Frànçois le Frànçais

MUSIQUES | Avec E Volo Love, Frànçois & the Atlas Mountains a trouvé sa voix dans l'égarement musical. Parti des Charentes, passé par l'Angleterre, étranger en pays étrange, il entraîne l'auditeur sur la trace d'un absolu pop aussi attachant que sans attache. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 novembre 2011

A la réception du premier disque de Frànçois & the Atlas Mountains, Plaine inondable, sorti de nulle part et sans prévenir, on pouvait légitimement se demander d'où venait cet ovni au patronyme et à la musique difficile à localiser sur le Google Maps musical mondial. Il fallait attentivement décrypter la pochette et attendre la deuxième chanson de l'album, l'addictif Be Water (Je suis de l'eau),  pour être fixé.

À la sortie d'E Volo Love, on sait au moins qui c'est Raoul, enfin François Marry, jeune Charentais un temps exilé en Angleterre. Pour y faire quoi ? De la brit-pop ? Pas vraiment. «Mind the gap», disent les avertissements du métro londonien. Et ici, le gap est immense, y compris avec ce premier album qui contenait pourtant toutes les promesses ici tenues.

E Volo Love est un étrange objet volant : mélange de pop apatride et de chanson française faussement tarte quand il s'agit de chanter, avec une certaine affectation, dans la langue charentaise, ce qui n'est pas toujours le cas (on y chante aussi en anglais avec l'accent français et parfois faux).

Sédiments

Ça commence un peu comme 50% des albums pop de ces deux dernières années : avec un peu d'Afrique dans les arpèges – jurisprudence Vampire Weekend oblige, c'est toujours un peu Paul Simon qu'on ressuscite, même le langoureux suédois patraque Jens Lekman s'y est mis, c'est dire.

C'est du moins la fausse piste sur laquelle nous égare Frànçois avec gourmandise, jouant les Icare, sans parvenir à se brûler les ailes, fut-ce à l'auditeur de transpirer sous la chaleur astrale pour tenter d'en saisir toute la subtile complexité quelque peu labyrinthique. De l'appréhender par petites touches et petites couches de sédiments, Plaine inondable devenue désert chaud où le palindrome («E Volo Love») vaut égarement.

En bon Français, on percevra ici la délicatesse de Julien Baer, là, la préciosité mélancolique de Dominique A, ailleurs, la légèreté de pas de Mathieu Boogaerts. On aura tort et raison : comme il le métaphorise si bien sur Cherchant des Ponts, magnifique duo avec Françoiz Breut, Frànçois le Français et son groupe bâtissent des passerelles, parfois impossibles, entre des mondes musicaux, avant d'en effacer les traces, tiraillés par l'idée du retour. E Volo Love : premier acte d'une démondialisation pop ? 


FRÀNÇOIS & THE ATLAS MOUNTAINS "Piscine" par domino

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Françoiz Breut dans l'espace

Pop | Avec un album léger comme l'air, baptisé Zoo, Françoiz Breut livre un nouveau chapitre d'une cartographie des sentiments en forme de contes de fées valant tickets pour l'infini étoilé.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 mai 2016

Françoiz Breut dans l'espace

Les amateurs de cette Miss courant d'air, passant comme le Brr de son nom dans nos oreilles depuis plus de 20 ans, ne le savent que trop bien : la discographie de Françoiz Breut est pour une large part une cartographie spatio-temporelle étalée sur 20 à 30 000 jours. Françoiz aime les lieux, les villes (Portsmouth, Tarifa, Bruxelles...), y compris les villes allongées sur le dos, les terrains plus ou moins vagues, les ravins et les routes, peut-être parce qu'elle aime avoir La vie devant soi autant que derrière et par dessus tout avoir Le don d'ubiquité. C'est parce que d'une certaine façon et d'une façon certaine, la jeune femme est toujours dans La Conquête, titre du morceau qui ouvre son dernier album, Zoo, au texte sibyllin et cosmique, l'amour « qui brille comme une étoile énigmatique où la lumière ne s'éteint jamais ». Conquête spatiale car pour emballer cet univers d'où bruine la poussière d'étoiles, il y a la production de l'astronome de Porstishead, Adrian Utley, oscillant entre trip-hop vaporeux, doux dub aux résonances western (Loon-plage) et atmosphères à la Danny Elfma

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Les 10 concerts à voir en mai

Sélection | Harold Martinez Alors que l'on vient d'apprendre la venue à l'automne du Wovenhand de David Eugene Edwards, on pourra patienter durant ce mois de mai (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 4 mai 2016

Les 10 concerts à voir en mai

Harold Martinez Alors que l'on vient d'apprendre la venue à l'automne du Wovenhand de David Eugene Edwards, on pourra patienter durant ce mois de mai avec son plus proche cousin, pour ne pas dire frère en blues et visqueux. Visqueux au bon sens du terme car cette musique plus habitée qu'une masure aux mille fantômes se nourrit aussi à des milliers de kilomètres de distance (Harold Martinez vient de Nîmes) du même vibrato indécrottable de maître vaudou que celui de Mr Edwards. Une fois qu'elle vous a piqué, vous voilà zombifié. Au Kraspek Myzik le jeudi 12 mai Me First and the Gimme Gimme Gimmes Il y a des super-groupes, des groupes à concepts, des cover band, eh bien Me First and the Gimme Gimme Gimmes est les trois à la fois, poussant les trois bouchons dans leurs plus improbables extrémités. Qu'on s'accroche, ce punk band (formé de membres de Lagwagon, No Use for a Name ou NOFX) a sorti des albums des reprises thématiques (les comédies musicales, le r'n'b, les divas), enregistré un liv

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Elysian Fields et Françoiz Breut

MUSIQUES | Fascinante théorie des degrés de séparation mise en application par l'Épicerie Moderne. Françoiz Breut collabora en son temps avec Calexico (à Feyzin en avril). (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 2 mars 2016

Elysian Fields et Françoiz Breut

Fascinante théorie des degrés de séparation mise en application par l'Épicerie Moderne. Françoiz Breut collabora en son temps avec Calexico (à Feyzin en avril). Lesquels collaborèrent avec Jean-Louis Murat sur son fameux Mustango où l'on retrouvait également (de même que sur l'album Bird on a Poire) Elysian Fields. Ce sont bien la première et ces derniers qui feront scène commune le 25 mai, une scène déjà foulée par chacun d'eux, pour présenter respectivement leurs 6e et 10e albums.

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Alléchants de mars

MUSIQUES | Festival de chanson française, Les Chants de Mars est à l'image de cette dernière. On y trouve, pour qui a un rapport légèrement problématique à la chanson (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 25 mars 2014

Alléchants de mars

Festival de chanson française, Les Chants de Mars est à l'image de cette dernière. On y trouve, pour qui a un rapport légèrement problématique à la chanson française, à boire et à manger. De la variété benête à la Renan Luce à la grande Françoiz Breut ou Barcella, sorte d'Henri Dès pour adultes qui n'a pas son pareil pour vous forer une mélodie dans le crâne. Des talents installés, comme les french countrymen de La Maison Tellier, mais surtout une invraisemblable armada lyonnaise (et environnante) qui permet de se rendre compte de la richesse quantitative et qualitative de la chanson locale d'expression française.  Le tremplin "Et en plus elles chantent", bien sûr, qui chaque année révèle sa chanteuse d'avenir (ou pas), mais aussi cette année les inévitables Max Lavegie (homme lige de Carmen Maria Vega et figure de Gourmets Recordingz), Reno Bistan, Balmino, Pan (from Grenoble) et comme une cerise sur ce drôle de gâteau, notre chouchou Daisy Lambert, qui ne manque pas de dénoter positivement – mais où diable Daisy ne dénote-t-il pas ? 

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Françoiz, Dom et les autres : le best-of

MUSIQUES | Le Twenty-Two Bar (1995) avec Dominique A C'est elle qu'on aperçoit au premier plan de la pochette de La Mémoire Neuve. La fille avec la grosse guitare du (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 27 septembre 2012

Françoiz, Dom et les autres : le best-of

Le Twenty-Two Bar (1995) avec Dominique A C'est elle qu'on aperçoit au premier plan de la pochette de La Mémoire Neuve. La fille avec la grosse guitare du clip qui révéla Dominique A au grand public, c'est elle aussi. Le climax d'une fructueuse relation musicale (et un temps amoureuse) avec un Monsieur A qui la poussera vers une carrière solo. Dominique A - Le Twenty-two bar par DominiqueA-Official Ballad of Cable Hogue (2002) et Keeper of the Flame (2012) avec CalexicoSur le live World drifts in, elle chante les couplets en Français du titre phare de Calexico. Elle y reprend aussi Si tu disais en duo avec Joey Burns, qui lui rendra la pareille sur un titre d'Un

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Houle sentimentale

MUSIQUES | Pour reprendre quelque mots de son classique "Si tu disais", et les retourner contre elle : si Françoiz Breut disait «on y va», on n'hésiterait pas, «que (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 27 septembre 2012

Houle sentimentale

Pour reprendre quelque mots de son classique "Si tu disais", et les retourner contre elle : si Françoiz Breut disait «on y va», on n'hésiterait pas, «que ce soit pour une ville ou pour un bled, un bout de terre paumée», pour Le Nord, Porstmouth, Tarifa et même Cherbourg, sa ville natale, alors qu'on n'a jamais de parapluie sur nous. Et même si ce ne devait être que L'Affaire d'un jour, pour elle on se faderait des orchestres de Verre pilé. On la laisserait même jouer au docteur, se livrer sur nous à cette Chirurgie des Sentiments qui donne son titre à son dernier album. On y retrouve, comme sur toute sa discographie, cette sensation de houle sentimentale pour amoureuse insaisissable, ces chansons qui tanguent entre vie à faire et amours défaits, entre clair et obscur (Potron Minet, L'Éclat du jour

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A cœur ouvert

MUSIQUES | Quatre ans après A l'Aveuglette, Françoiz Breut est de retour avec "La Chirurgie des Sentiments" et un concert à l'Epicerie Moderne. À cette occasion, elle se confie de bon cœur sur ce disque du changement dans la continuité. Et sur le reste : la musique, l'écriture, la vie, Bruxelles... Texte et entretiens: Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 27 septembre 2012

A cœur ouvert

La Chirurgie des sentiments est un titre qui pourrait facilement résumer votre discographie...Françoiz Breut : Sans doute parce que je continue d'y décortiquer le sentiment amoureux. Mais j'y parle aussi de plein d'autres choses (rires). Je travaille un peu par phases : les idées arrivent et d'autres par-dessus, puis elles reviennent. Je construis mes textes et mes albums à partir de cette succession d'idées. Quant à la chanson qui donne son titre à l'album, elle parle du fait qu'on a beau essayer d'être rationnel, le cœur est toujours là qui nous fait faire des choses auxquelles on n'aurait pas forcément pensé. Et c'est très bien, parce qu'au fond, on en a besoin. Le premier titre de l'album, BXL Bleuette, est consacré à Bruxelles, où vous vivez. L'amour des villes, la géographie, le voyage, c'est une autre constante de votre œuvre...C'est vrai : depuis le premier disque, je suis passée par Tarifa, par Portsmouth, par Dunkerque. J'ai aussi parlé des villes en général dan

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Françoiz Breut

MUSIQUES | Les dernières fois qu'on avait entendu sa voix, c'était sur un sublime duo enregistré avec Frànçois & the Atlas Mountains, puis sur l'album Tucson Songs (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 14 septembre 2012

Françoiz Breut

Les dernières fois qu'on avait entendu sa voix, c'était sur un sublime duo enregistré avec Frànçois & the Atlas Mountains, puis sur l'album Tucson Songs avec ses complices de Calexico. Françoiz a si souvent été une «deuxième voix» (parce que tous les garçons sont amoureux d'elle et veulent chanter avec) qu'on en oublie presque qu'elle est une figure de proue de la chanson française, la vraie : le véritable pendant féminin de Dominique A, si toutefois les chanteurs marchaient par paire. Écrite à la pointe sèche et chantée d'une voix de satin, les chansons de Mlle Brr piquent autant qu'elles ne caressent. La preuve avec l'album qui accompagne cette tournée, quatre ans après À l'Aveuglette, le trop bien nommé La Chirurgie des Sentiments dont le premier extrait Werewolf nous a déjà arraché le cœur d'un coup de patte. Françoiz BreutÀ l'Epicerie ModerneJeudi 4 octobre

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Le Blues de la rentrée

MUSIQUES | En cette rentrée musicale, Lyon a, comme tout un chacun, le blues. Sauf qu'en l'espèce, c'est plutôt très bon signe et annonciateur d'un automne riche en fibre musicale. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Le Blues de la rentrée

Inutile de présenter le blues du dimanche soir, c'est une réalité identifiée (quasi) scientifiquement. On sait d'ailleurs depuis cet été – en tout cas, pour ce que ça vaut, un sondage l'a montré – que le blues du dimanche soir commence en réalité le dimanche... matin pour atteindre un pic vers 16h13 – la science est implacable et précise comme une Rolex. Prenons donc ce phénomène et multiplions-le par la racine carrée de la rentrée scolaire, que multiplie la nostalgie d'un été doré, moins les bouchons et les marmots qui braillent à l'arrière du Kangoo, plus l'arrivée imminente de l'automne, et la perspective d'un dimanche après-midi de novembre devant Michel Drucker, et vous obtenez une sorte de super blues du dimanche soir : le blues de la rentrée. Avec ceci de spécifique qu'il peut – cela a été établi par nos soins à l'aide d'une savante approximation – durer jusqu'à Noël. Talk about the blues Car même si l'on s'en tient à un strict point de vue musical, notre rentrée 2012, «elle vient de là, elle vient du blues», comme dit notre poète national. Ça a même commencé très fort le 4 septembre dernier, le jour même de la rentrée scolaire (comment

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A découvrir absolument

MUSIQUES | Cette belle saison automnale qui s'annonce sera aussi l'occasion de découvrir une flopée de nouveaux talents venus d'un peu partout — et même de Lyon. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

A découvrir absolument

Dans le calendrier musical c'est souvent à l'automne, saison du renouveau de la programmation, que viennent fleurir les nouvelles plantes. Le parfum de nouveauté, les effluves de talent, la promesse d'une renommée et, souvent, le succès d'un disque, viennent chatouiller les narines (et les oreilles) du programmateur averti, qui souvent en vaut deux. Ainsi fait-on déjà, sans doute, de Selah Sue une sorte d'Amy Winehouse flamande (et surtout vivante). Il faut dire que la jeune Belge (22 ans et donc encore en course pour le club des 27, ouf !) a le cheveu blond comme la bière, la voix amère comme le picon et le disque (déjà) de platine. À ce niveau là, on ne peut plus guère parler de découverte, mais sur une scène lyonnaise, le Transbordeur le 4 novembre, c'en sera une. Non loin de là, en Wallonie, le Ninkasi, toujours sous le coup d'un «Coup de cœur», est allé nous dénicher Applause, preuve que la pop belge est décidément fertile en talents. En revenant, les gens de Gerland sont passés chercher les excellents Concrete Knives, que la fièvre de la pop afrophile à la Vampire Week-end est allée saisir du côté de Caen. Voilà deux groupes dont on devrait reparler, ces derniers repas

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Les saisons du plaisir

MUSIQUES | Une figure emblématique de la scène française et une jeune louve assoiffée de sons : Françoiz Breut et Camille se partagent la scène du Ninkasi Kao pour une soirée à coup sûr touchée par la grâce. Emmanuel Alarco

| Mercredi 27 avril 2005

Les saisons du plaisir

Il est des grands disques qui vous claquent à la gueule dès les premières secondes ; d'autres, plus vicieux, ne vous inoculent leur philtre d'amour qu'après plusieurs visites. Avec Une saison volée, Françoiz Breut nous démontre que la règle vaut aussi pour les "petits disques". Après plus de quatre ans d'attente, la première impression laissée par ce troisième album fut, en effet, plutôt mitigée : passée la reprise enlevée d'un très beau titre du dernier Jérôme Minière, les plages défilaient sans heurt, donnant l'impression que les valeureux bâtisseurs de chansons qui avaient offert leurs services s'étaient à quelques exceptions près, servis dans leurs fonds de tiroir. Le temps a passé, nous ramenant malgré tout à l'objet du délit, en façonnant inexorablement le relief pour finalement atténuer les creux et magnifier les sommets. Pour un Herman Düne en petite forme (Please be angry), un autre plus inspiré, en duo avec Joey Burns de Calexico (qui, excusez du peu, joue de la contrebasse sur la moitié de l'album) ; pour une virée en Espagne un peu pâlichonne, une perle en Italien signée Fabio Viscogliosi ; pour un entêtant KM 83 (dans le plus pur s

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