Anne de Hey! : « l'outsider pop est toujours en marge du marché de l'art »

Revue | Commissaire d’exposition et créatrice de la revue d’art Hey!, Anne (dont le nom reste un mystère) synthétise et conceptualise les « nouveaux arts figuratifs contemporains », dont le street art, sous le nom "outsider pop". Elle sera à Peinture Fraîche le jeudi 2 mai pour présenter sa revue lors de la journée professionnelle.

Sarah Fouassier | Mardi 30 avril 2019

Photo : © Zoé Forget


Quelle quête poursuivez-vous au travers de la publication de Hey! ?

Anne de Hey! : J'ai créé Hey! pour lire quelque chose que je ne retrouvais pas dans la presse française ou internationale. Je voulais créer une presse qui relaie une certaine forme d'art mal comprise et sous-représentée. Cette famille artistique, je l'ai formulée sous l'intitulé "outsider pop", je la définis comme une famille qui est toujours en marge par rapport au marché de l'art. L'idée est de représenter des arts et des artistes qui ne sont pas reconnus à leur juste valeur. Quand je montre ces œuvres parfaitement exécutées, les gens sont souvent interloqués, ils éprouvent un vrai sentiment de découverte. J'avais l'envie de créer une publication qui soit inspirante pour les lecteurs et pour les nouvelles générations qui sont en appétence de différence et d'idéaux esthétiques et politiques.

En quoi le street art fait-il partie de la famille de l'outsider pop ?

La mère du street art est le tag, et le tag montre qui on est, où on vit. Les vrais artistes et activistes qui travaillent dans la rue le font pour provoquer un partage. Le partage de la ville, de l'expérience, de l'identité, voilà la philosophie des outsiders pop, ils ont un langage commun qui exprime leur propre singularité et qui leur permet de jouir de la singularité des autres.

Vous avez fait l'une des premières expositions de graffiti à Paris. Quelle place prend le street art dans Hey! et dans vos convictions artistiques ?

Depuis que j'ai 14 ans, je suis au spectacle de ma ville, j'ai vu se déployer toute la culture du gravezine, puis du pochoir, j'ai vu arriver le graffiti sur Paris, j'ai vu Paris devenir la capitale européenne du graffiti. J'ai pu voir toutes les grandes esthétiques du graffiti sauf les Américains. Mon œil a été formé, mais aussi ma vision esthétique et philosophique. Toute cette dynamique nous fait nous questionner, elle nous donne des enseignements sur l'histoire de la peinture aussi. Dans Hey! ça se retrouve par le biais de la peinture. Je soutiens le travail de beaucoup de graffeurs qui sont devenus des peintres d'atelier sur toile ou papier. Tous ces mouvements partagent cet ADN et cette énergie de rue, ce que j'appelle l'intelligence populaire, l'énergie qui vous habite et qui permet de transformer les choses en positif ou créatif. En 1990, on a ouvert une galerie, L'Hydre de l'Art, où l'on exposait le même type d'œuvres que l'on retrouve dans Hey! aujourd'hui. On a exposé du pochoir et du graffiti, la première expo de graffiti qu'on a faite était avec André cette même année.

Qu'est-ce que le succès du street art auprès des artistes et du public raconte de nous, de notre société ?

Ce succès dit qu'on est toujours prêt à voir embellir son quotidien et que quand les choses sont gratuites et belles, on est heureux de pouvoir se déployer dedans. Pour tous les urbains, c'est signifiant de voir une œuvre dans la rue, c'est généreux en propos. On devient captifs, c'est toujours plus intéressant que d'être captifs des publicités. On a toujours eu besoin de voir cette expression et d'être absorbé par elle, c'est la nature de l'être humain d'aimer voir des belles choses.

Votre compagnon et vous êtes les commissaires de l'exposition Tatoueurs, tatoués, quelle est son actualité ? Avez-vous de nouveaux projets de commissariat dans des institutions muséales ?

L'exposition est un pur blockbuster. De manière générale, en France, les expositions qui partent à l'international sont les expositions sur Manet, Monnet, Picasso. L'exposition a fait la tournée des musées nationaux depuis 2015, on va ouvrir à Taïwan en septembre et à Moscou en avril 2020 et la tournée continue. Le travail est très enrichissant car nous puisons dans les archives de chaque musée pour l'adapter au lieu et au pays d'accueil. L'acte deux n'est pas d'actualité, en revanche, ce qui est d'actualité est que depuis trois ans, je participe à l'élaboration d'une collection permanente, patrimoniale au Musée du Quai Branly qui intègre des artistes tatoueurs contemporains.

Présentation de la revue Hey!

À la Halle Debourg le jeudi 2 mai à 17h30 (journée pro : sur réservation uniquement)

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter