Colosses aux pieds d'argile

MUSIQUES | C'est l'histoire d'un groupe qui en réaction au tumulte "no future" pratiqua un post-punk tout en fragilité et minimalisme ; qui le temps d'un seul et unique album, Colossal "Youth", connut un succès météorique qu'il ne cherchait même pas, et engendra une nuée d'héritiers dépareillés. C'est l'histoire des Young Marble Giants, invités à A Vaulx Jazz, 32 ans après leur séparation, comme pour oblitérer cet éternel malentendu qui arborait tout à la fois le charme de l'évidence et celui de la surprise. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 7 mars 2013

À l'échelle de l'histoire de la musique, Young Marble Giants (1978-1981, un seul album, Colossal Youth) ne vécut que le temps d'un battement d'ailes de papillon, d'une palpitation cardiaque valant coup de foudre, d'une explosion nucléaire accidentelle. Mais comme c'est souvent le cas avec chacun de ces trois phénomènes, cet "instant" ne fut pas sans conséquences durables. Lorsqu'il se sépare en 1981, le trio formé par Stuart Moxham, son frère Phil et la chanteuse Alison Statton, est la formation la plus fascinante et singulière de l'ère post-punk.

Sans doute parce que Stuart entend dès le départ proposer à sa manière une révolte contre le punk – et non une manière de le recycler comme ce fut le cas pour beaucoup de ses pairs. Pour autant, ladite révolte n'a rien d'une contre-révolution, le punk ayant déjà fait la sienne quand, lors du dernier concert des Sex Pistols à San Francisco en janvier 1978, un Johnny Rotten fulminant scelle le cercueil de ce fœtus hurlant à l'agonie par une épitaphe-épigramme quasi-lettriste en sortie d'un interminable No Fun aux airs de blague trop longue : «Ah, ah, ah,   ever get the feeling you've ben cheated ?» («Jamais eu l'impression de vous être fait enfler ?», sous entendu, par tout ce cirque, à commencer par nous les Sex Pistols). Fin de la blague. No fun.

Après le no future

Pour YMG, tout cela est en effet bien fini, comme l'explique aujourd'hui la chanteuse Alison Statton :«A rebours du son débordant et saturé du punk, nous voulions créer quelque chose de plus intime et de plus spacieux, de moins intense». Mélange d'avant-garde et de vérité nue, de recherche sonore et de «tricotage», cette «musique d'introvertis pour introvertis», dixit Simon Reynolds dans sa bible post-punk Rip it up & Start again, déroule froidement, cliniquement, littéralement, le récit du monde d'après le "no future" : «un son semblable à celui d'une radio coincée entre deux stations, qu'on écouterait dans son lit, à quatre heures du matin» dira Moxham.

La basse ronde joue avec les aigus et se mêle de mélodie ; en un renversement des rôles, ce sont l'orgue Wurlitzer ou la guitare Rickenbacker de Stuart, étouffée selon la technique du muting, qui donnent le tempo ; une boîte à rythmes fabriquée par le cousin bricoleur des frères Moxham cliquette dans un coin – «comparé aux boîtes à rythmes d'aujourd'hui, c'était assez limité mais ça donnait beaucoup de personnalité à notre son» dit Alison, la voix, essentielle, du trio : légèrement réverbée, ordinaire et monocorde mais néanmoins envoûtante, aussi fantomatique que maternelle, qui nous console sans être sûre de ne pas être elle-même effrayée.

Juste quelqu'un qui chante

Du post-punk, YMG est donc le mouton à cinq pattes. Mais c'est ainsi qu'il se distingue du troupeau et attire l'attention des branchés londoniens : «Nous sommes arrivés au bon moment. Avec tout ce qu'il se passait à Manchester notamment, la décentralisation était en marche et il était plus facile de susciter l'intérêt de Londres. En réalité, nous y avons eu beaucoup plus de soutien qu'à Cardiff où les gens n'écoutaient que du rhythm & blues, de la soul et du rock». Sur la foi d'une compilation initiée par une poignée de groupes réfugiés au Grassroots Coffee Bar de Cardiff, le seul endroit où leur musique est tolérée, Rough Trade, disquaire et mythique label indé, parrain du Do It Yourself londonien, succombe : «Ils ont aimé nos deux titres et ont tout de suite proposé de produire un disque. Comme nous avions de quoi enregistrer un album entier, ils ont dit «ok, faisons un album !». C'est arrivé comme ça, on a eu beaucoup de chance». Alison d'autant plus, dont Stuart Moxham ne voulait pas comme chanteuse : c'est Phil, son petit ami, qui l'imposera : «Comme j'avais un agrément musical avec Phil, il a dit à Stuart «c'est nous deux ou rien», ce que je n'ai appris que bien plus tard».

Quand, en 1980, les lecteurs du NME l'élisent 8e meilleure chanteuse (sic) de l'année, Stuart grogne pour la forme : «Alison n'est pas une chanteuse ! C'est juste quelqu'un qui chante. Elle fait ça comme si elle était en train d'attendre le bus ou quelque chose comme ça». L'intéressée le reconnaît bien volontiers : « Je n'ai jamais été une chanteuse, ni n'ai travaillé ma voix». Mais au fond Moxham sait pertinemment qu'elle est un élément clé d'un groupe qui se veut à tout point de vue "a-rock'n'roll" : «Personnellement, confie Alison, j'aimais faire de la musique mais je n'avais jamais espéré une seconde que ça aille plus loin. C'était évidemment un peu différent pour Stuart qui envisageait même d'émigrer à Berlin, mais davantage dans une perspective de création et de progression artistique. Il était simplement porté par son projet mais absolument pas par l'idée d'être une rock star. Au point que nous avons tous été surpris quand Rough Trade nous a proposé ce contrat. Nous nous attendions à tout sauf à en signer un un jour».

Premier amour

Cela explique sans doute ce « doux radicalisme » dont parle Simon Reynolds à propos d'YMG, ou le fait de se saborder en pleine gloire, sans prévenir, après avoir réalisé la deuxième meilleure vente de l'histoire de Rough Trade : «Colossal Youth avait été réalisé à partir des matériaux dont nous disposions, explique simplement Alison, il n'y avait pas de suite. Et puis Stuart a toujours voulu aller de l'avant et envisageait déjà de passer à autre chose musicalement, ce qu'il avait d'ailleurs fait avant la séparation du groupe (via The Gist dont Etienne Daho reprit le tube Love at First Sight sous le titre Paris, Le Flore)». Mais ce one-shot engendra de nombreux descendants qui se partagèrent un héritage moins maigre qu'on ne l'aurait pensé : Beat Happening, The Cure, Nirvana, Magnetic Fields, Hole, The XX... «C'est fascinant de voir tous ces groupes revendiquer notre influence. C'est comme avoir des enfants tous très différents parce que leurs gènes sont remontés très loin en arrière. Chacun semble avoir entendu quelque chose dans notre musique qu'il s'est approprié en y ajoutant sa personnalité».

Les YMG ayant dit ce qu'ils avaient à dire en un seul album, en eurent-ils produits quatre, cinq, six, dix que ce culte discret mais fervent eut sans doute été moins intense. Alison Statton ne dit pas autre chose, convoquant la métaphore amoureuse : «On dit qu'un premier amour bref et intense reste dans le cœur pour toujours. Même si faire un seul album n'était en aucune manière prémédité, nous avons dû être ce premier amour». Puis d'ajouter dans un grand éclat de rire qui bannit toute forme de regrets : «Le fait est que les histoires d'amour un peu trop longues finissent toujours par irriter d'une manière ou d'une autre». Le concert à A Vaulx Jazz nous dira ce qu'il advient quand on revoit ce premier amour après tant d'années, nous permettant peut-être de prendre la mesure de l'irréversibilité de ses ravages.

Young Marble Giants + Clara Clara + Chromb
Au Centre Culturel Charlie Chaplin, dans le cadre du festival À Vaulx Jazz, samedi 16 mars

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Trente glorieuses pour À Vaulx Jazz

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À Vaulx Jazz, 30e. Les mauvaises langues argueront que pour entrer dans sa quatrième décennie, le festival vaudais aurait pu frapper plus fort. D'autres se demanderont où sont passées les compositions artisanales en forme de masques tribaux ou de totems surréalistes de Bruno Théry, marque visuelle depuis des lustres, remplacées par le travail de jeunes graphistes lyonnais. En retournant la lorgnette on peut aussi, tout en saluant l'initiative de rendre les choses plus lisibles en recalant son hors-les-murs au mois de mars, voir là la volonté d'un festival qui a envie de se donner un coup de jeune, un coup de frais, histoire de ne pas basculer dans la routine. Bref d'aborder ses 30 ans du bon pied. Et de fêter ça dignement, quand on annonce que le festival pourrait passer en biennale (et donc fêterait ses 31 ans dans deux ans). Car il y aura quand même du grand nom jazz à se mettre sous l'esgourde. Le plus fidèle d'entre eux (qui fit ses débuts français en ce même festival il y a tout juste dix ans) étant

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La terre étant ronde, du moins aux dernières nouvelles, plus l'on se dirige vers l'Ouest plus on a de chances d'arriver à l'Est. En définitive, du Far West au Far East, il n'y a pas loin. Bien entendu cela vaut pour la musique, cette grande voyageuse. Les Américains le savent plus que d'autres, eux qui ont importé de l'Est (Afrique pour le blues, Allemagne pour le bluegrass) la musique de l'Ouest. Yom va plus loin. Yom est un cowboy, un cowboy français et clarinettiste, un cowboy d'origine yiddish dont le père a grandi en Amérique. Ça vous imprègne un homme, surtout s'il est comme lui porté sur les expérimentations, les boutures musicales autant que le déterrage de racines. Avec ses Yiddish Cowboys et Songs for the Old Man, du côté d'À Vaulx Jazz le 9 mars, Yom fait le lien entre cette musique de la peine née en Europe de l'Est et sa cousine de déracinement, la country. Donnant l'impression que le Danube a creusé le Grand Canyon et que les Appalaches sont filles des Carpates. Surtout, la terre étant ronde, la mélancolie est à la fois départ, destination et chemin. SD

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Colin Stetson, jazzman éléphantesque

MUSIQUES | Les barrissements de ses saxophones XXL se font entendre sur quelques grands disques de rock de ces dernières années. Mais Colin Stetson est aussi un immense performer et musicien solo dont le son inimitable et tellurique abat les frontières entre pop, classicisme et avant-garde.

Stéphane Duchêne | Mardi 8 mars 2016

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Question à mille euros : l'homme en a deux, l'éléphant trois, la femme quatre, l'éléphante cinq, de quoi s'agit-il ? Tic tac, tic tac... Huuuuun. Il s'agit des trompes. Colin Stetson, lui, se situe quelque part entre l'homme et l'éléphant puisqu'il n'est pas rare qu'il possède trois trompes (le lecteur ayant envisagé l'amorce d'une pensée salace est prié de quitter cet article et de ne pas jeter son Petit Bulletin sur la voie publique). Car Colin Stetson joue de ce genre de saxophone basse ou baryton (et même de la clarinette, toujours basse) dont le son n'est pas sans évoquer le barrissement. Un instrument ardu à maîtriser (son poids, le souffle qu'il nécessite) et passablement ingrat (outre qu'il déchausse les dents, il vous relègue toujours à l'arrière-plan). Chemins Ceux à qui ce nom est familier l'ont sûrement vu associé aux travaux de la branchitude new-yorkaise (David Byrne, TV on the Radio, LCD Soundsystem, Yeasayer) ou de la nouvelle vague rock canadienne (Arcade Fire, Feist, Timber Timbre). Éléphant slalomant dans le magasin de porcelaine de la musique mondiale sans rien casser d'autre que la baraque, capable d'accompagner le dé

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L’un et l’autre nés à la fin du XIXe siècle, ces deux vecteurs d’expression populaire ont prospéré en marge dans les rues ou les foires, avant de se tailler leur place parmi les disciplines artistiques considérées comme ”nobles“. On en arrive même à un formidable paradoxe aujourd’hui, où tout film pourvu d’une bande originale jazzy se trouve d’emblée doté d’une aura de raffinement vintage, voire d’un brevet d’intellectualisme woodyallenien ! Parfaites girouettes, les mentalités ont une stabilité comparable aux gouvernements de la IVe République… Quatuor de choc Justement, parmi les quatre films retenus dans la programmation de cette année figure un classique de cette époque : Rendez-vous de juillet (1949). Signé par Jacques Becker, le Howard Hawks français, ce film aspire l’air ambiant autant qu’il s’en inspire — en particulier celui des caveaux jazz ayant fleuri après la Libération à Paris. Révélant les comédiens Maurice Ronet et Nicole Courcel, il a aussi le flair de capter les notes du jeune Claude Luter et de ses “Lorientais”. Revendiquant en musique des goûts éclectiques (« de Duke Ellington

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Si cette édition d'Á Vaulx Jazz, qui va allègrement sur ses trente ans, se clôturera en apothéose supersonique avec un hommage appuyé à Sun Ra par Thomas Pourquery puis le Sun Ra Arkestra, les festivités ne s'arrêteront pas là. Enfin si, mais du moins ne commenceront-elles pas là. Dans la même série d'hommages à des artistes ou à des albums mythiques, devenue un peu par hasard l'une des marques de fabrique du festival vaudais, l'un des moments forts de cette mouture 2015 sera Over The Hills, création de l'iMuzzic Grand(s) Ensemble revisitant l'invisitable, à savoir l'opéra-jazz de Carla Bley et Paul Haines (au livret) Escalator Over the Hill, monument musical du tournant 60-70. Stéphane Kerecki et son quartet s'attaqueront eux à la musique de la Nouvelle Vague – également représentée par la projection de ce film free qu'est Pierrot le Fou qui témoigne de l'empreinte cinématographique du festival. Pour le reste, la thématique déployée par Á Vaulx Jazz tourne autour des «soufflants, des voix et des cordes» – ce qui est toujours, il faut bien le dire, un peu le cas. Où l'on

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«Un volcan s’éteint, un être s’éveille» dit le célèbre adage publicitaire. Il est pourtant des volcans qui ne s’éteignent jamais, ou plutôt continuent à faire jaillir boules de feu, laves et fumerolles bien longtemps après leur ultime éruption. C’est en tout cas ce que s’est dit cette année A Vaulx Jazz, au moment de s’atteler à une programmation qui, tout en faisant la part (très) belle aux pianistes (Craig Taborn, Robert Glasper, Sophia Domancich, Giovanni Mirabassi…) et aux voix (Sandra Nkaké, LaVelle et même Yasiin Bey/Mos Def !...) tout en continuant d’explorer des genres cousins ou non – folk, blues, funk, flamenco, électro – à coups de grands noms (Bill Frisell, Zombie Zombie, C. J. Chenier…) a décidé de se lancer dans la volcanologie musicale. Métaphoriquement s’entend. Encore que… Car les volcans en question sont bien entendu sonores – et d’ailleurs la plupart d’entre eux n’ont probablement jamais vu et encore moins bu une goutte de Volvic, de Quézac ou d'eau ferrugineuse de leur vie. Et ce sont à la fois leurs fantômes, leur souvenir et leurs ravages qu’on célébrera ici. Ils sont au nombre de quatre : Miles Davis, Nina Simone, Iggy Pop et John Zorn.

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Postmoderne jazz

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Stéphane Duchêne | Mardi 25 février 2014

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On taquinerait probablement le cliché en affirmant que le pianiste tatoué à gueule de rock star Brad Mehldau est l'enfant terrible du jazz. Combien le jazz a-t-il d'ailleurs compté d'enfants terribles ? A peu près tous les plus grands de la discipline. Et pourtant on n'est pas loin de la vérité pour un musicien qui a toujours pris soin d'éviter les écueils de la geste jazz, ne prêtant serment d'allégeance que selon ses propres termes et contribuant à populariser le genre bien au-delà de son public habituel. C'est avec Art of the Trio – avec Larry Grenadier déjà, contrebassiste, de Joshua Redman, autre prodige, du saxophone cette fois, révélé dans les 90's – que Mehldau se paie une place de choix dans le périmètre jazz. Mais en bordure de ce périmètre. Car l'enfant d'Hartford, Connecticut, n'entend pas se départir de son naturel romantique et mélancolique, hérité d'une enfance douloureuse et d'une formation classique très portée sur Brahms. Dialectique En trio ou en solo, comme sur le très beau Largo

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L'académie Hayward

MUSIQUES | Voilà un homme qui a fréquenté Brian Eno et Phil Manzanera (Roxy Music), Arto Lindsay ou Don Cherry, sur une multitude de projets barrés à souhaits, a enregistré (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 avril 2013

L'académie Hayward

Voilà un homme qui a fréquenté Brian Eno et Phil Manzanera (Roxy Music), Arto Lindsay ou Don Cherry, sur une multitude de projets barrés à souhaits, a enregistré avec des riot grrrls pur jus (Lora Logic de X-Ray Spex, The Raincoats) et même Everything but the Girl. Mais un homme dont le principal fait de gloire est d'avoir été leader-batteur du trio This Heat avec Charles Bullen et Gareth Williams au milieu des années 70, à l'époque où l'expérimentation s'apparentait à une quête quasi-mystique aux résultats hasardeux. This Heat s'intercala ainsi, dès 1976, pile entre l'implosion du rock progressif et l'émergence du post-punk, en une sorte de chaînon manquant frappé du sceau du krautrock (notamment de Faust). Un peu à la manière des Young Marble Giants, dans un style très différent, This Heat – par ailleurs très marqué politiquement, dans un monde en pleine décolonisation et où la guerre froide se chauffe à la menace d'une extinction nucléaire – expérimenta l'alliage de bandes bricolées, de sons de récup' et d'instruments bruts.

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« Nous avons eu beaucoup de chance »

MUSIQUES | 32 ans après la séparation des Young Marble Giants, fragile pilier du post-punk britannique, leur chanteuse Alison Statton, revient sur le court destin d'un groupe qui ne voulait pas de la gloire, son succès, sa séparation et sa reformation surprise sur scène. Propos recueillis et traduits par Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mercredi 13 mars 2013

« Nous avons eu beaucoup de chance »

Comment les Young Marble Giants sont-ils nés ?Alison Statton : Au départ, nous avions un groupe de reprises avec Stuart (Moxham leader, auteur et compositeur du groupe, NDLR) et Phil (frère du premier, NDLR) dans lequel je faisais les choeurs avec une amie. Nous jouions dans des clubs et de pubs. Quand ce groupe s'est séparé, Stuart avait déjà en tête ce qui allait devenir les Young Marble Giants et nous l'avons suivi.Mais au départ Stuart ne voulait pas de vous comme chanteuse...C'est tout à fait vrai. Il écrivait les morceaux et voulait les chanter lui-même. Mais comme Phil (également petit ami d'Alison, NDLR) et moi avions déjà un agrément musical ensemble et que Stuart voulait son frère dans le groupe, il lui a dit « c'est nous deux ou rien ». Ce que j'ignorais complètement à l'époque, je ne l'ai appris que bien plus tard (rires).Vous êtes connus pour votre son : une basse ronde, des guitares étouffées et votre voix à l

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Têtes de Vaulx

MUSIQUES | Bien entendu, ça devait arriver, à force de vouloir ouvrir les esprits en programmant, via Grrrnd Zero, du "rock" underground tendance mythique, ou (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 7 mars 2013

Têtes de Vaulx

Bien entendu, ça devait arriver, à force de vouloir ouvrir les esprits en programmant, via Grrrnd Zero, du "rock" underground tendance mythique, ou quelque soit la façon dont on puisse qualifier la musique des Young Marble Giants, on allait finir, comme le prouve cette Une, par oublier qu'A Vaulx Jazz est avant tout un festival de jazz – oui, on sait, ça fait un choc – et de blues – il s'agirait de ne pas l'oublier non plus. Avec ce que cela suppose de têtes d'affiche propres à étancher la soif des connaisseurs tel Jean-Jacques Milteau, qui est un peu le Jimi Hendrix de l'harmonica – même si cela reste assez compliqué à visualiser – et accompagnera, à moins que ce ne soit l'inverse, le guitariste blues Joe Louis Walker (22 mars). Tel encore ces deux poids lourds qui s'occuperont d'enchanter «la Nuit Américaine» du 19 mars, l'ancienne protégée d'Harry Belafonte Dianne Reeves et le crooner soul au drôle de chapeau et au costume de dandy Gregory Porter. Sans doute le moment glamour du festival.

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Bravo l'À Vaulx

MUSIQUES | C'est avec un programme de choix qu'À Vaulx Jazz fête un quart de siècle d'activité. Plus que le jazz d'ailleurs, c'est un art consommé du métissage et de l'ouverture musicale que le festival vaudois peut se targuer d'avoir célébré depuis 25 ans en un lieu particulièrement symbolique de notre territoire. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 8 mars 2012

Bravo l'À Vaulx

Il y a 25 ans, Vaulx-en-Velin était encore surtout connu pour avoir été le théâtre des premières émeutes urbaines en France. Une image qui lui a longtemps collé à la peau, si bien qu'encore aujourd'hui, le nom de cette commune résonne bizarrement et injustement dans l'inconscient collectif. Et puis il y a eu À Vaulx Jazz, et c'est le jazz qui s'est mis à résonner depuis Vaulx-en-Velin, jusqu'à faire du festival, non seulement l'un des plus reconnus de l'Hexagone mais aussi un véritable outil de maillage social du territoire et de ses habitants, tout entier impliqués dans un événement qui dépasse le simple cadre de la musique. Quand les télévisions américaines, qui aiment tant jouer la «Géo pour les nuls» en cas d'échauffourées banlieusards français (remember 2005), placeraient probablement Vaulx-en-Velin sur une carte entre Cannes (Côtes-d'Armor) et Monaco (Loir-et-Cher), les passionnés d'À Vau

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Mutant à trois pattes

MUSIQUES | Festival / Doit-on y voir une référence à une quelconque Sainte-Trinité – jazz-blues-world peut-être ? Toujours est-il que, cette année, l’affiche du festival A (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 5 mars 2010

Mutant à trois pattes

Festival / Doit-on y voir une référence à une quelconque Sainte-Trinité – jazz-blues-world peut-être ? Toujours est-il que, cette année, l’affiche du festival A Vaulx Jazz représente un petit chien borgne à trois pattes. Voilà qui est on ne peut raccord avec l’hommage de rigueur rendu, à l’occasion du centenaire de sa naissance, à Django Reinhardt – connu pour n’avoir la maîtrise que de trois doigts de sa main gauche. Ce sera le point d’orgue du festival autour du guitariste Angelo Debarre et de quelques unes des figures du jazz manouche ou swing tzigane, dont l’incontournable Thomac Dutronc. Autre temps fort, inédit, l’événement Jazz & Cinéma, au Pathé Carré de soie : quatre soirées autour de quatre films sur le jazz, du (trop ?) classique Buena Vista Social Club à Bird, remarquable biopic de Charlie Parker par un dingue de jazz, Clint Eastwood. Auxquels il faut ajouter Swing de Tony Gatlif et Autour de la Nuit de Bertrand Tavernier. Toujours aussi bien implanté à Vaulx et de plus en plus dans ses alentours, les différents événements du festival ne viendront toutefois pas parasiter une programmation riche de découvertes et de têtes d’affiches bien senti

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