Le goût de Gadagne

ARTS | Conservatrice des Musées Gadagne depuis janvier, Maria-Anne Privat-Savigny expose ses projets pour ce lieu double (musée de l'histoire de la Ville de Lyon et des marionnettes du monde) situé dans un somptueux palais Renaissance du 5e arrondissement, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 14 février 2011

Petit Bulletin : Vous dirigiez jusqu'à l'an dernier le Musée des tissus de Lyon. Qu'est-ce qui vous a menée au Musée Gadagne ?
Maria-Anne Privat-Savigny : J'ai été attirée par le désir de Georges Képénékian, adjoint à la culture du maire de Lyon, de replacer ce musée dans la cité, de lui donner un vrai rôle. C'est un enjeu qui est, certes, assez propre à un musée d'histoire mais qui reste extrêmement intéressant.Vous dites vouloir faire de ce double musée un lieu que l'on puisse «goûter» de différentes manières. Pouvez-vous nous expliquer ce terme ?
La manière de visiter les musées depuis plusieurs années s'est extrêmement diversifiée et je trouve que le support histoire et marionnettes est assez propice à ce genre d'évolution. Traditionnellement, on déambule dans un musée en lisant des cartels et parfois un audio-guide, mais il y a mille autres manières de découvrir une collection. Je crois notamment beaucoup au spectacle vivant, au théâtre et à la danse. On parle beaucoup de multimedia mais il y a des choses beaucoup plus classiques et traditionnelles à développer pour s'approprier cette histoire, pour l'expérimenter. Par exemple, pour évoquer Louise Labé dans les salles, il pourrait y avoir un comédien qui récite des textes de façon impromptue. Vous voyez alors en salle la vie, l'œuvre et l'influence de Louise Labé, puis vous avez le texte en live si je puis dire. Cela change complètement l'approche des collections. Nous sommes en phase d'invention. Nous souhaitons aussi créer une vie au musée. Les musées anglo-saxons le font déjà. Mais nous faisons partie intégrante de la cité et nous voulons faire partie de la vie des gens. C'est un vrai enjeu pour les musées aujourd'hui : que les gens prennent du plaisir en venant. Nous avons la chance d'avoir un sublime jardin pour se délasser avec un café-restaurant. C'est bien aussi de pouvoir savourer un moment au musée, ailleurs que dans les collections.Vous souhaitez également sortir le musée de ses murs.
Le musée sort déjà de ses murs, mais nous allons accentuer cela selon trois axes. Nous allons mener des actions sur l'histoire de la Renaissance car elle n'est pas concentrée que dans les murs de Gadagne. Le deuxième axe est d'aller travailler dans différents quartiers de Lyon. Nous le faisons souvent avec les écoles. Différents programmes sont déjà en place et nous allons les poursuivre ou les renouveler pour donner envie aux gens de venir à Gadagne. Et puis, le troisième axe est de travailler avec des associations ou les mairies de quartiers, les bibliothèques et faire en sorte que les gens s'approprient leur zone d'habitation. C'est extrêmement important car, lorsque vous vous appropriez l'histoire du lieu où vous vivez, vous vous intégrez, quelles que soient vos origines géographiques. Comment allez-vous faire évoluer le Musée des marionnettes ?
C'est un musée extraordinaire que je redécouvre à chaque fois. Nous renouvelons la présentation tous les deux à trois ans, essentiellement pour des raisons de conservation des marionnettes. La prochaine programmation, sur laquelle nous commençons à travailler, sera la marionnette du XXe siècle (à partir de mai 2013) puis, en 2015, nous nous consacrerons aux marionnettes d'Asie. Il y aura toujours une place privilégiée pour Guignol qui fait partie intégrante de l'histoire de Lyon. À chaque nouvelle présentation seront associées des représentions car la marionnette est un art vivant avec un champ de création immense. Michel Laubu et sa compagnie Turak, exposés en ce moment, en est un exemple.Quels sont les projets immédiats mis en place à votre arrivée au musée ?
Il y aura les soirées XXL qui auront lieu trois fois par an avec la publication d'un livre, une exposition-découverte et une soirée consacrée à une personnalité qui a marqué Lyon. La première, celle du 19 mai, sera consacrée à la famille Gadagne et à l'histoire de la banque à Lyon. La suivante, le 22 septembre, mettra en lumière Claude Bourgelat pour les 250 ans de l'école vétérinaire de Lyon, la première ouverte au monde. Et puis, chaque année, en automne-hiver aura lieu une grande exposition temporaire. Nous commençons avec «la gastronomie lyonnaise» dès novembre. Et puis nous allons bien sûr continuer à collaborer avec nos alliés classiques que sont les Archives et la Bibliothèque municipale. Et nous allons nouer d'autres liens avec les musées de la ville. Tous les directeurs de ces institutions ont le désir de travailler intelligemment et c'est réjouissant. Je me permets d'insister car ce n'est pas toujours le cas. Il y a une vraie volonté de travailler ensemble.Gadagne en chiffres
1998 : Classification du quartier du Vieux-Lyon, et donc du palais Gadagne, au patrimoine mondial de l'UNESCO
2009 : Réouverture du Musée après d'importants travaux de rénovation répartis sur dix ans
723 K€ : Budget fonctionnel prévisionnel en 2011 :
90 000 : Nombre de visiteurs ayant fréquenté le Musée en 2010 (année spécifique sans exposition temporaire)

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