Ida

ECRANS | Dans la Pologne communiste des années 60, une jeune fille qui souhaite devenir nonne part sur les traces de ses origines et réveille les fantômes de la Deuxième Guerre mondiale. Parfait sur tous les points, le film de Pawel Pawlikowski ne parvient que tard à briser sa maîtrise pour faire surgir l’émotion. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Photo : © Sylwester Kaźmierczak


Dès ses premières images, splendidement cadrées — et souvent décadrées ­— en 4/3 dans un noir et blanc numérique aux contrastes sublimes, Ida affirme son désir de perfection. Ce n'est pas qu'une question de composition photographique : la description des rites religieux auxquels se plie son héroïne, qui aspire à devenir nonne, semblent aussi soumis à un timing méticuleux de la part de Pawel Pawlikowski, cinéaste polonais qui revient ici dans son pays natal… Tout au long du film, ce contrôle absolu ne sera jamais pris en défaut. Aucun plan ne semble louper sa juste durée, tous sont pensés avec au minimum une idée forte de mise en scène — l'action qui se déporte de l'avant à l'arrière-plan, le jeu des regards et des gestes, eux aussi calculés à la nanoseconde près, comme si les acteurs avaient avalé un métronome…

Exercice de style ? Pas seulement, car Ida brasse aussi une foule de sujets, de l'historique à l'intime, avec une ampleur romanesque d'autant plus remarquable que le métrage est très court (79 minutes seulement). La Pologne communiste, les exactions commises par les catholiques sur les juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale, la quête identitaire, la foi, l'apprentissage amoureux… Le scénario est donc lui aussi une sorte de patron à étudier dans les écoles ; Pawlikowski sait évoquer les choses sans les souligner, parvient à faire reposer chaque séquence sur un conflit dramatique, intérieur ou extérieur, réussit à faire progresser l'action et l'enquête comme dans n'importe quel bon polar avec son lot de révélations et de coups de théâtre, dresse des micro-intrigues qui enrichissent le fil principal sans jamais égarer le spectateur…

Admirable ! Admirable !

Aussi rigide que la démarche du cinéaste, Ida ­— citons le nom de cette comédienne à la photogénie elle aussi renversante, Agata Trzebuchowska — traverse donc avec sa tante, une juge déçue et déchue devenue alcoolique, un bout de Pologne grisâtre et sous surveillance à la recherche de ses racines familiales. Le personnage est absolument opaque, peu bavard, et retient toute forme d'émotion, parfait reflet du film dans son entier, qui attend le dernier plan pour dévisser enfin la caméra de son pied et laisser un tremblement envahir l'écran et un sourire s'épanouir sur le visage d'Ida. Un peu tard sans doute pour faire du film autre chose qu'une belle œuvre d'art écrasée par son intimidante maîtrise.

Ida
De Pawel Pawlikowski (Pologne, 1h19) avec Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska…



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De l’autre côté : les sorties cinéma de la quinzaine (du 22 au 29 septembre)

Théma | Pile, la vie qui continue, l’espoir… Face, le néant. Entre les deux, l’exil, la maladie ou le combat, pour abolir le désastre ou précipiter la fin. Refuser de basculer de l’autre côté ou y courir, telle est la question… Où l'on parle de "La Voix d'Aida", "La Traversée", "I Am Greta", "Bigger Than Us", "Tout s'est bien passé" et "After Love".

Vincent Raymond | Mardi 21 septembre 2021

De l’autre côté : les sorties cinéma de la quinzaine (du 22 au 29 septembre)

Sur le fil, jusqu’au bout : au printemps dernier, La Voix d'Aida de Jasmila Žbanić (22 septembre) aurait pu valoir à la Bosnie-Herzégovine son deuxième Oscar du film international. Voire aurait dû pour sa prescience. Car s’il évoque le passé — en se déroulant durant la chute de Srebrenica en 1995, quand l’ONU laisse la ville aux mains de Mladic —, il trouve un stupéfiant écho dramatique avec l’actualité afghane. On y suit la course folle d’Aida, interprète pour les Casques Bleus, tentant d’exfiltrer son mari et ses fils alors que la milice se rapproche. Ce film glace les sangs par son tragique (et hélas historique) suspense, transmettant l’étouffement progressif saisissant Aida. Respectueux des victimes, il rappelle la réalité des épurations ethniques comme la fragilité de la paix. Sur une thématique voisine mais dans un traitement fort différent, La Traversée de Florence Miailhe (22 septembre) relate sous forme de conte atemporel l'exil de Kyona et Adriel, sœur et frère essayant de gagner un pays plus tolérant. Une route semée d’embûches inspirée par l’histo

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Une autre femme : "Billie" de James Erskine

Documentaire | Un docu double sur Billie Holiday mais aussi sa biographe Linda Lipnack Kuehl, par James Erskine.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Une autre femme :

Journaliste à ses heures, Linda Lipnack Kuehl réunit 200 heures de témoignages sur Billie Holiday avant de mourir brusquement. Un demi-siècle plus tard, James Erskine exhume les cassettes et entreprend de raconter une double histoire : celle de la jazz-woman et celle de sa biographe. Sauf que… Courir deux lièvres aussi importants lui fait manquer ses deux buts. La partie sur Billie n’apprend rien, se contentant d’enchaîner des archives sans unité de traitement (images brutes ou colorisées à la truelle) et de reprendre des assertions sans les étayer : dire que Lady Day a révolutionné la musique, d’accord, mais une petite analyse expliquant en quoi eût été utile. Quant à “l’enquête“ sur Linda Lipnack Kuehl, elle est sacrifiée et frustrante. Car on ne sait pas pourquoi elle a été “suicidée“. En fait — et c’est toute l’ambiguïté de ce documentaire — le vrai sujet était la biographie de cette biographe, et son transfert à travers Billie que l’on devine. Erskine a joué la facilité en traitant Billie et non son ombre fantomatique. Dommage. Billie

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Ici EST là : "Les Mondes parallèles" de Yuhei Sakuragi

Sur Canal+VOD | Un bon anime aux sous-textes écologistes réalisé par Yuhei Sakuragi, à découvrir sur Canal+VOD.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Ici EST là :

Tokyo, de nos jours. Shin et Kotori, deux lycéens proches, découvrent l’existence d’un monde en tout point identique au nôtre, où chacun possède son double : si l’un meurt, l’autre disparaît à son tour. Or ce monde parallèle est une dictature qui envoie des tueurs avec des cibles précises… Réduire ce film à un énième anime avec collégiens et collégiennes en uniformes, pseudo-Transformers et baston de fin du monde serait se priver de sa part de mélo et de sa très utile dimension métaphorique. Car au-delà de la variation sur les histoires à paradoxe temporel — comme si Terminator ou Retour vers le futur rencontrait Matrix — cette semi-uchronie résonne étrangement avec l’actualité contemporaine : à l’instar de la parabole sur “l’effet papillon”, elle rappelle en effet que nous habitons tous le même écosystème, et sommes plus interdépendant que nous le croyons. Dans la lignée, en somme, de Pompoko ou Lou et l’île aux sirènes aux sous-textes volontiers écologistes…

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Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

La Daronne | Impossible de la manquer cette semaine à Lyon : sa silhouette est aux frontons de tous les cinémas et vous la croiserez peut-être au gré des rues puisqu’elle vient de débuter le tournage du nouveau film de Laurent Larrivière avec Swann Arlaud. Elle, c’est, évidemment Isabelle Huppert, une des “daronnes“ du cinéma français et celle que Jean-Paul Salomé a choisie pour incarner Patience Portefeux dans son polar. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce que vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de le définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. C'est à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NdlR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle rac

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Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans "La Daronne"

Son film à l'affiche | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr, 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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François Ozon : « il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Vendredi 10 juillet 2020

François Ozon : « il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers https://fr.wikipedia.org/wiki/Aidan_Chambers? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça ne s’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après

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Noir comme la neige : "Un jour si blanc"

Drame | Ne parvenant pas à faire le deuil de son épouse décédée dans un accident de voiture, un policier occupe son congé à enquêter en-dehors des règles sur l’infidélité de la défunte, découverte post mortem. Il s’enferre alors dans sa névrose et se ferme à sa famille. Et à sa petite-fille notamment…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

Noir comme la neige :

Particulièrement distingué ces derniers mois dans un registre militant avec Woman at war ou Mjólk, le cinéma islandais ne dédaigne pas pour autant l’univers qui, en littérature, lui a permis de conquérir une aura internationale : le genre noir. Coiffé d’un titre pesant de toute l’ironie de son oxymore, Un jour si blanc en est la sombre démonstration, qui offre un adroit pendant audiovisuel à cette riche production romanesque. Dès les premières images, Hlynur Pálmason fait de son film un manifeste temporel : par de longs plans traquant la durée ou, au contraire, en jouant la fixité d’une caméra sur un décor alors que défilent jours, nuits, saisons. Ce faisant, il crée une atmosphère épaisse à la mesure du sentiment d’isolement moral subi par son mutique héros — Ingvar Eggert Sigurðsson, un clone de Sam Shepard vu chez Baltasar Kormákur et Sólveig Anspach — ; une chape de silence, de calme apparent qui sont autant de prolégomènes au déchaînement d’un désespoir sourd et violent. Si s

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Fujiyama 55, un sérieux concurrent côté rāmen

Restaurant | L'ancien bassiste d'un groupe de porn pop japonais redonne du goût à l'emblème de la junk food nipponne.

Adrien Simon | Mardi 3 décembre 2019

Fujiyama 55, un sérieux concurrent côté rāmen

Sur le podium mondial de la street food, il y a indéniablement le burger, incontestablement la pizza, et puis certainement les rāmen. Tous ont ces points communs : une success story écrite hors de leur pays d'origine, une mondialisation express dans l'après-guerre, le rôle de l'industrie et de la pop culture dans leur diffusion. Très présentes sur le continent asiatique, les la mian (nouilles tirées) ne sont apparues sur l'archipel que dans les années 1910, dans le quartier chinois de Yokohama. Ce sont, trente ans plus tard, de mauvaises récoltes de riz, les importations de blé de l'occupant américain et des stands clandestins sous la "protection" des yakuzas qui vont finir de convertir les Japonais aux nouilles. Surtout, en 1958, l'année de l'ouverture du premier Pizza Hut aux USA, Nissin Foods lance au Japon les premières rāmen instantanées. Et en 1971, alors que McDo s'installe dans l'archipel, les fameuses Cup Noodle sont lancées sur le marché US. Les rāmen entrent dans la guerre internationale de la malbouffe.

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Embrasse-moi idiot : "Matthias & Maxime"

Drame | À la suite d’un pari perdu, deux amis d’enfance (Matthias et Maxime) doivent s’embrasser devant une caméra. La situation les perturbe profondément et affecte leur relation, d’autant plus tendue que Maxime va partir deux ans en Australie. Ce baiser aurait-il révélé une vérité enfouie ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Embrasse-moi idiot :

Débarrassons-nous tout de suite des tics dolanniens qui, à l’instar d’excipients dans une recette, font du volume autour du “principe actif“ ; en l’occurrence, le cœur palpitant et original du film. Oui, on retrouve un portrait vitriolé de la génération parentale, en particulier des mères — les pères étant globalement absents. La génitrice du personnage de Maxime joué par Dolan apparaît comme de juste dysfonctionnelle, excessive (et droguée, violente, sous tutelle pour faire bonne mesure). Autre constante, la B.O. ressemble encore au juke box personnel du cinéaste, les aplats de musiques se révélant bien commodes pour faire des ponts entre séquences. Sorti de cela, Matthias & Maxime se situe dans un registre moins exalté qu’à l’ordinaire : la trentaine approchant, la rébellion s’amenuise et certaines paix intimes se conquièrent. Ce qui ne signifie pas que le film soit un robinet d’eau tiède : les tensions et les passions qu’il abrite y sont intériorisées (principalement par le personnage de Matthias), explosent par moment, mais sans extraversion carnavalesque.

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Hubert Mounier dans la place

Chanson | C'est à la suite du concert hommage donné par Benjamin Biolay en juillet 2018 à Fourvière que la scène lyonnaise à commencé à mûrir l'idée d'un projet autour de cette (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 15 octobre 2019

Hubert Mounier dans la place

C'est à la suite du concert hommage donné par Benjamin Biolay en juillet 2018 à Fourvière que la scène lyonnaise à commencé à mûrir l'idée d'un projet autour de cette grande figure de la pop hexagonale mais aussi locale. Très vite, dans le sillage du chanteur Stan Mathis et des Chic Types, l'idée d'un concert fait son chemin puis d'un disque produit par Stardust ACP. La fine fleur de la scène chanson-pop de Lyon picore alors des titres dans le répertoire de Mounier et de l'Affaire Louis Trio pour en enregistrer des relectures au studio Magneto de They Call Me Rico : on y retrouve, en plus de tous les précités, Kent, un vieil ami, Carmen Maria Vega, Buridane, Joe Bel, Denis Rivet, Billie et quelques autres sur un vinyle à sortir le 5 novembre. Le même jour aura lieu dans la grande salle du Transbordeur une release party en présence de tous les intéressés (hormis Joe Bel en tournée au Canada et Kent) où tout ce petit monde dansera sur la chic planète d'Hubert. La chose est gratuite, mais l'on compte dé

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Crème catalane

Subsistances | Pas encore vu, car cette compagnie catalane, El Conde de Torrefiel, est peu connue hors de Paris où elle a fait les belles nuits du Festival d’automne (...)

Nadja Pobel | Mardi 1 octobre 2019

Crème catalane

Pas encore vu, car cette compagnie catalane, El Conde de Torrefiel, est peu connue hors de Paris où elle a fait les belles nuits du Festival d’automne 2016, La Posibilidad que desaparece frente al paisaje (aux Subsistances les jeudi 3, vendredi 4 et samedi 5 octobre) intrigue. Parce que ce vieillissant écrivain que nous avons tant aimé (Michel Houellebecq) est de la partie, ainsi qu’un photographe qui a dénudé certaines et certains ou nous-mêmes : Spencer Tunick. Que viennent donc faire le plus talentueux des réac' et cet artiste qui a fait œuvre de mettre en boite des groupes d’individus dévêtus pour la beauté de l’art ? Ils vont permettre d’étayer ce « pessimisme organisé ». Au plateau, des hommes et des femmes lovés ensemble dessinant la forme d’un œuf, quelques brindilles au sol. Pablo Gisbert et Tanya Beyeler convoquent plus la danse que le théâtre et cherchent à créer sur scène « un état contemplatif », qui passe par Madrid, Berlin, Marseille, Lisbonne, Kiev, Bruxelles, Thessalonique, Varsovie et Florence. Des paysages. Des cartes. Des territoir

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Cédric Klapisch : « on est tous des anonymes »

Deux Moi | Renouant avec deux des comédiens de Ce qui nous lie, Cédric Klapisch revient dans la foule des villes pour parler… de solitude. Un paradoxe qu’il explique volontiers.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Cédric Klapisch : « on est tous des anonymes »

D’où venu cette idée de mélanger en un seul film thérapie et drame existentiel ? Cédric Klapisch : Un scénario est toujours un mélange d’idées. Là, il y avait le désir d’une sorte d’hommage à ma mère, psychanalyste à la retraite. Il y a six ou sept ans, redoutait le moment où elle aurait son dernier patient. Je me suis interrogé sur ce qu’était son métier. Dans le même temps, je me demandais si une histoire où deux personnes célibataires ne se rencontrant qu’à la fin d’un film pouvait marcher : comme je ne n’en avais jamais vu, j’ai essayé. C’est intéressant de prendre deux personnages un peu au hasard dans la grande ville et d’essayer d’être précis sur cette idée des “deux moi“ : on va assez loin dans l’intime de chacun, à l’inverse des romantic comedy. Ça décale un peu le sujet puisqu’ici on parle d’avant la rencontre. Il y a beaucoup de réminiscences de Chacun cherche son chat — pas seulement parce qu’un chat fait du lien social et par la présence de Garance Clavel ou Renée Le Calm au générique. Ici aussi, vous vous interrogez sur ce que c’est qu'être dans un quartier aujou

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Cédric Klapish est de retour avec "Deux moi"

Drame | Comment deux trentenaires parisiens confrontés à leur solitude et leurs tourments intérieurs, s’évitent avant de se trouver. Cédric Klapisch signe ici deux films en un ; voilà qui explique qu’il soit un peu trop allongé, pas uniquement à cause des séances de psychanalyse.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Cédric Klapish est de retour avec

Ils sont voisins, se côtoient tous les jours mais ne se connaissent pas. Entre leur âge, leurs problèmes de sommeil, de boulot ou leurs difficultés à se projeter, Rémy et Mélanie ont beaucoup en commun et à partager. Mais pour le savoir, encore faudrait-il qu’ils se rencontrent… L’idée de jouer sur la frustration des spectateurs en retardant à l’extrême la rencontre de Rémy et Mélanie s’avère sacrément perverse si l’on y réfléchit, puisqu’elle tient du coitus interruptus entre deux personnages se frôlant à peine — chacun étant protagoniste de son histoire à l’intérieur de ce film jumeau. S’ils paraissent ensemble, ce n’est que virtuellement : dans l’esprit du public et par la grâce du montage. Le réalisateur s’égare un peu dans cette dilatation excessive précédant la délivrance collective : une vingtaine de minutes surnuméraires aurait pu rester sur le chutier. Ou alors il aurait fallu opter pour la mini-série en quatre épisodes et quatre heures. Dans la fourmilière Si l’on fait abstraction de la romance, ou si on la considère comme un prétexte, on retrouve les motifs favoris du cinéma de Klapisch : la chronique

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Gavissime : "Le Mariage de Verida"

Drame | de Michela Occhipinti (It, 1h34) avec Sidi Mohamed Chinghaly, Verida Beitta Ahmed Deiche, Aichetou Abdallahi Najim…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Gavissime :

Mauritanie, de nos jours. L’existence de Verida tourne autour du salon de beauté de sa grand-mère et de ses deux amies. Ses parents ayant décidé de la marier, elle entame non sans renâcler un rite prénuptial destiné à la faire grossir : le gavage. Une coutume entre torture et hypocrisie… Il n’est pas rare de voir des fictions à destination quasi exclusive du public des pays occidentaux vitupérer telle ou telle survivance d’une coutume archaïque, affirmant généralement la mainmise du patriarcat sur la population féminine : excision, obligation de se couvrir dès l’adolescence, mariages forcés, etc. Misant beaucoup sur leur valeur documentaire, elles reproduisent en général la forme du film-dossier en respectant des standards cinématographiques schématiques. Cette catégorie de films pointe évidemment l’odieuse différence de traitements entre hommes et femmes, mais aussi les petits arrangements avec la tradition ou la religion permettant d’accomplir toutes les entorses aux règles que l’on désire… tant qu’elles demeurent à l’abri des regards. Ici, les femmes ont souffert de leur “régime“, mais le perpétuent sur leurs filles sans fin, se

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Oiseaux de bon augure : "Le Mystère des pingouins"

Anime | Leur ville inexplicablement envahie par des pingouins, un groupe d’enfants profite des vacances pour enquêter. Un songe astrophysique drapé de poésie mythologique, empli de fantaisie. Et de palmipèdes.

Vincent Raymond | Samedi 17 août 2019

Oiseaux de bon augure :

Garçonnet éveillé mais réservé, Aoyama prend d’incessantes notes sur son entourage. Lorsque des manchots surgissent et s’évanouissent aussi vite qu’ils sont apparus dans sa ville, il cherche à comprendre en compagnie de quelques amis. Et de l’assistante dentaire dont il est (très) épris… Ne vous arrêtez à l’extrême platitude du titre, évoquant un film à destination exclusive du très jeune public ! C’est d’ailleurs un peu la malédiction de nombreux anime, où personnages humains et animaux se côtoient volontiers quant ils ne s’hybrident pas les uns avec les autres ; où des figures divines protectrices de la Nature s’incarnent volontiers dans des créatures réelles ou imaginaires (Pompoko, Porco Rosso, Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke, Le Voyage de Chihiro, Les Enfants Loups, Ame & Yuki…) Un florilège de situations reléguées aux contes pour enfants en occident, quand elles constituent l’essence de contes à résonance morale ou philosophique au Japon — dont Takahata, Miyazaki ou Hosoda. Dans un autre registre, la problématique du titre trompeur se posera bientôt avec le très beau Je veux mange

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Un village pas très classe : "Joel, une enfance en Patagonie"

Drame | Cecilia et Diego ont enfin reçu une réponse favorable à leur demande d’adoption. L’enfant qu’on leur propose a neuf ans, et un passé chargé qui l’a traumatisé. Si eux l’acceptent avec amour, il n’en va pas de même pour le petit village glacial de Patagonie où ils viennent d’emménager…

Vincent Raymond | Mardi 9 juillet 2019

Un village pas très classe :

Est-ce le fait, pour le moins inhabituel, de voir une population sud-américaine évoluer dans une décor digne des pays nordiques (pourtant, c’est cela la Patagonie) ? Toujours est-il que ce film donne une impression de décalage, comme si l’histoire ne se déroulait pas au bon endroit. Un sentiment à prendre avec des pincettes car il peut tout aussi bien signifier que le potentiel de Joel… sera pleinement développé lorsque le film sera transposé dans un autre contexte à l’occasion d’un remake nord-américain ou européen (vu la trame, les possibilités sont hélas infinies). Ou bien que le malaise suscité par l’enfant, issu d’une famille marginale, à la petite communauté recluse dans sa tranquillité, a par capillarité diffusé dans tout le film. Car même si Joel… paraît un peu bancal, avec son développement un peu lent, l’essentiel est ailleurs : la description d’une exclusion banale, avec une galerie de visages haineux ou craintifs, et la soumission des services scolaires, refusant de se mettre à dos la communauté villageoise. Il faut être fort pour s’opposer au rouleau c

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Wolverine, en vrai : "Aïlo : une odyssée en Laponie"

Documentaire - dès 6 ans | De Guillaume Maidatchevsky (Fr, 1h26) avec les voix de Aldebert, Anke Engelke…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Wolverine, en vrai :

Au-delà du Cercle polaire, Aïlo, un petit renne, est né. Dès ses premières heures, sa vie est un combat, puisqu’il doit en compagnie de sa maman rejoindre le troupeau protecteur et gagner des terres nourricières. Sur le chemin, les embûches sont nombreuses, et les prédateurs également… Porté en français par la douce voix du héros des enfants, Aldebert, ce rafraîchissant documentaire animalier vaut, comme tout film à suspense ou polar efficace, pour la qualité de l’opposant du héros. Car, à la vérité, comme personne ne doute de la bonne fortune d’Aïlo et que tout se terminera bien pour lui, autant que son adversaire soit redoutable. On n’est pas déçu puisqu’il s’agit de l’animal totem de Wolverine, le carcajou, autrement connu sous le nom de glouton. Oubliez Hugh Jackman : derrière son mignon minois de nounours croisé blaireau se cache une vieille saloperie vicieuse ; un prédateur sournois capable de toutes les ruses pour croquer du renne, si possible bien tendre, ou de fatiguer des chiens pour aller en prélever dans un élevage. La bête est fascinante d’intelligen

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Cinq expos à voir en février

Bons Plans | Vues ou pressenties comme intéressantes, voici notre sélection des cinq expositions à découvrir en février dans les musées et les galeries de la ville.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 6 février 2019

Cinq expos à voir en février

Fragments photo du réel Le Réverbère présente quatre photographes qui s'approchent au plus près du réel, afin d'y puiser leur propre vision du monde et de sa structure poétique... C'est, par exemple, le réel et son double chez Serge Clément qui joue de reflets et de répétitions de motifs, le réel et son trouble avec le regard poétique de Bernard Plossu, le réel et sa structure géométrique chez Baudoin Lotin. Ou encore le réel et ses épiphanies chez Julien Magre, retenant fugacement dans ses images ce qui est voué à s'absenter, disparaître. La poésie abstraite du réel Au Réverbère ​jusqu'au 20 avril La géométrie délicate de Léon Tutundjian La Fondation Bullukian consacre à Léon Tutundjian (1905-1968) une

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Arts de la fugue

Panorama Expositions | De manière originale, l'année artistique 2019 s'ouvrira avec un double déplacement des arts plastiques : vers la musique et... vers le Brésil !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 janvier 2019

Arts de la fugue

Récemment nommée à la tête du Musée d'Art Contemporain de Lyon, Isabelle Bertolotti lancera le 8 mars (et jusqu'au 7 juillet) un nouvel ensemble d'expositions sous le signe de la musique. Une thématique qui lui permettra, d'une part, de s'inscrire dans l'histoire longue du MAC qui a toujours été très sensible aux croisements entre création plastique contemporaine et création musicale, via des figures comme La Monte Young, Laurie Anderson, Yoko Ono, David Tudor, Morton Feldman et d'autres (dont des œuvres collectionnées par le MAC seront présentées en mars). Et, d'autre part, de laisser une large place à la jeune création, à laquelle Isabelle Bertolotti a toujours été très attentive. On pourra ainsi découvrir les peintures sur de multiples supports du jeune brésilien Maxwell Alexandre, inspirées à la fois de sa pratique du roller en ville et des formes de composition et

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Rideau de fer et voix de velours : "Cold War"

Jazzy | de Paweł Pawlikowski (Pol-G-B-Fr, 1h27) avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Rideau de fer et voix de velours :

Années 1950. Compositeur, Wictor sillonne la Pologne rurale pour glaner des mélodies populaires et trouver des voix. Bouleversé par celle de Zula, il fait de cette jeune interprète sa muse et sa compagne. Leur romance connaîtra des hauts des bas, d’un côté puis de l’autre du rideau de fer. Pawlikowski, ou la marque des origines. Est-ce un hasard si Cold War, ayant pour décor la Pologne d’après-guerre et d’avant sa naissance comme son film précédant Ida (2013), présente également la même radicalité formelle, la même rigueur quadrangulaire, le même noir et blanc ? Consciemment ou non, Pawlikowski renvoie ce faisant de ce pays au système intransigeant un visage âpre, et reproduit dans le même temps les procédés du cinéma des origines — en lui donnant toutefois la parole, même s’il l’économise. Son “année zéro“ intime devient un peu celle de la Pologne, voire celle du cinéma. Encore davantage ici, où l’histoire de Wictor et Zula s’inspire (on ne sait à quel degré) de celle de ses parents. Mais la rigueur formelle

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La Grande librairie

La Rentrée littéraire des auteurs Lyonnais | Fut-elle élargie à l'Auvergne, rarement l'on aura vu dans la région une rentrée littéraire d'une telle densité, et d'une telle variété. Sélection des romans immanquables signés par des régionaux de l'étape qui sont bien plus que cela.

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 octobre 2018

La Grande librairie

Arthur Nesnidal – La Purge (Julliard) C'est sans doute l'un des livres les plus singuliers de la rentrée, toute localisation et tout genre confondu, écrit par un jeune homme de 22 ans qui affirme bien haut ses convictions politiques autant que ses parti-pris littéraires, classiques mais audacieux, audacieux parce que classiques. À travers le récit d'une année passée en hypokhâgne, Nesnidal démonte la machine à broyer qu'est le système préparationnaire propre à former, et même à formater, une élite, « ces troufions de l'esprit » – à laquelle on reproche de n'être pas encore formatée. Face au prêt-à-penser, aux profs sadiques et monstrueux, au courbage d'échine généralisé, au mépris de classe aussi, le jeune auteur auvergnat, par ailleurs chroniqueur chez Siné Mensuel, dégaine un roman révolté qui transforme la lutte de la classe en lutte des classes à coups d'alexandrins et d'exigence lexicale. Si le style peu paraître, à tort, aristocratique, c'est avant tout parce que Nesnidal est un artisan forcené du mot juste, un inlassable et intarissable ouvrier du verbe, semblable à une version littéraire des compagnons du tour de France. Ou, dans so

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Matteo Garrone : « Dogman est un film darwinien »

Dogman | Un brave toiletteur pour chiens et une brute qui le traite pis qu’un chien sont au centre de "Dogman", le nouveau conte moral de Matteo Garrone. Une histoire italienne d’aujourd’hui récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Marcello Fonte.

Vincent Raymond | Jeudi 12 juillet 2018

Matteo Garrone : « Dogman est un film darwinien »

Dogman est inspiré d’un fait divers ? Matteo Garrone : Oui, il s’est déroulé à la fin des années 1980, et il est très célèbre en Italie parce qu’il a été particulièrement violent. Mais on s’en est très librement inspiré : on l’a retravaillé avec notre imagination. Il n’a jamais été question de reconstruire dans le détail ce qui s’était passé. On a également changé la fin, puisque Marcello est un personnage doux, incapable de violence. Dans le film, il agit par légitime défense, non par préméditation. Je suis particulièrement content que le film soit présenté dans un pays où ce fait divers n’est absolument pas connu : le spectateur idéal, c’est celui qui le verra sans avoir cette histoire en tête et sans comparaison avec la réalité. En Italie, le film a un peu souffert de ce fait divers — en tout cas au début. Certains spectateurs se disaient « ça va être extrêmement violent, donc je n’irai pas le voir ». Ensuite, le bouche-à-oreille l’a aidé. En fait, la violence présente dans le film est surtout psychologique, et pas aus

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Un chien de sa chienne : "Dogman"

Drame | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Vincent Raymond | Mardi 10 juillet 2018

Un chien de sa chienne :

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout, quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello) tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère

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Léo Love Caniveau : "Sauvage"

Drame | Un film de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Mardi 28 août 2018

Léo Love Caniveau :

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées — elles.

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Ces Japonais qui ruent dans les marmites lyonnaises

Food | Depuis une dizaine d'années, des cuisiniers nippons formés à la cuisine française s'installent à Lyon et décrochent les étoiles.

Adrien Simon | Mardi 22 mai 2018

Ces Japonais qui ruent dans les marmites lyonnaises

Si l'on en croit la rumeur culinaire et la presse spécialisée, le plus épatant des nouveaux restos lyonnais, cuvée 2018, se trouve du côté de la cathédrale Saint-Jean. La Sommelière est un micro-bistrot, douze places assises, où l'on sert un unique menu dégustation, en huit parties. On parle à son propos d'une grande « maîtrise », de « grâce » aussi, et de distinctions qui ne devraient pas tarder à pleuvoir. À sa tête on trouve deux jeunes gens. L'une, côté bouteilles, s'est formée chez Antic Wine et dans un établissement gastronomique d'Indre (Saint-Valentin). L'autre a affuté ses couteaux à La Rochelle (au Japon) puis dans un double-étoilé du Beaujolais (à Saint-Amour). Ils revendiquent de pratiquer une gastronomie « française », dans une version certes « simplifiée » – il faut comprendre "sans esbrouffe", pure. Takafumi Kikuchi et Shoko Hasegawa sont pourtant arrivés en France il y a quelques années seulement, en provenance du Japon. Les Lyonnais, logiquement, ne doivent plus s'étonner de voir un chef nippon maîtriser à ce point la cuisine française (l'inverse : qu

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Numeridanse : Dansons sur le web

Numérique | Bibliothèque, vidéothèque, version physique ou dématérialisée... mais quid des archives des arts vivants hors des captations plus ou moins heureuses disponibles sur YouTube ? Depuis 2011, le site Numéridanse est une référence en la matière. Le site vient d'être refondu et enrichi d'un serious game et d'un spectacle en réalité virtuelle. Visite.

Nadja Pobel | Mardi 27 mars 2018

Numeridanse : Dansons sur le web

Rendons à Charles Picq ce qui lui est dû : créer une mémoire de la danse. Ce réalisateur, membre du collectif Frigo dans les années 70-80, a dès l'ouverture de la Maison de la Danse en 1980 « la mission de produire des archives audiovisuelles en filmant les spectacles programmés au théâtre » comme il est rappelé sur le site, émanation de ses travaux précurseurs. Numeridanse.tv naît en 2011 et se nourrit en grande partie de son apport essentiel à la danse. Simple (et c'est déjà énorme) banque de données de spectacles au départ, le site, après une refonte en 2014, et une autre ce printemps, ne cesse de croître au point de compter 550 000 visiteurs uniques par an – des professionnels et le monde de l'éducation essentiellement pour l'heure. Le nouveau public à conquérir sera peut-être attiré par cette nouvelle proposition, adaptable à tous les navigateurs et toutes les supports. Les chiffres sont éloquents mais ne

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Kandidator : le filtre de ceux qui n'en ont pas

Café-Théâtre | Kandidator s'est imposé comme l'un des tremplins les plus ouverts et les plus importants dans le milieu du café-théâtre. Nombre d'artistes foulant les scènes lyonnaises ont débuté là, comme Vincent Boubaker (candidat au concours 2018) et Jean-Baptiste Siaussat (ancien candidat du concours national), que nous avons rencontré avant la prochaine session de Kanditator, au Rideau Rouge, ce lundi 26 mars.

Elliott Aubin | Jeudi 22 mars 2018

Kandidator : le filtre de ceux qui n'en ont pas

Camille Wehrlin, Jim, Jean-Baptiste, Jacques-Henri Nader, Vincent Boubaker… ces noms évoquent forcément quelque chose à celles et ceux qui prêtent une attention particulières aux affiches, parfois déjantées, placardées un peu partout dans le centre-ville lyonnais. Ces noms ont aussi un point commun, ils ont tous, au moins une fois, frôlé le plancher d'une scène ouverte de Kandidator et jouent aujourd’hui dans les principaux cafés-théatres de la ville : Complexe du Rire, Espace Gerson, Tontons Flingueurs, Boui-Boui … En quelques années, Kandidator s’est véritablement imposé comme le filtre de la nouvelle scène des comédiens lyonnais. René-Marc Guedj l'affirme : 80% des programmations des cafés-théâtres à Lyon sont des artistes qui sortent de Kandidator Kandidator est un tremplin qui permet à tout le monde de faire « ce qu’il veut sur une scène de théâtre pendant cinq minutes. » Le concept est né en 2011 d'une amitié, celle du

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Los Modernos : Que Viva Mexico !

L'expo de l'hiver | Au début du XXe siècle, de nombreux artistes français et mexicains ont dialogué, au sens propre comme au sens figuré : par le biais de voyages ou par écho des pratiques artistiques. Une fascination mutuelle qui a métissé la production picturale et photographique de l’époque.

Lisa Dumoulin | Mardi 19 décembre 2017

Los Modernos : Que Viva Mexico !

« Juste de l’autre côté de la rue, le Mexique commençait. On regarda émerveillés. À notre étonnement, ça ressemblait au Mexique. » écrit Jack Kerouac dans son roman Sur la route en 1957. Il résume toute l'ambivalence du Mexique, et peut-être du voyage en général. L’exposition rassemble deux collections, celle du Musée des Beaux-Arts de Lyon et celle du Museo Nacional de Arte de Mexico et illustre les dialogues mais aussi les ruptures entre les scènes française et mexicaine de l’art moderne de 1900 à 1960. Car les artistes présentés dans l’exposition ont pour beaucoup entretenus des relations avec leurs contemporains outre-Atlantique. Le Mexique, alors en pleine Révolution, fascine les artistes français - et américains - tandis que les mexicains s’intéressent aux avant-gardes artistiques d’après guerre en Europe et plus particulièrement en France : fauvisme, cubisme, surréalisme, néo-impressionnisme, recherches sur l’abstraction… Trois principaux points de rencontre sont mis en lumière par l’exposition : le cubisme, le surréalisme et la photographie. Diego Rivera, du c

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5 expos à voir en décembre

Sélection | ​Le Mexique, la photographie et le design graphique sont au programme ce mois de décembre. Voici notre sélection haute en couleurs et en formes pour vous réchauffer les mirettes.

Lisa Dumoulin | Mardi 5 décembre 2017

5 expos à voir en décembre

Los Modernos, dialogues France Mexique au musée des Beaux-Arts De Frida Kahlo à Henri Cartier-Bresson, de Picasso à Diego Rivera, voilà l’expo de l’hiver qui réunira tout le monde : peinture, sculpture, mais aussi - grande première - photographie, l’exposition Los Modernos fait dialoguer les grands noms de l’art moderne français et mexicain qui se sont mutuellement influencés, notamment les scènes cubistes et surréalistes. À ne pas manquer. Mexique, aller-retour à la galerie Le Réverbère En écho à l’exposition Los Modernos au musée des Beaux-Arts, dont le commissaire associé pour la collection de photographies est Jacques Damez, co-directeur de la galerie, Le Réverbère propose un accrochage plus contemporain, autour des clichés de Pablo Ortíz Monasterio, Bernard Plossu et Denis Roche. Le Mexique et ses mythes en ligne de mire, chacun à leur manière. Une invitation au voyage.

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Tête de classe : "Les Grands Esprits" de Olivier Ayache-Vidal

ECRANS | de Olivier Ayache-Vidal (Fr, 1h46) avec Denis Podalydès, Léa Drucker, Zineb Triki…

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

 Tête de classe :

Un agrégé de lettres sentencieux exerçant dans un lycée prestigieux se trouve victime de sa forfanterie et muté pour un an dans un collège difficile de banlieue. Arrivant coincé comme un chien dans un jeu de quilles, il fera l’unanimité en juin auprès de ses collègues et ouailles…[bâille] Remix entre Le plus beau métier du monde, L’École pour tous et Entre les murs, ce premier longmétrage d’Olivier Ayache-Vidal ne peut décemment pas revendiquer l’originalité ; aimable, il reste bien naïf dans sa vision des choses : dans la vraie vie, ça finit rarement aussi bien. Reposant grandement sur l’aptitude naturelle de Denis Podalydès à porter du velours côtelé et à citer des grands textes (bien sûr, Luchini aussi aurait pu convenir, mais il devait avoir conseil de classe), cette comédie qui prétend se jouer des présupposés aligne les clichés comme un cancre des bulles. Vision rousseauiste des élèves, atténuation de la réalité, sauvetages-miracles, il n’y a guère que l’évocation des filandreuses procédures internes qui soit drôl

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Buridane : « Exprimer autre chose que ce que dit le texte »

Chanson | Après le succès d'un premier album, Pas fragile, empreint de dualité et de fausse légèreté, Buridane revient le 6 octobre avec un Barje Endurance viscéral et intense dans sa manière de sublimer par ses arrangements des textes à tiroirs toujours aussi profonds. Avant-première.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 septembre 2017

Buridane : « Exprimer autre chose que ce que dit le texte »

Il s'est passé cinq ans depuis Pas Fragile. A-t-il été compliqué de se remettre à l'ouvrage, après l'accueil positif que ce disque a reçu et la longue tournée qui a suivi, avec en plus l'enjeu que peut représenter un deuxième album dans ces conditions ? Buridane : En termes de matière, ça n'a pas été un problème. J'ai commencé à écrire les chansons de Barje Endurance quand j'étais en studio pour le premier album. J'avais des choses à dire, j'avais 25 ans : c'est une période de la vie où il se passe beaucoup de choses, où l'on mûrit. La thématique s'est tout de suite axée sur la notion de transition, comme si j'avais déjà conscience que le premier disque n'était pas un aboutissement mais déjà le début d'autre chose. Le plus difficile, c'était d'accepter la phase souterraine de création : fin 2014, j'ai commencé à faire moins de concerts. Cette disparition de la scène a été un peu difficile. Et il y a eu toute la phase de mise en œuvre du deuxième disque : bosser avec des réalisateurs, n'être pas satisfait, repartir de zéro à chaque fois... Convaincre les gens avec qui on travaille. Surtout que sur cet album, j'av

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"Anna" de Jacques Toulemonde : Maman a tort

Drame | de Jacques Toulemonde Vidal (Fr-Col, 1h36) avec Juana Acosta, Kolia Abiteboul, Bruno Clairefond…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Bipolaire, Anna a peur de perdre son fils Nathan. Alors, elle l’enlève et l’emmène dans son pays d’origine, la Colombie, où elle veut tout recommencer avec son nouveau compagnon… Comment ne pas éprouver de la sympathie pour Anna ; comment ne pas être effrayé par son inconséquence, son exubérance, sa mise en danger perpétuelle ? Absolue en tout, raisonnable en rien, l’amour qu’elle porte à son enfant ne l’empêche pas de commettre les pires négligences. Juana Acosta s’investit avec une entière sincérité dans le yoyo émotionnel de son personnage. La fragilité touchante qu’elle dégage fait écho aux fragilités propres du film… et le renforce, paradoxalement. À noter l’esquisse transversale d’une Colombie spectaculairement tranquille ; une vision plutôt rare d’un pays habitué à la représentation de ses soubresauts.

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Buridane, à la barge

Chanson | Pas fragile, le premier album de Buridane, s'annonçait comme la profession de foi d'une chanteuse qu'il ne fallait pas confondre avec son (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 13 juin 2017

Buridane, à la barge

Pas fragile, le premier album de Buridane, s'annonçait comme la profession de foi d'une chanteuse qu'il ne fallait pas confondre avec son apparence : une jeune fille blonde et un single faussement sautillant intitulé Badaboum. La chanteuse déjà s'affirmait. Mais avec Barje Endurance, qui sortira en septembre, la Lyonnaise qui a pétri son talent sur scène, en remet un sacré coup. Son premier extrait, La Transition, en quasi spoken-word affiche d'entrée la couleur d'un album bien décidé à en découdre et à reprendre les choses, sinon là où elles les avaient laissées, complètement à zéro. Plus pop, plus rock, avec une plume encore plus acérée faisant résonner les mots avec un peu plus de gravité et des arrangements tantôt majestueux (Mauvais sort), tantôt épurés. Avec aux manettes, en guise de producteur, Cédric de la Chapelle (ex-S et instigateur du phénomène Slow Joe & the Ginger Accident). Tout cela sera à découvrir à la rentrée. Où, pour ceux qui n'y tiennent plus, sur la scène de la salle Rameau, ce 15 juin.

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"Lettres de la guerre" : franchise postale

ECRANS | de Ivo M. Ferreira (Por, 1h45) avec Miguel Nunes, Margarida Vila-Nova, Ricardo Pereira…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

1973. Envoyé sur le front angolais pour plusieurs mois, un jeune médecin portugais entame avec son épouse un long échange épistolaire. Racontant tout de la guerre, de ses espérances, de l’attente, ses courriers maintiennent le lien ténu entre eux, que la géographie eût pu distendre… Il s’agit là clairement d’un film à deux voix. Pas seulement parce qu’il consiste en un dialogue entre les deux épistoliers, chacun(e) lisant en off les missives qu’il (elle) reçoit de son (sa) correspondant(e) — l’épouse étant plus souvent destinataire, son timbre nous accompagne le plus clair du temps. Mais aussi parce qu’à ce récitatif vocal s’ajoute une autre mélodie : les images. Leur somptuosité rare (prodigieux noir et blanc de João Ribeiro) n’est pas qu’une belle “enveloppe” pour les mots du soldat : elle leur apporte, à la manière des films de Malick (en moins élaboré, tout de même) autant de compléments visuels que de digressions. En s’unissant, sons et images offrent en sus de la représentation intime de la guerre vécue par le soldat, sa part de non-dits et celle d

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Rachida Brakni : jouer juste

Théâtre des Célestins | Une mise en scène tout en dentelle d'Arnaud Meunier, au service d'une Rachida Brakni d'une grande justesse : c'est aux Célestins jusqu'au 17 février.

Nadja Pobel | Mardi 7 février 2017

Rachida Brakni : jouer juste

À quoi ça ressemble, 1h40 de monologue ? À tout, sauf à la performance injustement présupposée... Rachida Brakni incarne trois femmes : une professeur juive, une soldat US et une kamikaze palestinienne qui veut comettre un attentat à Tel Aviv, « dans un an, dix jours et huit heures », le 29 mars 2002, elle l'annonce d'emblée. Aucun accessoire ne vient seconder la comédienne (ancienne pensionnaire de la Comédie Française) pour l'aider à incarner ces trois destins mêlés au cours du conflit israélo-palestinien, refrain ensanglanté des décennies passées, plus que jamais d'actualité. Dans un décor d'un gris dégradé, inversement semblable à celui de ses vêtements, encadré par trois portes qui n'ouvrent sur rien, elle avance, sur la moquette, à pas de loup presque comptés sans jamais flirter avec l'illustration ou même la démonstration. Ses cris de détresse sont silencieux, terriblement expressifs. Les explosions donnent lieu à une lumière crue et aveuglante. Arnaud Meunier, qui adapte ici (après Anna Politovskaïa et Chapitres de la chute) sa troisième œuvre de l'écrivain italien

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Dalida : “Moi je veux mourir sur scène”

ECRANS | de Lisa Azuelos (Fr, 2h04) avec Sveva Alviti, Riccardo Scamarcio, Jean-Paul Rouve…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Dalida : “Moi je veux mourir sur scène”

Une bonne décennie après la mini-série télévisée de Joyce Buñuel, pourquoi diable entreprendre un nouveau biopic sur Dalida ? Si grâce à son producteur de frère la discographie de feue Iolanda Gigliotti s’est enrichie d’une vingtaine de titres — performance remarquable pour une artiste décédée en 1987 —, force est de reconnaître que Lisa Azuelos n’a rien à nous apprendre de nouveau. Entre deux séquences clipées hachant son ascension, la réalisatrice se borne à dévider l’existence malheureuse de la chanteuse en suivant un double-fil pas vraiment cachemire : c’était une collectionneuse de relations autodestructrices, mais aussi une femme de tête en quête de stimulations intellectuelles… Wow… Entonnant volontiers le couplet de la star adulée échouant de naufrage sentimental en fiasco amoureux, le film transforme Dalida en une sorte de Pierre Richard tragique, accumulant avec brio les amants suicidés sous l’œil noir d’un Orlando plus vrai que nature — Riccardo Scamarcio est, avec Vincent Perez en Barclay et Timsit en Coquatrix, l’un des seuls attraits du f

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"3 000 Nuits" : Femmes au bord de la prise de guerre

ECRANS | de Mai Masri (Pal-Fr-Lib-Jord-ÉAU-Qat, 1h43) avec Maisa Abd Elhadi, Nadira Omran, Raida Adon…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Israël, 1980. Soupçonnée de connaître un terroriste, l’institutrice palestinienne Layal est emprisonnée et condamnée à huit ans de réclusion. Une peine d’autant plus lourde qu’elle est enceinte, et mêlée à des détenues israéliennes de droit commun… Menace d’attentats, état d’urgence, situation d’exception… Sinistre suite logique, poursuivie par la rétention abusive ou dans des conditions dégradantes au fond d’une cellule. Voilà qui catalyse de plus vives insurrections, et fabrique les ripostes du lendemain avec ces victimes collatérales en second que sont les enfants. Collé à des faits bien précis, ce film aurait pu il y a peu nous sembler très éloigné dans l’espace et le temps ; il trouve désormais une violente actualité. Au-delà de la dénonciation des exactions scandaleuses de Tel-Aviv et de l’arbitraire pratiqués sur des femmes (pour certaines innocentes des faits reprochés), il nous fait entendre cette double antienne : aucun camp n’aura jamais le monopole de l’inhumanité ; ceux qui tiennent la matraque imposent leurs lois. À la fois drame historique et thriller carcéral, 3 000 Nuits aurait pu, par la vertu du huis clos, être une pièce de théâtre

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Dalida

ECRANS | Lisa Azuelos, la réalisatrice de Lol, consacre un biopic à Dalida, fameuse chanteuse italienne, Égyptienne de naissance mais d’expression française, disparue (...)

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Dalida

Lisa Azuelos, la réalisatrice de Lol, consacre un biopic à Dalida, fameuse chanteuse italienne, Égyptienne de naissance mais d’expression française, disparue voilà bientôt trente ans. Si vous ne pouvez pas vous rendre à l’avant-première de prestige se déroulant à l’Olympia, elle sera retransmise en direct non pas d’Orlando, mais dans votre cinéma, ce qui vous permettra de découvrir avant tout le monde la prestation de Sveva Alviti dans le rôle-titre. Dalida Aux Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie le mercredi 30 novembre à 19h30

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"Trashed" : le plastique, c’est satanique

Le Film de la Semaine | Jeremy Irons nous guide à travers le monde des déchets gouverné par de belles saloperies : dioxines et plastiques — des polluants ubiquistes impossibles à recycler, résidus de la révolution industrielle et des Trente Glorieuses. Un documentaire aussi édifiant qu’effrayant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Fin octobre, le WWF publiait une étude révélant l’extinction de 50% des espèces de vertébrés durant les quarante dernières années. À qui la faute ? Trashed délivre davantage qu’une ébauche de réponse à ce cataclysme supérieur à tous les accidents géologiques passés, en accumulant des strates d’informations. Pour certaines collectées au grand jour ; pour d’autres ramassées dans la fange putride de nos poubelles. Lesquelles, sous nos yeux obstinément aveugles, ont gagné notre espace vital. Elles gagneront tout court, si l’on n’y prend garde. Ordures ! Sur le front environnemental, d’aucun(e)s pensent qu’il est plus productif pour la cause d’encenser en sautillant benoîtement un chapelet de micro-initiatives positives, en prenant grand soin d’éviter de s’attarder sur la situation actuelle, décidément trop anxiogène. Une étrange forme de méthode Coué consistant à consentir un traitement, sans accepter de reconnaître la maladie — tout à fait en phase avec notre époque de l’aseptisé triomphant. Ici, Jeremy Irons ne fait pas de cœurs avec les doigts, ni n’étreint ses interlocuteurs sur fond chill-out. Pas plus qu

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Sur les traces lumineuses de Farida Hamak

Galerie Regard Sud | Ancienne photographe de guerre au Liban et en Syrie dans les années 1980, Farida Hamak poursuit aujourd'hui un travail artistique très différent, beaucoup (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 octobre 2016

Sur les traces lumineuses de Farida Hamak

Ancienne photographe de guerre au Liban et en Syrie dans les années 1980, Farida Hamak poursuit aujourd'hui un travail artistique très différent, beaucoup plus "plasticien". Les images qu'elle expose à la galerie Regard Sud (jusqu'au 29 octobre) ont été prises à Bou Saada en Algérie. Cette région, prisée autrefois par les peintres orientalistes et, plus récemment, par de nombreux cinéastes, est baignée d'une lumière crue, intense, quasi surréelle... L'ombre y a presque disparu ou s'y réduit à une mince raie ou un discret triangle traversant ses images. Des images qui, souvent, glissent vers une certaine abstraction avec des corps enveloppés de blanc se dissolvant dans l'espace, et des lignes d'horizon ou des lignes de batisses séparant à la surface des images des "aplats" de couleurs... Les traces qu'explore Farida Hamak sont de très belles traces de lumière.

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Le discours et la méthode : un point sur la politique culturelle en Rhône Alpes

Politique Culturelle | Ça coince. Depuis le changement d’exécutif à la tête de la Région en décembre, aucune ligne claire concernant la culture n'a été édictée. Pire : les budgets sont rabotés voire réduits à néant sans concertation. Le milieu culturel s'échauffe.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Le discours et la méthode : un point sur la politique culturelle en Rhône Alpes

La culture n'est pas une compétence obligatoire des Régions. Les lycées, la formation professionnelle et les transports régionaux sont bien évidemment des priorités (l'A45 aussi, manifestement). D'où, certainement, le fait que le Plateau, un espace dédié à l'art contemporain, soit aujourd'hui vide ; et que lors de sa conférence de presse sur le budget ce printemps, Laurent Wauquiez ait appris par notre question que la Région était présente au festival d'Avignon via la location d'une péniche où des débats devaient être organisés : location aussitôt annulée. Voilà pour la méthode : trancher dans le vif en une minute. Exit les commissions d'experts (bénévoles) chargés d'étudier des dossiers très complets de demande de subventions à l'attention des élus. Pourquoi ce système a disparu ? La vice-présidente en charge de la Culture, Florence Verney-Carron nous explique : « C'était un problème de délai sur ce budget : nous n'aurions pas pu réunir les commissions dans les temps. Mais tout a été étudié de très près par nos services et la direction de la culture. Pour l'avenir, nous all

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Insomniaque : vos trois soirées du week-end

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 7 juin 2016

Insomniaque : vos trois soirées du week-end

10.06.16 > TRANSBORDEUR WE ARE REALITY Le come-back du fils prodigue : Agoria est de retour au Transbordeur pour une nuit où il fait non seulement office de headliner pétri de talent, dont les sets regorgent de ressources, naviguant sur toutes les vagues des musiques électroniques pour agiter le dancefloor, mais aussi d'hôte parfait ; car c'est lui qui convie ici une moitié d'Âme, celle se produisant live, à savoir Frank Wiedemann l'esthète d'une house hypnotique comme on peut la savourer sur son label Innervisions. Communion. 10.06.16 > DV1 KEEPSAKES Voilà, c'est fini. C'est la dernière pour ce petit club du bas des pentes, qui depuis de longues années ne se contentait pas de programmer du DJ techno à la chaîne mais savait donner sa chance à de jeunes talents, à des promoteurs débutants. La mort d'un club, c'est souvent un bout de l'âme d'une ville qui s'envole. Mais aussi, parfois, une

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Court (En instance) : l'Inde sans complaisance

ECRANS | de Chaitanya Tamhane (Ind, 1h56) avec Vira Sathidar, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni…

Vincent Raymond | Mardi 10 mai 2016

Court (En instance) : l'Inde sans complaisance

On est rarement déçu lorsqu’un cinéaste glisse ses caméras dans un prétoire, que ce soit pour un documentaire ou une fiction. Car un tribunal réunit en vase clos un condensé de la société dont il défend les intérêts ; les affaires qu’il juge témoignent de ce qui est considéré comme délinquance par un pays, et reflète le degré de liberté publique dont jouissent ses habitants. Une cour est donc, toute spectacularisation mise à part, un puissant révélateur. Sortant sur les écrans quelques semaines après le décevant La Saison des femmes, Court (En instance) ne se dissimule pas derrière le folklore pour affronter des questions dérangeantes. À travers un procès découpé en plusieurs audiences, il montre une Inde sans complaisance où perdurent des lois obsolètes datant de l’ère Victoria ; où des instructions fragiles peuvent être truquées par la police avec la bénédiction du ministère public, où les magistrats exercent un pouvoir discrétionnaire. Entre chaque session (on devrait dire “coup”, comme aux échecs, tant la défense et

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Hana et Alice mènent l’enquête : le renouveau de l'anime nippon

ECRANS | L’animation connaît en ce moment un regain bien loin de se limiter à l’Hexagone. En témoigne ce polar nippon à prendre en filature serrée, de même que son réalisateur — le chevronné Shunji Iwai.

Vincent Raymond | Mardi 10 mai 2016

Hana et Alice mènent l’enquête : le renouveau de l'anime nippon

Inconnues pour la plupart des spectateurs occidentaux, Hana et Alice ont pourtant vu le jour sur les écrans il y a une dizaine d’années au Japon en chair, en os et en uniforme. Créées par Shunji Iwai pour agrémenter des spots à la gloire d’une barre chocolatée portionnable bien connue, ces lycéennes s’en sont (presque) affranchies en devenant en 2004 les héroïnes d’un long-métrage éponyme narrant leurs complicité ainsi que leurs aventures sentimentales. Le temps a passé, mais Iwai n’en avait pas pour autant fini avec elles. Et c’est par la voie de l’animation qu’il a choisi d’offrir un prolongement en forme de préquelle à leur exploits. À partir de cette pierre dessinée avec grand talent, le cinéaste effectue un nombre impressionnant de ricochets : il se révèle à une plus large audience en France (où curieusement, ses films n’ont jamais beaucoup été relayés) et s’affirme comme un excellent réalisateur de film d’animation, investissant le segment “réaliste”— celui de l’imaginaire étant déjà largement quadrillé par les héritiers de Takahata et Miyazaki, tels que Hosoda ou la foule des auteurs de nekketsu. Précis et sans hentaï Shunji Iwai s

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Livre-échange

Givebox | Les boîtes à lire se multiplient. Le principe est simple : on y prend ce qui nous intéresse et on y dépose ce dont on ne se sert plus. Sans contrepartie. Solidaire, altruiste, génial.

Julie Hainaut | Mardi 10 mai 2016

Livre-échange

« Deux semaines que je suis enfermé. Que personne ne m’a regardé, touché, senti. Il arrive qu’on me tâte, qu’on me retourne, mais souvent, on me laisse de côté. Deux semaines que je vois ces multiples mains attraper mes copains de voyage. Machiavel a déjà découché quatre fois alors qu’il n’est là que depuis une semaine. Il est toujours intact, pas écorné, pas abîmé. Son Prince séduit, apparemment. Pareil pour Kundera et son Insoutenable légèreté de l’être, pas une once de tâche de café malgré ses allers-retours. Les miennes, je ne les compte plus. En page 16, quand Vladimir explique à Estragon qu’ils doivent attendre devant l’arbre, ou en page 25 quand ils sucent une carotte un peu sucrée. J’ai eu mon heure de gloire. Mais aujourd’hui, je suis comme Vladimir et Estragon : j’attends Godot. J’attends un lecteur. » (Samuel Beckett) Démocratiser la lecture Créé en 2011, le Fonds Decitre propose l’installation de boîtes à lire dans les quartiers les plus défavorisés. « Nous les implantons en priorité dans les villes dépourvues de librairie et/ou dans les cités où vivent des gens en précarité. Nous n’en placerons jamais dans

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Parfum de Printemps

ECRANS | de Férid Boughedir (Fr/Tun, 1h39) avec Zied Ayadi, Sara Hanachi, Fatma Ben Saïdane…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Parfum de Printemps

Si, dans les faits, la Révolution de jasmin tunisienne a commencé par une immolation à Sidi Bouzid, Férid Boughedir lui imagine des prémices plus fleur bleue. Cette manière “romantique” de reconsidérer l’Histoire immédiate peut surprendre ; pourtant, elle vaut (par l’esprit, conservons des proportions à chaque entreprise) la latitude que s’octroyait Shakespeare en relatant les guerres civiles britanniques, ou Musset lorsqu’il façonnait Lorenzaccio à partir des rivalités à la cour florentine. Parfait candide, le héros de Parfum de Printemps parcourt une capitale-cocotte-minute peu avant que Ben Ali ne soit déposé. Indifférent aux factions, imperméable aux idéologies, hermétique aux événements, le brave garçon joue pourtant à son insu (mais par amour) un rôle déterminant dans la Révolution. La fable rappelle en cela Bienvenue Mr Chance de Hal Ashby, en gentillet (Zied Ayadi surjoue quand Peter Sellers visait l’understatement) ; quant à Boughedir, il renoue timidement avec l’érotisme de son film le plus connu, Halfaouine. Mais là aussi, en plus naïf.

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Les Délices de Tokyo

ECRANS | De Naomi Kawase (Jap, 1h53) avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Délices de Tokyo

Auteure de l’éprouvant Forêt de Nogari (2007) – condensé de cinéma abscons – Naomi Kawase trouve dans Les Délices de Tokyo une manière de rédemption en abordant la thématique de la gastronomie : elle insuffle une sensualité simple et joyeuse à son cosmos – toujours autant focalisé sur la transmission in extremis entre les générations. Car la nourriture a cette irremplaçable vertu d’assouplir les âmes, en plus de réjouir les papilles ou les pupilles ; les précédents Le Festin de Babette de Gabriel Axel (1987) ou Au petit Marguery de Laurent Bénégui (1995) en témoignent. Discipline suivant une liturgie complexe, exercée par des artistes dans l’abnégation d’eux-mêmes, la tradition culinaire est ici montrée comme un ciment culturel intime et poétique. Elle est aussi le révélateur de ce Japon à la mémoire si sélective, toujours prompt à brandir avec fierté l’héritage d’un Empire millénaire, en occultant les aspects gênants de son histoire contemporaine. Les clients se pressent pour dévorer des gâteaux à la pâte de haricot rouge ; ils vont lâchement déserter en apprenant que celle qui les a confectionnés

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Quais du Polar 2016 : les premiers noms

CONNAITRE | Richard Price, Jo Nesbo, David Peace, Tim Dorsey et Arnaldur Indridason (photo) : voici quelques-uns des auteurs, disons les (...)

Benjamin Mialot | Lundi 30 novembre 2015

Quais du Polar 2016 : les premiers noms

Richard Price, Jo Nesbo, David Peace, Tim Dorsey et Arnaldur Indridason (photo) : voici quelques-uns des auteurs, disons les plus bankable, qui seront présents à la douzième édition de Quais du Polar, les 1er, 2 et 3 avril prochains. Également au programme pour l'heure : un panorama francophone (Jean Van Hamme, Jacques Côté, Joseph Incardona, Janis Otsiemi, Kangni Alem...), une dictée noire sous la houlette d'Amélie Nothomb et une autre, réservée aux scolaires, sous celle de François Morel.

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Le Comœdia fait le plein de Jeunes gens modernes

CONNAITRE | Diffusé au Comoedia et doublé d'un concert de A Boy Called Vidal et Noir Boy George au Marché Gare, le documentaire "Des jeunes gens modernes", retrace une brève mais confuse histoire de la new wave en France au tournant des années 80. Un film mal fichu, confus mais souvent passionnant, à l'image du mouvement qu'il décrit.

Stéphane Duchêne | Mardi 13 octobre 2015

Le Comœdia fait le plein de Jeunes gens modernes

«On ne peut pas concevoir le rock en dehors de l'expérience nucléaire. Le trauma d'Hiroshima et Nagasaki n'est pas innocent, c'est un événement qui nous a transformé. Que dix ans après apparaisse une musique basée sur l'électrification de guitares...» Sans finir sa phrase et à sa manière inimitable, l'écrivain Maurice G. Dantec analyse ainsi la naissance du rock 'n' roll dans le documentaire de JF Sanz. Et c'est en utilisant le terme de «dandysme nucléaire» que le critique Yves Adrien et le journaliste punk-mondain Alain Pacadis – qui dit avoir «L'amour du nucléaire» – définissaient le mouvement post-punk qui étincela dans la France du virage Giscardo-Mitterandien et que le magazine Actuel baptisa "Jeunes Gens Modernes". A la croisée des chemins, ou au carrefour du développement, comme on aurait pu dire alors, cette période aura marqué la rencontre de l'inertie et de l'énergie, du conservatisme et du progrès, du nihilisme avorté du punk et d'un futurisme balbutiant de nouvelles technologies encore sommaires mais déjà révolutionnaires. Jeunesse éternelle

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Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

MUSIQUES | Avant le concert du Suédois au Transbordeur, on pose cette question capitale.

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 octobre 2015

Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

The Hives ; Loney, Dear ; I'm from Barcelona ; Jose Gonzales ; The Knife ; Peter Björn and John ; The Tallest Man on Earth ; Peter Von Poehl ; Frida Hÿvonen ; The International Noise Conspiracy... Même en ne s'en tenant qu'aux artistes déjà cités dans ce journal (on en oublie sûrement et on vous épargne les mastodontes passés et présents toutes disciplines confondues – ABBA, Roxette, Ace of Base, Don et Neneh Cherry, Robyn, EST...), les Suédois sont aussi présents dans nos oreilles que les Anglo-Saxons. D'ailleurs c'est simple, la Suède est le troisième exportateur de musique au monde. Et c'est à Stockholm que l'on compte le plus de studios d'enregistrement par habitant, abritant une armée de faiseurs de tubes pop que les plus grandes stars US s'arrachent pour transformer une mélodie en son de tiroir-caisse. Sauf qu'à vivre et produire dans un pays d'exportation, on en vient à n'être pas soi-même importé. Tel un Patrick Devedjian victime collatérale de l'« ouverture » sarkozyste, Jay-Jay Johanson, qui connut ses premiers succès en France (au point d'y vivre un temps, à Strasbourg, et de constater qu'on ne s'y ennuyait pas assez pour écrire) et a toujours enre

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