Ben, bon bouffon

ARTS | Contrairement à ce que l'on voudrait nous faire croire à grand renfort de publicité dithyrambique, Ben n'est pas «un artiste majeur du XXe siècle», mais un artiste malin, prolifique, drôle de temps à autre, et surtout très répétitif. La preuve par mille (œuvres) au Musée d'art contemporain. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 4 mars 2010

La nature a horreur du vide, l'artiste Ben Vautier aussi. La rétrospective qui lui est consacrée au Musée d'art contemporain est donc, comme annoncée (plus de 1000 œuvres sur 3 000m²), profuse, touffue, jusqu'à saturation. Cela fait partie du personnage un tantinet angoissé et se soignant par accumulation d'objets, et cela fait partie aussi de sa conception de l'art qui n'aurait pas, ou presque, de limites, pouvant s'étendre au «monde entier», gestes absurdes et vie quotidienne inclus...

Le premier étage, conçu par l'historien d'art et agent de Yoko Ono Jon Hendricks, est le plus didactique, retraçant les débuts de Ben et quelques-unes de ses idées matricielles, tentant aussi de montrer ici et là en quoi Ben fut un précurseur (la fameuse question potache de qui l'a fait le premier !). Après avoir dessiné quelques bananes et formes abstraites, puis rencontré Yves Klein qui lui a indiqué (avec raison) combien tout cela était mauvais, Ben redécouvre Marcel Duchamp et conclut de ses «ready made» que «tout est art» ! C'est, à notre avis, une extrapolation rapide et abusive des conceptions de Duchamp qui interroge plutôt qu'il n'efface les limites entre l'art et le quotidien...

Mais bref, à partir de cette idée, Ben commence à ramasser des objets dans la rue et à en faire des «sculptures», à réaliser ses fameuses écritures (phrases peintes sur toiles), s'expose lui-même dans la vitrine d'une galerie londonienne pendant deux jours en 1962. Et, surtout, Ben se met à signer tout et n'importe quoi : des trous, des êtres humains en tant que sculptures vivantes, des cailloux, des terrains vagues, les toiles des autres, Dieu... Il multiplie les applications possibles d'une idée polémique et amusante ad nauseam. Et c'est d'ailleurs l'une des caractéristiques de son travail : exploiter et user de quelques idées ou questionnements jusqu'à la corde. Autre exemple : Ben décline la conception d'un Dieu présent dans l'ensemble de sa création en le localisant dans des boîtes de toutes sortes, des sachets, des balles de ping-pong...

Risettes

Ne soyons pas trop rabats-joie, ces débuts de Ben et ces acrobaties logico-artistiques sont souvent drôles. Tout comme la période parallèle où Ben s'acoquine avec la mouvance Fluxus à partir de 1963-64. Une grande salle relate, à travers des vidéos ou des photographies, les happenings réalisés par l'artiste à Nice ou ailleurs : s'allonger dans la rue, attendre un bus, faire couler de la peinture sur le sol, manger un œuf dur à 12h32... Dans les années 1960, Ben s'active bel et bien comme un trublion qui bouscule avec énergie les idées reçues, les conventions du monde de l'art ou du monde social tout court. Reconnaissons-lui ce souffle vivifiant sous la France de De Gaulle.

Recettes

Au deuxième étage du musée divisé en une myriade de petits recoins thématiques (la mort, le sexe, l'argent et le pouvoir, les portraits, la guerre...), on lit cette écriture : «Je tourne en rond». Et si l'on découvre à cet étage (comme au troisième et dernier) quelques objets ou installations amusants, ou encore des écritures qui donnent un peu à réfléchir, on se rend compte que Ben fait toujours les mêmes choses depuis la fin des années 1960 ! Réflexions rapides sur les limites de l'art, effets de signature, paradoxes ou apories tirés d'un digest de philosophie grecque (paradoxe, par exemple, du Crétois qui affirme : «je mens»), slogans provocateurs («l'art est inutile rentrez chez vous !»)... Il y ajoute une vague réflexion sur l'ego et la libido des artistes qui seraient à l'origine de toute création ! Ou encore quelques piques truculentes sur le milieu auquel il appartient : celui de l'art contemporain.

Au fond et au sens positif du terme, Ben tient le rôle (utile) du bouffon du monde l'art et d'une société embourgeoisée. Il est aussi un bon critique d'art, écrivant avec clairvoyance dans sa newsletter : «Cette rétrospective nous apprend beaucoup sur Ben. À travers elle on se rend compte que Ben depuis 40 ans ne fait que se répéter. Depuis 30 ans il fait et refait les mêmes tableaux sur l'art, sur l'ego, sur le sexe, Ben c'est l'exemple même de l'artiste qui fait de l'art en attaquant l'art. C'est facile et démagogique».


Ben «strip-tease intégral»

Au Musée d'art contemporain, jusqu'au 11 juillet
Catalogue aux éditions d'art Somogy.

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Jazz à Vienne 2022, les premiers noms

Festival | C'est un mélange d'habitués et d'artistes reportés des précédentes éditions que propose Jazz à Vienne avec les premiers noms de son édition 2022, déjà alléchante, qui dévoile également sa nouvelle identité visuelle.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 novembre 2021

Jazz à Vienne 2022, les premiers noms

Voilà le genre d'annonces qui donne comme un avant-goût d'été en plein mois de novembre et au beau milieu d'une vague de froid (et d'une cinquième vague de Covid) : les premiers noms de la programmation de Jazz à Vienne. Bon, on se garde sous le coude l'idée qu'une programmation dévoilée à huit mois de l'événement ne mange plus beaucoup de pain depuis deux ans, mais quand même, il ne s'agirait pas d'être trop fataliste. Alors voilà, comme chaque année depuis que Bruno Théry a passé la main, c'est par le dévoilement de l'auteur de l'affiche de la future édition que commence l'annonce. En l'occurrence une autrice puisque c'est Audrey Spiry qui a été désignée pour une touche, enfin, féminine qui a travaillé sur l'idée de vibration. Le dessin, et son mariage avec la musique, sera encore au centre le vendredi 8 juillet pour un concert dessiné – en partenariat avec le Festival d'Angoulême – où un line-up premium réunissant Laurent Bardainne, Thomas de Pourquery et Fabrice Martinez se confrontera à l'univers onirique de Fanny Michaëlis.

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Feuilles d'automne, le 7e salon Lyon Art Paper

Dessin | Lyon Art Paper est un salon entièrement consacré au dessin contemporain, dont la septième édition rassemble 68 artistes.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 7 octobre 2021

Feuilles d'automne, le 7e salon Lyon Art Paper

Depuis maintenant plusieurs années, le dessin a le vent en poupe et les événements (expositions, foires…) qui le mettent en avant se sont multipliés, en France comme à l’étranger. À Lyon, le salon Lyon Art Paper est aujourd’hui bien installé parmi le paysage artistique de la ville, avec déjà six éditions à son actif. La septième rassemblera 68 artistes (représentés ou non par une galerie) qui ont pour support commun le papier, mais dont les techniques (aquarelle, crayon, collage, impression numérique…) sont aussi diverses que les styles et les univers. Expressionnistes en diable Chaque année, le salon décerne un prix et en 2020, les jeunes artistes Cléo Duplan et Nicolas Cluzel en ont été les lauréats. Une exposition focus leur sera consacrée au sein du salon, ainsi qu’en parallèle à la galerie L’œil écoute (du 8 au 30 octobre). Source principale d’expression pour la Marseillaise Cléo Duplan, le dessin s’affirme chez elle comme un souffle d’images aux références multipl

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Benjamin Petit : « atteindre d'ici trois, quatre ans le véritable potentiel du Marché Gare »

SMAC | Rénové – et même pratiquement reconstruit – de fond en comble sur son site de Confluence, le nouveau Marché Gare ne rouvrira pas avant le printemps 2022 mais l'équipe bénéficiera d'un outil propre à satisfaire de nouvelles ambitions. On a fait le point sur le projet avec Benjamin Petit, son directeur, et Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe à la Culture de la Ville qui a fait grimper considérablement l'enveloppe municipale en même temps que la subvention allouée à la SMAC lyonnaise.

Stéphane Duchêne | Mercredi 22 septembre 2021

Benjamin Petit : « atteindre d'ici trois, quatre ans le véritable potentiel du Marché Gare »

Le projet a beaucoup évolué notamment pendant la démolition d'une partie de l'ancien Marché Gare. Comment a-t-il pris forme, avec quel nouvel engagement de la Ville ? Nathalie Perrin-Gilbert : Au départ, on avait une enveloppe Ville de 500 000€, aujourd'hui elle s'est engagée à auteur d'1, 5M€, la Métropole 2M€ : on a un projet de 3, 5M€ mais parce que le projet s'est amélioré au fur et à mesure. Benjamin Petit : C'est vrai qu'il y a eu ce premier programme, ensuite il y a eu une nouvelle ambition portée par la Ville sur cet équipement. Mais il n'y a pas eu une escalade du budget, c'est l'enveloppe qui a été revue à la hausse. C'est à partir de là qu'on a pensé un nouveau projet plus ambitieux dans lequel on a pu faire passer nos idées pour cet équipement. Quel regard portez vous sur le projet tel qu'il est aujourd'hui ? NPG : Sur le projet culturel, je suis ravie d'hériter de cette décision concernant le Marché Gare, qu'une nouvelle salle dédiée aux musiques actuelles se développe comme cela. La Ville de Lyon veut conforter ses deux SMAC, le Marché Gare et le Pér

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Ban, l’épicerie cool et caféinée

Épicerie | Produits sourcés, café bien fait, sandwichs fusion et déco léchée pour une épicerie postmoderne sur les pentes de la Croix-Rousse : Ban.

Adrien Simon | Mercredi 8 septembre 2021

Ban, l’épicerie cool et caféinée

Qui fréquente la rue des Capucins, cette ancienne traversante du bas des pentes désormais barrée partiellement à la circulation par la première opération municipale "d’urbanisme tactique"… Qui donc la fréquente a noté qu’on s’agitait depuis quelques mois dans un petit local tout en longueur. Un bouledogue et un Cavalier King Charles surveillaient des travaux qui laissaient imaginer l’ouverture prochaine d’un commerce de bouche branché — après Satriale qui arrose depuis peu, le même tronçon de vin nature. On pariait sur un coffee shop en y apercevant Benoît Nique et Alexandre Paty, deux habitués des lieux caféinés qui à la suite de Mokxa ont colonisé la Presqu’île : Slake, Diploid,

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Hallucinations Collectives : « partager des films dans une salle, c’est un élément constitutif du festival »

Festival | Depuis dix ans que l’Étrange Festival lyonnais est devenu Hallucinations Collectives, il n’a jamais fait faux bond aux amateurs d’“autre cinéma” — et ce, malgré la pandémie. À la veille d’une 14e édition des Hallus adaptée aux circonstances, mais tout aussi alléchante, conversation avec deux des membres du collectif aux manettes, Cyril Despontins et Benjamin Leroy.

Vincent Raymond | Mercredi 25 août 2021

Hallucinations Collectives : « partager des films dans une salle, c’est un élément constitutif du festival »

Commençons par une boutade. Si l’on considère que l'actualité internationale de ces dernières semaines est trustée par les crises climatique, sanitaire, économique, politique et sociale, que Titane a remporté la Palme d’Or ; bref que le monde semble glisser dans une zone bis, doit-on désormais considérer les Hallus comme un festival du cinéma du réel ? Cyril Despontin : Merde ! On s’est fait avoir. Du coup, va falloir faire un autre type de programmation, maintenant (rires). Les gens disent souvent que le fantastique prophétise le futur — dans les films, il est rarement joyeux, donc on espère qu’il n’ira pas toujours dans ce sens là, mais finalement la réalité nous donne tort, mais au moins, on est préparés… Quand il y a eu le premier confinement, les amateurs de fantastique étaient un peu plus préparés à des trucs bizarres… À force de voir ces films, finalement ça arrive et tu dis : « bon bah c’était plus ou moins ce qu’on avait prévu en regardant des films depuis 20, 30 ans». On a peut être été un peu moins choqué parce qu’on était habitué à voir des images bizarr

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“Rouge“ de Farid Bentoumi : poussée à boue

Thriller | De petits arrangements avec la sécurité dans une influente usine vont empoisonner l’environnement, les salariés et les relations familiale d’une infirmière trop jeune et trop honnête. Après la belle histoire Good Luck Algeria, Farid Bentoumi monte d’un cran avec cet éco-thriller tristement contemporain. Label Cannes 2020.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Rouge“ de Farid Bentoumi : poussée à boue

Tout juste diplômée, Nour a été embauchée comme infirmière dans l’usine où son père est syndicaliste. Très vite, elle découvre l’existence de graves pollutions boueuses affectant l’environnement et les salariés, ainsi que de nombreuses complicités pour dissimuler ces empoisonnements… Ironie tragique, le rouge du titre ne renvoie pas à la couleur du monde ouvrier, celui-ci ayant pactisé avec le patronat autour d’intérêt communs ; en l’occurence sur le dos du monde vert. C’est d’ailleurs l’un des enjeux remarquables de ce film qui infléchit de manière pragmatique la démarcation entre “les bons et les méchants“. En vérité, on n’est plus dans la dialectique ancienne parant mécaniquement le prolétaire de toutes les vertus et l’employeur des pires turpitudes : la loi du marché est passée par là. Et les compromissions clientélistes successives des élus comme des représentants syndicaux ont fait le reste. Le capitalisme ayant horreur du vide (comprenez : de ne pas avoir une classe à exploiter impunément) a donc jeté son dévolu sur l’environnement, au sens large. Alerte rouge

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“Profession du père“ de Jean-Pierre Améris : complots de famille

Drame | Entre introspection et rétrospection, Jean-Pierre Améris s'approprie le roman autobiographique de Sorj Chalandon racontant une enfance face à un père mythomane. Une œuvre grave, complexe et cathartique, dominée par un Benoît Poelvoorde bipolaire tantôt exalté, tantôt féroce.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Profession du père“ de Jean-Pierre Améris : complots de famille

Lyon, 1961. Émile a un père formidable : parachutiste pendant la guerre, membre d’une armée secrète opposée à de Gaulle, fondateur des Compagnons de la Chanson… Las ! Rien n’est vrai et la mythomanie paranoïaque de cet homme tyrannique contamine dangereusement Émile… Il faut parfois aller au plus près de soi-même pour toucher à l’universel et au cœur des autres. Jean-Pierre Améris en avait fait l’expérience avec son film sans doute le plus intime à ce jour, Les Émotifs anonymes (devenu comédie musicale outre-Manche) qui évoquait avec une délicatesse à la fois désopilante et touchante l’enfer de sur-timidité. Étonnamment, effectuer un détour peut également permettre d’accéder à des zones plus profondes de son âme. C’est le cas ici où la transposition du roman homonyme de Sorj Chalandon dont l’essence autobiographique fait écho à l’enfance du cinéaste. La proximité générationnelle et le cadre lyonnais commun ont sans doute contribué à rapprocher les deux histoires pour aboutir à cet hybride semi-fictif : un film épousant le point de vue d’un fils et tenant au

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“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Cannes 2021 | Exaltée par sa foi et la découverte de la chair, une nonne exerce une emprise perverse sur ses contemporains grâce à la séduction et au verbe. Verhoeven signe un nouveau portrait de femme forte, dans la lignée de Basic Instinct et Showgirls, en des temps encore moins favorables à l’émancipation féminine. Quand Viridiana rencontre Le Nom de la Rose…

Vincent Raymond | Lundi 12 juillet 2021

“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Italie, début du XVIIe siècle. Encore enfant, Benedetta Carlini entre au monastère des Théatines de Pescia où elle grandit dans la dévotion de la Vierge. Devenue abbesse, des visions mystiques de Jésus l’assaillent et elle découvre le plaisir avec une troublante novice, sœur Bartolomea. Son statut change lorsqu’elle présente à la suite d’une nuit de délires les stigmates du Christ et prétend que le Messie parle par sa voix. Trucages blasphématoires ou miracle ? Alors que la peste menace le pays, la présence d’une potentielle sainte fait les affaires des uns, autant qu’elle en défrise d’autres… Les anges du péché Entretenue depuis son enfance dans un culte dévot de la Vierge, conditionnée à adorer des divinités immatérielles omnipotentes, coupée du monde réel, interdite et culpabilisée lorsqu’il s’agit d’envisager les sensations terrestres, Benedetta vit de surcroît dans un monde de fantasmes et de pensées magiques, où chaque événement peut être interprété comme un signe du ciel — ce que la superstition ambiante ne vient surtout pas démentir. Prisonnière d’une communa

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Regain : on dirait le sud

Restaurant | Après la fermeture il y a plus d’un an d’A la piscine, Thomas Rolland et Benjamin Sanchez rebondissent près des Terreaux avec Regain. Dans un espace presque chic, ils envoient un menu déjeuner bien roulé.

Adrien Simon | Lundi 5 juillet 2021

Regain : on dirait le sud

2018. Le festival Attable, co-organisé par Arty Farty (Nuits Sonores) devait envoyer le signal au reste du monde d’une cuisine lyonnaise à nouveau « dans le coup ». L’événement désignait le 7e arrondissement comme l’épicentre d'un tremblement gastronomique en cours. La Piscine du Rhône abritait alors un superbe spot accueillant de jeunes chefs étrangers qui dépotent, souvent à peine extirpés de restos bien placés au 50 Best (classement mondial, dont Andrea Petrini, l’ancien sélectionneur de À la Piscine fut l’un des chairman). Au quotidien, la bouffe était envoyée par Benjamin Sanchez (étudiant en relations internationales, reconverti cuistot, passé par le Café Sillon — décidément !) et Thomas Rolland

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"Wendy" de Benh Zeitlin : île (et elle) était une fois

Conte | Une adaptation de Peter Pan par Benh Zeitlin : un régal.

Vincent Raymond | Mercredi 23 juin 2021

Quand le train fantôme s’arrête en bas de chez elle, la jeune Wendy n’hésite pas : avec ses deux frères, elle quitte le bouiboui familial et la Louisiane pour l’aventure offerte par Peter Pan. Sur son île fantastique, les enfants s’ébattent libres, sans vieillir. Seule condition : respecter les règles… Depuis Les Bêtes du Sud sauvage (2012) on attendait le retour — et la confirmation — de Benh Zeitlin ; quel plaisir de retrouver son empreinte intacte dans cette adaptation de Peter Pan somme toute cohérente avec son univers épique à hauteur d’enfants, où l’action progresse par envolées spiralées, autant portées par un irrésistible mouvement musical et la voix off que par un somptueux flamboiement visuel. À la fois conte, transe new age et opéra, le cinéma de Zeitlin — et tout particulièrement Wendy — fouille les sensations primales de l’enfance pour retrouver la sincérité originelle du regard. Ce qui n’exclut pas une certaine violence psychologique rappelant Sa Majesté des mouches

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"Le Discours" de Laurent Tirard : tu parles ? Tu parles !

ECRANS | Laurent Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby. Avec Sara Giraudeau et Kyan Khojandi.

Vincent Raymond | Vendredi 11 juin 2021

C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, c’est que Sonia réponde à son SMS. Et voilà que son futur beau-frère lui demande de faire un discours pendant la noce… Le Discours n’est pas un film, c’est du cinéma. En tout cas, une de ces propositions cinématographiques, pour reprendre le mot de Godard, qui s’amusent avec les possibilités du médium ; qui considèrent le 7e art comme la somme, la résultante, l’aboutissement ou l’évolution des précédents et surtout ne se prennent pas au sérieux. Ce qui ne les empêchent pas de triturer la structure avec intelligence pour fabriquer de l’espace avec des mots et du temps avec des images ; bref créer comme Resnais un spectacle ludique superposé à un film mental. Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby : il transpose cette obsession anxiogène de la répétition traversant l’œuvre de l’auteur (et bédéiste) en l’accommodant de variations oulipien

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Benjamin Lavernhe : « j’aime bien causer… »

Le Discours | À l’écran, on l’a connu odieux ("Le Sens de la fête"), irrésistible de drôlerie ("Mon inconnue"), fuyant ("Antoinette dans les Cévennes") mais à chaque fois impeccable. Benjamin Lavernhe — de la Comédie Française — poursuit sur sa lancée en tenant l’affiche (et le crachoir) du "Discours", adaptation ô combien cinématographique de Fabcaro par Laurent Tirard.

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

Benjamin Lavernhe : « j’aime bien causer… »

Le Discours raconte une histoire des retrouvailles différées. Or le film, d’abord annoncé pour Cannes 2020, avait été repoussé en décembre, avant d’être à nouveau décalé pour le 9 juin. Il y a là comme une mise en abyme un peu ironique et cruelle, non ? Benjamin Lavernhe : Oui, c’est vrai que c’est tragiquement drôle ; après, on peut se dire que notre personnage du Discours se plaint beaucoup, se complaît un peu ; qu’il est peut être un peu pénible… Nous, on a eu l’impression que notre plainte, elle était légitime ; on n’a pas envie qu’elle soit vue comme nombriliste et qu'elle finisse par agacer. Comme disait Jean-Michel Ribes sur les réseaux sociaux : « la culture n’est pas au dessus du reste, mais elle existe ». Aux yeux du public, votre personnage peut passer pour nombriliste ; en réalité, c’est quelqu’un en attente et en souffrance. Une souffrance qui dévore tout le reste, et que le film ne fait que retranscrire avec justesse… Oui, c’est son caractère obsédant, sa névrose… C’est quelqu’un qui se débat, il est complètement obsédé par l’am

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Barthélemy Thimonnier, inventeur de la machine à coudre, au cœur du nouveau roman de Yamina Benahmed Daho

Littérature | Dans son nouveau roman, "À la machine", Yamina Benahmed Daho retrace la vie, au XIXe siècle, du rhodanien Barthélemy Thimonnier. Où il est autant question du parcours rude de l’inventeur de la machine à coudre que du mécanisme sociétal qui l’a laissé dans la misère. Ceci n’est pas sans rapport avec aujourd’hui.

Nadja Pobel | Mardi 2 mars 2021

Barthélemy Thimonnier, inventeur de la machine à coudre, au cœur du nouveau roman de Yamina Benahmed Daho

15 novembre 1855, Barthélemy Thimonnier est officiellement reconnu inventeur de la machine à coudre lors de l’exposition universelle de Paris, mais l’américaine Singer, plus simple d’utilisation, fera les beaux jours des femmes (surtout elles…) jusqu’à maintenant, encore. Jamais le tailleur n’améliorera sa condition avec ce qu’il a maturé et imaginé. Miséreux, il devra même finir par vendre en pièces détachées les éléments de son engin pour se nourrir. Oui, nous sommes parfois chez Zola. La condition ouvrière est d’une extrême dureté et, passée au tamis de l’écriture très précise de Yamina Benahmed Daho, il en résulte des données chiffrées fondamentales : déjà, Paris « est une ville indécemment chère », il faut seize heures de train pour rallier Lyon à la capitale, l’enterrement de la grand-mère « est privé des apparats que l’industrie de la marbrerie vend à un prix insensé », le tarif du ticket à l’entrée

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Les Fantasques : du vélo de courses dans le quartier

Lyon | Marre de vous faire livrer par les grandes surfaces ou des cyclistes surexploités ? Et si vous optiez pour une alternative locale et plus éthique, avec les commerces de quartier de Lyon ? C’est ce que promet Les Fantasques…

Vincent Raymond | Vendredi 20 novembre 2020

Les Fantasques : du vélo de courses dans le quartier

Bien qu’il semble moins rigide que le premier, ce second confinement confirme un inéluctable basculement sociétal : celui d’une banalisation de la livraison à domicile. Mais d’une banalisation pas totalement décomplexée, fort heureusement ! Car même si beaucoup succombent encore à la tentation de commander des biens fabriqués en Asie à des plateformes pratiquant l’optimisation fiscale, ou leur repas à des sociétés faisant leur beurre en obligeant des cyclistes à aligner les kilomètres pour espérer des miettes, un reliquat de sens moral rappelle l’existence du "clique & collecte". Mais quid de la situation où il est matériellement impossible de se déplacer (personne âgée, malade ou trop éreintée pour remplir une satanée attestation) et que l’on veut continuer à profiter de ses commerçants de quartier ? C’est là que Les Fantasques entre en jeu. Créé par trois trois bons vivants — Benjamin Sénéchal, Ronan Morin, Jean-Nicolas Maupain — aux activités professionnelles éclatées et détestant fai

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Arvine : vins d’Est

Restaurant | Entre Satho et la salle Rameau, un chic bistrot, doté d'une opulente carte des vins.

Adrien Simon | Jeudi 22 octobre 2020

Arvine : vins d’Est

Au début de l’été le nom d'Hippolyte Flandrin apparut dans la presse nationale. Dans l’incendie de la cathédrale de Nantes, Saint-Clair guérissant les aveugles (1836) fut malheureusement calciné, il était l’œuvre de cet élève d’Ingres, lauréat du prix de Rome. Le peintre est honoré à Lyon, sa ville natale : représenté dans la fontaine des Jacobins, une rue porte aussi son nom. Une ruelle qui depuis quelques années s’est remplie non pas d’ateliers d’artistes mais de commerces de bouche. Tous inscrits dans le renouveau actuel de la nourriture : mettant à l'honneur le travail artisanal, bio, local, sans oublier d'être jeune et cool. Un mouvement porté ici par le multi-primé et multi-tatoué restaurant La Bijouterie. Mais rue Flandrin, on trouve un représentant de la bonne bouffe pour tout domaine ou presque. Une boulangerie ? L’excellent Antoinette. Du fromage ? Le BOF de la Martinière. Des pizzas bio ? Hape. Des cocktails ? L’Antiquaire. De la bistronomie ? Hector. Il manquait un hommage au bon vin. On y vient. Cet automne la rue a vu ouvrir un nouveau venu sous l’enseigne Arvine. Le correcteur

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Pas celle que vous croyez : "Miss" de Ruben Alves

Comédie | Une comédie grand public aux accents de feel good movie.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Pas celle que vous croyez :

Passer de l’exception à l’acceptation : telle est la situation d’Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en mentant sur son identité et en participant au concours Miss France… Signée Ruben Alves, cette comédie grand public aux accents de feel good movie devrait contribuer à dégetthoïser la situation des personnes transgenres — d’autant qu’elle est tournée avec la transparente complicité du Comité Miss France (qui s’achète ici une image de modernité, alors même que ses statuts poussiéreux prouvent régulièrement leur inadéquation avec la société contemporaine) et de comédiens hyper-populaires, comme Isabelle Nanty ou Thibaut de Montalembert en trav’…ailleuse du sexe au Bois. Mais ce film, qui tient beaucoup du conte d’Andersen, ne tiendrait pas sans la personne ni la personnalité d’Alexandre Wetter, qui fait ex

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Faire écran à l’amour : "À cœur battant" de Keren Ben Rafael

Romance | Une curiosité, avec Judith Chemla et Noémie Lvovsky.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Faire écran à l’amour :

Le titre international, The End of Love, est un divulgâcheur de première ! Oui, les deux amants se parlant durant tout le film par Skype interposé, vont rompre à la fin. Anticipant avec une prescience stupéfiante “l’effet Zoom“ du confinement, Keren Ben Rafael montre la déliquescence d’un couple binational séparé par l’attente d’un visa. Elle en France, lui en Israël, leur amour ne survit pas à l’éloignement des corps malgré un bébé et l’omniprésence des écrans. S’il n’a rien de révolutionnaire, le dispositif est ici utilisé de manière très efficace dans un film ménageant d’authentiques séquences de tension dramatique (voire de suspense) en posant l’éternelle question de la difficulté de surmonter des cultures différentes. Une curiosité. À Cœur battant ★★☆☆☆ Un film de Keren Ben Rafael (Fr-Isr, 1h30) avec Judith Chemla, Arieh Worthalter, Noémie Lvovsky…

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Carole Fives : sous le pinceau, la plume

Roman | Avec Térébenthine, son dernier roman, Carole Fives nous emmène sur les traces d'une étudiante des Beaux-Arts. Où faute de voir s'épanouir une artiste-peintre, on voit naître une écrivaine.

Stéphane Duchêne | Mercredi 9 septembre 2020

Carole Fives : sous le pinceau, la plume

C'est un fait les Beaux-Arts mènent à tout (autant qu'il mène à rien, vous diront des générations de parents d'aspirants artistes tremblants). L'Histoire de la pop culture est pleine d'anciens étudiants en école d'art qui ont brillé dans d'autres disciplines, à commencer par la musique et, bien sûr, la littérature. D'autant que tous les chemins peuvent mener à la littérature. Or c'est bien à la croisée de ces sentiers incertains que l'on se retrouve dans le dernier roman de Carole Fives. Où l'autrice d'Une femme au téléphone et de Tenir jusqu'à l'aube, qui semblaient se répondre — le rapport à une mère trop seule, envahissante, d'un côté ; le rapport à la maternité en solo, tout aussi envahissante, d'autre part — nous emmène sur les pas d'une étudiante des Beaux-Arts de Lille (qu'elle a elle même fréquentés) au

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Mariée dans l’ânée : "Antoinette dans les Cévennes" de Caroline Vignal

Comédie | ★★★☆☆ De Caroline Vignal (Fr, 1h35) avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Mariée dans l’ânée :

Institutrice et maîtresse du père d’une de ses élève, Antoinette décide de faire une surprise à son amant en le retrouvant dans les Cévennes où il doit randonner en famille avec un âne. Menant Patrick, un baudet têtu, elle part à l’aventure… Moquant les citadins et leurs lubies de reconnexion avec une “nature authentique” (dans des circuits ultra cadrés), ce trotte-movie sentimentalo-burlesque sort des sentiers de la prévisibilité grâce notamment à un défilé de personnages secondaires — dont la légitime de l’amant, subtilement campée par Olivia Côte —, parce qu’il constitue également la rencontre entre un rôle et une actrice. Abonnée aux seconds plans depuis une petite dizaine d’années, souvent employée sur un registre de légèreté fo-folle qui la piégeait, Laure Calamy avait accédé avec Nos Batailles et Ava à des personnages plus nuancés mais trop courts ; rebelote dans Seules les bêtes — film choral oblige. Elle s’épanouit ici totalement avec cette partition du mineur au majeur que Caroline Vignal

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Kervern, Delépine & Gardin : « les films, ça sert à montrer le pire »

Effacer l’historique | Sortant en salle alors qu’ils assurent chacun “la demi-présidence“ du Festival d’Angoulême — « trop content parce qu’on adore la présidence et les demis » — le neuvième long-métrage du duo Kervern & Delépine accueille une nouvelle convive, Blanche Gardin. Les trois ont la parole.

Vincent Raymond | Jeudi 27 août 2020

Kervern, Delépine & Gardin : « les films, ça sert à montrer le pire »

Effacer l’historique est-il un film intemporel ? Benoît Delépine : J’espère qu’il l’est ! Il est contemporain dans le sens où l'on parle de choses qui arrivent en ce moment… et qui seront bien pire plus tard. Quelle a été l’idée première ? BD : On s’était juré il y a quinze ans d’essayer de faire dix films ensemble et de commencer en Picardie pour finir à l’île Maurice. À chaque film, on essaie de placer l’île Maurice, à chaque fois ça a merdé, c’est compliqué — et là on en a fait dix si on compte le court-métrage avec Brigitte Fontaine. Il suffit qu’on trouve une idée à la con qui nous fasse rire pour qu’on reparte sur un nouveau projet ; on aura au moins réussi ça. Elle nous hantait l’île Maurice avec l’histoire du dodo… Le jour où l'on s’est rendu compte d'à quel point on se fait pigeonner par l’ensemble des GAFAM réunis, qu’on a appris que génétiquement c’était un cousin du pigeon moderne, c’était trop beau ! Il y a dix ans, on avait failli écrire un scénario avec Gérard Depardieu tout seul à l’île Maurice qui avait revendu sa société en France et qui se f

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Contrôle, hâte, suppression : "Effacer l’historique" de Kervern & Delépine

Comédie | Bienvenue dans un monde algorithmé où survivent à crédit des banlieusards monoparentaux et des amazones pas vraiment délivrées. Bienvenue face au miroir à peine déformé de notre société où il ne manque pas grand chose pour que ça pète. Peut-être Kervern & Delépine…

Vincent Raymond | Jeudi 27 août 2020

Contrôle, hâte, suppression :

Un lotissement, trois voisins anciens Gilets jaunes, une somme de problèmes en lien avec l’omniprésente et anonyme modernité d’Internet. Au bout du rouleau, les trois bras cassés unissent leurs forces dans l’espoir de remettre leur compteur numérique à zéro. Faut pas rêver ! L’évaporation de l’humain et sa sujétion aux machines… Ce que la science-fiction, l’horreur ou le techno-thriller avaient déjà traité, est désormais une pièce jouée dans vie quotidienne de chacun. Une histoire à la Ionesco ou à la Beckett dont Effacer l’historique pourrait constituer une manière d’adaptation. Est-ce la présence de Blanche Gardin et de Denis Podalydès qui confère un cachet de théâtralité à ce film ? Il ne se démarque pourtant guère des autres réalisations du duo grolandais, suivant une mécanique de film à saynètes ou à tableaux (plus qu’à sketches) déclinant ce thème confinant à celui l’ultra-solitude contemporaine. Et dé

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"Grand Prix" : Benjamin Biolay, roi du circuit

Rock | Pour son 9e album, Benjamin Biolay livre son disque le plus rock en célébrant les princes de la piste automobile. Un Grand Prix joué à toute allure qui dans le sillage de tubes trompe-la-mort dévoile pourtant les traces d'une œuvre parmi les plus personnelles d'un Biolay rentré au stand pour un premier bilan.

Stéphane Duchêne | Jeudi 9 juillet 2020

En 19 ans d'une carrière pour le moins pléthorique, Benjamin Biolay a, quoi qu'on en pense, fait plus que la preuve de son habileté musicale. Paradoxe, on ne lui a jamais connu de véritable tube. Le Caladois, que n'effraie aucun mélange des genres pas plus que les flirts les plus poussés avec la variété, s'en est certes parfois approché d'assez près : Les Cerfs volants, Une Chaise à Tokyo, L'Histoire d'un garçon, Qu'est-ce que ça peut faire ?, La Superbe (tube qui sans doute s'ignorait mais peut-être à ce jour sa plus grande chanson). Mais, toujours, quelque chose venait empêcher la transformation totale de l'essai — sans doute à trouver dans une tendance à complexifier les contours d'une évidente facilité mélodique et d'un don certain pour l'écriture (exemple symptomatique : Brandt Rhapsodie, talk-over en duo avec Jeanne Cherhal). Parfois, ses tentatives de trop embrasser la chanson qui tue pouvait menacer de basculer — tel Murat quand il laisse son Surmoi à la porte d

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Du sang à la dune : "Abou Leila" de Amin Sidi-Boumedin

Policier | Algérie, années 1990. Depuis qu’il a été témoin d’un attentat, un policier dont la raison défaille est persuadé que le responsable de tout est le terroriste Abou Leila. Son ami et collègue Lofti l’accompagne dans sa traque loin de la capitale, vers le sud du pays. Vers la sang et la folie…

Vincent Raymond | Lundi 13 juillet 2020

Du sang à la dune :

Il ne faut pas craindre l’épreuve de la durée ni l’errance dans toutes ses dimensions face à Abou Leila, objet cinématographique transfigurant un épisode de l’histoire politique récente de l’Algérie à travers les yeux d’un policier rendu fou par la guerre civile. Road movie aussi mental que géographique, ce premier long-métrage se distingue en naviguant également dans le temps, hors des balises normatives d’une trop stricte linéarité, épousant autant que possible les cauchemars hallucinatoires du flic obsédé par sa cible. Bad trip au sens propre, le voyage se double d’une évocation des Algéries — pluriel signifiant, puisqu’entre la métropolitaine Alger au nord et les sahariennes dunes désertiques au sud, on a bien affaire à un pays double, ou partagé. De cette dichotomie à la schizophrénie paranoïaque du personnage ou au mal-être ambiant de toute la population, il n’y a qu’un pas. Progressant par crises successives et violentes, Abou Leila trouve son apothéose dans un finale d’un symbolisme stupéfiant, digne d’un conte épique, hypnotiq

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Cherchez le garçon : "Eté 85" de François Ozon

Drame | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Cherchez le garçon :

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance — et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille à une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substra

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Animali : « on nous a souvent traité de branleurs »

Pop | Après sept ans d'existence, le duo lyonnais Animali, composé de Julien Jussey et Benjamin Richardier vient juste de publier son premier album, Mary D. Kay, prenant le temps nécessaire pour trouver son équilibre. Et d'entamer une réflexion sur ce qu'est être un groupe émergent en 2020 et la pertinence de continuer à sortir... des albums.

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 juin 2020

Animali : « on nous a souvent traité de branleurs »

Animali a été fondé en 2013, a publié deux EP, pourquoi autant de temps avant ce premier album ? Benjamin Richardier : en fait, on a commencé à enregistrer il y a longtemps, il existe plusieurs versions des morceaux du disque, le temps de trouver un son qui nous convienne. On a beaucoup recommencé. Julien Jussey : On avait aussi moins de temps pour travailler ensemble. Ben a eu un enfant. Moi, j'ai pas mal tourné, notamment avec Erotic Market, j'ai monté un deuxième studio, ce qui a pris beaucoup de temps [NdlR, il a aussi repris la direction exécutive du studio villeurbannais Mikrokosm, fondé et toujours supervisé par Benoït Bel]. Il y avait là une volonté de sortir le groupe du cycle de l'intermittence où il faut tourner pour avoir des cachets, sortir des disques rapidement pour pouvoir tourne

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Benjamin Forel fore son théâtre

Portrait | À 34 ans, Benjamin Forel a déjà soulevé quelques montagnes pour que le théâtre existe hors les murs. Cet art de l'éphémère, il l'a appris en option théâtre au lycée (...)

Nadja Pobel | Mercredi 24 juin 2020

Benjamin Forel fore son théâtre

À 34 ans, Benjamin Forel a déjà soulevé quelques montagnes pour que le théâtre existe hors les murs. Cet art de l'éphémère, il l'a appris en option théâtre au lycée Charlie Chaplin de Décines où il passe un bac S et c'est le metteur en scène Sarkis Tcheumlekdjian qui est aux manettes les mercredis après-midi. Inscrit en fac de bio, sur le chemin de la Doua, il s'arrête souvent à Charpennes où est installé la compagnie Premier acte du metteur en scène du bel Andorra, au point qu'il deviendra son assisant durant cinq années. En 2008, Benjamin Forel crée sa compagnie, la Troupe du Levant dont certains font encore route avec lui. Il a bien joué aux Marronniers, aux Clochards Célestes, mais, féru de Mnouchkine et son Théâtre du Soleil, il veut du monde sur le plateau et pouvoir aussi imaginer le bar, la fa

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Le Théâtre du Grabuge retrouve son public

Théâtre | Le théâtre revient timidement mais il revient même hors des cafés-théâtres, avec la classe "Départ Lyon Métropole". À la MJC Laënnec-Mermoz, du jeudi 25 au (...)

Nadja Pobel | Mardi 16 juin 2020

Le Théâtre du Grabuge retrouve son public

Le théâtre revient timidement mais il revient même hors des cafés-théâtres, avec la classe "Départ Lyon Métropole". À la MJC Laënnec-Mermoz, du jeudi 25 au vendredi 26 juin, gratuitement, il sera possible d'assister — à 50 en même temps au maximum — aux soirées Putain d'voyage. Il s'agit de la projection du film Du haut du ciel tomba la nuit, réalisé en février dernier avec l'ensemble des douze jeunes volontaires qui auraient dû créer un spectacle pour le mois de mai, au NTH8, annulé en raison de la crise sanitaire. Depuis l'assouplissement des mesures de restriction d'accès aux salles de spectacle, ils ont pu retravailler et se raconteront, à l'issue du film, à travers le slam, le théâtre, la chanson, la danse et la photo. Cette troupe est composée de volontaires en service civique qui se sont engagés dans des pratiques artistiques afin de faciliter leur inclusion sociale et professionnelle. Ils sont so

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L'Ineffable Théâtre ouvre la friche de l'été à Oullins

Urbanisme Transitoire & Théâtre | À Oullins, une friche culturelle ouvre quand les théâtres restent pour la plupart fermés. L'Ineffable Théâtre accueille spectacles et performances dès maintenant, en petite jauge, dans les locaux emplis de vie et d'activités passées du technicentre de la SNCF.

Nadja Pobel | Mercredi 24 juin 2020

L'Ineffable Théâtre ouvre la friche de l'été à Oullins

À deux pas (deux minutes à pied en traversant la rivière Yzeron) de la gare d'Oullins et pas même un quart d'heure de bus depuis Bellecour (C10 arrêt Pont d'Oullins ou 15, arrêt de la gare), le metteur en scène Benjamin Forel a déniché des locaux étonnants pour son nouveau "bac à sable" ouvert à tous les arts ayant trait au corps. Après avoir investi des lieux ouverts (friche RVI, site antique de Fourvière, Vélodrome de la Tête d'Or...), il s'attache désormais à trouver des endroits couverts sur une durée plus longue (quelques semaines auparavant, plusieurs mois désormais) afin de ne pas dépendre de la météo. Après la Confluence l'an dernier, le voilà désormais dans l'ancien technicentre industriel SNCF d'Oullins grâce au « vrai soutien » de la ré

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L’enfance de larmes : "Benni"

Drame | Benni, 9 ans et quelque, a un passé traumatique et une mère défaillante qui la font sombrer dans des crises d’une incoercible violence à la moindre contrariété. Ayant déjà usé toutes les patiences et solutions des services sociaux elle trouve en Micha, son AVS, un possible espoir…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

L’enfance de larmes :

Des hurlements à déchirer cœur et tympans, une rage indicible ancrée au plus profond des tripes ; des poings, des pieds prêts à voltiger en tout sens si par malheur quelqu’un d’autre que sa mère lui touche le visage et de trop brèves accalmies… L’existence de Benni, criarde jusque dans ses vêtements, ressemble à un sismogramme bondissant sans cesse de crête en crête, où chaque crise est suivie d’un black out cotonneux hanté de flashes roses — souvenirs-refuges, limbes de la vie d’avant de cette gamine affamée d’une mère dépassée. Souvent éprouvant parce qu’il montre une succession d’impasses éducatives et affectives, parce qu’il présente des faux-espoirs ou des situations de danger pour Benni ou pour son entourage, parce qu’il rend visible l’absence de solutions de prise en charge pour ces mineurs en souffrance, à un âge où une réparation psychique serait possible, Benni n’a rien d’une “belle” histoire. Nora Fingscheidt « porte la caméra dans la plaie », pour transposer l’expressi

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Avec "Pinocchio", Matteo Garrone signe le billot-pic d’une tête de bois

Sur Amazon Prime Video | Cela se voyait comme le nez au milieu la figure : le "Pinocchio" de Matteo Garrone allait être le grand film d’art et d’essai familial des vacances de Pâques au cinéma. Les événements auront fait mentir cette prédiction : il sera celui de la rentrée de mai. Dans votre salon, via Amazon Prime Video…

Vincent Raymond | Mardi 12 mai 2020

Avec

Italie, dans un XIXe siècle parallèle. Geppetto, brave et pauvre menuisier, sculpte dans une bûche magique un pantin turbulent qu’il baptise Pinocchio. Celui-ci va s’animer, accumulant les bêtises, avant de s’enfuir, incapable de céder à ses envies naïves. Mais sa bonne fée veille… Transposer Pinocchio pour un cinéaste italien revient de notre côté des Alpes à porter à l’écran Les Misérables : au prestige du roman dans la culture nationale et internationale s’ajoute le poids des devanciers ayant voulu donner leurs vision et images d’un texte aussi emblématique. Difficile, donc, de se ménager une place. Sauf si l’on a les arguments et la légitimité. Il n’échappera à personne que Matteo Garrone dispose des arguments artistiques et techniques, autant que de légitimité pour entreprendre un conte dont le protagoniste est, une fois encore après Dogman ou Reality, un candide. Un être simple à la croisée de deux mondes ;

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Peinture Fraîche à l'avant-garde du street art

Festival | Peinture Fraîche a dévoilé sa programmation et son ambition de métamorphoser la Halle Debourg sous l’impulsion des nouvelles technologies. Un parti pris qui installe Lyon à l’avant-garde du street art.

Sarah Fouassier | Mardi 18 février 2020

Peinture Fraîche à l'avant-garde du street art

Lyon n'a jamais fait figure de ville novatrice en matière de street art. C'est ce que Peinture Fraîche s'évertue à changer depuis sa première édition. Si le lieu où se déroulera le festival se révèle inchangé, son contenu connaîtra des évolutions puisque la totalité de la programmation artistique est renouvelée. Seuls les artistes locaux invités lors de la première édition seront à nouveau conviés à montrer et à vendre leurs œuvres dans l’espace d’exposition. Ce qui favorise l’émergence d’un marché de l’art urbain lyonnais et la professionnalisation des artistes. Une initiative bienvenue dans un milieu où la rémunération de peintures dans l’espace public est rare. Qui seront les têtes d’affiche de cette édition 2020, et qu’espérer de ce Peinture Fraîche 2.0 ? Les nouvelles technologies seront sans aucun doute les invités d’honneur de ce festival puisque 80% des fresques seront animées grâce à la réalité augmentée, offrant aux visiteurs une double visite et une double lecture des pièces. L’usa

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Hérisson carré contre Carrey hérissant : "Sonic le film"

Aventure | Exilé sur la planète Terre, le hérisson bleu Sonic vit heureux caché dans une petite ville, jusqu’au jour où il déclenche accidentellement une gigantesque décharge énergétique. Le gouvernement dépêche un savant fou, le Dr Robotnik, pour tirer les choses au clair…

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Hérisson carré contre Carrey hérissant :

La nostalgie n’ayant pas d’âge, chacun éprouve une douce mélancolie à la remembrance des décors de sa jeunesse. Quand les septuagénaires susurrent Âmes fifties, les quinqua beuglent L’Île aux enfants et les trentenaires s’emparent de leur console pour se taper des parties de Sonic. Point commun à tous ces comportements innocents : la recherche d’un plaisir régressif et irénique ; le retour à ce fameux paradis perdu à l’âge adulte, auquel ils accèdent par saccades lors de ces plongées dans le bleu des souvenirs… ou du logo Sega, en l’occurrence. Sonic le film illustre bien cette quête sans fin (n’est-ce d’ailleurs pas le propre d’un jeu vidéo d’être construit en quête ?) en révélant le désir un brin réactionnaire des fans de tout retrouver intact — la polémique sur l’évolution morphologie de leur personnage fétiche née de la première bande-annonce en témoigne. Le scénario également suit cette idée, puisqu’on y voit un policier de bourgade rêver de s’épanouir à San Francisco… avant d’y renoncer parce que le home town de son enfance est plus taillé à ses dimensio

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Des débuts prometteurs : "La Dernière Vie de Simon"

Fantastique | À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que soit. Dix ans plus tard, Simon va “ressurgir“…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Des débuts prometteurs :

Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier — tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur toute cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté — même si l’amour qu’il reçoit de sa famille

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Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Adoration | Dernière pierre ajoutée à son édifice ardennais, Adoration est le plus sauvage et solaire des éléments de la trilogie de Fabrice du Welz. Avant de s’attaquer à son nouveau projet, Inexorable, le fidèle d’Hallucinations Collectives livre quelques “adorables“ secrets…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Il vous a fallu une quinzaine d’année pour mener à son terme votre “trilogie ardennaise”. De Calvaire à Adoration, en passant par Alleluia, on peut à présent voir un double mouvement s’y dessiner : d’une part un rajeunissement progressif des protagonistes (vous commenciez dans un EHPAD pour finir avec des adolescents), de l’autre leur féminisation… Fabrice du Welz : Au départ, ce n’était pas prévu pour être une trilogie. C’est après Alleluia que je me suis un peu laissé prendre au jeu quand on m’a parlé des correspondances existant entre ce film et Calvaire. Et il est vrai qu’il y avait comme une sorte de mouvement ou de recherche vers une figure féminine, qui éclate ici avec le personnage de Gloria. Maintenant je me rends compte que je suis resté assez fidèle à un certain décor des Ardennes, mais aussi à des noms, comme Gloria ou Bartel — souvent, quand je commence un nouveau projet, je me raccroche à eux. Aujourd’hui, la trilogie trouve avec ce film une form

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Ardennes que pourra : "Adoration"

Le Film de la Semaine | « Mes jeunes années (…) / Courent dans les sentiers / Pleins d'oiseaux et de fleurs » chantait Charles Trenet. À ce tableau pastoral, Fabrice Du Welz ajoute sa touche d’intranquillité et de dérangement faisant d’une fuite enfantine une course éperdue contre (ou vers) l’âge adulte.

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Ardennes que pourra :

Adolescent d’une petite dizaine d’années, Paul vit dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique où sa mère travaille. Lorsque Gloria, jeune patiente de son âge est internée, Paul éprouve pour elle une fascination intense. Un acte irréversible va lier leurs destins et les entraîner dans une cavale folle… Retour aux fondamentaux pour Fabrice Du Welz, que sa parenthèse — ou la tentation ? — hollywoodienne avait sinon dispersé, du moins un peu dérouté de sa ligne originelle. Ultime volet de sa “trilogie ardennaise”, Adoration n’en est certes pas le moins sauvage ni le moins exempt de mystères non élucidés, mais il semble convertir en lumière pure la vitalité débordante de ses protagonistes. Et même s’autoriser, suprême audace, une espérance dans une conclusion en forme d’épiphanie. Le cadre lui-même s’avère propice puisque la nature dans laquelle se dissolvent ses fugitifs déborde de vie, de bienfaits estivaux ou de rencontres favorables ; quand aux poursuivants, ils demeurent à l’état de silhouettes — rien à voir avec La Nuit du chasseur !

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Gavalda remix : "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"

Drame | Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette (une prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte), Mathieu, employé timide et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Gavalda remix :

En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions (oui oui) de lecteurs — voire adulateurs — de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcément pourvues d’une gentilhommière en province ou en grande couronne, où l’on se rend pour les anniversaires d’ancêtres et la Noël (et les chamailleries afférentes). Il y a quand même une douce contradic

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Dévorante passion : "Swallow"

Drame | La ravissante Hunter a tout pour être comblée : épouse d’un jeune et bel homme d’affaires, elle a cessé de travailler comme vendeuse et peut se consacrer à son intérieur ainsi qu’à l’enfant qu’elle porte. Mais taraudée par l’ennui, elle se met à ingérer des objets hétéroclites. Maladivement.

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Dévorante passion :

« Le mariage, ce n’est pas la mer à boire, mais la belle-mère à avaler ». Impossible de réduire Swallow (en français, “avaler“) à cette maxime franchouillarde, pareille à celles fleurissant jadis dans les colonnes de l’Almanach Vermot. Derrière la trivialité de la formule affleure toutefois une forme de “vérité“ dont ce film témoigne et dont peut également rendre compte Rosemary’s Baby : une jeune femme y est ravalée au rang de procréatrice, vampirisée par des ascendants désireux de s’approprier le fruit de ses entrailles. Issue d’un milieu populaire, propulsée par ses noces dans une classe supérieure, Hunter subit le poids d’un environnement dont elle ne connaît pas les codes et qui, la tolérant à peine, l’ignore en se montrant dominateur. Roméo et Juliette a du plomb dans l’aile ! Jouant sur un décor glacé quasi aseptisé, à l’image de la “belle“-famille, Swallow est un pur film psychanalytique à tendance lacanienne où le TOC d’Hunter — cet irrépressible besoin d’absorber des trucs et des machins, dont on apprend qu’

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La guerre, et ce qui s’ensuivit : "1917"

Le Film de la Semaine | En un plan-séquence (ou presque), Sam Mendes plonge dans les entrailles de la Première Guerre mondiale pour restituer un concentré d’abominations. Éloge d’une démarche sensée fixant barbarie et mort en face, à l’heure où le virtuel tend à minorer les impacts des guerres…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

La guerre, et ce qui s’ensuivit :

1917, dans les tranchées de France. Deux caporaux britanniques sont dépêchés par un général pour transmettre au-delà des lignes ennemies un ordre d’annulation d’assaut afin d’éviter un piège tendu par les Allemands. Une mission suicide dont l’enjeu est la vie de 1600 hommes… Depuis que le monde est monde, l’Humanité semble avoir pour ambition principale de se faire la guerre — Kubrick ne marque-t-il pas l’éveil de notre espèce à “l’intelligence“ par l’usage d’une arme dans 2001 : l’Odyssée de l’espace ? Et quand elle ne se la fait pas, elle se raconte des histoires de guerre. Ainsi, les premiers grands textes (re)connus comme tels sont-ils des récits épiques tels que L’Iliade et L’Odyssée ayant pour toile de fond le conflit troyen. À la guerre comme à la guerre Si la pulsion belliciste n’a pas quitté les tréfonds des âmes, comme un rapide examen géopolitique mondial permet de le vérifier, la narration littéraire occidentale a quant à elle suivi une inflexion consécutive aux traumatismes hér

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Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un vrai bonhomme | Pour son premier long-métrage, Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le “coming at age movie“ — une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnages d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnue, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; j’ai essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie “la plus intéressante“. Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : “et si“ on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de

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Je mets mes pas dans les pas de mon frère : "Un vrai bonhomme"

Comédie Dramatique | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de Mon Inconnue.

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Je mets mes pas dans les pas de mon frère :

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shyamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitret

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Joan Bennett, actrice pour Fritz Lang

Institut Lumière | Elle aurait soufflé 110 bougies en cette nouvelle année, marquant également les trente ans de sa disparition. La notoriété de Joan Bennett (1910-1990) se (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Joan Bennett, actrice pour Fritz Lang

Elle aurait soufflé 110 bougies en cette nouvelle année, marquant également les trente ans de sa disparition. La notoriété de Joan Bennett (1910-1990) se dilue sans doute aujourd’hui dans les replis du temps ; toutefois cette grande star des temps jadis demeure indissociable de la période américaine de Fritz Lang dont la rétrospective se poursuit gaillardement à l’Institut Lumière. On le vérifiera avec deux des quatre films qu’ils tournèrent ensemble durant les prolifiques années 1940, La Femme au portrait (1944) et Le Secret derrière la porte (1948). Deux films noirs imprégnés de références psychanalytiques — l’une des marottes de Lang, aficionado de Freud — où elle révèle des visages très opposés. Le premier film fait étrangement écho au Laura de Preminger, tourné la même année, ayant également trait à la fascination d’un homme pour un visage entrevu sur un tableau. Mais chez Lang, Bennett incarne une femme fat

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Histoires de murs au CHRD

Street Art | Puisque pour les vingt ans de la Chute du Mur de Berlin, le CHRD avait fait une expo historique et didactique, pour le trentenaire de ce haut fait, il convie six street artistes pour une parenthèse simple voire simpliste.

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

Histoires de murs au CHRD

Force est de constater que faire appel aux artistes de l’espace urbain, aux slameurs et danseurs hip-hop pour les nombreuses déclinaisons de l’expo (entamée début novembre) réussit au CHRD. Les chiffres de fréquentation sont importants chaque week-end (400 personnes), le public rajeunit. Et ce n’est jamais une anecdote pour un lieu patrimonial et de mémoire comme celui-ci. Les artistes réunis sont bien conscients du terrain qu’ils investissent comme en témoigne l’un d’eux dans le (seul) cartel vidéo : « le CHRD est chargé d’Histoire. Ça nous renvoie à une époque où il fallait faire hyper attention si on voulait écrire des choses sur les murs pour ne pas se faire attraper et qui n’a rien à voir avec notre époque, car on ne met pas nos vies en danger en faisant de l’art. » Au premier niveau, des mots de Petite Poissone au sol et en l’air guident vers un travail collectif : derrière un mur est abandonnée une statue de Liberté misanthrope. Dans la contre-allée,

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Didi-Huberman, les remous d'une pensée

Histoire de l'Art | À l'occasion de la sortie d'un livre d'entretiens, l'historien de l'art Georges Didi-Huberman sera de passage à Lyon cette semaine, à la librairie Michel Descours.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 décembre 2019

Didi-Huberman, les remous d'une pensée

À la lecture des entretiens de Georges Didi-Huberman avec Philippe Roux, nous apprenons (tant il est utilisé par l'un et l'autre) un nouveau verbe : géminer, qui signifie notamment doubler, multiplier par deux... Pour l'historien de l'art, il s'agit toujours de cela : de voir au moins double, de penser double, net et flou, près et loin, vers le passé et vers l'avenir, à même la matière des images et avec le recul du théorique... Il s'agit chez lui de déceler des gestes d'air jusque dans la pierre, des soulèvements dans la lenteur ou le figé, des survivances actuelles ou nouvelles dans les images du passé. Et ce, dans d'innombrables livres sur l'image en général, ou sur Pasolini, Pierre Fédida, Jean-Luc Godard, Georges Bataille, Fra Angelico, et tant d'autres. Avec pour guides quelques auteurs fétiches comme Kafka, Aby Warburg, Ernst Bloch, Baudelaire et, surtout, Walter Benjamin qui, selon Didi-Huberman, propose « un tout autre modèle de l'origine, voire de

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Réouverture de l’Institut Benjamenta

Reprise | Attention, curiosité ! Près d’un quart de siècle après sa sortie, le premier long-métrage des Frères Quay revient sur les écrans. Cette renaissance “hors du (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Réouverture de l’Institut Benjamenta

Attention, curiosité ! Près d’un quart de siècle après sa sortie, le premier long-métrage des Frères Quay revient sur les écrans. Cette renaissance “hors du temps” lui offre un fier service en le nimbant d’une patine supplémentaire le rendant davantage atemporel et surtout en lui conférant ce prestige d’objet singulier dont il fut jadis un peu privé. Certes, on le remarqua à l’époque — comment aurait-il pu en être autrement : le bizarre se distingue toujours —, mais l’accent fut parfois mis sur des aspects éloignés de ses qualités intrinsèques (comme le fait, par exemple, qu'il soit signé par des frangins dans la décennie du centenaire du cinéma, où les paires fraternelles pullulaient : Coen, Washowski, Farelly, Dardenne…) On chercha aussi à l’inscrire dans la mouvance esthétique du néo-expressionniste pratiquée avec réussite, d’ailleurs, par une armée de formalistes titillés par la Chute du Mur : Lars von Trier (Europa), Steven Soderbergh (Kafka), Woody Allen (Ombres et Brouillard), etc.

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Anne Benoît, actrice majuscule

Théâtre | Tout repose sur l'actrice. Anne Benoît est magistrale dans le rôle d'une femme en souffrance au travail imaginée par la romancière Nina Bouraoui dans un livre à paraître en janvier, "Otages". Richard Brunel accompagne à la mise en scène ce cri, cette résistance et ces violences.

Nadja Pobel | Mardi 26 novembre 2019

Anne Benoît, actrice majuscule

« J'ai cherché la joie comme une folle » nous dit Sylvie Meyer, la quinquagénaire, deux enfants et un mari qui vient de partir sans qu'elle s'en émeuve vraiment. Depuis vingt ans, elle travaille dans une usine de caoutchouc, répond à toutes les demandes même lorsqu'il s'agit de surveiller désormais les agissements de ses collègues. Jusqu'à ne plus en pouvoir et se pointer au bureau avec un couteau caché dans le sac, pour une nuit de séquestration. Richard Brunel, pour cette dernière production en tant que directeur du CDN de Valence (et avant de bientôt rejoindre l'Opéra de Lyon) utilise des astuces scénographiques qui lui sont familières : de la vidéo projetée et des cloisons mouvantes faites de rideaux californiens permettant d'ouvrir ou fermer l’espace. Tout est aseptisé comme récemment dans Certaines n'avaient jamais vu la mer ou même dans le pourtant rugueux Roberto Zucco. Trop. Mais au moins rien n'entrave la parole de ce quasi monologue — l'homme n'étant qu'une matière à re

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Graine de malheur : "Little Joe"

Thriller | Et si le bonheur de l’Humanité se cultivait en laboratoire ? Jessica Hausner planche sur la question dans une fable qui, à l’instar de la langue d’Ésope, tient du pire et du meilleur. En témoigne son interloquant Prix d’interprétation féminine à Cannes pour Emily Beecham.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Graine de malheur :

Amy travaille dans un laboratoire de phytogénétique sur le projet Little Joe, une plante rendant ses possesseurs heureux. Mais à la suite d’une série de dysfonctionnements, le “prototype“ contamine son fils et certains chercheurs, qui commencent à agir étrangement… Sur le papier, Little Joe aguiche plus qu’il ne promet tant ce conte moral paraît en phase avec des préoccupation sociétales, éthiques, biologiques et écologiques. Jessica Haussner coche toutes les cases en abordant autant les dangers encourus par la manipulation du vivant que le désir illusoire de fabriquer un bonheur universel… mais totalement artificiel — sur ce chapitre, la science n’est pas la seule concernée par cette philippique filmique : les religions affirment à leurs adeptes que leurs doctrines aspirent aux mêmes résultats. Cette promesse de mieux vivre ne peut qu’aboutir à une catastrophe, au nom de l’adage « le mieux est l’ennemi du bien » : le pollen de Little Joe transforme ceux qui le respirent en monstres dépourvus d’empathie. À cette fable effrayante, la cinéaste ajoute une dimension plastique stupéfiante : palette trav

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Ben Shemie, perdu dans l'espèce

Space Pop | En marge de Suuns, le Canadien Ben Shemie continue d'explorer les possibilités de l'esprit humain et de la pop expérimentale en les accouplant à une forme de chronologie du hasard dictée par les machines.

Stéphane Duchêne | Mardi 8 octobre 2019

Ben Shemie, perdu dans l'espèce

Si les disques étaient livrés avec une notice d'utilisation, alors l'A Skeleton de Ben Shemie serait décrit de la manière suivante : « un album pop expérimental aux sons synthétiques froids avec des touches de psychédélisme. » Et force est de constater qu'on ne serait guère plus avancé que le singe de 2001, L'Odyssée de l'Espace devant la découverte du monolithe noir de la connaissance. Ou d'un humain quelconque devant le manuel de mise en route d'une super-intelligence artificielle. D'intelligence artificielle il est justement question sur ce disque, de la question du rapport de l'humain avec la machine aussi (qui commence avec le singe précité découvrant l'outil – et l'arme – en empoignant un os). Cette confrontation, le leader du groupe art-kraut-pop de Montréal

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Benoît Turjman, entre les mots

Portrait | « Lorsqu'on vient d'entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui » disait Sacha Guitry. Benoît Turjman, lui, est de ceux qui manient l'art de faire parler le silence. Militant du mime, artiste hors du commun : on vous dit tout sur votre Voisin préféré.

Elliott Aubin | Mercredi 27 novembre 2019

Benoît Turjman, entre les mots

Alors même qu’il n’est pas encore sur scène, ses gestes semblent déjà très répétés, presque comme une chorégraphie. Sa préparation est méticuleuse, méthodique, précise. Il sort un à un, de sa valise très ordonnée, ses accessoires du soir. De l’autre côté le public s’installe progressivement. Très vite, Benoît se transforme en Le Voisin. D’abord le costume, puis le maquillage et la coiffure. La métamorphose s’opère ! À cet instant précis, le voilà plongé dans un silence qui l’habitera tout au long de sa représentation. Qu’il soit à Gerson, scène qu’il affectionne autant qu’elle l’impressionne, ou sur celle du Point Nommé, bar de quartier du côté de Perrache, sur laquelle il se sent plus libre, c’est une même appréhension qui l’anime. Ses prestations seront différentes. L’une sera disciplinée, et durera plus d’une heure. L’autre plus spontanée, ne se prolongera que quelques minutes en conclusion d’une soirée des Gones du Rire aux côtés d’une dizaine d’autres stand-uppers. L’effet sur le public sera le même. Le Voisin a ce don de vous plonger dans son monde. Ses mésaventures, ses maladresses. Vous partagez ses joies, sa poésie e

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Big Ben ouvre une galerie à Vaise

Street Art | Si la rue est le terrain de jeu où le street artiste Big Ben a fait ses gammes, c’est en intérieur que se joue sa nouvelle partition avec l’ouverture de The Big Ben Art Show à Vaise.

Sarah Fouassier | Mardi 10 septembre 2019

Big Ben ouvre une galerie à Vaise

L’atelier galerie de Big Ben, qui a ouvert ses portes en juillet, accueille sa seconde exposition dans un lieu imaginé par l’artiste comme une galerie « équitable dont le but est de donner un point d’exposition et de vente aux artistes pour les aider à vivre de leur art. Je veux réduire au maximum les frais des artistes tout en proposant des œuvres à petits prix. » En se localisant Grande rue de Vaise, Big Ben introduit la préoccupation artistique dans une aire en mutation dont l’unique souci est de commercer des biens communs destinés aux habitants du quartier. « Les voisins sont contents d’avoir de l’art ici. Cette implantation, je la perçois comme un acte militant dans un quartier à la population mélangée où l’on ne vient pas forcément. J’ai envie que les gens se déplacent ici. » Si aller à Vaise n’est pas encore dans les habitudes des habitants des autres arrondissements, Big Ben compte bien nous y attirer en exposant autant

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Sophia Aram, sensible mais sensée

Humour | L'humoriste Sophia Aram présentera son nouveau spectacle le 18 septembre au Radiant : "À nos amours".

Elliott Aubin | Mardi 10 septembre 2019

Sophia Aram, sensible mais sensée

Nous l'avions découverte dès 2012 au micro de France Inter, chroniqueuse ayant su rapidement bousculer ses auditeurs et auditrices par son insolence piquante et une ironie engagée. Après trois spectacles portant respectivement sur l’école, les religions et la montée des extrêmes, elle s’intéresse ici plus particulièrement au vaste sujet qu’est l’amour. Mais ses thèmes de prédilection seront toujours présents au sein de ce spectacle déjà bien rodé... Attachée à la laïcité et aux droits des femmes, humaniste, Sophia Aram réussit à sa manière à faire percer dans le débat public les convictions profondes qui l'animent. Elle est de ces artistes qui ont choisi le rire pour éveiller les consciences en dévoilant le regard acéré qu'elle porte sur notre époque. Un lyrisme luchiniste Dans ce nouveau spectacle baptisé À nos amours, elle démontre tout son talent pour dénoncer, avec dérision et sarcasme, le sexisme ordinaire et les préjugés de la vie d'un couple. Qu'est-ce qu'un couple féministe ? Voilà une des questions que nous pose Sophia Aram et son compagnon, Benoît Cambillard, avec qui elle écrit ses s

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