Road Mover

MUSIQUES | Sorti d'une hype assez discrète par le succès planétaire de son "Nightcall" en ouverture du "Drive" de Nicolas Winding Refn, le Parisien Kavinsky poursuit pied au plancher avec l'album "Outrun", bande-son rétro-futuriste des pires et meilleurs fantasmes d'excès de vitesse. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 19 avril 2013

2'43''. C'est le temps qu'il aura fallu à Kavinsky pour devenir culte. Soit la durée du générique de Drive de Nicolas Winding Refn. Dans toutes les salles, la même réaction, renforcée par l'incroyable concordance de la musique et de l'image léchée du réalisateur danois : «qu'est-ce que c'est que ce truc ?!». Ce truc c'était Nightcall, passé relativement inaperçu deux ans plus tôt, lors de sa sortie en maxi, – le "relativement" est important, car avant cela, Kavinsky avait tout de même tourné avec Daft Punk et SebastiAn sur la fois de quelques EPs. Cette petite merveille de rétro-futurisme 80's où Lovefoxx (CSS) dialogue avec ce qui semble être la «Chose» de John Carpenter sous le patronage libidineux de Giorgio Moroder, devenait d'un coup le morceau sur lequel, effectivement, on voulait conduire pendant des heures.

Cela tombe bien puisque Kavinsky, né Vincent Borgeley, ne compose que des musiques à se taper des crampes aux mollets et des crises d'épilepsie à force de coller le pied au plancher pendant que le défilé de lampadaires se change en stroboscope. Et cela n'a absolument rien à voir avec une opportuniste gestion de fond de commerce post-Drive : le type aime les bagnoles de flambeur, avec une inclination quasi-pathologique pour les Ferrari Testarossa, et ne se voit pas y écouter du Yves Simon, ce qui est son droit le plus strict.

Outrun

D'où Outrun – du nom d'un jeu vidéo mythique où il s'agit de piloter une Testarossa – sur lequel il aurait pu se contenter de dérouler du ruban de béton sans véritablement tenir le volant. Faire Nightcall II et empocher le cash.

Mais comme il l'avait montré avec les anciens EPs précités que l'on ressort de la boîte à gants (le terrible 1986), Kavinsky sait non seulement tisser une narration musicale ultra référencée – de titres de films (First Blood, le premier Rambo) et jeux vidéos comme Deadcruiser ou Grand Canyon, terreau de cet imaginaire synthétique – mais surtout prend un malin plaisir à faire sienne cette mythologie déclinée sur tous les modes (y compris soul et hip-hop, pas forcément les plus réussis), à en malaxer la texture sonore analogique, à faire de chacun de ses morceaux l'équivalent d'un court métrage.

Et de l'ensemble une épopée motorisée. Celle d'un deadcruiser, mi-nightcrawler motorisé, mi-zombie aux yeux Testarossa, dont le bolide fantôme regagnerait en toute fin de compte et sans se retourner (Endless) l'épais brouillard carpenterien d'où il avait soudain jailli.

Kavinsky (avec DJ Pone, Mumbai Science, Lucien Papalu...)
Au Double Mixte, samedi 27 avril


Kavinsky & friends

+ DJ Pone + Mumbai Science + Lucien Papalu
Double Mixte 19 rue Gaston Berger Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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“Annette” de Leos Carax : noces de son

Cannes 2021 | Espéré depuis un an, le nouveau Carax tient davantage de la captation d’un projet scénique que de ses habituelles transes cinématographiques. Vraisemblablement nourrie de son histoire intime, cette mise en abyme du vampirisme trouble entre artistes, artistes et modèles, artistes et environnement familial dépose presque toute fragilité en multipliant les oripeaux chic, glamour et trendy. Parfait pour le tapis rouge de l’ouverture de Cannes ; moins pour l’émotion…

Vincent Raymond | Mercredi 7 juillet 2021

“Annette” de Leos Carax : noces de son

Figurer en ouverture sur la Croisette n’est pas forcément une bonne nouvelle pour un film. A fortiori cette année, après deux ans de disette. Car ce que le Festival attend de sa première montée des marches, c’est qu’elle amorce la pompe à coup de stars, de strass et de flashs fédérateurs. L’œuvre qui abrite ces premiers de cordée se trouve souvent reléguée à l’enveloppe de luxe et elle encourt surtout le risque d’être vite oblitérée d’abord par le reste de la sélection, puis par le tamis du temps — on n’aura pas la cruauté de rappeler quelques pétards mouillés du passé… Cochant les cases de la notoriété grand public et auteur, Annette souscrit également — on le verra — à d’autres paramètres prisés par les festivals : une dénonciation à travers la comédie musicale cinématographique de l’égotisme des gens de la “société du spectacle”, à l’instar du All That Jazz

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Drive-in, drive out : retrait de permis en vue pour les séances en plein air ?

Cinéma | Situation ubuesque en France où, sur fond de pandémie, le principe du drive-in (voire du cinéma en plein air) se trouve menacé par la puissante Fédération Nationale des Cinémas Français. En Métropole lyonnaise, cette crise se donne même des airs de duel de western…

Vincent Raymond | Samedi 16 mai 2020

Drive-in, drive out : retrait de permis en vue pour les séances en plein air ?

C’est un bien étrange feuilleton qui se joue derrière les projecteurs. Alors que les spectateurs privés de séances se reportent depuis le début du confinement sur les offres de streaming, et que la réouverture des salles ne s’esquisse pas avant le début, voire la mi-juillet, selon les derniers échos du Ministère de la Culture et de l’ensemble de la profession, on commence à entendre parler ici ou là de drive-in. Il faut dire qu’ailleurs en Europe, ce recours à la voiture pour sortir tout en restant confiné fait florès : le Festival Art Parking de Prague a été un triomphe, quant au Danemark à l’Allemagne et à la Pologne, ils l’ont adopté pour des concerts… ou des messes. En quelques jours, les spectateurs lyonnais voient des propositions concurrentes éclore. Malheureusement, et c’est assez paradoxal, aucune ne risque de voir le jour. Indissociable du chromo nostalgique de l’Amérique des fifties — celle de l’après-guerre qui roule —, le drive-in n’est pourtant pas une nouveauté en terre lyonnaise, o

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Comme un petit goût de reviens-y-pas : "The Dead Don't Die"

Cannes 2019 | Quelle mouche a piqué Jim Jarmusch (ou quel zombie l’a mordu) pour qu’il signe ce film ni série B, ni parodique, ni sérieux ; ni rien, en fait. Prétexte pour retrouver ses copains dans une tentative de cinéma de genre, ce nanar de compétition figure dans celle de Cannes 2019 dont il effectue en sus l’ouverture.

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Comme un petit goût de reviens-y-pas :

Centerville, États-Unis. Depuis la fracturation des Pôles, la terre est sortie de son axe et de drôles de phénomènes se produisent : la disparition des animaux ou l‘éveil des macchabées qui attaquent la ville. Au bureau du shérif Robertson, on commence à lutter contre les zombies… Certes oui, l’affiche de The Dead Don’t Die vantant son « casting à réveiller les morts » a de la gueule. Mais empiler des tombereaux de noms prestigieux n’a jamais constitué un gage de qualité, ni garanti de provoquer le tsunami de spectateurs escompté par les producteurs. Voyez les cimetières, où l’on trouve pourtant la plus forte concentration de génies au mètre carré (et une proportion non négligeables de sinistres abrutis) : outre les taphophiles, ils ne rameutent guère les foules. Blague à part, cette affiche reproduisant luxueusement celle plus brute de décoffrage de La Nuit des Morts-Vivants (1968) annonce d’emblée la couleur : Jarmusch vient rejouer la partition du classique horrifique de George A. Romero. C’est loin d’être la premiè

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Afros, blancs et méchants : "BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan"

Rire sous cape | Deux flics — l’un noir, l’autre blanc et juif — infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen — en moins rythmé. Grand Prix Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Afros, blancs et méchants :

Colorado Springs, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de “protéger et servir” piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa “doublure corps“, il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la Blaxploitation (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables sidekicks, bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité pour enfoncer le clou, au cas où les allusions appuyées à la

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La Malédiction : "L’Homme qui tua Don Quichotte"

Enfin ? | Pendant un quart de siècle, Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnage et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

La Malédiction :

De retour en Espagne, où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative retrouve le cordonnier à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le Chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception de L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même, jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi suscité une attente démesurée auprès du public, sa

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Un Soderbergh petit bras : "Logan Lucky"

ECRANS | de Steven Soderbergh (E-U, 1h58) avec Channing Tatum, Adam Driver, Seth MacFarlane…

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Un Soderbergh petit bras :

Les frères Logan sont des poissards, Clyde (qui a perdu son avant-bras à l’armée) en est persuadé. Bien que récemment viré et divorcé, son aîné Jimmy n’y croit pas et lui propose un casse d’autant plus ardu à accomplir qu’ils doivent compter sur Joe Bang, un braqueur… incarcéré. Heu ? Face à l’affiche, il y a de quoi baver : Soderbergh réunit James Bond, la petite-fille d’Elvis, Kylo Ren et Magic Mike pour exploser le coffre-fort, non pas d’un casino au Nevada, mais d’un circuit de course automobile en Caroline du Nord. Soderbergh a beau translater son intrigue dans un État moins proche de l’Idaho, et la saturer de bras cassés (ou amputés), cette énième resucée auto-parodique de Ocean’s Eleven ne casse malheureusement pas trois pattes à un canard. Certes, il y a des crétins à la “frères-Coen”, un portrait affligeant de la classe infra-moyenne et de l’Amérique profonde, mais on sent Tonton Steven tourner sur la réserve, sans forcer son talent, tout à la joie d’être avec ses potes. Si ça lui fait plaisir, pourquoi pas, mais quelle frustration pour le publi

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A ticket to Ride

shoegaze | Au début des années 90, Ride fut le visage radieux d'une scène musicale britannique qui n'en voulait pas : les shoegazers. Une poignée de groupes à la fois mélodiques et bruitistes, mélancoliques et furieux, vaporeux et frondeurs, préférant regarder leurs chaussures plutôt que d'affronter en face les spotlights de la starisation. Reformé en 2015 et auteur d'un album cette année, le quatuor d'Oxford est de passage au Transbo pour le plus grand bonheur des nostalgiques du rock joué le nez dans les grolles.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 octobre 2017

A ticket to Ride

L'Angleterre, début des années 90. Mélangeant la force mélodique de la pop psychédélique à la puissance sonore du rock noise et du post-punk, ils montent sur scène en anorak ou affublés de vêtements trop grands, cachés derrière un mur de fumigène, de son et de cheveux, les yeux irrémédiablement fixés sur leurs chaussures. Comme s'ils semblaient vouloir s'inscrire inconsciemment à contre-courant de la nature historiquement extravertie du rock. On donne alors à leur comportement un surnom, le shoegazing ("matage de pompe", à la louche), et au moins deux hypothèses pour l'expliquer : des musiciens trop obnubilés par leurs pédales d'effet pour prêter attention au public ou simplement trop timides pour en soutenir le regard et ainsi apercevoir leur âme en miroir. De ce courant, riche en groupes de qualité, Ride, un quatuor d'Oxford qui est alors considéré comme un chef de file, en dépit du potentiel charismatique de ses deux leaders Andy Bell et Mark Gardener. Il faut dire que Ride n'est pas à un paradoxe près. Car c'est à un concert des Smiths, précipité de ce que la pop peut avo

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"Baby Driver" de Edgar Wright : Ils en font des caisses

Film de voitures | de Edgar Wright (G-B, 1h53) avec Ansel Elgort, Lily James, Kevin Spacey, Jamie Foxx…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Petit génie du volant, le mutique et mélomane Baby est le pilote préféré de Doc, un criminel envers qui il a une dette et qui le force à conduire sur des braquages. Quand Baby veut se ranger des voitures, Doc ne l’entend pas de cette oreille. Ça va swinguer. Au commencement, il y eut The Driver (1978) de Walter Hill, polar taciturne et nocturne à cylindrées hurlantes, hystérisé par Bruce Dern pétant des durites. Puis vint la relecture purple-electroclash de NWR, Drive (2011), accélération sensible et refroidie par l’épure. Très logiquement surgit à présent la version bubble-gum, soigneusement clipée par un Edgar Wright vibrant davantage pour le rythme musical de son film que par les ronflements de moteurs — tant mieux, on n’est pas dans Fast and Furious non plus.

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Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

C'est à moi que tu parles ? | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés de sa conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? Martin Scorsese : C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire — donc le film — pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisque qu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet

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"Paterson" : Poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors, la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée — semble-t-il — pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit —

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Lumière bénit Hill : rétrospective Walter Hill au festival Lumière

Festival Lumière | S’intéressant à tous les cinémas de patrimoine, le festival Lumière défriche un terrain quasiment vierge et a le bon goût de sortir du purgatoire des auteurs avant qu’il ne soit trop tard. Après le regretté Michael Cimino et Ted Kotcheff, c’est au tour d’un autre boss des années 1980 de se voir honoré à Lyon : Walter Hill.

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Lumière bénit Hill : rétrospective Walter Hill au festival Lumière

Né en 1942, Walter Hill appartient à cette génération aussi dorée que cannibale ayant favorisé l’émergence d’un Nouvel Hollywood durant les seventies. S’il ne figure pas aujourd’hui au premier rang des “notables” universellement révérés et oscarisés, sa réputation comme son influence ne cessent de croître, en particulier du côté des amateurs de cinéma de genre et parmi ses jeunes confrères. Auteur complet et respecté, Hill a connu ses principaux succès en tant que scénariste : c’est lui qui écrivit Guet-apens (1972) pour Peckinpah ou Alien (1979) pour Ridley Scott — plutôt contrariant pour quelqu’un se destinant à la profession de cinéaste. Or, à Los Angeles, le talent d’un metteur en scène se mesurant au nombre de dollars que ses films rapportent au box-office, Hill souffrait pour ses producteurs d’un manque de constance dans la réussite… À toute vitesse Son passage à la réalisation se fait pourtant sous de bons auspices avec Le Bagarreur (1975) : de l’action pure, un

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Le Fest'Bouc cherche sa voie

Festival | En difficulté, le FestBouc se cherche une nouvelle voie pour exister au milieu des massifs festivals estivaux. Déjà, en changeant de date pour s'installer (...)

Sébastien Broquet | Mardi 6 septembre 2016

Le Fest'Bouc cherche sa voie

En difficulté, le FestBouc se cherche une nouvelle voie pour exister au milieu des massifs festivals estivaux. Déjà, en changeant de date pour s'installer au début de l'été indien. Ensuite, en cherchant une nouvelle formule pour exister en tant que festival rural : moins de têtes d'affiches, plus de rencontres et de conférences en journée. Ainsi, samedi, trois débats seront animés par le cinéaste Vincent Verzat autour du thème "Forum de la transition écologique intégrale : Pourquoi et comment agir maintenant ?", en compagnie de différents intervenants des mondes politiques et associatifs. Le tout étant précédé de projections dès le matin (Jungwa, l’équilibre rompu de Christiane Mordelet et Stanzin Dorjai Gya). Côté musique, on retiendra surtout la présence de quelques valeurs sûres aux platines : l'égérie de la drum'n'bass Elisa do Brasil (photo), l'échappée des Spiral Tribe, Ixindamix, et le maître techno qu'est The Driver (aka Manu le Malin). Le sound-system dub de Genève O.B.F. est aussi au programme. Ces quatre noms suffiront amplement à justifier l

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"The Neon Demon" : l'objet du désir

Critique | Retour en grâce pour NRW — c’est ainsi qu’il sigle son nom au générique — avec un conte initiatique : celui d’une gamine partant à la conquête du monde de la mode. Le récit d’une ambition dévorante et dévorée, à la superbe… superbe.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Comme une promesse, ou une métaphore de cette foire aux vanités qu’est l’industrie de la mode, la première séquence de The Neon Demon offre un condensé glaçant de sang, de flashes et de voyeurisme. Mais on aurait tort de se fier à ce que l’on a sous les yeux : derrière la splendeur et la perfection sans défaut de l’image ; derrière les surfaces lisses et les miroirs, tout est factice. La beauté pure n’existe pas, et lorsqu’elle surgit sous les traits de Jesse, elle est perçue comme une anomalie, une monstruosité dans cet empire des apparences et de l’illusion. Un élément discordant qui va se corrompre en pervertissant son entourage — la pomme cause-t-elle le ver, ou bien le ver détruit-il la pomme ; toujours est-il que la réunion des deux gâte l’ensemble. Talent haut Aux antipodes de la superficialité clinquante de l’ère des supermodels, et de sa foule de mondains papillonnant dans la lumière,

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Nicolas Winding Refn : « La créativité n’a aucune limite »

The Neon Demon | Revenu bredouille de Cannes, The Neon Demon avait pourtant tout pour plaire à George Miller : c’est un film d’horreur adolescent. Explications par ce pince-sans-rire élégant qu’est Nicolas Winding Refn.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Nicolas Winding Refn : « La créativité n’a aucune limite »

Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur le milieu de la mode ? En fait, je ne l'ai pas choisi, je voulais faire un film sur la beauté. Tout le monde a un avis sur cette notion : soit pour la considérer comme étant dépourvue d’intérêt, soit comme étant une valeur absolue. Même si elle apparaît largement dans de nombreuses facettes de notre vie, c’est évidemment dans l'univers de la mode qu’elle est la plus célébrée. Nous vivons dans un monde totalement obnubilé par la beauté, elle est devenue une obsession artistique et générale. Cette “monnaie” n’a jamais été dévaluée, mais sa durée de vie devient de plus en plus éphémère et se récolte de plus en plus jeune. The Neon Demon n’est-il pas plus particulièrement un film sur l’intoxication par la beauté — ce qui, au passage, vous a fait encourir un risque de surdose en dirigeant Elle Fanning ? (rires) Il n’y aurait pas de film sans Elle, c’est sûr ! La diversité d’opinions qui existent sur ce thème est très intéressante. Les gens partent d

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Affichez-vous avec Nicolas Winding Refn

CONNAITRE | Lorsque que vous aurez découvert le hobby de Nicolas Winding Refn, vous ne serez plus étonné par la musique qu’il choisit pour habiller ses œuvres — ni par (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Affichez-vous avec Nicolas Winding Refn

Lorsque que vous aurez découvert le hobby de Nicolas Winding Refn, vous ne serez plus étonné par la musique qu’il choisit pour habiller ses œuvres — ni par aucune d’entre-elles, d’ailleurs. Le réalisateur de Drive et de Pusher, qui pratique en effet les lumières hurlantes et les sonorités aussi tranchées que des sashimis par goût de l’authenticité référentielle, collectionne les affiches de films. Pas celles des chefs-d’œuvres du 7e art, à l’instar de Gaspar Noé ; plutôt les productions de seconde zone diffusées dans les salles interlopes : films de blaxploitation, érotiques ou sous-séries Z. Des affiches aux tons criards, aux slogans aguicheurs, généralement ornées de dames nues et de messieurs menaçants. Acquéreur d’un énorme lot auprès d’un autre collectionneur, le journaliste Jimmy McDonough, NWR (comme les initiés, appelez-le par ses initiales) a contemplé l’étendue de ses richesses et pris une sage décision : réunir dans un ouvrage 316 de ces réalisations graphiques. Contribution à l’histoire souterraine et déviante de la communication cinématograph

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While We’re Young

ECRANS | Après Frances Ha, Noah Baumbach continue d’explorer le New York branché et sa bohème artistique, transformant "Solness le constructeur" d’Ibsen en fable grinçante et néanmoins morale où des bobos quadras se prennent de passion pour un couple de jeunes hipsters. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

While We’re Young

Quarante ans, toujours pas parents ; Josh et Cornelia — couple inattendu mais crédible formé par Ben Stiller et Naomi Watts — sont en pleine crise. Tandis que leurs amis BoBos new-yorkais s’assurent une descendance, eux semblent frappés de stérilité. Celle-ci n’est pas seulement sexuelle, elle est aussi créative, en particulier pour Josh, en galère pour terminer un documentaire fleuve qui, manifestement, n’intéresse que lui. Jusqu’au jour où ils rencontrent Jamie et Darby — Adam Driver et Amanda Seyfried, prototypes de hipsters ayant fait de la bohème une règle de vie. À leur contact, Josh et Cornelia trouvent une seconde jeunesse, revigorés par ce couple qui semble vivre dans un présent perpétuel. Noah Baumbach se livre alors à une comédie de mœurs contemporaine, même s’il s’inspire très librement d’une pièce vieille d’un siècle — Solness le constructeur d’Ibsen. Le ton y est mordant et le monde actuel en prend pour son grade : tandis que Josh se débat avec son portable, ses CD et son appartement design, Jamie ne jure que par les vinyles, les VHS et le mobilier vintage. La jeunesse s’empare des objets ringards de ses aînés et les rends

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Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

ECRANS | Immense cinéphile et cinéaste majeur, Martin Scorsese avait depuis le début le profil d’un prix Lumière parfait. Son sacre aura lieu au cours de l’édition 2015 du festival Lumière, dont la programmation, même incomplète, est déjà enthousiasmante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 juin 2015

Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

Plus encore que Quentin Tarantino, qui est un peu son héritier débraillé et furieux, Martin Scorsese avait depuis la création du festival Lumière la stature parfaite pour recevoir un Prix Lumière. D’abord parce que son apport au cinéma est considérable ; ensuite parce que sa passion pour la conservation et la redécouverte des films est au diapason de la mission que se sont fixée Thierry Frémaux, l’Institut Lumière et le festival : célébrer le patrimoine cinématographique comme une histoire vivante qu’on se doit de conserver et de diffuser aux générations nouvelles. Il aura donc fallu attendre sept années où Scorsese n’a pas chômé — quasiment un film par an, et quels films ! pour qu’il vienne recevoir à Lyon le précieux trophée qui ira grossir sa collection déjà bien chargée — Palme d’or cannoise pour Taxi Driver, Oscar du meilleur réalisateur pour Les Infiltrés… Ce sera de plus l’occasion unique de revoir son œuvre, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle raconte le cinéma américain contemporain mieux qu’aucune autre. Violence et passions Débutée dans le sillage de son ami John Cassavetes (Who’s That Knocking at My Doo

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Drive-in au Transbo : des Blues au cœur

ECRANS | Les Summer Sessions du Transbordeur reprennent et avec elles la programmation de cinéma en plein air proposée par ZoneBis, vaillante organisatrice de (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 juin 2015

Drive-in au Transbo : des Blues au cœur

Les Summer Sessions du Transbordeur reprennent et avec elles la programmation de cinéma en plein air proposée par ZoneBis, vaillante organisatrice de l’incontournable festival Hallucinations Collectives. Histoire de se démarquer d’autres rendez-vous du même type (dont L’Été en cinémascope, qui démarre aussi cette semaine sur la Place Ambroise Courtois), ZoneBis adapte à la sauce hexagonale la pratique très yankee du drivein : tandis que l’image défilera sur un écran géant, vous serez installés peinards dans votre bagnole, l’autoradio branché sur une fréquence qui diffusera le son du film. Au menu de ces deux séances exceptionnelles, d’abord le mythique Blues Brothers de John Landis (le 26 juin à partir de 19h), resté aussi célèbre pour son casting de stars de la musique black — Ray Charles, Aretha Franklin, Cab Calloway, James Brown — et pour les tubes qu’elles interprètent que pour le duo John Belushi / Dan Aykroyd, frères de sang et de son en mission pour le seigneur afin de monter un grand concert de blues caritatif. Pour ceux qui, en attendant la tombée de la nuit, voudraient se cultiver tout en sirotant leur bière, on conseille

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Hungry Hearts

ECRANS | Après "La Solitude des nombres premiers", Saverio Costanzo prolonge son exploration des névroses contemporaines en filmant l’enfermement volontaire d’une femme, atteinte d’une phobie radicale du monde extérieur. Un film dérangeant dont la mise en scène rappelle Polanski. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Hungry Hearts

La rencontre entre Jude et Mina pourrait être le prélude à une comédie romantique : ils se retrouvent tous deux enfermés dans les toilettes d’un restaurant chinois, incommodés par l’odeur et embarrassés par cette promiscuité forcée. Cette première scène de Hungry Hearts agit donc comme un faux-semblant pour le reste du film, pas franchement drôle et même carrément inquiétant. Mais Saverio Costanzo, déjà auteur du remarquable et terrible La Solitude des nombres premiers, y offre deux indices au spectateur quant à la tournure que prendront les événements : d’abord, la claustration physique et son prolongement psychologique, véritable sujet du film ; puis cette idée d’un corps masculin dont les fluides créent des effluves nauséabondes et potentiellement dangereuses. C’est ce qui va détraquer l’histoire d’amour : une fois le mariage célébré, l’enfant à naître n’est pas vraiment désiré. «Ne viens pas en moi !» demande Mina, mais Jude ne parvient pas à se retenir. Quelque chose d’étranger est donc entré

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Steve Schapiro, l’envers du décor (naturel)

ECRANS | Belle initiative de l’Institut Lumière que cet hommage au photographe Steve Schapiro qui, dans les années 60 et 70, réalisa les photos de plateau de (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

Steve Schapiro, l’envers du décor (naturel)

Belle initiative de l’Institut Lumière que cet hommage au photographe Steve Schapiro qui, dans les années 60 et 70, réalisa les photos de plateau de quelques films mythiques du Nouvel Hollywood. La Galerie Lumière, rue de l’Arbre Sec, expose ses images prises sur les tournages du Parrain ou de Taxi Driver, clichés qui ont déjà donné lieu à des ouvrages magnifiques édités par Taschen ; et au hangar, rue du Premier film, quatre films sur lesquels Schapiro a travaillé seront projetés. Taxi Driver, évidemment, mais aussi Chinatown, le néo-film noir de Polanski, Nos plus belles années de Sydney Pollack, mélodrame dont le classicisme est gâché par l’improbable présence de Barbra Streisand en pasionaria in love, et enfin l’exceptionnel Macadam Cowboy de John Schlesinger — que l’on présentera le 25 novembre à 20h30. Seul film classé X à avoir jamais gagné l’oscar du meilleur film, cette histoire d’amitié entre deux marginaux — un jeune cowboy texan obligé de faire le gigolo à New York (John Voight) et

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Les noces rebelles

MUSIQUES | «Aussi sûr que le fils du pauvre n'épousera pas la jeune bourgeoise» s'égosillait la semaine dernière Justin(e) sur la scène de La Marquise. N'en déplaise à nos (...)

Benjamin Mialot | Mardi 14 octobre 2014

Les noces rebelles

«Aussi sûr que le fils du pauvre n'épousera pas la jeune bourgeoise» s'égosillait la semaine dernière Justin(e) sur la scène de La Marquise. N'en déplaise à nos chouchous du punk à crampons, de tels mariages de déraison ne sont pas nécessairement voués à l'échec. Ainsi de celui de Sole et DJ Pain 1. Le premier, MC au flow de lanceur d'alerte (i.e. professoral et hargneux) et à la discographie aussi tentaculaire et fuyante que le label.anticon, dont il fut l'un des huit fondateurs, est depuis le milieu des années 90 l'une des icônes du hip hop indépendant. Le second est un DJ et producteur au toucher de Midas, dont ont bénéficié aussi bien des cliques à la street credibility établie (Public Enemy) que des solitaires aux dents qui rayent le trottoir (50 Cent). Sur le papier, nonobstant le passif pour le moins aventureux de Sole – le souvenir de son Skyrider Band suffit à nous électrifier les cheveux – rien ne laissait donc présager que ces deux-là se passeraient la chevalière au doigt. Et pourtant, c'est l'été dernier que leur union fut consommée. Ou plutôt consumée. Car sous leurs airs de compromis, l'album et l'EP dont le duo a accouché sont de vrais d

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V pour Veduta

ECRANS | De son intitulé à sa programmation, Veduta, sorte de off du off de la Biennale d’Art Contemporain, est un événement assez obscur. Toujours est-il que (...)

Christophe Chabert | Jeudi 14 novembre 2013

V pour Veduta

De son intitulé à sa programmation, Veduta, sorte de off du off de la Biennale d’Art Contemporain, est un événement assez obscur. Toujours est-il que cette semaine il investit le Pathé Carré-de-Soie à Vaulx-en-Velin pour offrir une programmation pour le moins bigarrée, mais assez stimulante, de films illustrant les «nouvelles formes de récits visuels». Ce qui n’est pas absurde concernant Mulholland drive de David Lynch et Elephant de Gus Van Sant. Mulholland drive, avec sa structure rêve/réalité, le premier raconté linéairement, la deuxième dans un éparpillement de fragments non chronologiques, est effectivement une des expérimentations narratives les plus impressionnantes et innovantes des années 2000. Quant à Elephant, il s’inspire de la tuerie de Columbine, mais en propose une vision kaléidoscopique où chacun des protagonistes évolue dans un espace-temps qui lui est propre et qui paraît autonome, mais que la narration en forme de disque rayé rassemble dans une même simultanéité. Marjane Satrapi, e

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Séries B comme Bagnoles

CONNAITRE | On raconte que Roger Corman, qui vendait du cinéma comme on vend des voitures, avait impressionné Ingmar Bergman en projetant ses films dans les drive-in. (...)

Christophe Chabert | Mercredi 26 juin 2013

Séries B comme Bagnoles

On raconte que Roger Corman, qui vendait du cinéma comme on vend des voitures, avait impressionné Ingmar Bergman en projetant ses films dans les drive-in. Cette tradition typiquement américaine qui consiste à se garer sur de grands parkings avec sa caisse (et, en général, une caisse de bières) pour regarder en plein air un double programme constitué de séries B ou de films en fin d’exploitation, l’association ZoneBis et Le Transbordeur ont décidé de l’importer au cœur de l’été lyonnais pour deux soirées qui s’annoncent mémorables. On réservera donc (pour 5 €) sa place sur le parking du Transbo, et on pourra, le 5 juillet à la tombée de la nuit (mais les grilles seront ouvertes dès 19h avec un bar, un camion-restau et un DJ pour patienter) redécouvrir Shaft (l’original, pas le remake avec Samuel L. Jackson), fleuron de la blaxploitation dont le générique signé Isaac Hayes est presque aussi légendaire que le film lui-même. Tout aussi mythique, Mon nom est personne sera lui projeté le 26 juillet, histoire de célébrer cet autre pan de la contre-culture cinématographique qu’est le we

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Frances Ha

ECRANS | En noir et blanc et au plus près de sa formidable actrice et co-auteur Greta Gerwig, Noah Baumbach filme l’errance d’adresses en adresses d’une femme ni tout à fait enfant, ni tout à fait adulte, dans un hommage au cinéma français qui est aussi une résurrection du grand cinéma indépendant américain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 juin 2013

Frances Ha

Elle s’appelle Frances et c’est déjà tout un programme pour le nouveau film de Noah Baumbach, son meilleur depuis Les Berkman se séparent. Frances est une New-yorkaise pur jus, mais c’est comme si cette belle création cinématographique, fruit d’un travail en symbiose entre le cinéaste et son actrice Greta Gerwig, était aussi l’héritière d’un certain cinéma français. Dans une des nombreuses chambres où elle va échouer et qu’elle se refuse obstinément à ranger, Frances épingle un poster anglais de L’Argent de poche de François Truffaut ; avec un de ses colocataires, elle regarde un soir à la télé Un conte de Noël de Desplechin ; sur un coup de tête, la voilà partie pour Paris, où elle traîne entre le Café de Flore et la Sorbonne, tentant vainement d’avancer dans sa lecture de Proust ; enfin, séquence mémorable, on la voit danser en toute liberté dans la rue tandis que la caméra l’accompagne en travelling latéral, avec Modern Love de David Bowie déchaîné sur la bande-son.

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Only God forgives

ECRANS | Nicolas Winding Refn rate le virage post-Drive avec ce film vaniteux qui ressemble à l’œuvre d’un chef décorateur surdoué cherchant sans y parvenir quelque chose à raconter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

Only God forgives

Quand on avait découvert Drive, Nicolas Winding Refn n’était plus un inconnu : la trilogie Pusher et le génial Bronson avaient déjà montré l’étendue de son talent et de ses ambitions. Si surprise il y avait, c’était celle d’un cinéaste qui synthétisait dans une forme pop et romantique un creuset d’influences et de codes qu’il arrivait à régénérer. Avec Only God forgives, Winding Refn tombe dans son propre maniérisme et ce qui hier relevait du plaisir se transforme ici en effort désespéré pour faire autre chose que de l’imagerie pure et simple. L’argument, en soi, n’est pas plus original que celui de Drive : en Thaïlande, deux frères vivotent entre matchs de boxe et trafics de drogue. Le plus âgé, dans un coup de folie, tue une prostituée, avant d’être à son tour massacré par le père éploré, poussé dans son geste par un flic sadique adepte du karaoké. Débarque alors la maman de la fratrie, qui va pousser le frangin survivant à accomplir sa vengeance. Destockage à Bangkok Passons sur le sous-texte

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Chaud cha-chaos

MUSIQUES | Les enregistrements en public n'ont, en règle générale, d'autre intérêt que celui de capitaliser sur les penchants fétichistes et/ou nostalgiques des mélomanes. (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 16 mai 2013

Chaud cha-chaos

Les enregistrements en public n'ont, en règle générale, d'autre intérêt que celui de capitaliser sur les penchants fétichistes et/ou nostalgiques des mélomanes. Thunder Down Under, celui que publièrent les Hot Snakes en 2006, fait figure d'exception. Peut-être parce qu'il est le testament d'une formation qui, durant les sept années qui précédèrent sa soudaine et discrète dissolution, démontra sans vraiment le vouloir qu'on pouvait être d'extraction californienne et s'adonner au (post-) punk rock sans pour autant sonner comme un groupe de (trous de) bal de promo monté entre deux parties de beer pong. Peut-être parce qu'il n'a pas été enregistré devant une poignée de chanceux mais dans les locaux de la radio australienne Triple J, épargnant à l'auditeur improvisations cache-misères, transitions foireuses et sentiment d'injustice – le même que celui qui vous étreint à la vue de photos de vacances auxquelles vous n'avez pas pris part. Plus probablement parce que les deux charmeurs de serpents en chef, Rick Froberg et John Reis, non contents d'av

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Insomniaque - Semaine du 17 au 23 avril

MUSIQUES | 18.04 LYC 1804On a beau dire, on a beau faire, ça fait du bien de tomber sur des soirées aussi pointues que celles organisées par Enover. La prochaine, (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 11 avril 2013

Insomniaque - Semaine du 17 au 23 avril

18.04 LYC 1804On a beau dire, on a beau faire, ça fait du bien de tomber sur des soirées aussi pointues que celles organisées par Enover. La prochaine, abritée comme de bien entendu par La Marquise, sera l'occasion de faire la connaissance de James Welsh. Jamais entendu parler ? Rien d'anormal, ce petit gars de Leeds ayant publié son premier EP l'an passé. Un EP qui, avec ses références classieuses (ah ! Ce sample des Temptations sur le morceau éponyme) et ses percussions organiques, ne devrait laisser de marbre aucun amateur de deep house suave et léchée.   19.04 '99'On ne sait pas pourquoi Ed'n Legs a baptisé cette soirée programmée au Terminal de la sorte

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Lumière, clap de début

ECRANS | Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le (...)

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Lumière, clap de début

Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le coup d’envoi. OK. Mais il y aura aussi au cours de cette soirée un grand film et un grand cinéaste à l’honneur, ce qui est quand même l’essentiel pour un festival qui s’intéresse au patrimoine cinématographique. En l’occurrence Jerry Schatzberg et son Épouvantail daté 1973, parfait résumé de ce Nouvel Hollywood qui s’intéressait aux outsiders de l’Amérique et les emmenait sur les routes pour des trajets autant physiques qu’existentiels. Au centre, le tandem Hackman/Pacino, l’un jovial, l’autre torturé, soit une certaine idée de la perfection dans le jeu. La mise en scène de Schatzberg capte leur énergie entre désir de classicisme (le Scope, les grands espaces) et modernité (un fabuleux travail de déconstruction sonore et visuelle qu’il avait déjà expérimenté dans Portrait d’une enfant déchue, son premier film). Le lendemain, c’est bombance avec le début des grandes rétros

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Lumière est un long film fleuve tranquille

ECRANS | Plus éclatée que lors des éditions précédentes, la programmation de Lumière 2012 ménagera films monstres, raretés, classiques restaurés, muets en musique et invités de marque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Lumière est un long film fleuve tranquille

Elle aura tardé à arriver, mais la voici, presque définitive — manquent encore le film d’ouverture et le film choisi pour la remise du Prix Lumière à Ken Loach : la programmation du festival Lumière 2012. Autant dire tout de suite que par rapport à ce qui avait été annoncé en juin, beaucoup de choses ont changé ou se sont affinées : ainsi, la rétro Ken Loach se concentrera sur la deuxième partie de sa carrière, de Raining stones à Route Irish, avec en guise de curiosité le téléfilm Cathy Come Home. En revanche, plus de traces des raretés du cinéma américain des années 70, remplacées par l’intégrale de la saga Baby Cart, fameux sérial cinématographique hongkongais avec son samouraï promenant un bébé dans une poussette. Six films qui auront droit à une journée de projection au Cinéma opéra, ce qui marque d’ailleurs une des tendances du festival cette année : les marathons cinématographiques. Que ce soient les quinze heures de The Story of film (documentaire monstre sur l’histoire du cinéma), les 4h15 d’Il était une fois en Amérique dans sa versio

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Drive

ECRANS | Déjà remarqué avec la trilogie Pusher et le brillant Bronson, Nicolas Winding Refn s’empare d’un polar de série B trouvé par son acteur Ryan Gosling et le transforme en magnifique geste de mise en scène, jouissif d’un bout à l’autre, remettant au goût du jour les élans pop du cinéma des années 80. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 28 septembre 2011

Drive

Dix minutes chrono. Il suffit de dix minutes pour que Nicolas Winding Refn fasse battre notre pouls au rythme de son nouveau film. Dix minutes chrono, c’est le temps (réel) que met un mystérieux chauffeur sans nom (Ryan Gosling) pour conduire une poignée de voyous masqués et les aidés à accomplir un casse parfait, sans accroc ni violence. La méticulosité du personnage, sa science de la route, des distances, du temps qu’il faut à une voiture de police pour arriver sur les lieux du crime, fusionne avec celle du cinéaste, expert en fluidité cinématographique qui se paye le luxe de souligner son art en laissant bourdonner un beat techno métronomique et hypnotique sur la bande-son, au diapason de son découpage et de son montage. Au terme de cette introduction étourdissante, on a redécouvert le sens du mot virtuosité, ce bonheur de se laisser absorber dans un spectacle jouissif. Sexy beast À vrai dire, on ne se hasardera pas à louer les qualités scénaristiques de Drive. On peut même dire que le script n’a rien de renversant, et qu’entre de mauvaises mains, il aurait pu donner une série B anodine qui aurait fini sa route directement dans les bacs DVD. Le

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Cannes jour 10 : Bonne conduite

ECRANS | Drive de Nicolas Winding Refn. This must be the place de Paolo Sorrentino.

Dorotée Aznar | Samedi 21 mai 2011

Cannes jour 10 : Bonne conduite

Dans la dernière ligne droite du festival, celle où l’on risque à tout instant la sortie de route, les organisateurs de ce Cannes 2011 ont eu la bonne idée de programmer un film qui s’appelle Drive. C'est logique et bienvenu, car le nouveau Nicolas Winding Refn, qu'on l'aime ou pas, a fait l'effet d'un shoot de red bull sur les festivaliers. Le cinéaste danois avait tenté une première fois l'aventure hollywoodienne avec Inside job (rien à voir avec le docu coup de poing sorti l'an dernier), dont l'échec public et critique l'ont renvoyé direct et la rage au cœur vers son pays natal. Depuis, entre la fin de sa trilogie Pusher, l'incroyable Bronson et le très personnel Valhalla Rising, Winding Refn est devenu un des cinéastes qui compte dans le paysage mondial. Mais Drive n'a rien d'un film personnel, c'est une commande ouvertement commerciale qu'il a reprise au pied levé et sur laquelle il a pu déverser sa cinéphilie et son incontestable talent de metteur en scène. On y suit un cascadeur de cinéma qui, la nuit tombée, devient chauffeur pour des hold-ups millimétrés. Un super-héros à l'enve

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Hell driver

ECRANS | De Patrick Lussier (ÉU, 1h44) avec Nicolas Cage, Amber Heard…

Christophe Chabert | Dimanche 20 mars 2011

Hell driver

Échappé des flammes de l’enfer pour sauver sa petite fille kidnappée par un adorateur de Satan, Milton récupère bagnole et belle blonde, puis casse tronches et tronçons d’autoroutes sur fond de hard-rock qui tâche, se transformant en icône pour adeptes du mélange tuning-baston. Qu’on se le dise : "Hell driver" est un parangon de beauferie vulgos et décomplexée, un pur film de drive in sans le commentaire distancié qu’en avait fait Tarantino et Rodriguez. Le début tient la route grâce à un humour bien noir, un réel culot pour montrer des filles à poil et des crânes défoncés, et un certain soin dans la réalisation (3D comprise) et la caractérisation des personnages (notamment le «comptable» joué par William Fichtner). Après, ça sent nettement plus la série Z : effets spéciaux pourris, direction artistique scandaleuse (le repère des satanistes à la fin aurait mérité le licenciement du chef déco), cascades de dialogues pour débiles légers et incohérences de scénario trop voyantes pour être honnêtes. La leçon à en tirer : même le n’importe quoi mérite un tant soit peu de conscience professionnelle. Niveau inconscience, le film est au diapason d’un Nicolas Cage dont on se demande sinc

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Bronson

ECRANS | Avec un acteur principal habité et de circonvolutions esthétiques incroyablement maîtrisées, Nicolas Winding Refn nous démontre avec brio que oui, une biographie filmée peut avoir un point de vue dans sa mise en scène. François Cau

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Bronson

Le monologue introductif impose illico le personnage comme son traitement cinématographique. Toute sa vie, Michael Peterson a voulu devenir célèbre. C’est donc en habit de clown blanc qu’il vient commenter à son public imaginaire les différentes étapes de son existence, avec une causticité des plus bourrines. Le braquage minable d’un bureau de poste, les années d’incarcération, ses coups d’éclat derrière les barreaux, l’interlude saisissant en hôpital psychiatrique, les émeutes et autres prises d’otages, sa courte libération (69 jours avant de retourner à l’ombre), son changement de patronyme lors de combats clandestins, l’enfer des cellules d’isolement… Bronson est une brute, une force de la nature conchiant toute forme d’autorité, aux motivations mal dégrossies, dont Nicolas Winding Refn livre sa propre vision kaléidoscopique. Le réalisateur ne propose aucune justification à la violence de ses actes, ne cède jamais à une empathie complaisante, mais crée un dispositif cinématographique complexe, puissamment sensoriel, un marabout-de-ficelle visuel dont le seul lien n’est autre que ce colosse imprévisible. Grande évasion Bien

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