Grands brûlés

Benjamin Mialot | Vendredi 19 octobre 2012

Depuis une quinzaine d'années qu'elle gronde (ses pairs rappeurs, les autorités), La Rumeur a été sujette à bien des flatteries de la part des commentateurs musicaux. Ici comme ailleurs, on a salué l'intransigeance de ses propos, le punch de ses productions, l'intensité de ses prises de paroles, sa constance, son mordant, sa combativité, sa jugeote, son intégrité...

Mais le plus beau compliment qu'elle ait reçu, c'est la Cour de cassation qui le lui a adressé lorsque, au tout début de l'été 2010, elle a estimé que ses propos ne relevaient pas de la diffamation mais participaient au débat d'idées, mettant un terme à huit ans de lutte judiciaire contre le très chatouilleux Ministère de l'Intérieur.

Une décision de justice qui n'a, c'est heureux, en rien entamé le mojo du groupe, attendu au Kao mercredi 24 octobre : son quatrième album, Tout brûle déjà, bien qu'il accuse par moments le poids des années (difficile, arrivé à quarante piges, d'éviter la redite) et de l'hyperactivité de ses auteurs (Hamé et Ekoué, les plus visibles, ont notamment réalisé le téléfilm De l'encre, présenté par ailleurs cette semaine au Comœdia), met la pilule à tout ce que le pays compte de rimeurs dits hardcore.

Benjamin Mialot

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Les expositions de Thameur Mejri et de Mary Sibande reportées

Musée d'Art Contemporain | Du côté du Musée d'Art Contemporain, on ne s'inquiète pas pour le choix de la date d'ouverture post-confinement : le musée est fermé (...)

Sébastien Broquet | Lundi 25 mai 2020

Les expositions de Thameur Mejri et de Mary Sibande reportées

Du côté du Musée d'Art Contemporain, on ne s'inquiète pas pour le choix de la date d'ouverture post-confinement : le musée est fermé pour plusieurs mois, pour travaux, et doit ouvrir de nouveau ses portes mi-septembre, ce qui reste d'actualité. Par contre, le programme des expositions est sensiblement chamboulé : les expositions de Thameur Mejri et de Mary Sibande (photo) qui étaient prévues dès septembre sont repoussées à 2021, quand la situation sanitaire sera plus claire. Celle de Edi Dubien reste elle programmée de mi-septembre 2020 à début janvier 2021. Le musée dirigé par Isabelle Bertolotti annoncera prochainement les deux expositions qui viendront en remplacement sur cette même période et occuperont les second et troisième étage du bâtiment.

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Le sport : une autre Histoire

Fête du Livre de Bron | La politique et l'Histoire par le sport, voilà l'idée du dialogue proposé par Sylvain Coher et Judith Perrignon à travers Vaincre à Rome et L'Insoumis et ces deux figures de héros modernes que furent le marathonien Abebe Bikila et Mohamed Ali.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2020

Le sport : une autre Histoire

Que pourrait bien avoir en commun Abebe Bikila et Mohamed Ali, le coureur éthiopien et le boxeur de Louisville ; le modeste soldat de l'Armée d'Haïlé Sélassié et le déserteur superstar ; le petit homme discret et l'intarissable grande gueule ? A priori pas grand-chose. Sauf peut-être les Olympiades de Rome de 1960, année où 17 pays africains accèdent à l'indépendance. Comme un symbole, l'épreuve la plus olympique de toute, celle du légendaire Philippidès, soldat lui aussi, y est remporté par l'inconnu éthiopien Abebe Bikila, qui court pied nu sur le goudron car les chaussures lui donnent des ampoules. Quant à l'épreuve du plus noble des sports, rejeton de l'antique pugilat, elle est remportée en catégorie mi-lourds par un descendant d'esclave ba

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Sorties de leur réserve : "Une belle équipe"

Comédie | Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Sorties de leur réserve :

Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilisent des corps de femmes afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Bien

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La petite horreur des boutiques : "In Fabric"

Horreur | Divorcée, tirant le diable par la queue, Sheila héberge chez elle son feignant de fils et son atroce petite amie. Un jour, elle succombe aux réclames d’une luxueuse échoppe de prêt-à-porter, Dentley & Soper’s, et se laisse persuader par la vendeuse d’acheter une robe. Elle le regrettera…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

La petite horreur des boutiques :

Sans doute le plus vénéneux easter egg de l’édition 2019 du festival Hallucinations Collectives, ce conte noir de Peter Strickland ne dissimule pas un instant ses intentions horrifiques. Baignant dans une ambiance majoritairement nocturne et des lumières artificielles crues accentuant la dureté des traits ou des teints, In Fabric conditionne le public à vivre une situation cauchemardesque. Voire méphistophélique : magasin maudit peuplé d’une clientèle mesmérisée où trône une vendeuse obséquieusement raide et au parler désuet, Dentley & Soper’s exhale une délicieuse odeur de soufre. De bon aloi pour un film travaillant au corps jusqu’à l’os des motifs faustiens et faisant preuve d’une stylisation plastique extrême. Dans cette variation contemporaine sur le thème de la Tunique de Nessus, en plus gore, Strickland use d’un symbole de vanité pour, à la fois, montrer l’emprise séductrice opérée par la société ultra-consumériste et la complicité passive des clients et clientes ne résistant pas à la tentation. Leur f

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Gavissime : "Le Mariage de Verida"

Drame | de Michela Occhipinti (It, 1h34) avec Sidi Mohamed Chinghaly, Verida Beitta Ahmed Deiche, Aichetou Abdallahi Najim…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Gavissime :

Mauritanie, de nos jours. L’existence de Verida tourne autour du salon de beauté de sa grand-mère et de ses deux amies. Ses parents ayant décidé de la marier, elle entame non sans renâcler un rite prénuptial destiné à la faire grossir : le gavage. Une coutume entre torture et hypocrisie… Il n’est pas rare de voir des fictions à destination quasi exclusive du public des pays occidentaux vitupérer telle ou telle survivance d’une coutume archaïque, affirmant généralement la mainmise du patriarcat sur la population féminine : excision, obligation de se couvrir dès l’adolescence, mariages forcés, etc. Misant beaucoup sur leur valeur documentaire, elles reproduisent en général la forme du film-dossier en respectant des standards cinématographiques schématiques. Cette catégorie de films pointe évidemment l’odieuse différence de traitements entre hommes et femmes, mais aussi les petits arrangements avec la tradition ou la religion permettant d’accomplir toutes les entorses aux règles que l’on désire… tant qu’elles demeurent à l’abri des regards. Ici, les femmes ont souffert de leur “régime“, mais le perpétuent sur leurs filles sans fin, se

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Fisc de zup ! : "Jusqu'ici tout va bien"

Comédie | De Mohamed Hamidi (Fr, 1h30) avec Gilles Lellouche, Malik Bentalha, Sabrina Ouazani…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Fisc de zup ! :

Fred Bartel a jadis faussement domicilié son entreprise de com’ en zone franche pour éviter taxes et impôts. Le fisc l’ayant rattrapé, il doit soit s’acquitter d’une lourde amende, soit déménager sa boîte à La Courneuve. Ce qu’il fait avec ses salariés. À chacun de s’acclimater… Vingt-cinq ans après La Haine, au prologue duquel il fait explicitement référence par son titre, ce nouveau “film sur la banlieue“ laisse pantois. Car s’il prétend raconter le bilan “globalement positif“ d’une implantation dans des « territoires perdus de la République » et une osmose réussie entre bobo de souche et jeunes-des-cités, Jusqu’ici tout va bien ne franchit pas tout à fait le Périph’ : son esprit reste ailleurs, dans les quartiers dorés. Et son angélisme de façade, irréel, est bien incapable de réduire la moindre fracture. En alignant plus de clichés qu’une planche-contact, Mohamed Hamidi les dénonce moins qu’il ne les perpétue. Trop lisse — sans doute pour cadrer avec la promesse d’une comédie — le film s’encombre de

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Le pays où le travail est moins cher : "Vent du Nord"

Import/Export | Prouvant que la misère est aussi pénible au soleil que dans les zones septentrionales, Walid Mattar offre dans son premier long-métrage un démenti catégorique à Charles Aznavour. Et signe un film double parlant autant de la mondialisation que de la famille. Bien joué.

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Le pays où le travail est moins cher :

Délocalisation d’usine au nord. Grâce aux indemnités qu’il a acceptées, Hervé espère devenir pêcheur et convertir son glandouiller de fils. Relocalisation au sud. Embauché, Foued rêve grâce à ce job de conquérir Karima et de disposer d’une mutuelle. Que de rêves bâtis sur du sable… À l’aube du XXIe siècle néo-libéraliste, quand le capitalisme se réinventait dans des bulles virtuelles, une théorie miraculeuse promettait des lendemains de lait et de miel (un peu comme celle du “ruissellement” de nos jours) : la “convergence”. Force est de reconnaître aujourd’hui qu’elle n’était pas si sotte, s’étendant au-delà des contenants-contenus médiatiques. Enfin, tout dépend pour qui… Du nord au sud en effet, l’accroissement des inégalités a depuis fait converger les misères, les plaçant au même infra-niveau social : les contextes semblent différents, mais la matière première humaine subit, avec une sauvagerie identique, le même nivellement par le bas. Mistral perdant Sur un thème voisin du maladroit Prendre le large

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6e Continent, c'est fini

Politique Culturelle | Vendredi, le 6e Continent, salle emblématique de la Guillotière, dansera pour la dernière fois.

Sébastien Broquet | Mardi 19 décembre 2017

6e Continent, c'est fini

La nouvelle était redoutée depuis de longs mois : la salle du 6e Continent, dédiée à la sono mondiale et située dans le 7e arrondissement, met la clé sous la porte. Mohamed Sidrine, son directeur, nous l'a confirmé de vive voix ce lundi : face à la désaffection progressive de tous ses partenaires publics, il ne peut plus continuer. Le coup de grâce aura été porté par la suppression des trois emplois aidés le 9 août dernier par le gouvernement, qui permettaient à la salle de tourner et d'assurer aussi les cours de danse qui apportaient du cash dans la machine. Depuis cette date, la salle fonctionnait en pointillés, uniquement grâce aux bénévoles et aux membres du conseil d'administration : seul un technicien son étant payé en cachet, grâce à la billetterie. Ce système n'était évidemment pas viable et il prendra définitivement fin ce vendredi 22 décembre, avec une grande fête finale confiée au Monde Collectif (regroupant rappeurs et graffeurs comme NM Scratcherz et Wone2)

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Mohamed Lamouri : l'enchanteur de la ligne 6

Raï | Soyez à l'heure, samedi : Mohamed Lamouri, programmé en ouverture du concert d'Amadou & Mariam, est trop rare pour être oblitéré.

Sébastien Broquet | Mardi 24 octobre 2017

Mohamed Lamouri : l'enchanteur de la ligne 6

De la ligne 2 du métro parisien s'est déjà envolé autrefois Benjamin Clementine... Parmi ces enchanteurs du quotidien qui égrennent les trajets de quelques notes et mélopées plus ou moins abouties, une autre merveille commence à chevaucher désormais les routes au-delà de la capitale pour promener son raï mélancolique et régaler sans pass Navigo : Mohamed Lamouri, poète au quotidien, héritier du raï sentimental d'un Cheb Hasni tragiquement assassiné en 1994 (idole dont il reprend le chialantTgoul maaraft et quelques autres pépites) qu'il couple avec un clavier minimaliste pouvant rappeler le Dominique A période La Fossette (ou encore Monsieur Orange, pour les old gones). Aveugle de l'œil droit et presque de l'œil gauche depuis sa naissance à Tlemcen, en Algérie en 1982, Mohamed Lamouri étudie avec Hami Benosmane, un luthiste, dans une école pour non-voyants avant de commencer à jouer quelques covers de hits dans les rues et, plus tard, de traverser la Méditerranée pour continuer d'envoûter de sa voix perlant la mélancolie. Discret au possible, under

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Bienvenue au 6e Continent, terre de musiques et de partage

Festival | De Guillotière à Gerland, le festival associatif 6e Continent œuvre pour la promotion des cultures du monde et pour la valorisation des diversités et mixités culturelles. À l'occasion de l'ouverture de la 19e édition, nous avons discuté avec Mohamed Sidrine, directeur du festival.

Corentin Fraisse | Jeudi 1 juin 2017

Bienvenue au 6e Continent, terre de musiques et de partage

Le festival 6e Continent a été créé en 1997, c’est la 19e cette année : comment a-t-il évolué selon vous ? Mohamed Sidrine : Quand on l’a créé, c’était un petit festival. Lors de la première édition, il y a eu 300 personnes ; là on en est à plusieurs milliers. On a gardé le même esprit : musiques du monde, accessibilité à tous avec un festival à prix libre, un public intergénérationnel de toutes les origines sociales, économiques et culturelles. Le principe, au-delà du projet artistique du festival, c’est un projet de société : on crée des espaces où les gens peuvent se rencontrer, échanger, dialoguer. C’est encore aujourd’hui un projet culturel, mais aussi militant, pour pouvoir mieux vivre ensemble. Pouvez-vous nous parler de Tous à la Guill’, qui ouvre le premier soir ? MS : Ce seront 120 événements, qui se passeront simultanément dans le quartier. Ça va d’un petit concert latino dans un bar, à un concert de chansons devant les buralistes, des fanfares sur la place Mazagran… Mais toujours en partenariat avec des associations du quartier. Sur la place Mazagran, c’e

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La Rumeur enfle

Hip-Hop | Les Derniers Parisiens sont en ville : non contents d'avoir attisé les regards avec leur tout premier film distribué en salles, un polar pigallien de (...)

Sébastien Broquet | Mardi 4 avril 2017

La Rumeur enfle

Les Derniers Parisiens sont en ville : non contents d'avoir attisé les regards avec leur tout premier film distribué en salles, un polar pigallien de haute volée qu'ils présenteront en ouverture de cette Ninkasi Urban Week (au Comœdia le lundi 11 avril), les gars de La Rumeur en profitent pour reprendre la scène dès le lendemain, du côté du Kao le mardi 12 avril. Soit deux soirées aguicheuses avec les lyricists les plus palpitants de leur génération, totalement multi-supports puisqu'ils éditent aussi un Webzine éponyme. Ekoué, Hamé et Philippe Le Bavar refusent toujours tout diktat, quel qu'il soit, enquillent les punchlines sans qu'elles masquent l'absence de fond, bien au contraire car les trois acolytes sont profondément ancrés dans une société qu'ils observent avec minutie et auscultent au scalpel pour mieux la commenter et la dévoiler au fil de leurs plumes acérées. Du grand art.

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Le 6e Continent dans une impasse

Politique Culturelle | Confrontée aux baisses de subventions, l'équipe de 6e Continent menée par son emblématique directeur Mohamed Sidrine tente de trouver des solutions. La mairie est à l'écoute, mais souhaite un projet revu et corrigé.

Sébastien Broquet | Mardi 7 mars 2017

Le 6e Continent dans une impasse

C'est un lieu emblématique et fondamental pour la culture comme pour la diversité, dans le 7e arrondissement de Lyon, qui est actif depuis 2004 dans des locaux ayant autrefois hébergé le mythique collectif Frigo. C'est encore un festival depuis bientôt 19 ans et une première édition au Pez Ner à Villeurbanne, maintenant installé du côté de Gerland, depuis 2002. Mais l'association 6e Continent est aujourd'hui dans une impasse. Les comptes sont au plus bas : le budget de l'association autofinancée à 80% est dans le rouge, depuis que la Région mais aussi l'État se sont désengagés. Comme nous l'expliquions ici, la Région a retiré ses 15 000€ annuels, subvention versée pour le fonctionnement de la salle. Et a diminué son apport au festival de 5000€, accordant désormais 10 000€ à l'événement qui se tiendra du 1er au 3 juin, où sont d'ores et déjà programmés

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"Les Derniers Parisiens" : en peine capitale

ECRANS | En probation, Nas est employé par son frère Arezki, tenancier d’un bar à Pigalle. Si Nas déborde d’ambitions pour animer les nuits, son aîné les tempère sèchement, (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

En probation, Nas est employé par son frère Arezki, tenancier d’un bar à Pigalle. Si Nas déborde d’ambitions pour animer les nuits, son aîné les tempère sèchement, causant leur rupture. Alors, le cadet se tourne vers un investisseur prêt à l’écouter… Représentants de La Rumeur, Hamé & Ekoué signent une ode nostalgique quasi élégiaque au Pigalle de jadis, à ses troquets populaires s’effaçant peu à peu du paysage : Les Derniers Parisiens est scandé de saynètes montrant la faune de la rue dans son quotidien — clochard pittoresque, joueurs de bonneteau embobinant les passants, etc. Une manière d’inscrire l’aventure/mésaventure de Nas, caïd en carton, dans une perspective bien actuelle, car ses rêves appartiennent au passé ; à un idéal façonné entre les années 1950 et 1980. Pas étonnant, avec ses codes périmés qu’il se fasse si facilement enfumer par une nouvelle génération sans feu… ni lieu. Reda Kateb et Slimane Dazi composent une fratrie a priori surprenante, mais en définitive plutôt convaincante. L’authenticité du film doit beaucoup à la complémentarité de ces deux personnages, e

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La Rumeur court toujours

Hip-Hop | Vingt ans maintenant que les six larrons de La Rumeur sont dans le paysage. Vingt ans qu'Ekoué, Hamé, Mourad, Philippe, Kool M et Soul G s'efforcent de (...)

Gabriel Cnudde | Mardi 11 octobre 2016

La Rumeur court toujours

Vingt ans maintenant que les six larrons de La Rumeur sont dans le paysage. Vingt ans qu'Ekoué, Hamé, Mourad, Philippe, Kool M et Soul G s'efforcent de lutter contre l'injustice, loin des canaux traditionnels : pas de promo radio, pas de passage à la télévision. Mais un rap juste et authentique, un magazine et, depuis le début de l'année, une société de production (La Rumeur Filme). Pour souffler toutes ces bougies, La Rumeur se lance dans une nouvelle tournée pour présenter un cinquième album, dont la sortie est prévue en avril 2017, et un premier long-métrage, Les Derniers Parisiens. Autant de plateformes pour diffuser leur message, leur peine et surtout leurs paroles subversives. Eux-mêmes désireux de ne pas être inclus dans ce qu'on appelle le rap français, trop calibré à leur goût, ces rappeurs qui propagent La Rumeur font dans le hip-hop old school aux instrumentaux sombres. La bonne nouvelle, c'est qu'ils seront au Marché Gare le 15 octobre prochain, en compagnie de JP Manova.

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Aramique Krauthamer : le virtuel est bien réel

Portrait | Originaire de New York et installé à Lyon depuis deux ans, Aramique Krauthamer est à l’origine d’un groupe de travail qui centre ses activités autour du concept de réalité virtuelle : le Reality Research Lab.

Maxence Grugier | Mardi 8 novembre 2016

Aramique Krauthamer : le virtuel est bien réel

« Depuis que je suis installé à Lyon, je souhaite participer au développement de la culture et des arts numériques dans cette ville. J’aimerais participer, avec mes moyens et mes contacts, à l’éclosion et à la croissance de ce que je considère comme l’une des plus importantes pépinières de talents de France. Il ne se passe pas tant de chose à Paris, Lyon est beaucoup plus dynamique dans ce domaine » déclare, sûr de lui, Aramique Krauthamer, la trentaine et fraichement débarqué de New York il y a deux ans. Sous les traits paisibles de « cet américain bien tranquille » comme l’aurait écrit Graham Green, se cache un artiste ambitieux, au fait des nouvelles technologies et de ses usages. Installé à Sofffa, l’espace de co-working situé 17 rue Sainte-Catherine dans le 1er, Aramique Krauthamer s’inscrit rapidement dans la vie numérique locale. À l’origine d’un premier Meetup qui vit se réunir des éléments clés des arts et pratiques numériques de la ville (le studio Théoriz, XLR Project, Flair, l’AADN ou encore Paradoxa et Crossed Lab), Aramique est rapidement identifié comme un acteur majeur en faveur du développement de ses

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15 concerts où emmener votre amant/e, votre petit cousin ou même votre maman

Sélection | Sortez vos agendas, montez le volume : voici 15 concerts où choper des acouphènes, siroter des mousses et accessoirement, parfaire votre culture musicale ; de la sono mondiale au hip-hop américain, en passant par l'underground finlandais, point de répit pour les esgourdes.

Gabriel Cnudde | Mardi 20 septembre 2016

15 concerts où emmener votre amant/e, votre petit cousin ou même votre maman

HD Been Dope À peine 20 ans, une dégaine d'adolescent et il est pourtant l'un des poids lourds de la scène hip-hop new-yorkaise. Lui, c'est HD Been Dope, adulé par la critique et par ses confrères depuis sa première mixtape, sortie à 16 ans seulement. Avec son flow calé sur des instrumentaux très 90's, le jeune MC veut aller chercher ce qui se faisait de meilleur pendant l'âge d'or du rap de la Big Apple. Pour le moderniser, le modeler à sa sauce et en faire de l'unique. Au Périscope le jeudi 22 septembre Ibrahima Cissokho Cet inépuisable Sénégalais chante en anglais, en wolof et en mandingue, comme pour transcender les frontières du monde. Influencé par les musiques traditionnelles sénégalaises aussi bien que par toutes les musiques qui ont un jour croisé sa route (jazz, salsa, rock), Ibrahima Cissokho livre à ses auditeurs une musique que l'on pourrait bien qualifier "d'autour du monde" tant ses prestations sont des invitations à l'ouverture. Au Périscope le jeudi

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Magali Bonat se confronte à la brûlante actualité

Théâtre | « Ce matin ô mon noyé mort / ô mon échoué sur la plage / Un homme nu à l’exception / De ton unique chaussette rouge / Restée à ton pied droit quand l’autre / Reste (...)

Nadja Pobel | Mardi 26 avril 2016

Magali Bonat se confronte à la brûlante actualité

« Ce matin ô mon noyé mort / ô mon échoué sur la plage / Un homme nu à l’exception / De ton unique chaussette rouge / Restée à ton pied droit quand l’autre / Reste crispée dans ton poing gauche » écrit Lancelot Hamelin, retraçant le parcours d'un migrant. Parce qu'un jour nos enfants nous accuseront de ne pas avoir regardé ce qui se tramait sur notre territoire, parce que le théâtre mourra s'il se cantonne aux salles fermées et dorées, Magali Bonat, comédienne et professeur au Conservatoire d'art dramatique de Lyon a choisi de monter Vraiment un homme à Sangatte, écrit en 2010 et d'une actualité toujours aussi brûlante. À l'initiative du festival Sens Interdits cet automne, les élèves en dernière année de cycle professionnel en ont donné une version oratorio (récitée, mise en espace et en musique) qu'ils vont reprendre en cette fin avril au CHRD et à la Croix-Rousse. Entre temps, ils auront joué à Calais dans cette — si cruellement nommée — jungle et dans le camp qui ne cesse de croître depuis que celui de Calais a été démantelé pour moitié : Grande Synthe. Par l'entremise de la fondation Abbé Pierre et d'Emmaüs, Magali Bonat a pu

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Histoire de Judas

ECRANS | Dans l’esprit du plus mécréant des mécréants, Judas est l’apôtre qui a trahi Jésus, le livrant aux Romains et le conduisant à la crucifixion. Rabah Ameur-Zaïmeche (...)

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Histoire de Judas

Dans l’esprit du plus mécréant des mécréants, Judas est l’apôtre qui a trahi Jésus, le livrant aux Romains et le conduisant à la crucifixion. Rabah Ameur-Zaïmeche choisit sciemment de rompre avec cette vision consacrée en faisant de Judas et Jésus des buddies à l’amitié indéfectible, qui ne sera brisée que par les enjeux politiques liés à l’émergence de cette nouvelle secte chrétienne qui dérange le pouvoir et les tenants de la religion hébraïque dominante. Le cinéaste ne s’en tient pas là : en faisant jouer les premiers chrétiens par des acteurs d’origine arabe — dont lui-même dans le rôle de Judas — il confère une résonance actuelle puissante à cette histoire vieille de 2000 ans. Et en choisissant le réalisme et la quotidienneté — dans les dialogues ou les décors — plutôt que l’emphase, il ramène la vie de Jésus à son niveau le plus prosaïque, s’inscrivant ainsi dans les pas de Carrère ou Cavalier. Il y a chez Ameur-Zaïmeche une manière p

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1001 grammes

ECRANS | De Bent Hamer (Norv-All-Fr, 1h30) avec Ane Dale Thorp, Laurent Stocker…

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

1001 grammes

Marie, scientifique norvégienne, a une mission : protéger précieusement le kilo national pour l’amener à la conférence du Bureau International des Poids et Mesures à Paris, où tous les pays viennent étudier les infimes variations subies par leur étalon au fil des ans. À la différence de ce travail soigneusement organisé, la vie de Marie est un chantier : la santé de son père est vacillante et ses amours sont au point mort. Lorsqu’elle croise un jardinier philosophe nommé Pi (le frenchy Laurent Stocker de la Comédie française), elle entame un marivaudage en sourdine, que Bent Hamer choisit de mettre en scène à la Norvégienne, c’est-à-dire avec cet humour à froid embastillé dans des cadres calculés au micromètre. La comédie se joue donc à deux à l’heure, tandis que la romance se déploie moins vite encore ; on peut trouver ça charmant, mais c’est surtout un peu gentillet. Les jeux de répétition — de plans, de lieux, de déplacements — s'ajoutent à ce petit précis d’horlogerie sentimentale, où tout n’est que calcul de précision — c’est le sujet, mais c’est aussi la forme du film. Christophe Chabert

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A la croisée des mondes

MUSIQUES | Fondée au milieu des années 1990, l'association 6e Continent fête cette semaine les dix ans de l'espace qu'elle anime. L'occasion de retracer le parcours, semé d'embûches, de cette bande de potes de la Guillotière devenue l'un des principaux vecteurs de mixité culturelle et sociale de la ville. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 24 janvier 2014

A la croisée des mondes

Dans le langage courant, l'expression "sixième continent" est sujette à bien des interprétations. Pour les plus formalistes, il s'agit de l'Antarctique, exclu de la famille pour cause d'inhospitalité. Pour d'autres, le terme désigne le Vortex de déchets du Pacifique nord, gigantesque amas de plastiques et de débris de bateaux dont la désagrégation "nourrit" jusqu'à l'empoisonnement des centaines de milliers d'oiseaux et mammifères marins. Enfin, depuis sa découverte à l'hiver 2013, ce serait un bout de terre préhistorique dont les secrets, enfouis sous l'océan Indien depuis le Jurrasique, pourraient nous en apprendre long sur les mécanismes tectoniques qui ont façonné la surface, fragmentée et disparate, de notre planète. C'est à cette troisième acception que l'association lyonnaise qui porte ce nom s'apparente le plus, elle qui, depuis sa fondation en 1995 et jusqu'à ce week-end, durant lequel elle célébrera avec force concerts les dix ans d'existence de son espace pluridisciplinaire (sis au 51 de la rue Saint-Michel, dans le septième arrondissement), dessinent loin des projecteurs les contours d'espaces d'échanges aux airs de berceaux de l'humanité. Les copains d'abor

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La lutte des classifications

ARTS | Depuis Kurt Schwitters et le Dadaïsme (au moins), nombre d'artistes ont travaillé au collage d'images de natures différentes, à l'assemblage d'éléments épars... (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 28 novembre 2013

La lutte des classifications

Depuis Kurt Schwitters et le Dadaïsme (au moins), nombre d'artistes ont travaillé au collage d'images de natures différentes, à l'assemblage d'éléments épars... Bref à la déconstruction de nos représentations "normales" et à leur reconstruction "subversive". Le jeune Tunisien Nidhal Chamekh (né en 1985) en est ostensiblement l'un des héritiers contemporains.  A la Galerie Regard Sud, il expose par exemple de nombreux dessins (dont toute une série inspirée par la Révolution tunisienne) frappant par leur puissance graphique et leur aspect "impur". Entre autres aspects, on remarque immédiatement la conjonction incongrue de schémas d'obédience scientifique et de représentations plus humaines (portraits, mouvements de vie, visions de souffrance...). L'existence en fragments percute ou s'entremêle à la planche d'anatomie, au manuel technique, à la grille d'évaluation, aux surfaces désaffectées des écrans, Nidhal Chamekh y ajoutant des arabesques décoratives, des sérigraphies d'images de presse ou de petits logos emblématiques.  Ses œuvres allient ainsi un regard clinique (di

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Monsieur 100 000 volts

SCENES | Une heure et quart. Voilà le temps qu'il faut au metteur en scène Mohamed Brikat (qui joue aussi en alternance le rôle principal) pour emballer Les (...)

Nadja Pobel | Lundi 18 novembre 2013

Monsieur 100 000 volts

Une heure et quart. Voilà le temps qu'il faut au metteur en scène Mohamed Brikat (qui joue aussi en alternance le rôle principal) pour emballer Les Fourberies de Scapin (aux Clochards Célestes jusqu'au samedi 30 novembre). C'est dire quel rythme effrené il impose à sa troupe. Et si, au début, celui-ci semble vertigineux, c'est en fait le bon. Il n'est en effet point nécessaire de laisser traîner les intrigues tant elles finissent par se percuter, la mécanique de l'écriture n'en devenant que plus visible. Deux fils de vieux notables ne souhaitent pas se marier à celles qui leur sont promises car ils ont d'autres dulcinées en tête. Par l'intermédiaire du valet de leurs pères, Scapin, ils parviendront à leur fin, non sans avoir détourné quelques pistoles au passage. A ce postulat, Mohamed Brikat insuffle une faramineuse vitalité, glissant des mots d'arabe qui font mouche - notamment auprès des jeunes collégiens présents à la représentation à laquelle nous avons assisté. Malgré des costumes totalement d'époque (empruntés aux ateliers du TNP et créés à l'occasion des multiples pièces de Molière montées par Chr

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Né quelque part

ECRANS | De Mohamed Hamidi (Fr, 1h27) avec Tewfik Jallab, Jamel Debbouze…

Christophe Chabert | Mercredi 12 juin 2013

Né quelque part

La mort annoncée du père, le retour sur des terres "d’origine" où pourtant on n’a jamais mis les pieds, la découverte d’une culture dont on se revendique sans en connaître ni les bons, ni les mauvais côtés… À travers le périple de Farid, qui "retourne" dans une Algérie inconnue pour y négocier un terrain familial, Mohamed Hamidi, metteur en scène des one-man-shows de Jamel, tient un bel angle, habile et nuancé, sur la question de l’identité. Finalement, ce n’est pas tellement par son scénario que dans sa manière de faire se rencontrer plusieurs registres de cinéma que Né quelque part le développe avec le plus de pertinence. Entre le "banlieue film" bien français qui lui sert de cadre et l’irruption d’une comédie à l’algérienne — pas éloignée de sa cousine italienne — lors des très réussies séquences dans le village, Hamidi crée à son tour un joyeux métissage qu’illumine la présence de Debbouze, toujours passionnant. Trop sans doute pour que sa disparition en cours de récit ne laisse pas un vide béant à l’écran. Quant à la mise en scène, très appliquée, elle ne

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Pêche originelle

MUSIQUES | Il a dix ans. On sait, cela ne semble pas vrai, mais le festival L'Original a dix ans. Et il n'a, en dépit d'une programmation 2013 manquant un peu de lustre, rien perdu de l'esprit «festif, fédérateur, rassembleur, défricheur et prescripteur» qui l'anime depuis sa fondation. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 22 mars 2013

Pêche originelle

A chaque type de musique son festival. Les musiques électriques ont La Route du Rock, Rock en Seine ou Le Rock dans tous ses États. Les musiques électroniques ont Nuits Sonores, Astropolis ou le tout nouveau Weather Festival. Et l'on pourrait, toujours en se cantonnant au territoire français, filer la démonstration avec les musiques (plus ou moins) improvisées, les musiques du monde, les musiques sacrées, les musiques contemporaines, les musiques extrêmes... Mais les musiques dites urbaines ? Sans doute trop indisciplinées, comme est venue le rappeler la volonté récemment affichée par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls de «lutter contre les paroles [de rap] agressives», elles n'ont peu ou prou que L'Original. A cette aune, le fait que ce rendez-vous dédié à la promotion des valeurs originelles du mouvement hip hop (respect, camaraderie...) et à sa pluralité créative (rap donc, mais aussi graff, DJing, danse et beatboxing), s'apprête à souffler sa dixième bougie mérite qu'on tire notre casquette équilibriste à son fondateur, le breakdancer Jean-Marc Mougeot (qui comme tant d

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LBDO fait tourner la BD

CONNAITRE | Souvenez-vous, c'était en 1992. Tout juste auréolé d'un run de quatre ans sur Jeopardy! et du lancement en fanfare du tirage télévisé du Millionnaire, Philippe (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 8 juin 2012

LBDO fait tourner la BD

Souvenez-vous, c'était en 1992. Tout juste auréolé d'un run de quatre ans sur Jeopardy! et du lancement en fanfare du tirage télévisé du Millionnaire, Philippe Risoli prenait la succession de Patrick Roy au poste de présentateur du Juste Prix. Un poste qu'il occupa pendant une décennie, sans jamais parvenir à constituer un capital sympathie aussi élevé que son prédécesseur. Il a pourtant tout essayé : lancer de micro, entrée par un écran géant plutôt que par une porte à volets, passage d'une vitrine hebdomadaire à une vitrine quotidienne... Rien n'y a fait : Le Juste Prix est resté aussi indissociable de Patrick Roy que les musiques extrêmes l'ont été du député socialiste du même nom. Le rapport avec l’association Lyon BD Organisation ? Elle a beau multiplier les passerelles et contextualisations, on se rend chaque fois à son festival avec pour seule idée : taper un max de dédicaces à ses invités. Ils sont cette année une bonne centaine, parmi lesquels Jean-Claude Fournier, qui présida aux destinées de Spirou & Fantasio de 1968 à 1981 (on lui doit notamment L'Ankou, l'un des meilleurs albums de la série),

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Shame

ECRANS | Révélé par l’uppercut "Hunger", le tandem Steve McQueen (réalisateur) et Michael Fassbender (acteur) enfonce le clou avec "Shame", portrait entre extase et agonie d’un trader atteint de dépendance sexuelle, porté par un geste de cinéma extraordinaire de culot. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 décembre 2011

Shame

C’est par un crescendo incandescent que Steve McQueen nous attire à l’intérieur de son deuxième film, Shame. Crescendo musical où une envolée de cordes lyriques accompagne les images, mais aussi crescendo émotionnel dont l’inachèvement vaut comme raccourci du film dans son ensemble. Pourtant, il n’y a presque rien : un homme assis dans le métro regarde fixement la femme assise en face de lui, jolie, très maquillée, d’abord gênée par ce regard, puis curieuse et enfin complice. Elle se lève à la station suivante, on s’aperçoit qu’elle a une bague au doigt, elle sort de la rame. Il hésite quelques instants, puis se lève à son tour, tente de la rattraper mais elle a disparu dans la foule des passagers. Ce pourrait être un hommage au Brève rencontre de David Lean, le début d’un mélodrame à vous tirer des larmes. Ce sera l’inverse : une descente aux enfers. Car cet homme beau et attirant — normal, c’est le magnétique Michael Fassbender qui l’incarne, se livrant une fois encore à corps perdu à son metteur en scène Steve McQueen, qui l’avait révélé dans Hunger — nage dans

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Au revoir

ECRANS | de Mohammad Rasoulof (Iran, 1h40) avec Leyla Zareh, Fereshteh Sadre Orafaiy…

Dorotée Aznar | Mercredi 31 août 2011

Au revoir

Tourné clandestinement par le cinéaste iranien blacklisté Mohammad Rasoulof, Au revoir est un calvaire. Pas juste pour son héroïne, prisonnière d’un monde kafkaïen qu’elle veut fuir avec ou sans son mari, journaliste traqué par le régime, mais aussi pour nous. On ne doute pas du regard et des motivations de Rasoulof lorsqu’il montre la réalité iranienne comme policière, anxiogène et paranoïaque. On n'a rien non plus contre une mise en scène radicale. Mais quand celle-ci imite le dispositif rigoriste de Haneke période Septième continent, avec ses plans fixes abscons et fièrement accusateurs, ça colle aux dents. Le brûlot politique tourne au long et pesant règlement de compte masochiste. Pire, il est platement illustratif et à crever d’ennui. Jérôme Dittmar

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Mascarades

ECRANS | De et avec Lyès Salem (Fr-Algérie, 1h32) avec Sarah Reguieg, Mohamed Bouchaïb…

Christophe Chabert | Mercredi 3 décembre 2008

Mascarades

Après deux hits du court-métrage français (Jean-Farès et Cousines), Lyès Salem passe au long avec ce sympathique Mascarades. Il y interprète le premier rôle, celui de Mounir, pauvre type que son village algérien tourne gentiment en ridicule, à la recherche d’un riche mari pour sa sœur, superbe mais atteinte de narcolepsie, afin de gagner l’estime de ses voisins. Pas de bol pour lui, celle-ci préfère un jeune loser tentant d’ouvrir un vidéoclub en plein désert ! Mascarades capte l’attention du spectateur par son sens du détail et l’ensemble du casting déploie une sacrée énergie pour emballer le rythme du film. Ce n’est pas toujours le cas, car le cinéaste n’ose pas l’exubérance à la Kusturica que certaines séquences pouvaient autoriser — la virée avec les petits truands ou le mariage final. À la place, Salem fait preuve d’une réelle tendresse pour ces gens courrant de manière dérisoire après leur dignité perdue, en équilibre délicat entre la rigidité de leurs principes et la réalité de leurs désirs. Pas de thèse ni de pathos : juste une jolie comédie de mœurs exotique remarquablement incarnée. CC

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