X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Photo : © Twentieth Century Fox


Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les Sentinelles) capables d'imiter les éléments et les métaux ; et l'Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past, basé sur l'un des plus fameux arcs narratifs du comic book d'origine (signé Chris Claremont et John Byrne en 1981), consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d'icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante.

Au milieu d'un décor en ruines, une mutante aide ses camarades à combattre les sentinelles en creusant des brèches spatio-temporelles qui forment autant de trouées visuelles à l'intérieur de l'écran. Ce pouvoir-là sera aussi celui du cinéaste : le scénario — et le personnage d'Ellen Page — l'autorise ainsi à envoyer Wolverine dans le passé pour convaincre Magneto et le Professeur Xavier de s'unir afin d'éviter que Raven, pas encore rebaptisée Mystique, ne commette un attentat qui enclenchera la guerre à venir. Réécrire l'Histoire, figer le temps et l'espace pour faire dévier le cours des événements, tel est donc l'enjeu de ce Days of future past ; enjeu dramatique, mais aussi enjeu politique et surtout esthétique d'un film qui prend des allures de divertissement expérimental et pictural comme George Lucas a pu en rêver à une certaine époque.

Temps X

Tout ici peut donc être altéré, recomposé ou réécrit. La séquence la plus stupéfiante et emblématique est sans aucun doute celle de l'évasion de Magneto. Face à une dizaine de flics réunis dans un espace confiné du Pentagone, le Professeur Xavier use de son pouvoir pour arrêter le temps, tandis que Quicksilver, qui se déplace à la vitesse de la lumière, va reconfigurer intégralement la scène de manière à ce que les balles n'atteignent pas leur cible. Dans un ballet hallucinant où l'idée même de 3D prend un sens radicalement nouveau, on le voit donc se mouvoir à toute vitesse au milieu d'un tableau au ralenti que Singer sublime en un seul plan séquence.

Cette façon de briser les mécanismes de causalité pour créer de nouvelles interactions entre les personnages et leur environnement et tester ainsi la plasticité des images et des corps, le film le reproduit à tous les niveaux de son intrigue. Pour cela, il se désigne un ennemi fictionnel, en la personne d'un homme de science cherchant à inventer une nouvelle arme de protection et de dissuasion à partir de l'ADN des mutants. Celui-ci est incarné par l'acteur nain Peter Dinklage, célèbre pour son rôle dans Game of thrones, mais dont les plus cinéphiles se rappellent qu'il fut l'avocat de Vin Diesel dans Jugez-moi coupable. Corps mutant à sa manière, il n'a pourtant qu'une seule obsession : se mettre au service du pouvoir dominant, en l'occurrence Richard Nixon et son gouvernement. Les X-Men deviennent alors des forces de contestation, et le film noue ainsi un dialogue subtil avec son pendant anar, les Watchmen d'Alan Moore, justiciers virés miliciens pour un État crypto-fasciste.

Revendiquer ou refuser sa différence : le dilemme se pose aussi à Charles Xavier, qui refuse son infirmité au point de devenir accro à une drogue surpuissante, puis à Magneto, qui doit choisir entre l'affirmation de son combat et ses conséquences sur l'avenir des mutants et des humains, mais aussi sur ses sentiments personnels.

Un classique mutant

Si le scénario développe une richesse romanesque à la lisière de la série télé, sa rigueur associée aux inventions permanentes de la mise en scène et à un casting parfait donnent à Days of future past des atours de classique du blockbuster. Le film se sort aussi habilement de quelques mauvais pas hérités de ses dérivés catastrophiques — Wolverine sans ses griffes d'acier à la fin du nullissime Combat de l'immortel, la mort de Xavier dans le minable X-Men 3 — sans pour autant botter en touche. Pour cela, il doit aller au bout de sa logique où le passé modifié et l'avenir incertain trouvent un point de convergence dans le présent des épisodes précédents.

Il y a bien une ambition lucasienne chez Singer : enrichir sans cesse son univers de nouvelles créatures, de nouveaux mondes, le creuser toujours plus avant pour en tirer des formes qui relèvent autant d'une tradition classique — la scène post-générique, qui rappelle certains péplums de DeMille ou Hawks, en est la meilleure preuve — que de ses mutations contemporaines, des équations scénaristiques d'un Nolan aux chairs modifiées par le virtuel de Fincher. Une chose est certaine en tout cas : X-Men : Days of future past rappelle, au moment où on commençait à en douter, qu'un blockbuster peut être à la fois ambitieux, cohérent, stimulant, spectaculaire et personnel.

X-Men : Days of future past
De Bryan Singer (ÉU, 2h03) avec Hugh Jackman, Michael Fassbender, James MacAvoy, Jennifer Lawrence…


X-Men : Days of Future Past

De Bryan Singer (ÉU, 2h10) avec Hugh Jackman, Jennifer Lawrence... Les X-Men envoient Wolverine dans le passé pour changer un événement historique majeur, qui pourrait impacter mondialement humains et mutants.
UGC Ciné-Cité Internationale 80 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

X-Men : Dark Phoenix | De passage à Paris (où se déroule l’épilogue du film), l’équipe de "X-Men : Dark Phoenix" est revenue sur la conception de nouvel opus. Propos rapportés de la conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

Pourquoi vous êtes-vous focalisé ici sur le personnage de Jean Grey ? Simon Kinberg : D’abord, je suis tombé amoureux du personnage de Phoenix : je le trouvais absolument fascinant, comme tout le monde parmi les X-Men. J’aimais aussi l’idée d'un personnage qui perdait à la fois sa tête et ses pouvoirs, mais également voir de quelle manière cela affectait tous les X-Men ; comme des ennemis deviennent des amis, comment des amis, au contraire, devenaient des ennemis. Et puis il y avait ce dilemme : lorsque l’on a des amis proches qui perdent temporairement pied, quand cesse-t-on de vouloir les sauver ? Il était important ici de montrer que les conséquences du combat intérieur de Jean Grey font souffrir les autres autant qu'elle-même. Il fallait donc que le film ait une qualité intime humaine presque primitive ; et que l’on sente ce combat jusque dans le style, les acteurs ainsi qu'une forme plus naturaliste. Quand on a une telle distribution, il faut lui donner de vraies scènes afin que les acteurs puissent exercer leurs super-pouvoirs — qui est d'être formidables. Sop

Continuer à lire

50 nuances de Grey : "X-Men : Dark Phoenix"

Marvel | De Simon Kinberg (E-U, avec avert. 1h40) avec James McAvoy, Sophie Turner, Michael Fassbender…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

50 nuances de Grey :

1992. Partie avec les X-Men à la rescousse d’astronautes en détresse, Jean Grey est submergée par un magma cosmique qui déchaîne ses pouvoirs en puisant dans les aspects obscurs de son passé. Incontrôlable et dangereuse, elle rejette Xavier et compte sur l’aide de Magneto… L’absence de Bryan Singer, mis à l’index pour ses histoires de pantalon, serait-elle à déplorer ? Force est de reconnaître que l’avance prise par la bande à Xavier sur la troupe de Stark a fondu comme la calotte polaire : la surmultipliée déployée par les Avengers dans le diptyque habité par Thanos a rattrapé et ordonné l’accumulation foutraque (parfois poussive) qui diluait les enjeux à force de tonalités divergentes. Limitant ses spin-off aux aventures de Wolverine — achevées en apothéose dans Logan —, voire à l’inclassable Deadpool, les X-Men avaient pour eux une cohérence globale, conséquence directe des schémas narratifs reposant sur des oppositions duelles (Xavier contre Magneto, humanité contre mutants, etc.) ; de bonnes rivalités bipolaires fondées sur des présupposés manichéens ainsi que sur la puissance

Continuer à lire

Rami Malek : « je voulais surprendre la caméra autant que lui la surprenait »

Bohemian Rhapsody | Les qualités de Rami Malek vont au-delà d’une ressemblance physique troublante avec Freddie Mercury. L’acteur s’est investi corps et âme dans ce portrait du meneur de Queen. Propos rapportés lors de sa visite parisienne.

Vincent Raymond | Dimanche 11 novembre 2018

Rami Malek : « je voulais surprendre la caméra autant que lui la surprenait »

Les membres de Queen Brian May et Roger Taylor sont producteurs exécutifs du film. Quelle influence ont-ils exercé sur le tournage, et vous ont-ils dit des choses particulière sur Freddie Mercury? Rami Malek : Déjà, vous pouvez imaginer à quel point c’était incroyable et monumental d’incarner Freddie Mercury : personne d’autre n’a été aussi provocateur ; après on a cassé le moule ! Quand Brian et Roger m’ont accueilli et accepté, ça a été comme une bénédiction. Je ne crois pas que j’aurais pu avoir une chance d’incarner Freddie s’ils n’avaient pas cru en moi. Brian m’a apporté beaucoup de soutien : il m’a permis de l’appeler à n’importe quel moment — ce que j’ai parfois fait à des moments difficiles extérieurs au films, parce qu’il était peu à peu devenu un mentor. Lorsqu’il a vu le film, ce qu’il m’a déclaré constitue pour moi le plus grand remerciement que je pouvais espérer ; j’en suis extrêmement fier. Vous avez déclaré que ce film avait changé votre vie. En quoi exactement ? Franchement, comment ne l’aurait-il pas changée ? En tant qu’acteur, j’ai été mis au défi

Continuer à lire

Show must go on : "Bohemian Rhapsody"

Drama-queen | De la fondation du groupe Queen au légendaire concert de Wembley lors du Live Aid de 1985, la vie de son leader charismatique, chanteur et auteur principal, Farrokh Bulsara dit Freddie Mercury, entre ses inspirations géniales, ses caprices et ses excès.

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Show must go on :

Sa vie n’avait certes rien d’une comédie, mais elle fut musicale et couronnée de succès dès lors qu’il intégra ce qui deviendrait Queen. Voilà pourquoi Bryan Singer a pris le parti de réduire à ces dix-quinze années de carrière l’existence de Freddie M. À bien des égards, la démarche est justifiée : nul besoin de traîner dans les soubassements de l’enfance pour saisir que le petit Farrokh est complexé par ses origines — qu’il n’aura de cesse de dissimuler au long de sa vie : on le déduit de ses attitudes de jeune adulte. Plus intéressantes sont sa maturation artistique dans le groupe, l’édification artisanale du morceau-titre, son affirmation égotique et, dans une autre mesure, la découverte de son orientation sexuelle. No sex, we’re puritan Or c’est là que la bât blesse : la représentation de cette icône gay est, à tout le moins, ambiguë. Singer le dépeint quasiment sous les traits d’un “hétérosexuel contrarié“. En effet, les seules relations charnelles montrées à l’écran sont celles de Freddie avec sa première petite amie. Par la suite, il e

Continuer à lire

Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Entretien | Hugh Jackman a posé les griffes de Logan et enfilé la tenue de Monsieur Loyal de l’inventeur du spectacle moderne, Phineas Taylor Barnum. Showtime !

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Pour quelles raisons teniez-vous à ce film et à ce que vous vouliez réussir, en tant qu’artiste et être humain ? Hugh Jackman : J’ai grandi dans l’amour des comédies musicales avec Fred Astaire et Gene Kelly — comme Chantons sous la pluie. En 2009, alors que je présentais la cérémonie des Oscars, son producteur Larry Mark m’a proposé de faire un musical. Mais à l’époque, c’était difficile de convaincre Hollywood sur un projet totalement original et neuf — l’ironie étant que La La Land était parallèlement en production, sans que nous le sachions. L’essentiel dans un musical étant le livret, c’était risqué de soumettre onze chansons originales à l’approbation du public. Lorsque Justin Paul en a écrit cinq, on a su que l’on tenait quelque chose — et le studio aussi. D’abord, le sujet “Barnum” s’adaptait parfaitement à un musical : avec ses rêves et son imagination, le personnage était plus grand que nature

Continuer à lire

Un joyeux Barnum : "The Greatest Showman"

Musical | de Michael Gracey (E-U, 1h46) avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Un joyeux Barnum :

Des poussières de son enfance miséreuse aux paillettes de la gloire, en passant par ses échecs, la vie romancée à la façon d’une comédie musicale de l’inventeur du spectacle moderne, l’entrepreneur Phineas Taylor Barnum (1810-1891). Créée ex nihilo pour le cinéma, sans passer par la case Broadway — une exception partagée avec La La Land —, cette comédie musicale adopte les codes du grand spectacle contemporain pour en conter la genèse, avec ce qu’il y a d’extravagance, de scintillant, mais aussi de clichés et de tape-à-l’œil façon Baz Luhrmann — la mise en abyme est de ce point de vue réussie. Et quel meilleur ambassadeur pour incarner Barnum que Hugh Jackman ? Ultime représentant de ces showmen plus qu’accomplis : absolus, conservant leur crédibilité sur toutes les scènes, il fait évidemment

Continuer à lire

Notre poison quotidien : "Sugarland"

Le Film de la Semaine | Pour prouver la nocivité du sucre, un Australien s’impose le régime moyen de ses compatriotes et observe les résultats sur son organisme. Une plongée terrifiante dans nos assiettes donnant envie de gourmander nos dirigeants. Sans aucune douceur.

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Notre poison quotidien :

Après avoir découvert ce documentaire, le moindre hydrate de carbone d’extraction industrielle vous semblera plus pathogène qu’un virus Ebola fourré au cyanure ; même l’écoute d’un titre de Sixto Rodriguez vous incitera à tester votre glycémie à jeun et d’expier par précaution avec une heure de step. Sortant sur les écrans en pleine période de détox, Sugarland aura-t-il une influence sur le consommation des crêpes au sucre durant la Chandeleur d’ici moins de dix jours ? Peu de chances, en tout cas, de le voir programmé dans des salles vendant du pop-corn : il y a des limites au masochisme. Le réalisateur australien Damon Gameau, lui, l’est tout de même un brin. Suivant le principe de Supersize Me! (2004), il s’inflige devant la caméra pendant deux mois le régime “normal” d’un de ses compatriotes comptant 40 cuillères à café de sucre quotidiennes (!) Des sucres cachés, présents dans l’alimentation transformée en apparence saine et/ou bio, qu’il ingurgite donc sans même recourir

Continuer à lire

Ego tripes : "Mother !" de Darren Aronofsky

Thriller | Thriller fantastique aux échos polanskiens, cette réflexion sur les affres effroyables de la création est aussi une puissante création réflexive. Et le récit du voyage aux enfers promis à celles et ceux qui gravitent trop près autour d’un·e artiste. Métaphorique et hypnotique.

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Ego tripes :

Un poète en panne d’écriture vit à l’écart du monde dans la vaste demeure que sa jeune et aimante épouse achève de rafistoler. L’arrivée d’un couple d’inconnus perturbe leur intimité. Mais si la maîtresse de maison est troublée par ces sans-gênes, le poète se montre des plus exaltés… À croire qu’une internationale de cinéastes s’est donné pour mot d’interroger les tourments de l’inspiration littéraire : après Jim Jarmusch (Paterson), Pablo Larraín (Neruda), Mariano Cohn & Gastón Duprat (Citoyen d’honneur), voici que Darren Aronofsky propose sa vision du processus d’écriture. Vision divergée, puisqu’épousant les yeux de la muse plutôt que celle de l’auteur. Mais pas moins douloureuse : afin d’accomplir l’œuvre lui permettant d’être sans cesse adulé par ses lecteurs, le poète va vampiriser son entourage jusqu’aux derniers sangs, avec l’ingratitude égoïste d’un saprophyte. Gore allégorique Si dans Black Swan, l’acte créat

Continuer à lire

On connaît la chanson : "Song To Song" de Terrence Malick

Love story | Retour à une forme plus narrative pour le désormais prolifique Terrence Malick, qui revisite ici le chassé-croisé amoureux dans une forme forcément personnelle et inédite.

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

On connaît la chanson :

Deux hommes, deux femmes : leurs histoires d’amour et professionnelles, croisées ou réciproques dans l’univers musical rock d’Austin… Après le sphérique et autoréférenciel Voyage of Time — amplification des séquences tellurico-shamaniques de Tree of Life façon poème mystique à liturgie restreinte — Terrence Malick renoue avec un fil narratif plus conventionnel. Avec ce que cela suppose d’écart à la moyenne venant du réalisateur de À la Merveille. Song To Song prouve, si besoin en était encore, que ce n’est pas un argument qui confère à un film son intérêt ou son originalité, mais bien la manière dont un cinéaste s’en empare. Le même script aurait ainsi pu échoir à Woody Allen ou Claude Lelouch (amours-désamours chez les heureux du monde et dans de beaux intérieurs, avec les mêmes caméos de Val Kilmer, Iggy Pop, Patti Smith), on eût récolté trois films autant dissemblables entre eux que ressemblants et identifiables à leur auteur. Persistance de la mémoire

Continuer à lire

"Alien : Covenant" : critique et entretien avec Ridley Scott

Science-Fiction | Après une patiente incubation, Ridley Scott accouche de son troisième opus dans la saga Alien, participant de son édification et de sa cohérence. Cette nouvelle pièce majeure semble de surcroît amorcer la convergence avec son autre univers totémique, Blade Runner. Excitant.

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

L’ouverture d’Alien : Covenant se fait sur un œil se dessillant en très gros plan. Ce regard tout neuf et empli d’interrogations est porté par l’androïde David, création du milliardaire Peter Weyland. Aussitôt s’engage entre la créature et son démiurge une conversation philosophique sur l’origine de la vie, où affleure le désir de la machine de survivre à son concepteur. L’image mimétique d’un instinct de survie, en quelque sorte. Cet œil inaugural, immense et écarquillé, reflétant le monde qui l’entoure, fait doublement écho non à Prometheus — dont cette séquence est la préquelle et la totalité de Covenant la suite — mais à l’incipit de Blade Runner (1982) du même Scott. L’œil y apparaît pareillement, pour réfléchir un décor futuriste et comme miroir de l’âme : c’est en effet par l’observation des mouvements de la pupille, lors du fameux test de Voight-Kampff, que l’on parvient à trier les authentiques humains de leurs simulacres synthétiques, les “répliquants”. Le David d’Alien rêve-t-il, comme eux, de moutons élect

Continuer à lire

"Logan" : little Miss Wolverine

Le Film de la Semaine | Confirmation d’une tendance : les dérivations des X-Men surclassent les recombinaisons des Avengers. Mangold le prouve à nouveau dans ce western crépusculaire poussant un Wolverine eastwoodien dans ses tranchants retranchements — au bout de son humanité.

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Fin des années 2020. Chauffeur de limousine de location, Logan n’est plus qu’une loque catarrheuse et alcoolique prenant soin d’un Professeur Xavier nonagénaire avec l’aide de Caliban. Sa routine explose quand surgit Laura, traquée par une horde de tueurs. Une jeune mutante à part : elle est sa fille. Si le cadre dystopique et anxiogène semble issu des cauchemars de Frank Miller, Logan pourrait quant à lui être un avatar eastwoodien, traînant sa splendeur passée comme un boulet et implorant inconsciemment la délivrance dans un ultime râle d’héroïsme. Le James Mangold de Copland (1997) ou Walk the Line (2005) semble de retour : après avoir signé un Wolverine III en demi-teinte, où les exigences du grand spectacle prenaient le pas sur les potentialités dramatiques offertes par le cadre politico-historique, il radicalise ici son propos, confrontant le mutant griffu aux limites ultimes de ses ambivalences et de sa noirceur. Telles serres, telle fille Cette dystopie contigue dans le temps s’approche dangereusement de la réalité : Mangold montre des multinationales “fabricant”

Continuer à lire

"À ceux qui nous ont offensés" : Fassbender en incarnation du Gitan britannique

Critique | Colby Cutler règne en parrain despotique sur les siens, commanditant casses et larcins à tout va. Las de cette existence hors-la-loi, son fils Chad (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Colby Cutler règne en parrain despotique sur les siens, commanditant casses et larcins à tout va. Las de cette existence hors-la-loi, son fils Chad s’apprête à quitter sa roulotte avec femme et enfants pour se fixer dans une maison en dur. Mais Colby n’a pas l’intention de le laisser partir… Après Brad Pitt dans Snatch, voici Michael Fassbender en nouvelle incarnation du Gitan britannique — rien à voir avec leurs cousins du Continent, souvent représentés de manière moins glamour chez Kusturica ou Gatlif. Ce constat mis à part, les problématiques rencontrées par cette population au Royaume-Uni sont identiques : pilote chevronné voulant se ranger des voitures, Chad goûte à l’ostracisme lorsqu’il s’aventure hors du clan. Un rejet que subit également sa progéniture, au grand bonheur de Colby, qui croit à une forme de déterminisme social : un statu quo renforce son emprise sur le groupe. Film complexe, multiple, À ceux qui nous ont offensés marie à la fois le

Continuer à lire

"Assassin’s Creed" : Enter the game… over

ECRANS | de Justin Kurzel (E-U-Fr, int.-12 ans, 1h55) avec Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons…

Vincent Raymond | Mercredi 21 décembre 2016

Censé être exécuté par injection, Cal se réveille dans une étrange institution où des scientifiques l’incitent à plonger dans sa mémoire génétique afin de trouver le moyen d’éradiquer à jamais toute pulsion de violence chez l’Homme. Héritier d’une séculaire guilde, les Assassins, adversaires immémoriaux des Templiers, Cal va affronter son passé… et le présent. Dans cette histoire où deux vilaines sectes s’entretuent à travers les âges pour contrôler l’humanité, difficile de comprendre laquelle est la moins pire — laissons aux complotistes le soin de les évaluer selon leurs critères tordus. Difficile aussi d’y trouver son content en terme d’originalité spectaculaire : à force d’en garder sous la pédale pour alimenter d’hypothétiques suites, les films d’action peinent à se suffire à eux-mêmes ; d’épiques, ils deviennent elliptiques. Son origine vidéoludique devrait irriguer Assassin’s Creed de trouvailles visuelles, le rendre aussi innovant et immersif qu’un Christopher Nolan des familles. Las ! Justin Kurzel ne fait qu’enquiller bastons chorégraphiées et combats de sabres pour yamakasi en toile de jute. Puis, entre de

Continuer à lire

Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

4 questions à... | Après avoir campé dans Steve Jobs un créateur d’ordinateur, Michael Fassbender endosse pour l’adaptation du jeu vidéo Assassin’s Creed le double rôle de Cal et d’Aguilar, coiffant en sus la capuche de coproducteur. Il mise gros jeu…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

Êtes-vous adepte des jeux vidéo ? Je ne suis pas un gamer, mais je me suis mis à Assassin’s Creed après avoir accepté d’entrer dans ce projet — par respect pour les gens d’Ubisoft d’une part, de l’autre parce que j’avais envie de connaître ce monde qu’ils avaient créé et qu’ils m’avaient tellement bien expliqué. Pour m’inspirer également de la “physicalité” du personnage que je devais interpréter, dans ses mouvements pour les combats, dans sa pratique du parkour… Mais je ne suis pas le seul à m’être totalement immergé dans cet univers : ma partenaire de jeu Ariane Labed a été plutôt hardcore dans sa préparation : elle allait tellement fort dans les combats avec les cascadeurs qu’elle a fini avec la main en sang ! Votre personnage est amené à puiser au fond de sa “mémoire génétique”. Avez-vous déjà éprouvé ce besoin pour un rôle ? Je suis pas sûr que cela soit le cas. En général, j’interprète à l’écran des personnages existant ou ayant existé ; je puise alors des informations sur eux en regardant des vidéos sur Youtube ou en lisant des livres qu’ils ont écrits, pour avoir

Continuer à lire

X-Men : Apocalypse : le patron, c'est Bryan Singer

ECRANS | En mettant ses mutants aux prises avec le premier d’entre eux, Apocalypse, Bryan Singer boucle une seconde trilogie des X-Men épique. Et montre que, de tous les réalisateurs de productions Marvel déferlant sur les écrans ces temps, c’est bien lui le patron.

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

X-Men : Apocalypse : le patron, c'est Bryan Singer

Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelque inquiétude quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coup de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité — James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (Days of Future Past) pour les fondre dans une masse paradoxalement homogène.

Continuer à lire

Pomme Star : Danny Boyle fait le Jobs

ECRANS | Après s’être égaré en racontant les tribulations gore d’un randonneur se sciant le bras pour survivre (127 heures), Danny Boyle avait besoin de se rattraper. Le natif de Manchester fait le job avec une évocation stylisée du patron d’Apple, première super-pop-star économique du XXIe siècle.

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Pomme Star : Danny Boyle fait le Jobs

« Penser différent »… Érigé en précepte par Steve Jobs lui-même, le slogan exhortant à la rupture créative et intellectuelle semble avoir guidé le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur Danny Boyle dans ce travail autour de la biographie (autorisée) du charismatique fondateur d’Apple, pavé signé Walter Isaacson détaillant par le menu l’existence de Jobs, listant les innovations à mettre à son actif - un livre paru en France en 2011 chez JC Lattès. L’un et l’autre ont emprunté un chemin de traverse, ne se lançant pas dans une illustration chronologique standard visant l’exhaustivité en suivant le sempiternel et prévisible "sa vie, son œuvre". Jobs ayant été, au-delà de toutes les controverses, une manière de stratège imposant sa vision d’une réalité distordue, modelant finalement la réalité à ses désirs, Sorkin et Boyle lui ont taillé un écrin biographique hors-norme. Pour le cinéaste, cela passait par l’abandon de marques de fabrique virant au tic, comme les effets de montage épileptoïdes ou le recours à une bande originale utilitaire, marqueur temporel ou folklorique. Pour l’auteur du script, par la conception d’une sorte

Continuer à lire

Chappie

ECRANS | Déroute intégrale pour Neill Blomkamp avec ce blockbuster bas du front, au scénario incohérent et à la direction artistique indigente, où il semble parodier son style cyberpunk avec l’inconséquence d’une production Luc Besson. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 mars 2015

Chappie

S’il fallait une preuve que la politique des auteurs a des limites, Chappie jouerait à merveille ce rôle : on y voit un cinéaste, le Sud-africain Neill Blomkamp, dont on a pu apprécier la cohérence de ses deux premiers films — District 9 et Elysium — commuer sa rage punk en une grotesque parodie sur un scénario écrit à la va-vite, incapable d’élaborer le moindre discours et même pas foutu d’assurer le minimum syndical en matière de blockbuster futuriste. Pourtant, tout est là : l’alliance entre l’humain et la machine — ici, un robot policier doté d’une intelligence artificielle et récupéré par des gangsters très méchants pour lui faire commettre un braquage permettant d’honorer leurs dettes — un futur proche qui ressemble à une extrapolation de nos ghettos sociaux contemporains, un goût de la destruction et des ruines urbaines… Cet effet de signature n’est qu’un trompe-l’œil : Blomkamp ne retrouve jamais la substance politique, même manichéenne et schématique, de ses œ

Continuer à lire

Frank

ECRANS | De Lenny Abrahmson (Irl, 1h35) avec Michael Fassbender, Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Frank

Quelque part en Irlande, Jon, un jeune musicien, rêve de rock et de gloire, mais végète chez ses parents. Le hasard le met sur la route d’un groupe avant-gardiste dont le claviériste vient de devenir fou ; Jon le remplace au pied levé et découvre, médusé, que le chanteur ne se montre qu’avec une énorme tête en carton-pâte sur scène… mais aussi en privé ! Frank est-il un génie torturé ou un as du buzz post-Daft punk ? Et, par conséquent, Frank-le film est-il une comédie sarcastique ou un hommage à ces doux dingues qui ont construit la légende du rock’n’roll ? Difficile de trancher au départ, tant Abrahamson brouille les pistes, fidèle à un certain esprit de la comédie british qui force le trait de la caricature tout en l’adoucissant d’un sirop émotionnel qu’on sent souvent sincère. Mais il n’arrive jamais à résoudre cette contradiction de base : peut-on faire un film aussi calibré et normé sur des personnages à ce point en dehors des clous, refusant à tout prix de vendre leur âme au music business ? Frank pose par ailleurs une autre question, fondamentale pour quiconque s’intéresse à un si grand acteur : Michael Fassben

Continuer à lire

12 years a slave

ECRANS | Après "Hunger" et "Shame", Steve McQueen adapte l’histoire vraie de Solomon Northup, homme libre devenu esclave, mais hésite entre grande forme hollywoodienne et effets de signature, entre son héros au parcours édifiant et l’esclavagiste fascinant incarné par sa muse Fassbender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

12 years a slave

Django unchained, Lincoln, 12 years a slave ; la question de l’esclavage aura inspiré récemment des cinéastes importants, chacun avec leur angle et leur manière. Western pop et politique marqué par la blaxploitation pour Tarantino, biographie dialectique, lyrique et fordienne pour Spielberg… L’approche de Steve McQueen est la plus frontale : le film se targue de regarder en face la question, ce que résume le premier plan où les esclaves alignés regardent la caméra et le spectateur. Au centre de ce théâtre ordinaire de l’asservissement, Solomon Nothrup ne se distingue pas du groupe, et pourtant son histoire est littéralement extra-ordinaire : homme libre, marié et père, violoniste dans la bonne société new-yorkaise, il est kidnappé et vendu à un propriétaire sudiste qui finira à son tour par le céder pour éponger ses dettes à un autre "maître" plus cruel et violent. La figure de Nothrup lance 12 years a slave sur les rails d’une fresque édi

Continuer à lire

Hunger Games : l’embrasement

ECRANS | Le premier volet de Hunger Games n’était pas fameux, mais il était curieux. Par ses choix de mise en scène presque arty, mais aussi par la fascination (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Hunger Games : l’embrasement

Le premier volet de Hunger Games n’était pas fameux, mais il était curieux. Par ses choix de mise en scène presque arty, mais aussi par la fascination totale de son réalisateur Gary Ross envers Jennifer Lawrence, qu’il filmait sous toutes les coutures, en action ou en train de ne rien faire, iconisant à l’extrême son héroïne dans un film qui, par ailleurs, n’allait au bout de rien. Entre les mains de Francis Lawrence, ce Battle royale pour les nuls vire à la catastrophe light, se transformant en une énième série télé pour grand écran où tout devient lisse : enjeux, personnages, violence — inexistante —, sexualité — il faut voir comment on filme une fille se dénudant pour comprendre le degré de puritanisme dans lequel s’enfonce ce cinéma mainstream pour ado… Surtout, passées les vingt premières minutes qui essaient vaguement de retrouver les questions politiques timidement soulevés par la première partie, Hunger Games : l’embrasement ne fait qu’en reprendre le déroulé hyper attendu, renouvelant ses seconds rôles — forcément, les autres se sont tous faits dessouder dans le précédent — sans arriver à les développer au-de

Continuer à lire

Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versen

Continuer à lire

Prisoners

ECRANS | Deux enfants kidnappés, un père prêt à tout pour les retrouver, un suspect tout trouvé, un détective tatoué et solitaire : les ingrédients d’un film noir très noir sur la contagion du mal signé Denis Villeneuve qui, après "Incendies", réussit haut la main ses débuts aux États-Unis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Prisoners

Qu’y a-t-il dans les caves des honnêtes gens ? Des cadavres, des enfants martyrisés, mais aussi de la paranoïa sécuritaire et de la mauvaise conscience qui peut, à tout moment, refaire surface et transformer une grise mais paisible bourgade en succursale de l’enfer. Le labyrinthe de Prisoners — figure que le film utilise comme un motif de l’intrigue mais aussi comme modèle de narration — est sans issue, et c’est ce qui impressionne en premier lieu : Denis Villeneuve, pour ses débuts aux États-Unis, ne fait aucune concession rassurante au spectateur. Aidé par un scénario remarquable, il plonge aux confins de la noirceur humaine pour montrer comment le mal se propage et finit par tout gangrener. C’est l’enlèvement de deux fillettes qui enclenche l’engrenage : le père de l’une d’entre elles — stupéfiant Hugh Jackman dans un de ses meilleurs rôles — se persuade que le coupable est un vieux garçon un peu attardé, malgré les dénégations du suspect et sa remise en liberté au terme de sa garde-à-vue. Il va donc le séquestrer et le torturer pour provoquer ses aveux. En parallèle, un flic désespérément solitaire et

Continuer à lire

Wolverine : le combat de l’immortel

ECRANS | Wolverine va se promener au Japon dans une aventure impersonnelle et ennuyeuse au possible, signe d’une franchise qui avance en roue libre et d’un cinéaste, James Mangold, totalement perdu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 24 juillet 2013

Wolverine : le combat de l’immortel

Face à ce Wolverine, qui laisse pas mal de temps pour penser à autre chose tant il sollicite peu la participation du spectateur, contraint d’en suivre les péripéties anémiques et les scènes d’action aussi rares que foireuses, on se dit qu’Hollywood est devenue une centrifugeuse folle prise au piège de sa productivité. Que faire pour maintenir en vie la franchise X-Men en attendant qu’un cinéaste ambitieux s’attelle à retrouver son essence de saga ? Décliner son personnage-phare dans des aventures prétextes que l’on regardera comme on lit le 115e numéro de Strange : d’un œil distrait avant de s’endormir. Ainsi va ce Combat de l’immortel : Logan / Wolverine survit à l’explosion atomique de Nagasaki et, soixante ans plus tard, après avoir vainement tenté de jouer les ermites barbus au milieu de la forêt — Into the wild beast ? — est contraint d’aller au chevet du soldat japonais qu’il avait sauvé à l’époque. Devenu un magnat de l’industrie tokyoïte, il s’apprête à léguer sa fortune à sa petite fille qui, évidemment, ne sera pas indifférente au charme du Glouton, entre temps passé par un bon bain chaud pour retrouver so

Continuer à lire

Trance

ECRANS | De Danny Boyle (Ang, 1h35) avec James MacAvoy, Vincent Cassel, Rosario Dawson…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Trance

La dégringolade continue pour Danny Boyle depuis qu’il n’a plus son scénariste Alex Garland a ses côtés. Après l’agaçant 127 heures, le voilà qui se fourvoie dans Trance, nanar improbable qui, à force de vouloir manipuler le spectateur, se perd lui-même dans son labyrinthe d’intrigues où un commissaire-priseur (MacAvoy) se fait hypnotiser par une médecin charmante (Rosario Dawson) pour retrouver la mémoire et, partant, le tableau de Goya qu’il a subtilisé au nez et à la barbe des voleurs avec qui il s’était associé (Vincent Cassel joue le chef). À partir de là, c’est du grand n’importe quoi, avec une mise en scène clipée sur fond de techno, des choix de production ringards, des incohérences à la pelle et surtout une avalanche de twists même pas amusants. Il suffit de dire que l’un d’entre eux, crucial pourtant, repose sur le rasage d’une toison pubienne, pour mesurer l’ampleur de la cata. Certes, cela conduit à une magnifique nudité frontale comme on en voit peu par les temps puritains qui courent. N’

Continuer à lire

Les Misérables

ECRANS | À force d’adaptations, le roman de Victor Hugo devait en arriver là : la version filmée de la version anglaise de la comédie musicale. Elle confirme les limites de Tom Hooper derrière une caméra et accumule les faiblesses manifestes et les fautes de goût impardonnables. Pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Les Misérables

Les Misérables n’est pas un bon film. On pourrait même passer la critique entière à en lister les défauts. À commencer par le travail de Tom Hooper lui-même, dont le trop admiré Discours d’un roi montrait déjà les limites : par exemple, Hooper s’avère absolument incapable de donner une forme aux passages non chantés. Alternant grand angle et longues focales, ils sont cousus n’importe comment par un montage aberrant réduisant l’action à une bouillie d’images incohérentes. On peut aussi s’interroger sur la valeur musicale de la partition de Schönberg et Boublil : ces "tubes" pensés pour des chanteurs à voix ont pris du plomb dans l’aile et seul l’investissement des comédiens permet de leur donner un nouveau souffle. Au milieu de ce casting all stars, on trouve une incroyable faute de goût : Russell Crowe dans le rôle de Javert. L’acteur sort sa grosse voix dans les passages parlés, mais part dans les aigus dès qu’il se met à chanter, sapant toute la crédibilité du personnage. Le récit est ce qui résiste le mieux à ce duplicata musi

Continuer à lire

Happiness therapy

ECRANS | Des personnages borderline dans une comédie romantique dont la mise en scène s’autorise à son tour toutes les hystéries visuelles : David O’Russell fait dans le pléonasme et l’emphase pour camoufler sa progressive absorption par la norme hollywoodienne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Happiness therapy

Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu’il a sauvagement tabassé l’amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche en rentrant de son boulot. Complètement cinglé selon les uns, temporairement perturbé selon les autres, en voie de rémission selon lui-même, on lui donne une chance de sortir de l’asile où il a atterri pour échapper à la prison, et le voilà revenu chez ses parents. Eux aussi sont un peu bizarres : la mère est surprotectrice, le père est bourré de tocs. Même ses amis sont bizarres, à leur façon : un couple très dépareillé qui ne trouve son équilibre qu’en ravalant ses frustrations, et une jeune veuve devenue nymphomane et obsédée par l’idée de réussir un concours de danse. Pour ceux qui ne le sauraient pas, David O’Russell est aussi un type bizarre : à l’époque de son manifeste cinématographique hermétique (J’♥ Huckabees), il donnait ses interviews pieds nus et dans une sorte de transe méditative. Happiness therapy veut faire de cette bizarrerie généralisée la matière à un renouveau de la comédie romantique. Les personnages y chercheraient une forme d’équilibre par le chaos psychologique ambiant, et les codes les plus attendus

Continuer à lire

Prometheus

ECRANS | Se voulant un retour aux origines de la saga "Alien", "Prometheus" est surtout une impasse pour Ridley Scott, tiraillé entre l’envie de retrouver sa splendeur graphique des débuts et son désir de rivaliser avec les blockbusters d’aujourd’hui. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 31 mai 2012

Prometheus

L’attente disproportionnée qui a entouré Prometheus, de l’annonce du projet (une prequel d’Alien) à ses nombreux changements d’horizon («l’invention d’une nouvelle mythologie») ne sont peut-être pas pour rien dans la déception éprouvée à la vision du film. Qui ne commence pourtant pas si mal… Pour la première fois, Ridley Scott s’essaie à la 3D et les images d’introduction, travellings aériens survolant une nature majestueuse, loin du space opera attendu, ont de l’allure. Même l’étrange géant diaphane qui se décompose au contact d’une substance noire et liquide, désintégrant jusqu’à son ADN, permet à Scott de déployer une certaine maestria visuelle. Quand le film s’envole dans l’espace avec une troupe de scientifiques et de grouillots au panel très Benetton, on y croit encore. Scott glisse par exemple une idée étonnante : l’androïde David, interprété par Michael Fassbender (curieux, tout de même, d’avoir confié à l’acteur le plus physique et sexuel du moment un personnage robotisé et désincarné), choisit son look en référence à Peter O’Toole dans Lawrence d’Arabie. Comme si, autant que d’expliquer les fondements de la

Continuer à lire

A dangerous method

ECRANS | La rivalité entre Freud et son disciple Carl Gustav Jung, un sujet complexe mais idéal pour David Cronenberg, qu’il rend passionnant pendant 45 minutes, avant de laisser la main à son scénariste, l’académique Christopher Hampton. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 décembre 2011

A dangerous method

Au détour d’une séquence de séduction entre Sabina Spielrein (Keira Knightley, qui donne beaucoup d’elle-même à ce personnage de femme hystérique découvrant la nature sexuelle de son mal) et Carl Gustav Jung (Michael Fassbender, loin de l’animalité de Shame, comme cherchant à déchirer le corset moral qui l’enserre), celle-ci lui dit : «Dans chaque homme, il y a une part féminine». L’admirateur de David Cronenberg saisit instantanément ce qui renvoie à l’œuvre du cinéaste canadien : la sexualité comme révélateur de la confusion des genres. A dangerous method raconte le conflit entre Freud, qui pense que tout est explicable par la nature libidinale des êtres, et Jung, qui croit que certains phénomènes proviennent d’un inconscient collectif. Mais il dit aussi qu’il y a une part d’inexplicable dans le désir et que la chair prend toujours le dessus sur le cerveau. Malaise dans la civilisation Comment raconter cette rivalité intellectuelle sans s’empêtrer dans des couches de dialogues explicatifs ? Cronenberg trouve de belles parades à cet écueil : par la mise en scène, comme lors de ce passage remarquable où le dispositif d’analyse inventé par Jung

Continuer à lire

Shame

ECRANS | Révélé par l’uppercut "Hunger", le tandem Steve McQueen (réalisateur) et Michael Fassbender (acteur) enfonce le clou avec "Shame", portrait entre extase et agonie d’un trader atteint de dépendance sexuelle, porté par un geste de cinéma extraordinaire de culot. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 décembre 2011

Shame

C’est par un crescendo incandescent que Steve McQueen nous attire à l’intérieur de son deuxième film, Shame. Crescendo musical où une envolée de cordes lyriques accompagne les images, mais aussi crescendo émotionnel dont l’inachèvement vaut comme raccourci du film dans son ensemble. Pourtant, il n’y a presque rien : un homme assis dans le métro regarde fixement la femme assise en face de lui, jolie, très maquillée, d’abord gênée par ce regard, puis curieuse et enfin complice. Elle se lève à la station suivante, on s’aperçoit qu’elle a une bague au doigt, elle sort de la rame. Il hésite quelques instants, puis se lève à son tour, tente de la rattraper mais elle a disparu dans la foule des passagers. Ce pourrait être un hommage au Brève rencontre de David Lean, le début d’un mélodrame à vous tirer des larmes. Ce sera l’inverse : une descente aux enfers. Car cet homme beau et attirant — normal, c’est le magnétique Michael Fassbender qui l’incarne, se livrant une fois encore à corps perdu à son metteur en scène Steve McQueen, qui l’avait révélé dans Hunger — nage dans

Continuer à lire

Real steel

ECRANS | De Shawn Levy (EU, 2h07) avec Hugh Jackman, Dakota Goyo…

Dorotée Aznar | Vendredi 14 octobre 2011

Real steel

Les premières bandes-annonces matraquées dans les salles laissaient croire à un film de SF bourrin, construit autour de joutes de robots tunés à la testostérone. Dans un sens, c’est le cas, mais dans le cadre d’un film familial totalement inoffensif, relecture très grand public du synopsis d’Over the top – mais si, vous savez, ce nanar des années 80 avec Stallone en routier qui fait des compétitions de bras de fer… Là, le héros est un ancien boxeur reconverti dans les combats de robots, devenus la norme dans un futur pas super éloigné. Cet escroc à la petite semaine récupère temporairement la garde de son fils en échange d’un peu de cash, et les deux étrangers vont s’apprivoiser au fil des victoires d’un robot qu’ils ont conçu tous les deux. Real steel, produit Disney, consacre l’essentiel de son récit à la construction de cette relation père-fils, en misant sur l’abattage du toujours très classe Hugh Jackman et de l’étonnant Dakota Goyo. Le script est d’un classicisme pompier, la réalisation proprette, les quelques scènes d’action efficaces et bien cadrées. Le personnage d’Evangeline Lilly passe bien les plats. Comme ce sont des tas de ferraille qui se foutent sur la gueule, pe

Continuer à lire

X-Men: Le Commencement

ECRANS | Sous l’impulsion de Matthew Vaughn et de son producteur Bryan Singer, ce reboot de la saga mutante a le mérite de poser de bonnes questions, et nous venge avec les honneurs des récents blockbusters super-héroïques. François Cau

Dorotée Aznar | Mardi 31 mai 2011

X-Men: Le Commencement

Tout le monde a sa propre vision du super-héros. Un individu extraordinaire, à même de pallier ses (nos ?) frustrations en devenant quelqu’un d’autre ; une métaphore de toutes les minorités, vouées à se dépasser face à l’adversité ; ou juste un frimeur en costume moulant qui, “en vrai“ tiendrait deux minutes dans une favela brésilienne. Mais par un savant mélange de simili hasard et d’opportunisme qui fait marcher son usine à rêves depuis de trop nombreuses décennies, Hollywood nous a récemment imposé un seul modèle, à travers les figures d’Iron Man, Green Hornet et Thor : le fils à papa arrogant, m’as-tu-vu, qui se lance dans la baston justicière comme d’autres feraient un caprice pour qu’on leur achète un scooter, avant de réaliser que bon sang de bois, quand on a de grands pouvoirs, on a comme qui dirait de grandes responsabilités. Et de fait, on redoute dans les séquences d’introduction de X-Men au commencement que la recette ne soit de nouveau appliquée sur la personne du mythique Professeur Xavier, qu’on a toujours connue vieux - pardon, sage - chauve et en fauteuil roulant. Ici, on a affaire à un jeune diplômé bourge, dragueur et picoleur, un peu trop ra

Continuer à lire

Winter’s bone

ECRANS | De Debra Granik (ÉU, 1h40) avec Jennifer Lawrence, John Hawkes…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

Winter’s bone

Invitée surprise des prochains oscars, cette production indépendante joue l’exotisme à l’envers : il montre un bout d’Amérique inédit sur les écrans, celle des bicoques délabrées d’un Missouri brumeux et boueux, et les familles pauvres qui les habitent. Le meilleur du film de Debra Granik est d’ailleurs dans ses séquences purement ethnologiques et documentaires. Elle y greffe par-dessus une fiction qui a tendance à affadir l’ensemble par un misérabilisme appuyé. Le puits de poisse qui s’abat sur cette adolescente refusant, pour protéger sa famille, de courber l’échine face à la violence, le machisme et la corruption, aurait mérité une touche d’humour, d’onirisme ou d’innocence ; une distance, celle que David Gordon Green avait trouvée dans son beau (et trop peu vu) "L’Autre Rive". CC

Continuer à lire

Fish Tank

ECRANS | Pour son deuxième long-métrage, Andrea Arnold filme à juste distance du style et du réalisme la quête identitaire et familiale d’une ado sauvage qui se rêve danseuse de hip-hop. La révélation de la rentrée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 septembre 2009

Fish Tank

Si Red road, premier long de la réalisatrice anglaise Andrea Arnold, avait déjà séduit par sa maîtrise et son culot, Fish Tank, son nouveau film (et son deuxième prix du jury à Cannes !), confirme et amplifie cette sensation. Il faut dire que la cinéaste sait capter l’attention des spectateurs dès ses premiers plans… Quelque part entre les Dardenne et le Gus Van Sant d’Elephant, elle accompagne la marche d’une adolescente indocile, Mia (et son interprète, la remarquable Katie Jarvis), dans le paysage désolé d’une banlieue de tours et de terrains vagues, en caméra portée et écran carré — pied de nez gonflé au 16/9 triomphant. Comme pour bousculer ce programme «réaliste social» très anglais, Arnold fait basculer son introduction dans l’étrange, grâce à la rencontre avec un cheval attaché que Mia essaye de libérer. En dehors du symbole un peu appuyé (la fougue entravée est aussi celle de Mia), cet animal incongru dans le décor du film indique au spectateur que Fish Tank va s’autoriser aussi beaucoup de libertés. Mia farouche Il y a donc un fil rouge, celui de Mia : en conflit avec une mère (superbe de s

Continuer à lire

Walkyrie

ECRANS | Cinéma / S’il peine à dessiner les contours précis de cette tentative de coup d’état contre le IIIe Reich, Bryan Singer offre néanmoins un thriller efficace, où la tension cinématographique monte crescendo. François Cau

Christophe Chabert | Vendredi 23 janvier 2009

Walkyrie

1943, Tunisie. En plein cœur de la machine de guerre nazie, le colonel Stauffenberg cache à grand peine sa défiance du régime. Laissé dans un piteux état par une attaque alliée, il est approché pendant sa convalescence par un groupuscule d’officiers du Reich, conscients du danger que représente Hitler… Dans la première séquence du film, Singer se plie à un classique d’une mise en scène qui passe en force : faire avaler aux spectateurs que ses personnages s’expriment autrement que dans leur langue naturelle. L’enrobant d’un cadre classique et d’une photo crépusculaire, le réalisateur nous fait entendre la voix-off d’un Tom Cruise s’exprimant d’abord en allemand, puis, à la faveur d’un discret changement de plan, en anglais. Problème : le stratagème n’est pas aussi évident qu’il le voudrait, principalement à cause de l’acteur sur lequel il se repose – Tom Cruise joue volontairement en retrait, comme pour rendre encore plus tangible l’état de doute permanent dans lequel s’enferme Stauffenberg. Malheureusement, à cause de ce parti pris, l’acteur ne donne jamais réellement chair à son personnage, et par incidence à toute la dramaturgie qu’il est censé véhiculer. Ce qui s’avère plutôt gê

Continuer à lire

Hunger

ECRANS | Premier film du plasticien anglais Steve McQueen, Hunger ressemble à un cri de rage d’autant plus puissant qu’il s’appuie sur une sidérante assurance dans sa mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2008

Hunger

Film politique, expérience de cinéma extrême, œuvre humaniste derrière sa violence, Hunger va laisser des traces en cette fin d’année. Il raconte le combat de Bobby Sands, incarcéré avec d’autres membres de l’IRA dans une prison britannique où leurs libertés élémentaires sont remises en cause par le gouvernement Thatcher. Combat en deux actes : d’abord le refus de porter l’uniforme de prisonnier (une négation active de son «statut» de criminel) et de se plier aux règles d’hygiène. Ensuite, une grève de la faim sans retour qui en fera un martyr de la cause irlandaise. La force de Hunger, c’est que ces deux parties sont aussi deux blocs de pur cinéma où la mise en scène, dans ses partis pris radicaux, libère littéralement le propos. Élégie de la faim Le «blanket and no wash protest» qui ouvre le film est saisi par une caméra en symbiose avec les corps et les décors, utilisant toute la grammaire cinématographique pour créer un hyperréalisme éprouvant qui prend à la gorge et établit un très inconfortable malaise. Quand Steve McQueen filme un mur couvert d’excréments, il en fait une œuvre d’art (et retrouve sa prem

Continuer à lire

Angel

ECRANS | François Ozon renoue avec la veine de 8 femmes dans ce mélodrame en anglais qui ne craint ni les clichés, ni les excès, mais n'évite pas une ironie assez destructrice. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 mars 2007

Angel

S'il y a une chose qu'on ne peut pas reprocher à François Ozon, c'est d'exploiter un filon. Chacun de ses films semble répondre à des impératifs personnels, une volonté d'expérimenter au détriment d'une fidélité à un style ou à un propos. En fait, Ozon est un peu notre Soderbergh... Alors, si Angel rappelle par son jeu sur les codes 8 femmes, et si son sujet n'est pas sans échos avec celui de Swimming Pool, il reste une curiosité dans son œuvre et traduit un désir d'aller de l'avant. Adapté d'un roman d'Elizabeth Taylor, Angel montre comment une jeune fille prolotte vivant au-dessus de l'épicerie maternelle rêve de devenir une écrivain à succès. Première surprise : elle le devient très vite, sans réelle difficulté. Les portes de la gloire s'ouvrent, matérialisées par les grilles de Paradise, grande demeure aristocratique qui la faisait rêver et qu'elle rachète une fois ses romans fleur-bleue transformés en best-sellers. Pendant la première heure du film, Ozon adopte vis-à-vis du récit une attitude déroutante : il redouble l'incroyable (au sens propre du mot) destin d'Angel par une mise en scène complètement artificielle, une musique dégoulinan

Continuer à lire