen

Comédie | Le retour de Jan Kounen, avec une comédie. Et Vincent Lindon.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Affaires de famille :

Hasard des dé/re/programmations, ce nouveau Jan Kounen va voisiner sur les écrans avec les films de Gaspar Noé et d'Albert Dupontel, auteurs avec qui le réalisateur partage une fugace figuration parmi les pensionnaires d’un hôpital psychiatrique dans Mon Cousin. Cette camaraderie rappellera à ceux qui pensent trouver ici un “simple“ buddy movie qu’ils pourraient bien en être. Certes, il s’agit bien d’une comédie de caractères reposant sur la réconciliation entre un milliardaire aigri et un exalté cyclothymique sur fond d’héritage, cousue sur mesure pour Lindon (d’ailleurs crédité au scénario) et Damiens. Mais au-delà de la farce et de la critique, il y a une interprétation à la Piccoli chez Sautet pour le premier, et une totale projection des valeurs new age de Kounen dans le personnage du second. Ajoutez l’habituelle mise en scène virtuose de l’auteur de Dobermann et vous aurez une fable oscillant entre burlesque et mélancolie, anticipant avec une redoutable acuité le besoin de nature, d’espace et de contacts humain des urbains post-confinement.

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Encore un peu plus à l’ouest : "Nous finirons ensemble"

Comédie dramatique | De Guillaume Canet (Fr, 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Encore un peu plus à l’ouest :

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe “d’amis“ aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certains et certaines de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants — ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique — ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs “blessures“, conséquences de leur égoïsme et de leur arrogance aveugle. Des liens profonds unissant Canet

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Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Dernier Amour | Passionné comme toujours et comme toujours passionnant, Vincent Lindon évoque sa nouvelle collaboration avec l’un de ses metteurs en scène fétiche. De l’approche d’un rôle historique et de la philosophie de l’interprétation des personnages…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Comment avez-vous convaincu Benoît Jacquot, avec qui vous avez une longue complicité, de vous confier ce rôle de Casanova ? Vincent Lindon : Au départ, je venais le chercher pour déjeuner, il était dans son bureau et il parlait de son prochain film avec ses producteurs. Il m’a annoncé : « je vais faire Casanova ». Et j’ai aussitôt répondu : « Non, c’est moi qui vais faire Casanova. — Non, il a 26 ans, c’est l’histoire d’un jeune Casanova avec une dame plus âgée. — Ben, c’est plus ça. Il y a bien un moment où il est vieux ? — Tu plaisantes ? — Non, non, je suis très sérieux. — Fais attention, Vincent : si je te prends au mot, tu vas être bien embêté — Pas du tout : prends-moi au mot ! — Il y a bien un épisode avec la Charpillon… » Et ils ont bifurqué sur cette histoire. Qu’est-ce qui vous a séduit à ce point dans ce personnage ? Casanova, quand même ! Il n’y a pas beaucoup de personnages de cette dimension. J’ai fait Rodin, le professeur Charcot. Si demain on me demande de jouer Enzo Ferrari je vais

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Plaire, aimer, éconduire vite : "Dernier Amour", avec Vincent Lindon

Drame | De Benoît Jacquot (Fr, 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Plaire, aimer, éconduire vite :

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil ; un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tout lieux précédait et qui, de surcroît taquina la muse pour composer en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors normes sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effiloche

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Fisc de zup ! : "Jusqu'ici tout va bien"

Comédie | De Mohamed Hamidi (Fr, 1h30) avec Gilles Lellouche, Malik Bentalha, Sabrina Ouazani…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Fisc de zup ! :

Fred Bartel a jadis faussement domicilié son entreprise de com’ en zone franche pour éviter taxes et impôts. Le fisc l’ayant rattrapé, il doit soit s’acquitter d’une lourde amende, soit déménager sa boîte à La Courneuve. Ce qu’il fait avec ses salariés. À chacun de s’acclimater… Vingt-cinq ans après La Haine, au prologue duquel il fait explicitement référence par son titre, ce nouveau “film sur la banlieue“ laisse pantois. Car s’il prétend raconter le bilan “globalement positif“ d’une implantation dans des « territoires perdus de la République » et une osmose réussie entre bobo de souche et jeunes-des-cités, Jusqu’ici tout va bien ne franchit pas tout à fait le Périph’ : son esprit reste ailleurs, dans les quartiers dorés. Et son angélisme de façade, irréel, est bien incapable de réduire la moindre fracture. En alignant plus de clichés qu’une planche-contact, Mohamed Hamidi les dénonce moins qu’il ne les perpétue. Trop lisse — sans doute pour cadrer avec la promesse d’une comédie — le film s’encombre de

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Une aussi longue attente : "Pupille"

Drame | de Jeanne Herry (Fr, 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Une aussi longue attente :

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par toute une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heu

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J’ai piscine : "Le Grand Bain"

Comédie | de Gilles Lellouche (Fr., 2h02) avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

J’ai piscine :

Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée masculine. Entraînés par deux ex championnes azimutées, les gars vont se révéler aux autres et à eux-mêmes… Gilles Lellouche réalisateur, ce n’est pas une nouveauté : co-auteur de courts ainsi que d’un long avec son ancien complice Tristan Aurouet (Narco, 2004), il avait aussi participé à la trop inégale (dé)pantalonnade Les Infidèles (2012) avec un autre de ses potes, Jean Dujardin. En revanche, c’est la première fois qu’il se retrouve en solo derrière la caméra pour un long. Si son fidèle Guillaume Canet figure au générique, il n’en est pas le centre de gravité : Le Grand Bain est une authentique histoire sur le groupe et la force de l’union. Pas d’un club de quadra friqués pérorant en buvant des huîtres ; plutôt une collection de paumés de la classe jadis mo

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Drame de cœur à vous l’honneur : "Le Jeu"

Phone Game | de Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Stéphane De Groodt…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Drame de cœur à vous l’honneur :

Une soirée comme Vincent et Marie en organisent souvent : autour d’un bon repas entre amis. Sauf que cette fois-ci, l’idée émerge que tous les messages parvenant sur les smartphones durant le dîner soient partagés à haute et intelligible voix. Un jeu bien anodin aux effets dévastateurs… Connu du grand public grâce à des polars à force interchangeables car redondants, Fred Cavayé s’était récemment aventuré dans la comédie (Radin) ; on n’imaginait pas que tout cela le préparait à signer avec Le Jeu son meilleur thriller, une étude de mœurs aussi acide que rythmée dissimulée sous des oripeaux d’un vaudeville à la Bruel et Danièle Thompson. Remake d’un film italien à succès, Perfetti sconosciuti (jusqu’à présent inédit dans nos salles, également adapté par Alex de la Iglesia), cette fausse comédie chorale bifurque rapidement sur une voie dramatique perturbante, révélant comme dans Carnage les visages de chacune et chacun lorsque se fissurent les masques des convenances so

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"L'Amour est une fête" : et le film, une défaite

Cul-cul | de Cédric Anger (Fr, 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent de Boogie Night à la française. Narrant l’infiltration de deux flics dans l’univers des peep-shows et du X des années 1980 parisiens, ce pensum n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coup de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O. de Grégoire Hetzel, et la mélancolie mélodique de ses part

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La Loi n’a pas dû marcher : "En guerre"

On ne Loach rien ! | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Brecht en préambule, et dans la foulée de La Loi du marché, Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

La Loi n’a pas dû marcher :

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est sensé ignorer La Loi du marché (2015), pénultième réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le vulgum pecus à crever de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement, révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité.

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Rōnins canins : "L’Île aux Chiens"

Le Film de la Semaine | Wes Anderson renoue avec le stop motion pour une fable extrême-orientale contemporaine de son cru, où il se diversifie en intégrant de nouveaux référentiels, sans renoncer à son originalité stylistique ni à sa singularité visuelle. Ces Chiens eussent mérité plus qu’un Ours argenté à Berlin.

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Rōnins canins :

Sale temps pour les cabots de Megasaki ! Prétextant une épidémie de grippe canine, le maire décide de bannir tous les toutous et de les parquer sur une île dépotoir. Atari, 12 ans, refuse d'être séparé de son Spots adoré. Il vole un avion pour rallier l’Île aux Chiens. Ce qu’il y découvrira dépasse l’entendement… Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être identifiables au premier coup d’œil, qu’ils aient signé un film d’animation ou en prises de vues réelles. Tel est pourtant le cas de Wes Anderson, dont le cosmos se trouve, à l’instar d’une figure fractale, tout entier contenu dans la moindre de ses images. Martelée par trois tambourineurs asiates dans une pénombre solennelle, l’ouverture de L’Île aux Chiens est ainsi, par sa “grandiloquente sobriété”, un minimaliste morceau de bravoure andersonien en même temps qu’une mise en condition du public. Au son mat des percussions, celui-ci entame sa plongée dans un Japon alternatif nuke-punk, synthèse probable entre le bidonville de Dodes'kaden ! et le sur-futurisme c

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Xavier Giannoli : ”Un appel vers le mystère“

L'Apparition | Après Marguerite, Xavier Giannoli revient avec L’Apparition. Vincent Lindon y campe un journaliste envoyé par le Vatican dans les Alpes, où une jeune fille affirme avoir eu une apparition de la Vierge. L’enquête est ouverte… Propos recueillis par Vincent Raymond & Aliénor Vinçotte

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Xavier Giannoli : ”Un appel vers le mystère“

Qu’est-ce qui vous a mené sur ce chemin de la foi ? Xavier Giannoli : Je ne crois pas que L’Apparition soit un film sur le chemin de la foi. J’ai lu un fait divers où il était question d’une enquête canonique — c’est-à-dire une enquête diligentée par un évêque pour essayer de faire la lumière sur un fait surnaturel, “apparitionnaire”. J’ai tout de suite compris que c’était un sujet de film, de cinéma très romanesque et très intéressant. J’ai été baptisé, j’ai reçu une éducation chrétienne, mais je ne suis pas pratiquant et je pense comme tout le monde que cette question du religieux, de la foi, de l’existence ou de l’absence de Dieu est une question essentielle de nos vies. J’avais l’intuition que l’enquête était une proposition cinématographiquement forte et originale. Si ce n’est pas un film sur la foi, alors qu’en est-il ? C’est un film sur le doute. Des films sur la foi, j’en ai vu. Là, ce qui m’intéressait, c’est d’avoir le point de vue d’un sceptique sur un mystère. J’ai donc une approche documentaire, argumentée et étayée par une lon

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En présence d’un doute : "L'Apparition"

Mystère mystérieux | de Xavier Giannoli (Fr, 2h21) avec Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

En présence d’un doute :

Encore blessé et traumatisé par la mort d’un confrère sur le terrain, un reporter de guerre accepte de sortir de sa prostration quand un évêque du Vatican lui demande de participer à une enquête canonique : une jeune fille prétend que la Vierge lui est apparue, mais rien n’est moins sûr… Xavier Giannoli traite ici, comme dans nombre de ses réalisations précédentes — ses courts-métrages y compris —, d’une fascination pour une forme d’aura inexplicable ; la grâce mystique prenant dans L’Apparition le relai de la notoriété (Superstar), du charisme (Quand j’étais chanteur) ou du (non-)talent artistique (Marguerite). À cette note fondamentale, il ajoute un autre thème récurrent et souvent complémentaire : la dissimulation et l’usurpation de qualité. Pour les figures centrales de ses fi

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Y a comme une noce… : "Le Sens de la fête" de Éric Toledano & Olivier Nakache

ECRANS | de Éric Toledano & Olivier Nakache (Fr, 1h57) avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Y a comme une noce… :

Depuis trente ans, Max, traiteur exemplaire, organise des mariages. Mais ce soir, il arrive au bout du rouleau : ses vies personnelle et professionnelle semblent s’être concertées pour se déliter au cœur d’une noce compliquée. Pourtant, Max fait comme d’habitude : il gère… Cette comédie douce-amère est taillée sur mesure pour (et un peu par) Jean-Pierre Bacri, idéal en chef-d’orchestre désabusé d’un cortège de bras-cassés, de parasites et d’imprévus. Le droopyssime comédien a en effet mis la main à la pièce montée scénaristique, permettant de judicieuses relances quand le soufflé tend à retomber. On ne fera pas grief à la paire Nakache & Toledano de quelques baisses de régime : il y a tant de “vrais” personnages en jeu — pas des silhouettes — que leur donner de la substance à chacun tient du casse-museau. Essuyant bien des tempêtes, ce mariage-paquebot gouverné par le capitaine Max (seul maître à bord après les réalisateurs) rassem

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Sortie de piste pour Pixar : "Cars 3" de Brian Fee

Animation | de Brian Fee (É-U, 1h49) animation avec les voix (v.f.) de Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Nicolas Duvauchelle…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Sortie de piste pour Pixar :

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue sa génération aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez — une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse — en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa

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"Rodin" : mâle de pierre

Le Film de la Semaine | Pour commémorer le centenaire de sa disparition, Jacques Doillon statufie Auguste Rodin dans ses œuvres. L’incandescence contenue de Vincent Lindon et le feu d’Izïa Higelin tempèrent heureusement une mise en scène par trop classique. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

De 1880 à l’aube du XXe siècle, quelques particules de la vie d’Auguste Rodin : sa notoriété naissante, la passion fusionnelle vécue avec son élève et muse Camille Claudel, sa gloire parmi ses pairs émaillée de scandales artistiques, son caractère d’ursidé… Malgré son titre lapidaire et globalisant, ce Rodin ne prétend pas reconstituer l’entièreté de l’existence du sculpteur sous des tombereaux de détails mimétiques. Aux antipodes de ces émollientes hagiographies du type Cézanne et moi, Doillon opte en effet pour une approche impressionniste, en pierre brute, évoquant la démarche de Pialat dans Van Gogh — le temps et l’obstination rapprochent par ailleurs les deux plasticiens, aux fortunes pourtant diamétralement opposées. Buriné Malgré cela, Doillon ne parvient pas à se défaire d’une forme de pesanteur académique et conformiste. Cinéaste du heurt, de la parole torrentielle, d’une vie surgissante et spontanée, il se tr

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"Sous le même toit" : objectif nul

ECRANS | de Dominique Farrugia (Fr, 1h33) avec Gilles Lellouche, Louise Bourgoin, Manu Payet…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Delphine et Yvan divorcent. Fauché, ce dernier revendique les 20% de la demeure familiale qu’il possède, et les occupe, histoire d’avoir en permanence un œil sur son ex. Ce sont leurs enfants, ignorés, qui en auront assez de cette scabreuse situation. Difficile de rire avec, de ou grâce à ce personnage immature exerçant un chantage afin de maintenir son emprise sur la vie privée de son ancienne épouse : ce type de possessivité pathologique et de perversité narcissique aurait davantage sa place dans un thriller. Difficile également de ne pas être écœuré par la vulgarité diffuse dégagée par cet étalage de fric, de jalousie mesquine, de testostérone satisfaite et de machisme graveleux. Et si à la toute fin, Farrugia tente de donner du sens à son (involontairement) dramatique comédie en abordant le sujet du harcèlement scolaire, c’est peu dire que le sujet tombe comme un cheveu sur la soupe. Bien que raté, L’Économie du couple (construit sur une trame immobilière proche), avait au moins le bon goût de ne pas sombrer dans un pareil pathétique.

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"Rock’n’roll" : ego trip

ECRANS | Quand Guillaume Canet comprend qu’il fait figure, pour la nouvelle génération, de mec installé et pépère dans sa vie de famille comme dans son métier, le (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Quand Guillaume Canet comprend qu’il fait figure, pour la nouvelle génération, de mec installé et pépère dans sa vie de famille comme dans son métier, le quadra pète un câble et veut (se) prouver qu’il possède encore au fond de lui une étincelle rebelle. Mais l’a-t-il jamais eue ? Naviguant, à l’instar du Grosse Fatigue (1993) de Michel Blanc, dans la sphère privée voire l’intimité des stars, cette auto-fiction cathartique permet à Canet de (presque) assouvir tous ses fantasmes sans (réellement) basculer dans la transgression : c’est son image — c’est-à-dire son “moi ” médiatique — qui prend les coups qu’il s’assène lui-même. Sous l’œil complice de nombreux guests, l’acteur-réalisateur s’inflige un catalogue d’auto-punitions gros comme un dico — éprouverait-il un besoin inconscient et masochiste d’expier ? — avant de trouver un second souffle dans une seconde partie inattendue, nettement plus délirante. À mille lieues de toute subversion, Rock’n’roll souffre surtout d’un manque de décision dans la coupe et le montage, qui le plombe d’une grosse vingtaine de minutes.

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Les Chevaliers blancs

ECRANS | S’inspirant de l’affaire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse confie à un Vincent Lindon vibrant un rôle d’humanitaire exalté prêt à tout pour exfiltrer des orphelins africains. L’année 2016 pourrait bien être aussi faste que la précédente pour le comédien récompensé à Cannes avec "La Loi du marché".

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Les Chevaliers blancs

Qu’il situe ses histoires dans le cadre intime d’une famille en train de se disloquer (Nue Propriété, À perdre la raison) ou, comme ici, au sein d’un groupe gagné par le doute et miné par les tensions, Joachim Lafosse suit film après film des shémas psychologiques comparables : il décrit des relations excessives, où un dominateur abusif exerce une subjugation dévastatrice sur son entourage. Cette figure charismatique n’est pas toujours ab initio animée d’intentions malveillantes : le personnage que joue Lindon dans Les Chevaliers blancs est mu par une mission humanitaire qu’il considère comme supérieure à toute autre considération, toute contingence, y compris la sécurité des membres de son équipe. La poursuite orgueilleuse de son idéal va le faire glisser dans une spirale perverse. Hors de tout manichéisme, Lafosse ne réduit pas ce mentor déviant aux seuls effets de sa malignité : sans chercher à l’exonérer, il le montre dévoré par de sincères souffrances ; pareil au Drogo du Désert des Tartares, écrasé par la chaleur, l’attente, l’impatience — plus éprouvé et manipulé en s

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La Loi du marché

ECRANS | Comment un chômeur de longue durée se retrouve vigile et fait l’expérience d’une nouvelle forme d’aliénation par le travail : un pamphlet de Stéphane Brizé, radical dans son dispositif comme dans son propos, avec un fabuleux Vincent Lindon. Critique et propos du cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

La Loi du marché

Thierry, 51 ans, 20 mois de chômage derrière lui, constate avec calme l’aporie sociale dans laquelle il se trouve : d’abord face à un conseiller Pôle Emploi qui a bien du mal à lui donner le change, puis à la table d’un café où ses anciens collègues syndiqués tentent de lui expliquer qu’il faut attaquer le mal à la racine. Et la racine, c’est la malhonnêteté et l’avarice du patron qui les a licenciés. Mais Thierry n’en démord pas : il veut seulement du travail pour sortir de cette foutue précarité dans laquelle il se trouve, cesser d’épousseter les meubles et faire vivre sa famille — dont un fils handicapé. Alors, de guerre lasse, il accepte un emploi de vigile dans un centre commercial, où on l’initie à la surveillance des clients, mais aussi des autres employés. L’itinéraire de Thierry a tout de la fiction édifiante, proche sur le papier de ceux accomplis par les personnages des frères Dardenne. Mais Stéphane Brizé a sa propre manière de filmer conflits moraux et injustices sociales liés au monde du travail. Celle-ci repose, comme c’était déjà le cas dans son très beau film précédent,

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Journal d’une femme de chambre

ECRANS | Même si elle traduit un certain regain de forme de la part de Benoît Jacquot, cette nouvelle version du roman d’Octave Mirbeau a du mal à tenir ses promesses initiales, à l’inverse d’une Léa Seydoux épatante de bout en bout. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Journal d’une femme de chambre

Après Jean Renoir et Luis Buñuel, Benoît Jacquot tente donc une nouvelle adaptation du livre d’Octave Mirbeau avec Léa Seydoux dans le rôle de Célestine, bonne à tout faire envoyée de Paris vers la Province pour servir les bourgeois Lanlaire. Co-écrit avec la jeune Hélène Zimmer — réalisatrice d’un premier long, À 14 ans, sorti le mois dernier en salles — ce Journal d’une femme de chambre a l’ambition de revenir au roman initial en en sélectionnant les épisodes plutôt qu’en l’actualisant. Pendant trente minutes, le film s’inscrit dans la droite ligne des Adieux à la Reine : la caméra et les comédiens prennent de vitesse la reconstitution historique, tandis que Jacquot, au diapason de son héroïne, pointe avec sarcasme les rapports de pouvoir et ce qui va avec — abus de pouvoir et droit de cuissage. C’est ce qui séduit le plus dans cette ouverture, sans doute ce que Jacquot a filmé de plus brillant depuis des lustres : comment, en replongeant dans la France du début du XXe siècle, il offre un commentaire très pertinent sur la nôt

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L’Enquête

ECRANS | De Vincent Garenq (Fr, 1h46) avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

L’Enquête

C’était un défi : raconter le calvaire de Denis Robert, aux prises avec l’affaire Clearstream pendant près de dix ans en une fiction (très) documentée de 106 minutes. D’autant plus que L’Enquête vient après une série de films français tirés de faits réels tous plus inopérants les uns que les autres, incapables de transcender leur matériau de départ ou de contourner les clichés du genre. Vincent Garenq, peut-être parce qu’il avait déjà essuyé les plâtres avec le pas terrible Présumé coupable d’après l’affaire d’Outreau, s’en sort avec les honneurs : son film est prenant, rapide, habilement construit et cherche en permanence à donner de l’ampleur cinématographique à son sujet. Il n’y parvient pas toujours, les scories du polar hexagonal sont bien là — les flics sont raides comme des flics, les avocats parlent comme des avocats — et on reste loin d’un Sidney Lumet. Mais L’Enquête a pour lui son désir de ne rien cacher, ni les noms des protagonistes, ni leurs renoncements, ni leurs énigmes. De Libération à De Villepin en passant par

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100% Cachemire

ECRANS | De et avec Valérie Lemercier (Fr, 1h38) avec Gilles Lellouche, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Vendredi 6 décembre 2013

100% Cachemire

Un drôle de désir semble avoir guidé Valérie Lemercier pour son quatrième film en tant qu’actrice-réalisatrice… S’approprier un fait divers glauque où une mère adoptive décide de rendre son fils après quelques mois "d’essai" ; faire le portrait acide d’une bourgeoisie étranglée entre bonne et mauvaise conscience ; mais aussi s’écrire un personnage détestable dont la caméra, toutefois, ne se détache jamais, exercice narcissique très curieux et, à l’image du film tout entier, plutôt déplaisant. Car si Lemercier a un vrai talent pour écrire des dialogues de comédie qui claquent, et si elle sait les mettre dans la bouche de comédiens ravis de s’amuser avec cette musique virtuose, le scénario de 100% Cachemire n’a pas de centre, sinon une misanthropie qui s’exerce aveuglément sur les riches et les pauvres, les premiers très cons, les seconds très cons et très moches. Il y avait pourtant une idée magnifique, hélas laissée en jachère : cet enfant russe muet et impavide, mur indéchiffrable sur lequel les émotions des adultes alentour ricochent ou se fracassent. Mais la mise en scène semble fuir ce trou noir émotionnel, préférant se réfugier dans la peinture sarc

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Gibraltar

ECRANS | De Julien Leclercq (Fr, 1h53) avec Gilles Lellouche, Tahar Rahim, Riccardo Scamarcio…

Christophe Chabert | Jeudi 5 septembre 2013

Gibraltar

Avec à son passif un film de SF épouvantable (Chrysalis) et un tract de propagande pour le GIGN (L’Assaut), il y avait de quoi redouter le troisième long-métrage de Julien Leclercq. D’autant plus qu’il s’est associé avec Abdel Raouf Dafri, scénariste surcoté de Mesrine et de la saison 2 de Braquo. La (relativement) bonne surprise de Gibraltar, c’est que tous deux optent pour un traitement sobre et rigoureux de leur sujet : la descente aux enfers d’un patron de bar criblé de dettes qui accepte de jouer les indics pour les douanes françaises sur le rocher de Gibraltar, plaque tournante du trafic de drogue. Pas d’"enculé" à toutes les répliques, ni de découpage frénétique de l’action, mais un film-dossier qui tente de raconter simplement cette histoire vraie et de dénoncer au passage l’hypocrisie et la lâcheté du pouvoir. On se croirait face à un vieil Yve

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Les Salauds

ECRANS | De Claire Denis (Fr, 1h40) avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Les Salauds

J’ai pas sommeil, Trouble every day, Les Salauds : trois films qui, dans l’œuvre de Claire Denis, forment une sorte de trilogie de l’horreur, où elle fouille les désirs monstrueux pour en sortir des récits en forme de cauchemars éveillés. On peut aussi y voir l’asymptote d’une carrière, du vouloir-dire omniprésent (J’ai pas sommeil) à un plus rien à dire franchement gênant (Les Salauds), avec au milieu un point d’équilibre fragile (Trouble every day, son meilleur film). Les Salauds donc, est une sorte de magma filmique incohérent, que ce soit dans l’enchaînement des séquences ou celui des plans, où Denis s’enfonce dans le ridicule à mesure qu’elle s’approche de l’immontrable. Grotesque, ce plan récurrent de Lola Creton avançant nue sur une route le vagin ensanglanté ; ridicules, ces scènes de cul entre Lindon et Mastroianni ; risible, ce porno final qui semble répondre à ceux que projetait Lynch dans Lost highway. Tout cela paraît assemblé à l’arrache sur un banc de montage, comme un work in progress dénué de sens, masquant à grand pe

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Thérèse Desqueyroux

ECRANS | Avec cette adaptation de François Mauriac, Claude Miller met un très beau point final à son œuvre : réquisitoire contre une bourgeoisie égoïste, cruelle et intolérante, le film fait vaciller son rigoureux classicisme par une charge de sensualité et d’ambiguïté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 novembre 2012

Thérèse Desqueyroux

Quatre gouttes d’arsenic dans un verre d’eau. C’est le rituel quotidien qu’effectue Bernard Desqueyroux, riche bourgeois girondin un peu hypocondriaque, pour calmer ce qu’il pense être des alertes cardiaques. Pour sa femme Thérèse (Audrey Tautou, dans un grand rôle à sa mesure), avec qui il s’est uni par intérêt, ce rituel est comme le reflet d’un ordre qui l’étouffe. Un jour, elle décide de le fausser et son geste va tout faire vaciller. À commencer par la mise en scène de Claude Miller : jusqu’ici, il racontait avec un classicisme élégant l’histoire de Thérèse Desqueyroux, préférant la chronologie aux flashbacks du roman de Mauriac. Le trouble venait d’ailleurs : de cette ouverture pleine de sensualité où deux jeunes adolescentes se livraient à des jeux aux relents érotiques, baignées dans la lumière dorée de l’été aquitain ; de ce voilier qui passe au loin et dont le propriétaire, Jean Azevedo, n’est qu’un «juif» pour Bernard Desqueyroux ; dudit Azevedo qui séduit la sœur de Bernard, passion fougueuse qui ébranle un temps la discipline bourgeoise de la famille. C’est d’ailleurs lors d’une lune de miel pétrifiée dans l’ennui de Baden Baden que Miller

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Augustine

ECRANS | D'Alice Winocour (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Soko, Chiara Mastroianni…

Jerôme Dittmar | Mercredi 31 octobre 2012

Augustine

Si les images de Charcot n'ont cessé d'irriguer le cinéma (de Furie à A.I en passant par Carrie), rarement l'histoire du docteur et sa patiente star, Augustine, n'a fait l'objet d'un film. À Alice Winocour de compenser cette absence avec un premier long aussi ambitieux que petit à l'arrivée. La faute à une approche trop polie, presque scolaire, qui ouvre autant de pistes théoriques qu'elle enferme la mise en scène dans un carcan appliqué et limité. Tout est finalement si réfléchi, dans cette histoire sur les mystères de la sexualité féminine, qu'aucune ambiguité n'émerge. Là où devraient exister des personnages ébranlés par leurs désirs, fascinés par une attirance réciproque dans un monde aux portes de la psychanalyse et du spectacle permanent, surnagent deux acteurs filmés par une caméra proche de l'académisme télévisuel. Pas facile aussi d'être bouleversé par la semi-lourdeur de Soko dans le rôle d'Augustine. L'actrice, jamais troublante, plombant limite le film à elle seule. Jérôme Dittmar  

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Quelques heures de printemps

ECRANS | Un fils sort de prison et renoue des rapports électriques avec sa mère malade. Avec ce film poignant emmené par une mise en scène sans psychologie ni pathos et deux comédiens incroyables, Stéphane Brizé s’affirme comme un grand cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Quelques heures de printemps

C’est un malentendu qui persiste et qui s’agrandit : un fils, Alain, et sa mère, Yvette, deux échoués de la classe moyenne dans une banlieue pavillonnaire en Bourgogne. Lui vient de purger un an et demi de prison pour une connerie qui lui a coûté cher, elle souffre d’une tumeur au cerveau dont l’avancée inéluctable la pousse à envisager un suicide assisté en Suisse. Les voilà à nouveau sous le même toit, mais les épreuves ne les rapprochent pas ; au contraire, le fossé du ressentiment qui a toujours existé entre eux se creuse encore. Un ressentiment qui est surtout affaire de non-dits. Dans Mademoiselle Chambon, Stéphane Brizé mettait en scène des silences qui en disaient long sur le désir et le sentiment amoureux ; avec Quelques heures de printemps, le silence se fait douloureux, blessant, cruel. Commencé à la manière d’Un mauvais fils de Sautet, le film bifurque peu à peu vers un territoire qui lui est propre, où le cinéaste observe la dernière tentative de communication entre Alain et Yvette avec un vérisme constant (de l’accent des p

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Les Infidèles

ECRANS | De Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot, Éric Lartigau, Alexandre Courtès, Fred Cavayé (Fr, 1h48) avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Dimanche 26 février 2012

Les Infidèles

Film à sketches dans la tradition des comédies italiennes (Les Monstres, surtout), Les Infidèles s’apprécie en dehors de ce qui en forme la colonne vertébrale : son prologue et son épilogue, qui labourent un humour beauf dont on ne sait trop si Dujardin et Lellouche se moquent ou s’ils le célèbrent. Sans parler des saynètes trash signées Alexandre Courtès, pas très drôles et surtout prétexte à inviter les copains (Canet, Payet…). C’est bel et bien quand de vrais cinéastes s’emparent de certains épisodes que le film s’avère étonnant (et franchement grinçant, dans la lignée du Houllebecq des débuts). Michel Hazanavicius dans La Conscience réussit le segment le plus étrange et dépressif, remarquablement mis en scène avec un Dujardin que le réalisateur utilise comme un stradivarius, développant un comique de l’embarras proche des OSS 117. Emmanuelle Bercot s’offre son Eyes wide shut avec le même Dujardin et sa compagne Alexandra Lamy, un peu appuyé mais là enc

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Les Lyonnais

ECRANS | D’Olivier Marchal (Fr, 1h40) avec Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Daniel Duval…

Dorotée Aznar | Mercredi 16 novembre 2011

Les Lyonnais

À l’origine, Olivier Marchal voulait retracer l’histoire du gang des Lyonnais, célèbres braqueurs des années 70, sur deux époques, à travers une fresque cinématographique dont le premier montage dépassait les deux heures quarante. Que s’est-il passé pour qu’à l’arrivée il accouche d’un fantôme de film centré sur la part la moins pertinente de son récit, celle, contemporaine, où Edmond Vidal reprend du service pour sortir de taule son ancien complice Serge Sutel ? Le rythme de ces Lyonnais pose assez vite question : tout est expédié, les enjeux sont flous, les personnages mal dessinés, les séquences (à l’exception d’une évasion assez spectaculaire) réduites à des clips esthétisants (la musique, éternel péché du cinéma de Marchal, insupporte par son omniprésence). N’assumant rien, ni la mélancolie de ces truands vieillissants (on est loin de Touchez pas au Grisbi), ni la fougue rock’n’roll de leurs alter-ego juvéniles, Marchal commet de plus une erreur fatale : privilégier à la sobre prestation de Karyo celle, grandiloquente de virilité constipée, d’un Lanvin en phase de «delonisation» (plus un film où il ne dit pas à un moment qu’il a «des couilles»). Plus ennuyeux qu’énervant, L

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Toutes nos envies

ECRANS | De Philippe Lioret (Fr, 2h) avec Marie Gillain, Vincent Lindon…

Dorotée Aznar | Mercredi 2 novembre 2011

Toutes nos envies

«Librement inspiré du roman d’Emmanuel Carrère», dit le générique. C’est un euphémisme. De D’autres vies que la mienne, Philippe Lioret n’a retenu que le squelette : le dernier combat d’une juge atteinte d’une maladie incurable contre les sociétés de crédit provoquant sciemment le surendettement de leurs clients. Tout le reste n’est qu’un remake de son précédent Welcome. Le plus frappant, c’est l’absence d’urgence dans la narration : plus occupé à mettre en scène les silences que l’action, Lioret en oublie que son sujet repose sur un double contre-la-montre. Seul le mélodrame l’intéresse ; même quand il invente une mère de famille surendettée, c’est pour la dépeindre comme une femme exemplaire (on n’est pas chez les Dardenne) et en faire une future maman de substitution à la juge condamnée. On ne s’intéresserait aux problèmes des autres que quand ils finissent par s’inviter dans notre quotidien… Chez Carrère, la chose était bien plus métaphysique ! Même le trouble amoureux qui devrait naître entre Gillain et Lindon ne donne lieu qu’à de pauvres rebondissements vite évacués par la pudibonderie du récit. Tout ici est aseptisé, plat, surtout le jeu des ac

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Pater

ECRANS | Alain Cavalier, président de la République, nomme Vincent Lindon Premier ministre, tâche qu’il prend très au sérieux, au point de se lancer dans la course à l’investiture contre son mentor. Ce n’est que du cinéma, bien sûr, mais à ce point d’intelligence ludique, le cinéma est bien plus que la réalité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

Pater

Il était une fois un cinéaste qui avait un acteur pour ami, et qui voulait faire un film avec lui. Précision importante : ce cinéaste, qui s’appelle Alain Cavalier, se méfie depuis vingt ans des acteurs professionnels et de la machinerie qu’implique un tournage de fiction, préférant filmer seul avec sa petite caméra des instants de réalité qu’il transforme par son regard singulier en spectacle cinématographique. Autre précision : l’acteur-ami, c’est Vincent Lindon, sans doute le comédien le plus passionnant du cinéma français, celui qui n’est jamais là où on l’attend, traversant tous les territoires avec un mélange de curiosité et d’intégrité. La rencontre entre ces deux figures rétives à la classification paraît tomber sous le sens, mais de quel film pouvait-elle accoucher ? Pater est d’abord l’histoire de ce tâtonnement : Cavalier retrouve Lindon dans un hôtel, ils discutent sans but précis, notamment de l’emploi du temps de Lindon (il tourne simultanément La Permission de minuit). Et puis, par un coup de force que Cavalier rend immédiatement naturel, les voilà de chaque côté d’une table : Alain Cavalier est président de la République, et il nomme Vincent Lin

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Ma part du gâteau

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h45) avec Karin Viard, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

Ma part du gâteau

D’un côté, un trader irresponsable, mauvais père et vrai goujat (Lellouche, plutôt bien) ; de l’autre, une ouvrière du Nord licenciée de son usine, qui se fait embaucher comme femme à tout faire chez ce même trader (Karin Viard, méritante vu ce qu’on lui demande de faire). De cet argument pioché dans l’actualité, Cédric Klapisch tire une comédie pamphlétaire, ce qui résume assez bien l’impasse dans laquelle il s’engouffre. Imaginez Stéphane Hessel ayant glissé des blagues Carambar dans son "Indignez-vous", et vous aurez une idée de ce qu’est "Ma Part du gâteau". Non seulement la comédie est lourde (Karin Viard avec l’accent russe, Karin Viard parle anglais avec les maîtres du Dow Jones, arf !), mais elle annule toute la colère que le cinéaste voulait exprimer face à son sujet. Lors de l’escapade vénitienne de Lellouche avec la mannequin ou pendant les adieux de Karin Viard à son ancien mari, le film ébauche ce qu’il aurait pu être : un conte amer, sérieux et cruel. Mais non, ce sont les vieux fantasmes sociologiques et les réflexes sarcastiques de Klapisch qui l’emportent, conduisant vers une dernière séquence qui pose un gros problème, soudain appel à l’insurrection lancé par u

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La Permission de minuit

ECRANS | De Delphine Gleize (Fr, 1h50) avec Vincent Lindon, Quentin Challal, Emmanuelle Devos…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

La Permission de minuit

La Permission de minuit permet à Delphine Gleize de sublimer le thème qui parcourait ses courts et ses longs-métrages : la question de la normalité face au pathologique. À travers l’amitié entre un médecin quinquagénaire et un adolescent atteint d’une maladie génétique rare lui interdisant de s’exposer à la lumière, la cinéaste aborde la question avec la bonne distance. La maladie et le cérémonial qui l’entoure (des combinaisons futuristes, une maison aux vitres teintées…) introduisent une étrangeté presque fantastique dans le récit. Les rapports entre David et Romain, très crus et loin du sérieux de la relation médecin patient, sont un autre contre-pied au mélodrame attendu. Le choix de Vincent Lindon, acteur intense et intègre, est pour beaucoup dans ce naturel bienvenu. Dommage que Gleize soit meilleur cinéaste que scénariste : le deuxième acte perd du temps avec le personnage-fonction d’Emmanuelle Devos, et le film n’arrive pas à se choisir une fin. Il faut dire qu’il trouve son point d’orgue bien plus tôt, dans une très belle et très gonflée scène d’amour entre deux ados où Gleize ne détourne pas plus le regard de la nudité qu’elle ne le faisait de la maladie. CC

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À bout portant

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h25) avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

À bout portant

La deuxième réalisation de Fred Cavayé est grosso modo une variation plus frénétique de "Pour elle" (il y est encore question d’un homme “ordinaire“ embringué dans une intrigue de thriller pour sauver la femme de sa vie), avec les mêmes écueils – des raccourcis narratifs parfois énormes, des dialogues globalement faiblards, et des personnages secondaires mal dégrossis (mention spéciale à Gérard Lanvin et ses inénarrables moues crispées pour bien montrer qu’il a les plus grosses cojones du cinéma français). Une fois ces scories mises de côté, il faut reconnaître au garçon des talents indéniables de metteur en scène, à la fois dans les scènes d’intimité (pourtant flanquées de l’intolérable Gilles Lellouche), mais surtout dans ses dynamiques de suspense et d’action. Vu le caractère peu convaincant des dernières tentatives en la matière, on en viendrait presque, horreur suprême, à comprendre le mépris du 7e art français d’aujourd’hui pour le cinéma de genre. Fred Cavayé, disons-le, fait partie des rares réalisateurs actuels à pouvoir inverser la tendance… Il suffirait juste qu’il se dégotte un meilleur co-scénariste. FC

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Mademoiselle Chambon

ECRANS | De Stéphane Brizé (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain…

Dorotée Aznar | Lundi 12 octobre 2009

Mademoiselle Chambon

Jean tombe sous le charme de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il s’improvise gauchement maçon du cœur et propose de réparer la fenêtre de son appartement. Pour le remercier, elle fait pleurer son violon dans l’austérité de son salon. Ils se recroisent, s’échangent des regards, se frôlent à grand-peine. Jean fuit son épouse, Mademoiselle Chambon souffle le chaud mais surtout le froid. Déjà pas franchement survoltée, l’ambiance s’abîme dans les non-dits, les silences chastes, les œillades intéressées, le tout dans une dynamique à faire passer ‘Les Regrets’ de Cédric Kahn pour ‘Bad Boys 2’. Stéphane Brizé choisit sciemment de se focaliser sur l’expression quotidienne de la passion, freinant systématiquement ses personnages dans leurs élans, quitte à en faire les représentations statufiées de l’indécision, d’une certaine idée de la transparence amoureuse. C’est quand ils finissent par quitter leur routine mécanique que le film prend son envol, dans des scènes où la réserve du film comme ses partis pris esthétiques finissent par prendre tout leur sens : Brizé soigne particulièrement ces séquences pudiques, où le talent des acteurs principaux brille de façon intense.

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Pour elle

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h36) avec Vincent Lindon, Diane Kruger…

Christophe Chabert | Mercredi 26 novembre 2008

Pour elle

Dans le puits sans fond du cinéma français en cette fin d’année, il est sûr que Pour elle surnage aisément. Plutôt bien fait, sans énorme faute de goût ou idéologie douteuse (enfin, presque), bien servi par Vincent Lindon (acteur formidable, toujours), Fred Cavayé se démarque des catas signées Ribes, Veber, Haïm ou Salles. Cela étant, ce thriller lorgnant violemment vers Prison Break est aussi un film absolument impersonnel, surproduit (musique envahissante, décors too much, lumières irréalistes) qui ne tente rien et se contente de ne pas marcher en dehors de ses plates-bandes. On aurait aimé plus d’ambiguïté dans le récit (Kruger est trop rapidement non coupable), même si le film se rattrape un peu lors d’une scène de violence inattendue et sans concession. Vite vu, vite oublié, mais pas nul : c’est déjà ça de pris ! CC

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