Enjoy the silence

Benjamin Mialot | Vendredi 2 novembre 2012

Le monde de la musique se divise en deux catégories : ceux qui brûlent des planches et ceux qui gravent des sillons. D'un côté les bêtes de scène, de l'autre les animaux de studio. Les performers et les songwriters. Dans ce tableau inspiré d'un célèbre traité de taoïsme social appliqué (Le Bon, la brute et le truand, par le professeur Sergio Leone), Dominique Dillon de Byington fait figure d'anomalie. Pas parce qu'elle fait partie des trop rares individus invalidant ce clivage. C'est le cas, après tout, de la plupart des musiciens dont le portrait orne ces pages. Mais parce que les mélodies de cette jeune et jolie Allemande d'origine brésilienne ne méritent d'être découvertes ni le cul vissé dans un canapé, ni les pieds ancrés au sol en béton ciré d'une salle de concert, mais les yeux rivés à un écran.

Et pour cause : elle a la délicieuse et régulière manie d'interpréter des extraits de This Silence kills, son premier album, en direct de sa chambre, attifée comme une madone en cavale (grosses lunettes de soleil, épaisse couche de rouge à lèvres) et face webcam. Il suffit d'entendre une fois sa voix d'enfant qu'aurait grandi trop vite sourdre de ce cadre über intimiste pour comprendre ce qui a amené la techno queen Ellen Allien à la signer sur son label BPitch Control. Et pour tirer un trait sur toutes les autres grandes demoiselles de la pop à cristaux liquides, des plus minaudières (Émilie Simon, la Marion Cotillard de la variété française) aux plus formidablement vulnérables (Fever Ray).

Benjamin Mialot

Dillon + Tenkah + Seila Chiarah
À la Marquise, mardi 13 novembre

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Maman est au ciel : "Proxima"

Drame | Sélectionnée pour une mission d’un an à bord de l’ISS, la spationaute Sarah Loreau s’entraîne intensivement. Mais elle doit composer avec un paramètre de plus par rapport à ses collègues masculins : le fait d’être mère. Et anticiper la séparation d’avec sa fille Stella s’avère compliqué…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Maman est au ciel :

À la toute fin de son film, Alice Winocour fait défiler les portraits des femmes astro-cosmo-spationautes posant avec leurs enfants. Si le doute subsistait encore, son intention était bien avec Proxima d’inscrire la situation particulière de la mère (et donc de la femme) dans la conquête spatiale particulièrement, et dans le milieu professionnel en général. Signant un film hautement documenté sur la marche d’une mission — on n’a d’ailleurs rarement vu les protocoles aussi bien détaillés, et sans la poudre aux yeux hollywoodienne —, la cinéaste fait pourtant de ce barnum un sujet satellite. En effet, c’est autant à la symbolique “ombilicale” de l’arrachement — le terme revient d’ailleurs dans le vocabulaire astronautique — avec toutes ses dérivées (naissance, fin de l’enfance, deuil…) qu'aux rapports entre les genres que Proxima renvoie. Surtout pour Stella dont la mère vise Mars et le père travaille sur… Vénus. En plus de sa distribution internationale, pour une fois logique du fait du sujet et du contexte, Alice Winocour élargit les horizons en confiant la bande originale à

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Numérotez vos bâtis ! : "The House that Jack built"

Le Film de la Semaine | Lars von Trier s'insinue dans la tête d’un serial killer aux ambitions (ou prétentions ?) esthétiques démesurées pour en retirer une symphonie en cinq mouvements criminels. Une variation sur la mégalomanie et le perfectionnisme artistiques forcément un brin provoc’ mais adroitement exécutée.

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Numérotez vos bâtis ! :

Jack aurait tellement voulu être architecte… Un destin contraire l’a fait ingénieur et affligé de TOC lui empoisonnant la vie, surtout lorsqu’il vient de commettre un meurtre. Car, si l’on y réfléchit bien, le principal tracas de Jack, c’est de devoir obéir à ses pulsions de serial killer… Peu importe si son esthétique ou ses dogmes évoluent au fil de sa prolifique filmographie — et lui confère au passage l’apparence d’un splendide magma —, Lars von Trier parvient à assurer à celle-ci une indiscutable cohérence par son goût maladif du défi stylistique et de la provocation morale, que celle-ci transparaisse dans la diégèse ou dans le discours d’accompagnement. Construire, dit-il Épouser comme ici le point de vue d’un détraqué jouissant dans l’esthétisation de la mise à mort de ses victime

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Une belle et sombre inconnue

MUSIQUES | Le premier album de Dillon s'intitulait This Silence Kills. «Ce silence tue». Et effectivement, chaque fois que cette charmante Brésilienne à la (...)

Benjamin Mialot | Mardi 8 avril 2014

Une belle et sombre inconnue

Le premier album de Dillon s'intitulait This Silence Kills. «Ce silence tue». Et effectivement, chaque fois que cette charmante Brésilienne à la bouleversante voix de poupée parlante à court de piles s'y taisait, c'était comme si notre corps se délestait de vingt-et-un grammes – le poids supposé de l'âme. Nous étions alors en 2011 : autant dire que depuis, et quand bien même cette merveille de techno-pop à fleur de peau (de porcelaine) a laissé dans nos écouteurs le dessin d'une petite mélodie qui lui ressemble, ce sont des dizaines de kilos de principe vital que nous avons laissé filer vers l'inconnu. L'inconnu justement, ou plutôt The Unknown, c'est le titre du deuxième recueil de «poèmes chantés» au piano de la jeune protégée de DJ Koze. Plutôt des contes, à bien y réfléchir, avec ce que cela suppose d'émerveillement bien sûr – son phrasé heurté, ses mélodies si fragiles qu'on voudrait les préserver sous bulle, son toucher lourd de peine – mais aussi de noirceur et de cruauté, penchants auxquels elle s'abandonnent désormais plus v

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