Aux frontières du Raël

MUSIQUES | Génie de la lampe pop française, Sébastien Tellier s'est mué avec "My God is blue", son dernier album, en gourou bleuté salement illuminé. Pour le meilleur et pour le rire. Alors, abus de Pépitos bleus, crise mystique, foutage de gueule ? Tentative d'explication. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 12 octobre 2012

Les chanteurs sont-ils destinés à devenir des gourous ? Par définition oui, puisque les meilleurs d'entre eux sont l'objet d'un culte et culbutent de la groupie/adepte à tour de bras. Mais de vrais gourous, au sens propre du terme ? Aussi. On oublie notamment trop souvent – et sûrement vaut-il mieux l'avoir oublié – qu'avant d'exercer la profession de gourou à succès, Raël fut autrefois, dans les années 60, chanteur sous un autre pseudonyme, Claude Celler, dans un style singeant plutôt grossièrement Jacques Brel.

 

En dépit de titres aussi forts que Madam' Pipi ou Monsieur votre femme me trompe – où déjà point le crevard de la fesse, cette première carrière n'a malheureusement pas les retombées escomptées et le suicide de son producteur marque la fin de l'expérience. En 1973, Claude Vorilhon, son vrai nom, un temps journaliste sportif, se lance donc, sans doute à la suite d'un bilan de compétence mal branlé, dans une double carrière de «messager» de nos cousins stellaires les Elohims et de demi-frère de Jésus – à l'époque, il y a un vrai problème avec les bilans de compétence, le chômage étant il est vrai une nouveauté plutôt exotique.

 

Et Raël de réussir là où Celler et Vorilhon ont échoué : chopant caillasse et gourgandines, jusqu'à la constitution d'un entourage d'«anges de Raël» exclusivement recrutés sur leur physique et dévolus à son «bien être» - ce qui est bien légitime quand on sait ce qu'on a fait subir à son demi-frère JC, mort puceau, le pauvre.

 

Pépito bleu

 

Quel rapport avec Sébastien Tellier ? À peu près rien et à peu près tout. D'abord, c'est à peu près l'ambiance, telle que souvent décrite de certains rassemblements raëliens connotés "aimez-vous les uns les autres mais moi d'abord" que l'on retrouve dans le clip de Cochon Ville, single de My God is blue, dernière saillie musicale du génie pop. Lequel y figure en toge, les yeux exorbités et bleu turquoise, exhortant une assemblée copulatoire à se prosterner devant lui.

 

Mais ce n'est pas tout : du génie au gourou voire au Dieu, il n'y a souvent, comme nous le disions, qu'un pas que n'a pas hésité à franchir Tellier après ingestion de Pépito bleu, métaphore d'une supposée rencontre avec un chaman de Los Angeles qui lui aurait fait voir la vie, et Dieu, en bleu.

 

Et qui a donné My God is blue, un genre de space-opera très space que l'on prendrait volontiers à l'énième degré, s'il n'était par moment aussi impressionnant – Magical Hurricane, My Poseidon, Yes it's possible – et si son auteur ne le défendait pas avec le sérieux (feint ?) d'un chef de secte(ur).

 

Car le chanteur au look de Christ-rugbyman aime à pousser le concept jusqu'à se fendre du packaging complet. Au point d'avoir créé l'Alliance Bleue. Non pas un groupe de soutien à Jean-François Copé mais un mouvement, basé sur «l'imaginaire et la tendresse», qui prolongerait son art et dont il serait non pas le gourou mais la « Maman ». N'importe quoi ? Oui, un peu.

 

Ovide sidéral

 

Il faut dire qu'après le libidineux et kitsch Sexuality (2008), qui faisait allègrement rimer Rubettes et roupettes dans une atmosphère bien chaudasse et après être allé faire l'intéressant à l'Eurovision, sans intéresser quiconque, Tellier semblait pris au piège de son personnage.

 

Comme s'il avait voulu nous faire oublier à grands renforts de pitreries, de culte du kitsch et d'extra-lucidité hipster – n'être tellement pas cool qu'on en devient ultra cool parce que lol, tu vois... – qu'il était un compositeur de premier plan, peut-être saoulé qu'on lui renvoie sans cesse à la barbe cette Ritournelle (sur l'album Politics) qui le propulsa sur le devant de la scène et qui lui fit longtemps office de sparadrap du capitaine Haddock. Ce alors même que, depuis ses débuts, cette excentricité et cette volatilité-facilité musicale sont à l'œuvre sur des disques (Politics, donc, L'Incroyable Vérité, ses musiques de film) qui se suffisent à eux-mêmes. À moins que tout ceci ne soit que ruses d'un type qui ne sait pas comment nous jeter son talent au visage. Une manière de répondre à la question "mais enfin, pourquoi fais-tu ça, Sébastien ?" par un cinglant : "parce que je peux".

 

Toujours est-il qu'on ne sait pas ce que – ou qui – sera le prochain Sébastien Tellier, une fois sa crise pépito-mystique passée et son Alliance Bleue dissoute dans le rouge qui tache – parce que oui, c'est ainsi que ça finira. Doit-on s'attendre au pire ou au meilleur dans ce perpétuel jeu de masques, de changement (de costume) dans la continuité, auquel se livre l'Arturo Bracchetti de la pop hexagonale pour ne pas nous dévoiler son Incroyable Vérité ? A moins qu'elle ne soit celle-ci précisément.

 

Après tout comme disait Lavoisier : «rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme». Allez donc savoir si les "Métamorphoses" de Sébastien Tellier n'en font pas une sorte d'Ovide du XXIe siècle. Un Ovide qui exorciserait sa peur du vide sidéral par une tendance au trop plein sidérant, s'inventerait des visions pour avoir l'air visionnaire et ferait du Raël qui sommeille en lui un substitut au réel.

 

Sébastien Tellier
Au Transbordeur, mercredi 17 octobre

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Lala &ce, Chloé, Jeff Mills : voici toute la programmation de Nuits sonores

Festival | Édition hors-série, limitée question lieux (deux seulement), jauges et horaires, mais édition aguicheuse et conservant l'ADN du festival : Nuits sonores pense futur sans renier ses basiques et convie aussi bien la star Jeff Mills que la newcomer Lala &ce en juillet 2021. On détaille.

Sébastien Broquet | Jeudi 27 mai 2021

Lala &ce, Chloé, Jeff Mills : voici toute la programmation de Nuits sonores

Au milieu d'un torrent d'incertitudes (debout ou pas ? comment fonctionneront les bars et la restauration ? pass sanitaire ou pas ? ), le festival Nuits sonores a réussi à concocter une programmation fûtée pour gens couchés qui finalement se lèveront peut-être. Avec une grosse dose d'artistes locaux, parfois emblématiques de la ville (on pense à High Tone et Flore), de découvertes, de quelques stars des musiques électroniques aussi — tel Jeff Mills qui vit à Paris, ou Chloé. Bref, une programmation qui ne renie rien des engagements du festival et fait clairement envie. Avec même le groupe le plus excitant du continent africain contemporain, les natifs de Kinshasa Fulu Miziki, dont l'album doit paraître prochainement sur Crammed Discs. « Avec une édition hors-série et pour la première fois estivale, le festival se réinventera autour de nouveaux récits, d’une nouvelle temporaliteL

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Élise Lemelle | Mardi 30 avril 2019

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Avec le printemps refleurit le Festival du Film Israélien porté par l’Espace Hillel en itinérance dans les salles de cinéma lyonnaises. Cette année, cinq films seront diffusés et aborderont diverses thématiques, du combat d’une Working Woman, en passant par les péripéties d’un scénariste amateur dans Tel Aviv on Fire, jusqu’aux moments de vie quotidienne partagés par les passagers d’Un tramway à Jérusalem. Le festival s’ouvrira et se clôturera par les projections de Havre de paix (en avant-première) qui sera accompagné, pour la clôture, d’une dégustation de vin israéliens, ce qui, à la différence du cinéma, doit toujours s’apprécier avec modération. Festival du Film Israélien Dans plusieurs salles lyonnaises et alentours ​du 13 au 29 mai

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Festival du cinéma israélien

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Initié par l’Espace Hillel, le Festival du Cinéma Israélien de Lyon se déroulera cette année du 9 au 26 mai et visitera pas moins de neuf cinémas de la Métropole, présentant dix films — une poignée d’avant-premières et quelques films ayant parsemé la saison cinématographique écoulée (dont l’excellent Une semaine et un jour). Pour l’ouverture, c’est Tikoun d’Avishai Sivan qui a été choisi. Primé à Locarno en 2015, cette œuvre sera introduite par Xavier Nataf, le directeur du Festival du Cinéma Israélien de… Marseille. Festival du Cinéma Israélien Au Cinéma Lumière Bellecour le mardi 9 mai à 20h30

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Chronique d'une Biennale : théories du chaos

Biennale de la Danse | La Biennale de la Danse débute sous de bons auspices : ceux de chorégraphes, comme Galvan, brisant toutes les règles pour toucher à ces forces contradictoires qui nous déchirent intérieurement.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 septembre 2016

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Partons d'une idée simple : pour créer, l'artiste (plasticien, chorégraphe, écrivain...), affronte souvent un chaos de forces contradictoires, un point limite où les images se déchirent, où les corps se disloquent, où les mots s’effritent dans le non sens... Ou, pour le dire avec Georges Bataille, « L'art est moins l'harmonie que le passage (ou le retour) de l'harmonie à la dissonance. » Dans le titre même du dernier spectacle de l'Espagnol Israel Galvan, on perçoit cette dissonance ou cette dislocation : FLA.CO.MEN. Le flamenco (dont il fut un danseur traditionnel surdoué) s'éparpille, se disloque et Galvan, en compagnie de quelques musiciens sur scène, ne cesse d'affronter un certain chaos de sons ou de mouvements, de chercher des points de rupture : avec les codes du flamenco, avec les codes du spectacle vivant, avec l'idée même d'identité d'un soi unifié. Tournis « Galvan, écrit

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Let's dance !

Biennale de la Danse | La Biennale démarre sur les chapeaux de roue cette semaine, avec certains des spectacles que nous vous avons conseillé dans notre dernier numéro. Parmi eux, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Let's dance !

La Biennale démarre sur les chapeaux de roue cette semaine, avec certains des spectacles que nous vous avons conseillé dans notre dernier numéro. Parmi eux, s'il n'y en avait qu'un à voir, insistons encore sur cet incroyable "danseur des solitudes" qu'est Israel Galvan, explosant les codes du flamenco pour des solos existentialistes entre grotesque et tragique, sur des musiques improbables. Cette semaine sera riche d'événements parallèles à la Biennale : avec l'ouverture de la passionnante exposition Corps rebelles au musée des Confluences et le remix d'Hervé Robbe de la fameuse pièce de Maurice Béjart, Messe pour le temps présent sur la musique de

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Un Feu sur la langue

MUSIQUES | Rien que de très classique dans cette saison francophone. Du très bon, du bon, du moins bon, Kyo, et au milieu coule une rivière en Feu! Chatterton, inconcevable objet pop aux aspirations littéraires qui feront se gausser ou s'incliner. C'est à voir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Un Feu sur la langue

Oubliez les Sébastien Tellier (le 18 octobre au Transbo), Julien Doré (le 15 décembre au Radiant) et Stromae (le 1er novembre à la Halle) qui repassent une énième fois par ici ; zappez les vingt ans des Ogres de Barback et le retour de Kyo, tous deux au Radiant (les 6 et 27 novembre), repaire de morts-vivants. Omettez ces trois grands Bretons que sont Miossec, Daho, Tiersen (19 et 5 décembre au Transbo, 16 octobre à l'Epicerie) et Emilie Simon (7 novembre au Radiant, forcément). Bon si vous aimez tous ces artistes, ce qui pour la plupart d'entre-eux est bien légitime (cherchez néanmoins l'intrus), vous pouvez tout de même vous faire plaisir en allant les voir, on ne vit qu'une fois après tout, sauf Daho et Kyo. Mais rappelez vous une chose : la next big thing, celle dont tou

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The Bling ring

ECRANS | De Sofia Coppola (ÉU, 1h30) avec Israel Broussard, Emma Watson…

Christophe Chabert | Mardi 4 juin 2013

The Bling ring

L’accueil tiède (et à nos yeux injuste) réservé à Somewhere malgré son Lion d’or à Venise a sans doute poussé Sofia Coppola à faire profil bas avec The Bling ring, qui n’affiche aucun des atours modernistes de son film précédent. Au contraire, la cinéaste illustre le fait-divers dont elle s’inspire — quatre filles et un garçon californiens dévalisent les villas des stars qu’ils adulent — avec un minium d’effets de style. Son thème de prédilection, à savoir la fascination pour l’oisiveté et la célébrité mêlées, subi lui aussi une torsion déflationniste flagrante. Plutôt que d’épouser le regard de ses personnages, elle adopte une posture distante sinon surplombante, comme si elle tenait la chronique froide de ce qui est avant tout la répétition d’un même cérémonial. L’overdose de marques et le name dropping constant n’est plus une matière de cinéma comme auparavant, mais une observation sociologique qui tend vers un réquisitoire dont les motifs sont plutôt éculés : Internet, la presse people

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Pour le meilleur et pour le pire

SCENES | La deuxième semaine de la Biennale de la danse peut se résumer à ces quelques mots : une immense déception, un ovni sur-vitaminé et… Galvan ! Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 24 septembre 2012

Pour le meilleur et pour le pire

C’est peu dire que nous avons été déçus par la nouvelle création de Maguy Marin. Une vraie gueule de bois. Une artiste méconnaissable. Ses Nocturnes pour six danseurs reprennent la scénographie de ses deux dernières chorégraphies, Salves et Faces : une alternance d’instants éclairés et de fondus au noir, une succession d’images-corps arrachées à l’obscurité. Mais ici nulle tension, nulle résistance, nul affect, nulle élaboration dramaturgique, seulement des images éparses et fades, évoquant ici et là l’actualité internationale ou le passé et les racines de Maguy Marin. Voire des images d’Epinal : une sorte de berger méditerranéen mangeant une grappe de raisin sur une pierre, une prostituée hélant le client en allemand et forcément issue de Hambourg, deux jeunes filles minaudant dans le cadre d’une soirée pyjama, une ballade insipide à la guitare pour nuit au coin du feu… Pire, la chorégraphe s’englue dans des coups de gueule faciles ou même douteux sur l’Europe avec les méchants Allemands et les gentils Grecs par exemple. Sur le devant de scène, elle a placé deux tourne-disques avec des 33 tours rayés, tout un symbole ! Galvan

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Le Blues de la rentrée

MUSIQUES | En cette rentrée musicale, Lyon a, comme tout un chacun, le blues. Sauf qu'en l'espèce, c'est plutôt très bon signe et annonciateur d'un automne riche en fibre musicale. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Le Blues de la rentrée

Inutile de présenter le blues du dimanche soir, c'est une réalité identifiée (quasi) scientifiquement. On sait d'ailleurs depuis cet été – en tout cas, pour ce que ça vaut, un sondage l'a montré – que le blues du dimanche soir commence en réalité le dimanche... matin pour atteindre un pic vers 16h13 – la science est implacable et précise comme une Rolex. Prenons donc ce phénomène et multiplions-le par la racine carrée de la rentrée scolaire, que multiplie la nostalgie d'un été doré, moins les bouchons et les marmots qui braillent à l'arrière du Kangoo, plus l'arrivée imminente de l'automne, et la perspective d'un dimanche après-midi de novembre devant Michel Drucker, et vous obtenez une sorte de super blues du dimanche soir : le blues de la rentrée. Avec ceci de spécifique qu'il peut – cela a été établi par nos soins à l'aide d'une savante approximation – durer jusqu'à Noël. Talk about the blues Car même si l'on s'en tient à un strict point de vue musical, notre rentrée 2012, «elle vient de là, elle vient du blues», comme dit notre poète national. Ça a même commencé très fort le 4 septembre dernier, le jour même de la rentrée scolaire (comment

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Biennale de la danse, mode tri sélectif

SCENES | Une grande dame «Je travaille toujours sur les mêmes choses : la mémoire, le vivre ensemble, la question de l’Histoire aussi, de ce qu’on nous a (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 7 septembre 2012

Biennale de la danse, mode tri sélectif

Une grande dame «Je travaille toujours sur les mêmes choses : la mémoire, le vivre ensemble, la question de l’Histoire aussi, de ce qu’on nous a transmis, de ce qu’on va nous transmettre», déclare Maguy Marin en préliminaire de sa prochaine pièce au contenu, comme d’habitude, soigneusement tenu secret. Soyons francs : tous les deux ans, pour nous, il y a à Lyon deux événements : la Biennale de la danse ET la nouvelle création de la chorégraphe. Umwelt, Turba, Salves sont les trois dernières gifles artistiques reçues faisant encore circuler notre sang critique et notre goût des corps, des mots (il y a souvent des bribes de textes chez Maguy Marin) et de la musique (signée par le fidèle et talentueux Denis Mariotte) servis sur un plateau par une mise en scène aussi tendue que précise. En plus de sa création présentée au TNP du 19 au 25 septembre, Maguy Marin connaît une actualité richissime : la sortie ce mois-ci d’un ouvrage de Sabine Prokhoris sur son travail (Le Fil d’Ulysse – Retour sur Maguy marin, éditions Les Presses du réel), une journée-rencontre autour de ce livre au Café Danse le samedi 15 septembre

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The Thick White Duke

MUSIQUES | Après "Cascadeur" l'an dernier, Rover est sans doute la révélation pop française de cette année. Un ovni romantique et bowie, dandy et bestial qui devrait envoûter par sa seule présence, les spectateurs du festival Changez d'Air. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 avril 2012

The Thick White Duke

Pour évoquer les «géants de la pop», on peut utiliser comme seul critère le gabarit et avoir de très beaux résultats musicaux : que l'on songe à Brian Wilson des Beach Boys (qui n'aurait jamais pu tenir sur un surf), Antony (qui derrière sa voix de vieille blues woman a la taille d'un buffle) et aujourd'hui Win Butler d'Arcade Fire (fameux joueur de basket) ou Sébastien Tellier (le Christ version Pépitos). Bien entendu cela exclut nombre de crevettes comme Brian Jones, Bob Dylan, David Bowie, Neil Hannon mais fort heureusement, l'important, comme le disait si justement un jour Amanda Lear, ce n'est pas la taille, c'est le goût. Alors oui c'est vrai, ce qui frappe en premier chez Rover, Timothée Régnier de son vrai nom, c'est cette masse pareille à celle d'un trou noir sur pattes, combattant lettré ou écrivain romantique de combat qui aurait fait le tour du Monde et en porte le poids sur ses larges épaules voûtées. En ce qui concerne Rover : de la Suisse aux États-Unis, en passant par le Liban, d'où il fut expulsé en 2006 pour atterrir en Bretagne. Le tour du monde des disques aussi : de Bowie aux Beach Boys, de Dylan aux Beatles. Le Big Four. 

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Sébastien Tellier au Transbordeur

MUSIQUES | Son quatrième album, My god is blue, pas encore sorti dans les bacs (mais déjà disponible en digital), Sébastien Tellier annonce déjà une date lyonnaise pour (...)

Christophe Chabert | Vendredi 20 avril 2012

Sébastien Tellier au Transbordeur

Son quatrième album, My god is blue, pas encore sorti dans les bacs (mais déjà disponible en digital), Sébastien Tellier annonce déjà une date lyonnaise pour y porter sa bonne parole musicale. Car l'ami Tellier, après avoir parlé Politics et Sexuality sur ses précédents disques, s'improvise ici gourou futuriste d'un mouvement visiblement adepte de l'électro disco psychédélique... On adore ou on déteste, mais on sera tous au Transbordeur pour l'écouter le mercredi 17 octobre.

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Housse music

MUSIQUES | Jadis groupe concept alliant, on ne sait trop pourquoi, pop et tennis, Housse de Racket a depuis un moment délaissé les passing-shots et livré l'an dernier un album qui mériterait de figurer dans les dix premiers du classement "ATPop". Sortez les Stan Smith, ils débarquent au Kao et ça va danser au filet. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 avril 2012

Housse music

«Le sport c'est des notes et un blouson, c'est autant visuel que sonore», a déclaré, la semaine dernière, Sébastien Tellier dans les Inrocks. Une devise qu'auraient pu faire leur les Housse de Racket à leurs débuts. À ceci près que le duo de Chavile avait considéré qu'en été un blouson, ça tient chaud : mieux vaut un short, un bandeau à visière, des poignets en éponge et (au cas où on aurait envie de faire un tennis), une raquette. Au point qu'on s'était alors demandé si les enfants cachés de Pit & Rick ne s'étaient pas mis en tête de donner une suite à «La Cicrane (dont les ailes étaient en raquettes de tennis, souvenez-vous, lol) et la Froumi». Bref, on a un peu cru à la blague. Savant mélange plutôt efficace – quoi qu'un peu putassier – d'inspiration house (de racket) et de pop à la Phoenix, on goûtait un peu moins les paroles en français un peu pourraves, ce qui n'empêcha guère le petit succès de Forty Love et du single Oh Yeah !, y compris à l'étranger où l'on ne comprenait pas un traître mot de tout ça.

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Une Biennale de la danse 2012 très ouverte

SCENES | 15e Biennale de la danse et première biennale sans Guy Darmet, son fondateur, mais sous la houlette de Dominique Hervieu. Pour son premier opus très attendu, la chorégraphe a mis l'accent sur la création (une vingtaine environ) et poursuit par ailleurs l'esprit d'ouverture défini par son prédécesseur. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mardi 10 avril 2012

Une Biennale de la danse 2012 très ouverte

En septembre, sur une période plus resserrée, la 15e Biennale de la danse proposera un panel large de «toutes» les danses : du hip-hop de la Cie Käfig ou de Mortal Combat au néoclassicisme de Jiri Kylian (reprise de One of a kind par le Ballet de l'Opéra), en passant par le buto japonais (Ushio Amagatsu de la célèbre Cie Sankai Juku créera une nouvelle pièce à l'Opéra), les danses balinaises de la Troupe des artistes de Sebatu s'inspirant d'Antonin Artaud, les chorégraphies très plasticiennes de Rachid Ouramdane, la danse engagée et survitaminée de la sud-africaine Robyn Orlin, le flamenco puissant et radical du génial Israel Galvan, un spectacle du Ballet Preljocaj s'inspirant d'un écrit de Laurent Mauvignier, un solo concocté par le sulfureux Jan Fabre ou l'imagerie baroque de Philippe Decouflé... Comme à l'accoutumée et pour

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Galvan, la rage de vivre

SCENES | Campé de profil, Israel Galvan dessine lentement trois gestes, tend une main ouverte pouce levé vers le vide, la lève avec une fierté mêlée de fragilité, arque le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 28 octobre 2010

Galvan, la rage de vivre

Campé de profil, Israel Galvan dessine lentement trois gestes, tend une main ouverte pouce levé vers le vide, la lève avec une fierté mêlée de fragilité, arque le dos en arrière puis... une déflagration flamenco secoue son corps de pied en cap, une trépidation tellurique faite d'os et de chair, une parenthèse de vie furibonde dans l'espace. Il y a là la virtuosité du zapateado (frappement des pieds) et la précision rythmique du compas propres au flamenco, mais il y a aussi beaucoup d'autres choses qui traversent les enchaînements du danseur : quelques traces de butô, des sauts oscillant entre ceux du ballet classique et ceux du chanteur de rock en concert, d'indéfinissables postures avec "un je ne sais quoi" de burlesque ou de bizarrerie gestuelle digne d'un personnage de Kafka (dont Galvan a d'ailleurs adapté La Métamorphose)... On se souviendra longtemps notamment de la séquence où Galvan danse sur une sorte de praticable amovible et recouvert de sable, comme s'il s'agissait de frapper la croûte terrestre jusqu'à ce qu'elle donne tout son jus, qu'elle s'ouvre et montre enfin ses entrailles fumantes. «Il y a quelque chose dans le flamenco, quelques manières

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La beauté de l’éphémère

MUSIQUES | Musique / Sébastien Tellier déroute avec son nouvel album «Sexuality». Nanar ou chef-d’œuvre ? Génie ou escroc ? Satire cinglante ou coup commercial ? Réponses de l’artiste, au-delà des oppositions binaires de la critique et du business de la musique… Christophe Chabert & Damien Grimbert.

Christophe Chabert | Jeudi 17 avril 2008

La beauté de l’éphémère

À la première écoute du nouvel album de Sébastien Tellier, Sexuality, on s’est demandé pourquoi l’auteur de L’Incroyable vérité et de Politics, disques très différents mais également attachants, avait commis pareille daube musicale. Surfant sur un retour aux années 80, citant l’incitable Moroder et ses claviers atroces, choisissant comme arrangements des cris de plaisir féminins, alignant les textes grotesques («Je rêve de caresses en été, je vois les filles changer de couleur de peau»), l’affaire ressemble au gag d’un musicien doué pris d’un accès de rage commerciale le poussant à se vautrer dans la vulgarité. Quelques jours plus tard, on remet le disque, et on se surprend à l’écouter jusqu’au bout, avec même un certain plaisir. Coupable ? Honteux ? On cherche, mais on ne comprend toujours pas d’où vient l’envie irrépressible d’aimer cet album-là alors qu’on a détesté, par exemple, celui de Teki Latex qui pourtant visait aussi cette nostalgie pour une époque où le mauvais goût faisait la loi. Jusqu’à ce que Sébastien Tellier nous donne lui-même la réponse… «Mon Starship Troopers»«Paul Verhoeven, c’est un réalisateur que j’adore. Ce que j’aime chez lui, c’est que just

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