Le petit Syd

MUSIQUES | Très tôt barré dans les late 60's triomphantes, gonflées de psychédélisme et gonflées tout court, nourri de ces disques révolutionnaires qui ont changé la face de la pop, le néerlandais Jacco Gardner apparaît tout autant comme le fantôme d'une époque révolue que comme son descendant prodigue. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 17 janvier 2014

On sait qu'une fois que Syd Barrett eut fermé la porte de sa chambre, plus rien ne fut jamais comme avant. Cerveau grillé, âme abductée, corps camisolé dans un bad trip éternel, inspiration évaporée. Si seulement quelqu'un lui avait ouvert cette porte derrière laquelle il s'était condamné. C'est arrivé quarante ans plus tard, en la personne du Néerlandais Jacco Gardner, réapparu en lieu et place de l'Anglais cramé avec son album Cabinet of Curiosities. Comme après une aventure digne des frères Grimm, quête "cantique" et initiatique de plusieurs années passées à composer ce coup de maître.


Le type avoue s'être perdu dans le temps, du jour où il a écouté Barrett – qui aura donc été ironiquement son fournisseur de champignon magique – avant de se boulotter tout ce que les 60's ont produit de meilleur. En chemin, il aurait croisé tous les génies qui ont fait de l'année 1967 l'année zéro de la pop, le point de départ d'un ruban de Moebius qui toujours ramènerait, en guise de morale, aux mêmes chefs-d'œuvre : Barrett donc (See Emily Play), Floyd (Piper at the Gates of Dawn), Beatles (Sgt Pepper), Kinks (Something Else), Beach Boys (Smiley Smile), Zombies (Odessey & Oracle), Velvet & Nico, Buckley (Goodbye & Hello), Donovan (Mellow Yellow), Stones (Their Satanic Majesties' Request), Love (Forever Changes), et une arrivée en la mystique West Coast de Sagittarius (Present Tense, sorti en 1968).


Old days

Tout cela sans sortir de son studio, saisi d'une sorte d'obsession d'alchimiste solitaire à chapeau de magicien. Comme dans les contes, les chansons de Jacco Gardner semblent avoir été enchantées, entre clavecin magique et flûtes (de Hamelin ?). Dès le premier morceau de cette pop de… chambre (forcément), on a droit à un petit musée des bonheurs 60's, décliné ensuite tout au long d'un l'album dont la phrase «thinking about the old days again» pourrait être le mantra. Où le psychédélisme devient baroque et inversement.


On peut d'ailleurs se demander, via ce cousinage, si le baroque ne fut pas un psychédélisme avant l'heure, une histoire d'abandon spirituel, transformant la croyance en voyage mental et l'intercession en extase initiatique. Avec Cabinet of Curiosities, dont la pochette met en scène un chaperon rouge d'aujourd'hui (pas si) perdu dans une forêt enchanteresse, Gardner ouvre une fenêtre magique, vortex donnant sur un jardin extraordinaire ; invite l'auditeur sur The One Eyed King : «Open up the window to your mind / So I can look inside and lend a hand».


Main tendue qui n'est autre qu'une invitation à l'abandon, à l'au-delà («I will bury you» chante-t-il) et aux voyages au-delà des portes de la perception, aux termes desquels, là-aussi comme dans les contes, il y a toujours quelque chose à retenir, et dont les réminiscences sur l'inconscient sont indélébiles : «Time will tell what happens if the flowers disappear», assène Jacco sur Clear the Air. C'est le propre des fleurs, symboles du psychédélisme : elles refleurissent dans un cycle sans fin.

 

Jacco Gardner + Neils Children
Au Marché Gare, mardi 28 janvier


Jacco Gardner

Pop psyché
Marché Gare 34 rue Casimir Périer Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Oui, Transfer

Indie Rock | Pour sa troisième édition, le festival Transfer, qui prend désormais ses aises sur trois jours, continue de creuser le sens du mot "exigence" et l'intrépidité esthétique de la production indé. S'affirmant comme un événement de plus en plus enthousiasmant d'édition en édition. Sélection forcément subjective, mais pas que, des incontournables de l'événement.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mars 2019

Oui, Transfer

Jacco Gardner Avec Cabinet of Curiosities (2013), Jacco Gardner en avait éveillé pas mal, de curiosités. Un intérêt et un talent confirmés ensuite sur Hypnophobia (2015) qui avait achevé de placer le jeune homme sur le trône du psychédélisme rétro néerlandais – un concept en soi. Sur ce trône, Jacco aurait pû écraser quelques lauriers de son royal séant. Oh nee ! C'était mal le connaître. Car c'est en apesanteur et dans une veine rétro-futuriste – où le terme futuriste résonnerait plus fort – que nous est réapparu le koning de la pop prétendument vintage avec Somnium. Et en mode exclusivement instrumental – ce qui dans le domaine de la pop, fut-elle indé, équivaut à une forme de suicide dont les trompe-la-mort comme Gardner se rient allègrement. Un voyage fascinant dont il nous fait revivre la magie en concert avec un live en quadriphon

Continuer à lire

Jacco Gardner : l'insomaniaque

MUSIQUES | Second album et concert lyonnais en deux ans pour le jeune Hollandais planant Jacco Gardner, la nostalgie musicale toujours chevillée à l'âme mais explorant d'autres territoires du spectre, pour ne pas dire du fantôme psychédélique. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mai 2015

Jacco Gardner : l'insomaniaque

L'hypnophobie, qui donne son titre au tout récent Hypnophobia de Jacco Gardner, démiurge maniaque faisant tout lui-même, fait référence à la peur de s'endormir (ou d'être hypnotisé, ce qui revient à peu près exactement au même). L'hypnophobique ne craint pas le réveil mais la perte de conscience qu'induit l'endormissement. Autrement dit, il y a là quelque part, la crainte d'un lâcher prise dont on ne reviendrait pas. On reste donc bien en terrain furieusement psychédélique, puisque s'il est des expériences dont beaucoup ne sont pas revenus, soit parce qu'ils n'ont pas pu, soit parce qu'ils n'ont pas voulu, ce sont bien les expériences psychédéliques. Lors d'un précédent article consacré au jeune batave obsédé par les sixties, nous faisions ainsi référence à la figure tutélaire de Syd Barrett, jamais redescendu de son arbre à LSD, pas plus qu'il n'est sorti de sa cage à folie. Étrange titre donc de la part d'un jeune gars qui n'a que le rêve, l'expérience de décorporation et le voyage mental dans le temps pour moteurs. Claust

Continuer à lire

Bruits de saison

MUSIQUES | Est-ce parce qu'on commence à être habitué à ce genre de cirque ? Toujours est-il que non, le bruit qui accompagnera la venue lyonnaise d'une Christine & the Queens au sommet du succès ne suffira pas à éclipser le reste d'une programmation de fort belle facture. Et vous savez quoi ? C'est tant mieux. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Bruits de saison

En matière de musique, la hate est un fruit de saison, savamment cultivée par les réseaux sociaux, par ce fléau mondial que constitue l'aigreur d'estomac – surtout en sortie de fêtes de fin d'année –, par quelques médias victimes d'hypocondrie culturelle et, il faut bien le dire, par ceux qui la provoquent. On a ainsi droit comme ça à un ou deux boucs émissaires par an cristallisant les crispations d'une certaine branchitude mal définie. On ne vous fera pas languir plus longtemps : après Woodkid, Stromae et Fauve (qui reviendra, le 2 avril, en grande surface qui plus est, puisqu'à la Halle Tony Garnier, ramasser des forêts de cœurs avec les doigts et sans doute quelques seaux de merde), c'est au tour de Christine & the Queens (4 mars au Transbordeur) d'énerver son monde sur le thème : talent fou ou blague de l'année ? Alors oui, dans ces cas-là, o

Continuer à lire